Philippe Léotard – Madame


Philippe Léotard – Madame

Madame ! Madame !
Vous rêvez seule, Madame
On a dû vous le dire, Madame
Les cailloux rêvent trop, Madame
Cela on vous l’a appris
A vos dépends ou à votre profit
Et que serions-nous d’autre ?
On rêve et on est seul, Madame…

Madame ! Madame !
On rêve tard, Madame
Quand on a la malchance, Madame
De manquer de hasard, Madame
Ou bien d’être désaffecté
Comme un mort inutile, Madame
D’être désamouré
Comme un cœur imbécile, Madame…

Madame ! Madame !
On rêve bien, Madame
Quand on a bien baisé, Madame
Quand on a su coller, Madame
Deux bouches à notre faim
Deux fois deux bras étreints
Deux fois deux yeux noyés, Madame
Dans ce rêve commun
Qu’on appelle s’aimer, Madame…

Madame ! Madame !
On baise trop, Madame
Quand on a dans les reins, Madame
Cet impérieux Démon, Madame
Qui ne vient jamais tard
Qui ne part jamais tôt, Madame
On aime tant, Madame
Qu’on a tort et travers
Quand on a les yeux verts
Et qu’on le sait tout le temps, Madame…

(Musique)

Mais que ferions-nous d’autre
On rêve et on est seul, Madame…

Philippe Léotard

R’HISSER LE VOILE


R’HISSER LE VOILE

Je ne croix plus qu’en coi au pied de l’aube écrasée

où habite la vérité ?

Les mers mortes en lises

la pliure du bateau de papier

Sirène

ou perle d’élevage

A ma barre ton corail te garde vierge de tout soupçon

en corps libre de choisir ton embarcation

sans confondre propre-âme chaste et viande à disposition de négrier

Niala-Loisobleu – 28 Novembre 2021

Jeune fille interdite - Philippe Léotard

Je vois de faux marins, je vois
                         
Leurs petites navigations
Leurs yeux perdus pour rien au loin
                     
Leurs petits meurtres clandestins, je vois
La fausse ivresse dans leurs gestes

La fausse houle dans leur voix
Il n'y a rien qui reste de ce qui fut leur joie

La mer seule survit à  leurs noirs vaisseaux
Je vois les ronds qu'ils font dans l'eau
                                             
Les fausses fleurs   qu'ils mettent à  leur coeur
Je vois la nuit qui monte au coeur des jeunes filles

Je vois leurs yeux qui brillent et leur fierté notre honte
Je sens leur sang qui compte les coups de la peur
                                                      
Il est plus tard que tu ne penses et plus amer que n'est ton coeur
                    
Et je les vois révant
D'étre un jour la première
                  
L'Emmanuelle, la messagère
      
D'étre un jour la première
                         
La première femme libre de l'univers
                              
Mais je la vois qui pleure

Je vois de gros grands gras grains d'ogre
Avides mais sans yeux

  Cachant sous la défroque la peau du personnage

  Je vois la rage de leur âge, la bave à  leurs baisers

  J'apprends la haine à  leurs idées
Il n'y a rien de juste dans ce qui fait leurs lois

  La mort seule sourit à  leurs vides tombeaux
Je vois leurs villes, leurs ghettos
                           
Leur vie sauvage, leurs zoos
                                
Je vois des enfants fous à  force de pourrir
Je vois des enfants sages à  force de mourir
Je vois des enfants-roi
                                   qui ne sauront jamais ce qu'ils ne peuvent plus dire ni cacher
               
Qui les aide

Suave mari magno – Philippe Léotard


Suave mari magno – Philippe Léotard

Il est doux, quand la mer est agitée… (LUCRÈCE, Poème de la Nature, liv. II, vers 1)

Suave mari magno, turbantibus aequora ventis,
E terra magnum alterius spectare laborem,
Non quia vexari quemquam est jucunda voluptas.
Sed quibus ipse malis careas quia cernere suave est.
Quand l’Océan s’irrite, agité par l’orage,
Il est doux, sans péril, d’observer du rivage
Les efforts douloureux des tremblants matelots
Luttant contre la mort sur le gouffre des flots ;
Et quoique à la pitié leur destin nous invite,
On jouit en secret des malheurs qu’on évite.

LES ENFANTS QUI S’AIMENT – PHILIPPE LEOTARD/ JACQUES PREVERT


LES ENFANTS QUI S’AIMENT – PHILIPPE LEOTARD/ JACQUES PREVERT

Les enfants qui s’aiment
S’embrassent debout contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne

Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage, leur mépris
Leurs rires et leur envie

Les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté
De leur premier amour

Les enfants qui s’aiment
S’embrassent debout contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne

Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage, leur mépris
Leurs rires et leur envie

Les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté
De leur premier amour

LONESOME PIETON – PHILIPPE LEOTARD


LONESOME PIETON – PHILIPPE LEOTARD

Je suis seul dans la rue et je chante pour moi
Je suis seul dans ma peau et je pleure pour rien
I’m a poor lonesome piéton
A long way from my maison
Je me plie au poids des paresses
Je me fie à mes pas perdus
Qui vont toujours toujours ailleurs
I’m a poor lonesome piéton
A long way from my maison
Je suis seul dans la ville
Et c’est encore de moi
Qu’il faut que je m’ne aille
Je sauterai de ma vie
Comme d’un train en marche
I’m a poor lonesome piéton
A long way from my maison
« There was never a man like my Johnny
Like the one they call: Johnny Guitar… »

On ne s’en va pas – Philippe Léotard


On ne s’en va pas – Philippe Léotard

Je pourrais mettre la radio
Mais faudrait qu’j’aille à la cuisine
Et je ferais pas la vaisselle
Je penserais à elle
Ou j’aurais de la rancoeur
Je voudrais lui parler
Elle sera pas là et je trouverais pas mes mots
J’lui écrirais qu’j’ai mal au dos
Alors que c’est au coeur

On ne s’en va pas
On a dit je t’aime on reste
On pense à oublier sa veste
On oublie de penser au reste
On retourne à l’enfant
Qui redescend le temps
Qui passe qui passe et pourtant
On ne s’en va pas

11NOVEMBRE…


11 NOVEMBRE…

Sur la blessure à jamais

d’une guerre

ça sert à quoi d’avoir vécu ça

Je pense à toi René

mon grand-père qui n’y a que perdu

pour gagner…

Quoi ?

Jusqu’à ignorer que ma mère était née

On attelle les colombes au panier

un lâché d’idées…

Niala-Loisobleu – 11 Novembre 2021

MON LONG DU LONG


MON LONG DU LONG

La jetée étire le reste de la nuit vers l’interrogation factice du quotidien. L’embarcadère pour touristes vers les îles était une foi, dort encore dans un rêve à laver la voie . Dans quelques heures il y aura la queue pour embarquer. Les haubans s’en foutent des filles de joie des bars à marins. Ils gémissent de jour comme de nuit sans faire semblant de jouir. La petite lumière qui saute est bien tranquille à l’intérieur du phare. Tout en haut des escaliers, comme ceux où la Butte funiculait des battements de Bateau-Lavoir. Le tant où la bohème posait nue entre les mains de la couleur. Mon coeur et moi, nous sommes sortis du sommeil avant d’être étouffé par l’outre-noir. Cet hymne au désespoir qui rapporte. La joie ça coûte seulement. Comme le prix d’une vérité qu’il faut cacher. Tu t’y colles câlin-maille-art. Faut reconnaître sa soeur en fouillant dans la culotte du zouave, Le mariage pour tous c’est l’étroit mousquetaire d’une politique à la vue basse où tout le monde s’engouffre devant comme derrière. Les murs sans fenêtres ça n’accepte pas les appuis pour les géraniums avec les odeurs de roucoulements amoureux. En revanche ça cultive le pigeon au point que les évangélistes en sont dépassés. Vaut mieux se quitter que de vivre dans un paraître imposteur. Qu’est-ce que je pourrai faire de bleu sans l’amour qui le fait naître ? De l’autre-côté du mensonge l’herbe reste vers. Et le bois vert. M’aime la planche de cabane se fout du surf sur la vague de la dernière mode, tant elle sait qu’on ne sel pas un cheval à cru. La mer ne se montre qu’en plongée, en surface c’est que capitaine de St-Tropez. Je retourne au fond des plis d’accordéons, pêcher la nacre des chansons pour retrouver mon vrai Capitaine. Vos chagrins ne collent qu’à l’appeau. Je vis de sel de nos larmes, dans l’estuaire  de la douceur de ta côte sauvage ouvrant grand large.

Niala-Loisobleu – 10 Juillet 2017

 

CONTRE-VERITE


CONTRE-VERITE

Malmené, je cherche des mains a planter le sentiment dans sa graine, pas dans sa récolte marchande..

Je n’ai de moi rien à vendre

JE SUIS QU’UN BATEAU ESPAGNOL

plaire m’est étranger

Je déplais sans le chercher

JE SUIS QU’UN BATEAU ESPAGNOL

Ceci n’est, parmi d’autres, que l’erreur dont m’affuble la vie salope

Eh vous n’en savez rien quand j’ai mal

tant pis servez-vous ailleurs

JE SUIS QU’UN BATEAU ESPAGNOL

Niala-Loisobleu – 24 Octobre 2016