LE COEUR PERD LENTEMENT MÉMOIRE DU SOLEIL PAR ANNA AKHMATOV


LE COEUR PERD LENTEMENT MÉMOIRE DU SOLEIL

PAR ANNA AKHMATOV

Le cœur perd lentement mémoire du soleil,
L’herbe jaunit.
Le vent fait voler une neige tôt venue.
Juste un peu

Dans les canaux étroits déjà l’eau se fige,
Ne coule plus.
Il ne se passe jamais rien ici,
Oh ! Jamais.

Le saule a déployé sur le ciel vide
Sa dentelle en éventail.
Peut-être il valait mieux que je ne sois jamais
Votre femme.

Le cœur perd lentement mémoire du soleil.
Qu’est-ce qu’il y a ? Du noir ?
Peut-être ! une nuit va suffire pour que vienne
L’hiver.

Anna Akhmatov

LES BAVARDAGES D’UN PAS CAUSEUX 18


LES BAVARDAGES D’UN PAS CAUSEUX 18

L’incertitude affichée par la façade du boulevard laisse une place possible pour le crime. Cependant je ne trouve rien dans la tête de ce qui passe qui ressemblance aux rôles que des acteurs ont tournés. Le théâtre du 31 Décembre sera même pas ouvert pour aller manger après. Quant aux cabarets les artistes ne s’essouffleront plus à courir d’une boîte de Montmartre à St-Germain-des-Prés. Qu’est-ce qu’elle a perdu la voie cette époque

Je regarde la rue vide qui danse avec son ombre. Qui aurait pu croire que les enfants vous oublieraient une fois eue leur première voiture. Faut-il trouver là l’origine qui a conduit des parents à vendre les leurs ?

En fait rien ne marche plus suivant la règle d’origine. Je décide de dire « V’là l’Printemps ! » en mesurant la hauteur d’eau devant la porte. Mais j’envoie pas de voeux, je culpabiliserai

Tous ces candidats qui ne pensent qu’à ça

Moi je me concentre sur l’idée de me concentrer sur le 4ème vaccin

Faut pas croire que ça m’emballe, j’aimais mieux peindre ça me semblait correspondre à plus qu’un idéal. Une forme d’oxygène.

Niala-Loisobleu – 29 Décembre 2021

LE PEINTRE SANS TOILE ET LA BÛCHE QUI PARLAIT PAR JACQUES AADLOV – DEVERS


LE PEINTRE SANS TOILE ET LA BÛCHE QUI PARLAIT PAR JACQUES AADLOV – DEVERS

Vous souvenez-vous de ces hivers lointains ?
Où la neige transversale s’agrippant à nos pieds
D’une blancheur abyssale mouvant le chemin
A ne plus en finir… d’une tempête qui glaçait
Le souffle accroché à l’étoile, au loin…

Vous souvenez-vous de ces hivers lointains ?
Le manteau couvrant de ses ailes les chaussures
Le sac à dos enneigé, le repas pour demain
Le gâteau au mais à la bonne confiture
La colline comme un monstre, la nuit, le chemin…

Vous souvenez-vous de ces hivers lointains ?
Je ne sais pas… ils avaient comme un air de jeunesse
Et la neige…elle neigeait d’une blancheur, ô, déesse
Caressant nos vissages, des ses doigts d’airain
Bonshommes de neige, boules de neige ses promesses

Courageux on marchait…dans la nuit tutélaire
Ces étoiles en poussière de sur la porte gelée
Qu’ouvrait souriante, bien inquiète, la grand-mère
Qu’il est grand, ce bonhomme, disait le grand père
Un Bonhomme de Neige, que la tempête fait marcher !

Viens vite, par ici, je vais te raconter cette histoire
Me disait-il mystérieux, d’un sourire discret
Chut, c’est magique, la grande mère ne doit pas savoir…
Mets tes mains sur le feu, écoute… qui va croire ?!
– Il y a une bûche qui parle ( !)…dans la cheminée

Une bûche qui parle ?! Ca n’existe pas grand-père, où ?
Les bûches c’est que du bois… on nous a dit à l’école…
– Dans ces étoiles filantes…qui tombent de partout
Ecoute…me disait-il, écoute sa parole…
Et la bûche parlait ! Cet instant, que pour nous…

Vous souvenez-vous, au moins, du goût du foulard… ?
Autour du visage, pour pouvoir respirer
A travers les griffes étouffantes du blizzard
De l’odeur de la neige, essayant bien bizarre,
Grinçant sous nos pas, à sa façon, nous parler…

Ô, il y avait tant de paroles… des mystères,
Qui soudain du lointain… revenait à la vie
On n’allait plus à l’école… c’était un Sacré Hiver
Les grands-parents nous gardaient encor sur Terre
Ces choses fantastiques, que maintenant on oublie…

C’était hier… un hiver, d’une blancheur idéale
Qu’on pourrait, peut-être… même le réinventer ?
Le chercher quelque part, derrière les étoiles
Cette neige, nos grands parents, cette bûche banale
Et ces sublimes silences, qu’alors nous parlaient…

C’était hier… un hiver qu’un Grand Peintre sans toile
De derrière le Monde, voulait encore dessiner…

Jacques Aadlov-Devers

DU BOUT DE LA LANGUE


DU BOUT DE LA LANGUE

Goût fouaillé du bout du né le sel garde son cône

D’un carreau trempé d’un autre soleil que la vanne se garde en marais

Une lune égarée par l’ambition se prend dans le tapis sa culotte de cheval, honni qui mal y panse

Par le fronton de l’orangeraie le dernier quartier du fruit en refusant la tête des morts comme seins bols ne sèvrera pas la vie

La souplesse du nichon attelée en double au rebondi de la chute de reins elle remplissait les greniers ma charrette. Il n’y a pas de vain de garde pour la cave, comme de truffe au gland d’une cagouille

Plus vive qu’un embrun au sortir du goémon charnu de l’anse de la Pointe Espagnole au coeur de la côte sauvage cette nervure de la feuille non arrachée du fruit prend le large

L’oiseau dégaine et hisse sa couleur au gibet du chevalet dans l’avalé des Reines.

Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2021

LES BAVARDAGES D’UN PAS CAUSEUX 17


LES BAVARDAGES D’UN PAS CAUSEUX 17

L’eau sale qui roule en prostituée confirmée prête à tout pour se vendre a dit son choix hier au soir

Me voici la proie des Meidosems, Henri Michaux plus que jamais d’actualité, faisant place avec les tremblements électriques et ces enfants du néant

Quel portrait

Mon choix se fait

La meule qui m’affûte depuis toujours a été prise d’extinction de voix soudaine à l’annonce gouvernementale de faire comme si Omicron n’existait pas pour pouvoir s’enivrer de chants élyséens visés

Dernière gloire aveugle prédominante

Alors puisque de peur de perdre, l’inconscience décide, un regard rivé sur le fond de la lucidité j’arrête pour éviter de m’égarer et persiste au maintien de l’ouverture de l’estuaire pour le transit sédimentaire dernier

Exposer, oui mais quoi ?

Quand la roulette-russe fait les beaux soirs d’un violon incontrôlable choisir la petite-mort comme mouvement du corps est un con testablement la vraie sauvegarde. L’enfant que je vais te glisser dans la tripe utérine à partir de sperme non euphorique ne sera rien d’un Meidosem

En une vie ô combien riche , non rien à faire ma peinture ne cherche pas le clou à tous prix, elle n’accepte que l’échange de domicile de cri pour cimaise.

Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2021

Mosaïque d’Héraclée Lyncestis de l’Ancienne Macédoine

LA SEVE A L’APPUI


LA SEVE A L’APPUI

La jetée au plus loin de sa racine s’ouvre en plein roc et fend le barrage retenant d’une souche morte le vieux fleuve au goulet de l’estuaire

Les algues reflottent au-devant du flux d’eau

La barque en plongée directe regonfle ses planches à joindre l’écart en tirant à temps du naufrage

Le cri de la sève a ramené la marée et les oiseaux qui la déplacent

Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2021

LES BAVARDAGES D’UN PEU CAUSEUX16


l

LES BAVARDAGES D’UN PEU CAUSEUX 16

Contre les colonnes vides d’un faux-temple antique je me suce le pousse pour, à défaut d’érection, initier un départ pour les îles

Tiens je prends Les Moluques, certain de jouir

et charge Apollinaire du circuit afin de sortir de l’ennui

Niala-Loisobleu – 27 Décembre 2021

LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY

J’ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais

pas
Ils passent devant moi et s’accumulent au loin
Tandis que tout ce que j’en vois m’est inconnu
Et leur espoir n’est pas moins fort que le mien

Je ne chante pas ce monde ni les autres astres

Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de ce

monde et des astres
Je chante la joie d’errer et le plaisir d’en mourir

Le 21 du mois de mai 1913

Passeur des morts et les mordonnantes mériennes
Des millions de mouches éventaient une splendeur
Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles
Quittant le
Sébasto entra dans la rue
Aubry-le-Boucher
Jeune l’homme était brun et ce couleur de fraise sur

les joues
Homme
Ah!
Ariane

Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas
Il s’arrêta au coin de la rue
Saint-Martin
Jouant l’air que je chante et que j’ai inventé
Les femmes qui passaient s’arrêtaient près de lui
Il en venait de toutes parts

Lorsque tout à coup les cloches de
Saint-Merry se mirent

à sonner
Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine
Qui se trouve au coin de la rue
Simon-Le-Franc
Puis
Saint-Merry se tut
L’inconnu reprit son air de flûte
Et revenant sur ses pas marcha jusqu’à la rue de la

Verrerie
Où il entra suivi par la troupe des femmes
Qui sortaient des maisons

Qui venaient par les rues traversières les yeux fous
Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur
Il s’en allait indifférent jouant son air
Il s’en allait terriblement

Puis ailleurs

A quelle heure un train partira-t-il pour
Paris

A ce moment

Les pigeons des
Moluques fientaient des noix muscades

En même temps

Mission catholique de
Bôma qu’as-tu fait du sculpteur

Ailleurs

Elle traverse un pont qui relie
Bonn à
Beuel et disparaît à travers
Pùtzchen

Au même instant

Une jeune fille amoureuse du maire

Dans un autre quartier

Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs

En somme ô rieurs vous n’avez pas tiré grand-chose

des hommes
Et à peine avez-vous extrait un peu de graisse de leur

misère
Mais nous qui mourons de vivre loin l’un de l’autre
Tendons nos bras et sur ces rails roule un long train

de marchandises

Tu pleurais assise près de moi au fond d’un fiacre

Et maintenant

Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement

Nous nous ressemblons comme dans l’architecture du

siècle dernier
Ces hautes cheminées pareilles à des tours
Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus

le sol

Et tandis que le monde vivait et variait

Le cortège des femmes long comme un jour sans pain
Suivait dans la rue de la
Verrerie l’heureux musicien

Cortèges ô cortèges

C’est quand jadis le roi s’en allait à
Vincennes

Quand les ambassadeurs arrivaient à
Paris

Quand le maigre
Suger se hâtait vers la
Seine
Quand l’émeute mourait autour de
Saint-Merry

Cortèges ô cortèges

Les femmes débordaient tant leur nombre était grand

Dans toutes les rues avoisinantes

Et se hâtaient raides comme balle

Afin de suivre le musicien

Ah
I
Ariane et toi
Pâquette et toi
Aminé

Et toi
Mia et toi
Simone et toi
Mavise

Et toi
Colette et toi la belle
Geneviève

Elles ont passé tremblantes et vaines

Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la

cadence
De la musique pastorale qui guidait
Leurs oreilles avides

L’inconnu s’arrêta un moment devant une maison à vendre

Maison abandonnée

Aux vitres brisées

C’est un logis du seizième siècle

La cour sert de remise à des voitures de livraisons

C’est là qu’entra le musicien

Sa musique qui s’éloignait devint langoureuse

Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée

Et toutes y entrèrent confondues en bande

Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles

Sans regretter ce qu’elles ont laissé

Ce qu’elles ont abandonné

Sans regretter le jour la vie et la mémoire

Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la
Verrerie

Sinon moi-même et un prêtre de
Saint-Merry
Nous entrâmes dans la vieille maison
Mais nous n’y trouvâmes personne

Voici le soir

A
Saint-Merry c’est l’Angélus qui sonne

Cortèges ô cortèges

C’est quand jadis le roi revenait de
Vincennes

Il vint une troupe de casquettiers

Il vint des marchands de bananes

Il vint des soldats de la garde républicaine

O nuit

Troupeau de regards langoureux des femmes

O nuit

Toi ma douleur et mon attente vaine

J’entends mourir le son d’une flûte lointaine

Guillaume Apollinaire

LES BAVARDAGES D’UN PEU CAUSEUX 15


LES BAVARDAGES D’UN PEU CAUSEUX 15

L’odeur de pichpin prend mon impression au moment où la première entre dans la pièce. Elle a dans l’oeil cette évasion qu’ont la crète des vagues lorsque rien ne les arrête. Et puis cette fleur qui les chapeaute comme un jardin qui ne respecte pas les allées rectilignes me dit quelque chose. Elle lui lui colle comme une complicité pas cachée, mais pas forcément saisie dans le dessin. Avant que je sorte faire courir le chien, les dynkies-toys tournaient autour de la maison de poupée. Il y a forcément dans tout ce manège un truc qui doit expliquer le regard qu’elles s’évitent d’avoir pas forcement par hasard

Voilà trois fois que le vent déplace la fumée du train sans lui faire quitter le quai, il est évident que ça n’est pas aujourd’hui que le soleil reviendra pour que nous allions sur l’impériale caresser les nuages. Cette dernière semaine de l’année a du mal à digérer. Trop de remords sans doute

Voilà qu’elle murmure à son oreille

Le chat s’étire sur le palier du premier

Sur le coup de cinq heures quel conseil vont-ils nous donner ?

J’aimerai trouver la haute-laine à tisser l’odyssée. Lâche le cheval à la sortie des curies il pourrait faire en sorte de piquer des deux.

Niala-Loisobleu – 27 Décembre 2021

AVANT L’AUTRE


AVANT L’AUTRE

Eau pleine derniers jours qui nagent

Un chaud frisson me passe la porte

Tu rentres de prévention protégée

Quand le poil se couche du bleu outre mère saute en ricochets la rigole de tes seins

En boucle ton oreille dans ma bouche reste accrochée.

Niala-Loisobleu – 27 Décembre 2021