SANTA ESPINA – MONIQUE MORELLI/ LOUIS ARAGON


SANTA ESPINA – MONIQUE MORELLI/ LOUIS ARAGON

Je me souviens d’un air qu’on ne pouvait entendre
Sans que le coeur battît et le sang fût en feu
Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre
Et l’on savait enfin pourquoi le ciel est bleu

Je me souviens d’un air pareil à l’air du large
D’un air pareil au cri des oiseaux migrateurs
Un air dont le sanglot semble porter en marge
La revanche de sel des mers sur leurs dompteurs

Je me souviens d’un air que l’on sifflait dans l’ombre
Dans les temps sans soleils ni chevaliers errants
Quand l’enfance pleurait et dans les catacombes
Rêvait un peuple pur à la mort des tyrans

Il portait dans son nom les épines sacrées
Qui font au front d’un dieu ses larmes de couleur
Et le chant dans la chair comme une barque ancrée
Ravivait sa blessure et rouvrait sa douleur

Personne n’eût osé lui donner des paroles
A cet air fredonnant tous les mots interdits
Univers ravagé d’anciennes véroles
Il était ton espoir et tes quatre jeudis

Je cherche vainement ses phrases déchirantes
Mais la terre n’a plus que des pleurs d’opéra
Il manque au souvenir de ses eaux murmurantes
L’appel de source en source au soir des ténoras

O Sainte Epine ô Sainte Epine recommence
On t’écoutait debout jadis t’en souviens-tu
Qui saurait aujourd’hui rénover ta romance
Rendre la voix aux bois chanteurs qui se sont tus

Je veux croire qu’il est encore des musiques
Au coeur mystérieux du pays que voilà
Les muets parleront et les paralytiques

Marcheront un beau jour au son de la cobla

Et l’on verra tomber du front du Fils de l’Homme
La couronne de sang symbole du malheur
Et l’Homme chantera tout haut cette fois comme
Si la vie était belle et l’aubépine en fleurs

Louis Aragon

J’Arrive où je suis Etranger – Jean Ferrat/Louis Aragon


J’Arrive où je suis Etranger

Jean Ferrat/Louis Aragon

Rien n’est précaire comme vivre

Rien comme être n’est passager

C’est un peu fondre comme le givre

Et pour le vent être léger

J’arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière

D’où viens-tu mais où vas-tu donc?

Demain qu’importe et qu’importe hier

Le cœur change avec le chardon

Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe

Touche l’enfance de tes yeux

Mieux vaut laisser basses les lampes

La nuit plus longtemps nous va mieux

C’est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne

Mais l’enfant qu’est-il devenu?

Je me regarde et je m’étonne

De ce voyageur inconnu

De son visage et ses pieds nus

Peu à peu tu te fais silence

Mais pas assez vite pourtant

Pour ne sentir ta dissemblance

Et sur le toi-même d’antan

Tomber la poussière du temps

C’est long vieillir au bout du compte

Le sable en fuit entre nos doigts

C’est comme une eau froide qui monte

C’est comme une honte qui croît

Un cuir à crier qu’on corroie

C’est long d’être un homme une chose

C’est long de renoncer à tout

Et sens-tu les métamorphoses?

Qui se font au-dedans de nous

Lentement plier nos genoux

Ô mer amère, ô mer profonde

Quelle est l’heure de tes marées?

Combien faut-il d’années-secondes?

A l’homme pour l’homme abjurer

Pourquoi pourquoi ces simagrées?

Rien n’est précaire comme vivre

Rien comme être n’est passager

C’est un peu fondre comme le givre

Et pour le vent être léger

J’arrive où je suis étranger.

LES OISEAUX DEGUISES – JEAN FERRAT / LOUIS ARAGON


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Les oiseaux déguisés

Jean Ferrat / Louis Aragon

Poète : Louis Aragon (1897-1982)

Recueil : Les Adieux et autres poèmes (1982).

Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l’eau

Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu’il voit
Ce qu’il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu’il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l’ai quitté
Et les teintes d’aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d’une nuit d’été

Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s’étonne
Celui qui ne sait plus prier.

Louis Aragon.

UNE RESPIRATION PROFONDE PAR LOUIS ARAGON


UNE RESPIRATION PROFONDE PAR LOUIS ARAGON

Je change ici de mètre pour dissiper en moi l’amertume
Les choses sont comme elles sont le détail n’est pas l’important
L’homme apprendra c’est sûr à faire à jamais régner le beau temps

Mais ne suis-je pas le maître de mes mots
Qu’est-ce que j’attends
Pour en chasser ce qui n’est pas cet immense bonheur posthume

Il fait un soleil si grand que de tous les côtés aujourd’hui
Le lavis semble tout déteint dans les vents parlés d’un mah-jong
Et la route n’est qu’un bourdon le ciel l’ébranlement d’un gong
Il me plaît que mon vers se mette à la taille des chaises longues
Et le cheval prenne ce pas où son cavalier le réduit

Il me plaît d’entendre un bras d’homme frapper sur le bois ou la pierre

Qui fabrique des pieux peut-être ou c’est quelque chose qu’il cloue

Il me plaît que le chien dans la colline aboie et que la roue
Au fond du chemin bas grince et que les toits soient roux
Que les serres sur les coteaux fassent poudroyer la lumière

Il y a des jarres de couleur au pied des hauts bouquets de joncs
Des palissades que le jour rend aussi roses que le sol

Des demeures négligemment qui tiennent leur pin parasol
Et sur la musique des murs étages do ré mi fa sol
Dans le désordre végétal l’envol gris perle des pigeons

La mer la mer au loin dans les vallons où le regard s’enfonce
Par les sentes là-bas vers des romans qu’on n’aura jamais lus
L’automne a jalonné l’effacement des pas dans les talus
Passants légers amants furtifs que rien ne dénoncera plus
Une fois l’escalier de la maison recouvert par les ronces

Puis par les brumes des monts bleus que perce un regard d’éper-vier

On voit dans le feu blanc se soulever une épaule de glaces
Tout au fond du paysage où la nue et la terre s’enlacent
Et d’ici je contemple l’Alpc et sur mes cheveux ma main passe
Car c’est la saison qu’à l’envers montre ses feuilles l’olivier

Et les platanes avec qui dans les feuilles jouent-ils aux cartes
Est-ce avec vous beaux amoureux sur les bancs assis les premiers
Le froid vers cinq heures qui vient fait-il moins que vous vous aimiez

De quoi peuvent bien vous parler dans l’ombre tout bas les palmiers

Et quels chiffres nous dit la vigne avec ses doigts nus qu’elle écarte

J’ai vu ce couple au déclin du jour je ne sais dans quel quartier
Nous avions fait un détour au-dessus de
Nice avec la voiture
La ville mauve en bas allumait peu à peu ses devantures
Ces enfants se tenaient par la main comme sur une peinture
Histoire de les regarder je me serais arrêté volontiers

Il n’y avait dans ce spectacle rien que de très ordinaire

Ils étaient seuls ils ne se parlaient pas ne bougeaient pas rêvant

Ils écoutaient leur cœur à distance et n’allaient point au-devant

La place était vide autour d’eux il n’y remuait que le vent
Et l’auto n’a pas ralenti
Les phares sur les murs tournèrent

Tout le pêle-mêle de la
Côte et les femmes qui parlent haut
Les motos dans la rue étroite et les œillets chez les fleuristes
Les postes blancs d’essence au bord des routes remplaçant les
Christs

L’agence immobilière avec son triste assortiment lettriste
Dans le va-et-vient le tohu-bohu le boucan le chaos

Les fruits confits et les tea-rooms les autocars les antiquaires

Des gens d’ici des gens d’ailleurs qu’escomptent-ils qu’est-ce qu’ils croient

Ces trop beaux garçons des trottoirs ont l’œil rond des oiseaux de proie

Qu’a fui ce gros homme blafard qu’il ait toujours l’air d’avoir froid

Ô modernes
Robert
Macaire entre
Rotterdam et
Le
Caire

Miramars et
Bellavistas ce langage au goût des putains
Palais
Louis
Quinze
Immeubles peints
Balcons d’azur à colon-nettes

Beau monde où si tout est à vendre à des conditions honnêtes
C’est toujours service compris pour cet univers à sonnettes
Il suffit de deux enfants rencontrés et tout cela s’éteint

S’éteint s’efface et perd avec la nuit son semblant d’insolence
Il ne reste à mes yeux que ce lieu banal que cette avenue
Ce banc près des maisons blanches au soir tombant
Deux inconnus

Il ne reste à mon cœur que l’entrelacs de ces mains ingénues

Ces deux mains nues
II ne reste à ma lèvre enfin que ce silence

Comme une promesse tenue.

Louis Aragon

DES CAILLOUX DE MA POCHE 14


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DES CAILLOUX

DE

MA POCHE 14

Du jour de rappel

M’est venu le temps réel que tu berces d’une vérité qui m’appelle à continuer

La chambre est ouverte à la musique de l’anémone

Seul point noir qu’on garde au centre d’un bleu rare

Comme la trace qu’on a laissé en se roulant dans l’herbe

Au milieu du lit c’est le lavoir où tes mots viennent en brouette à la batte

Si la rue monte c’est parce les lavandières dégrafent le cheval à cru pour le mener à l’abreuvoir

Un compas que tes écuisses savent régler aux sphères

Au point que j’ai rêvé te demander de m’écrire à l’intérieur du cadre l’introduction au thème 2022

Tes mots dans ma peinture respirent l’humble visage de l’anémone

Notre point de repaire

Je men étais pas encore approché d’aussi près

Les cèdres me l’ont montré

Cette tempête aussi en enlevant ta voix comme rien qui soude plus à l’enfant qui vieillit sans que ça change l’éclairage de la musique de chambre

Le lapidaire qui érode le tant s’est arrêté d’agacer les oiseaux quand il a vu déboucher la clairière au dernier virage du fleuve

Utopie dira le philosophe et comment lui répondra mon saut en se remplissant.

Niala-Loisobleu – 21 Octobre 2021

DANS LE SILENCE DE LA VILLE – FERRAT/ARAGON


Photo Niala

DANS LE SILENCE DE LA VILLE – FERRAT/ARAGON

La la la…

Derrière les murs dans la rue, que se passe-t-il, quel vacarme
Quels travaux, quels cris, quelles larmes ou rien, la vie, un linge écru
Sèche au jardin sur une corde, c’est le soir, cela sent le thym
Un bruit de charrette s’éteint, une guitare au loin s’accordeLa la la…Il fait jour longtemps dans la nuit, un zeste de lune un nuage
Que l’arbre salue au passage et le cœur n’entend plus que lui
Ne bouge pas, c’est si fragile, si précaire, si hasardeux
Cet instant d’ombre pour nous deux, dans le silence de la ville

La la la…

COMME POUR DIRE MA PENSEE PREMIERE


COMME POUR DIRE MA PENSEE PREMIERE

La poésie dans la poussée des reins me donne la joie de vivre que ton soleil éclaire. Je l’ai dans la pierre, tenant de Vénus toute la rime de croire et d’espérer

Aragon, à qui je prête ma voix, te le dis

Je vais ce matin me recueillir au Couvent de toute ma ferveur personnelle.

Bonjour Ma…

Niala-Loisobleu – 27 Juillet 2021

ELSA ENTEE DANS LE POÈMEPAR LOUIS ARAGON

Entre assieds-toi soleil et qu’à tes pieds se couche
Le lion des fureurs qui sortait de ma bouche

Que je n’entende plus qu’en moi ce cœur dompté
Assieds-toi c’est le soir et souris c’est l’été

Musique de ma vie ô mon parfum ma femme
Empare-toi de moi jusqu’au profond de l’âme

Entre dans mon poème unique passion
Qu’il soit uniquement ta respiration

Immobile sans toi désert de ton absence

Qu’il prenne enfin de toi son sens et sa puissance

Il sera ce frémissement de ta venue

Le bonheur de mon bras touché de ta main nue

Il sera comme à l’aube un lieu de long labour
Quand l’hiver se dissipe et l’herbe sort au jour

Entre amour c’est ici l’effrayante forêt

Où la nuit ne tient pas du ciel ses yeux secrets

Entre dans mon poème où les mots qui t’accueillent
Ont le pa^pitement obscur et doux des feuilles

Où t’entourent la fuite et l’ombre des oiseaux
Et le cheminement invisible des eaux

Tout t’appartient
Je suis tout entier ton domaine
Ma mémoire est à toi
Toi seule t’y promènes

Toi seule vas foulant mes sentiers effacés
Mes songes et mes cerfs t’y regardent passer

Tu marches sur les fleurs d’enfer de mon
Ardenne
Mon enfance t’y suit comme un lointain éden

Une brume de moi bleuit au haut des monts
Où le cheval
Bayard porta les fils
Aymon

Ô mes enchantements dissipés ô marelle
Des mares d’autrefois ô miroirs sous la grêle

Viens-t’en dans cette chasse énorme qui fut moi
Ainsi que
Montessor entre
Meuse et
Semoy

Prends le couvert des bois où quand s’en vint
Pétrarque
Toute biche était
Laure et des mains tombait l’arc

Parmi les chênes nains dont la tête dit non
Si le vent se souvient des rouvres d’Avignon

Du jardin que les murs de tous côtés endiguent
Où l’ombre a la senteur violente des figues

Mais déjà c’est ta lèvre et ce couple c’est nous
C’est toi le clair de lune où je tombe à genoux

Et la terrasse y tremble et la pierre se trouble Étoiles dans ma nuit ma violette double

Ce sont tes yeux ouverts sur les temps désunis
Jusque dans mon sommeil
Eisa mon insomnie

II

Il est sept heures dix une tasse de menthe À côté de la pendule en cuir refroidit

Je suis seul au matin dont les cendres dormantes
Blanchissent sans pouvoir oublier l’incendie

Je parle à haute voix le langage des vers
Comme si je faisais l’essai de ma folie

D’où me vient-il ce goût puéril et pervers
D’où me viennent les mots que je lie et délie

Qu’est-ce que ce plaisir morose et monotone
Ce passe-temps verbal et qui donc s’y complaît

C’est bien moi je m’entends m’interromps et m’étonne
Et de mes doigts mentaux tombent les osselets

C’est un jour machinal aujourd’hui qui se lève

Je n’attends que le temps dans la chambre où je suis

Le temps s’arrête en moi comme un sang qui fait grève
Et je deviens pour moi comme un mot qui me fuit

III

Comme avec le soleil l’arbre immobile engage
Dans le tourner du jour un discours de rameaux
Mes bras vers toi se font invention des mots
Quand je te touche enfin je comprends le langage

J’ai peur d’être un miroir où tout s’évanouit
Toute ma chair vers toi crie un enfantement
Paroles de mes mains métaphoriquement
Vers l’autre vous frayez une route inouïe

Comment faire tomber cette feinte couleur
Des vocables fixés aux lèvres des humains
Ce qui deux fois se dit insulte au lendemain
Et tout ce rouge mis se fane avec les fleurs

La vie en mouvement quels doigts l’ont-ils saisie
Quel lexique y a-t-il pour le vent et le sable
Il faut substituer 6 cœur inconnaissable À l’ancien alphabet le radar poésie

Je vois sans yeux je suis une clameur sans bouche
Je suis le phare obscur qu’on appelle pensée
J’ai fait de mon désir une force insensée
Le mystère à mes pieds terre à terre se couche

Je ne compare pas les choses
Je démens
Leurs rapports
J’établis d’autres lois de nature
J’ouvre sans la toucher la porte et m’aventure
Où rien n’obéit plus qu’à mon commandement

Tout d’un coup je comprends la chose qui m’habite
Et qui n’est qu’une forme étrange de raison
Une physique de l’amour de
Toi
Disons
Mieux
Une possession sans fin ni limite

Oui je suis possédé de toi
Si les enfants
Le rire et les cailloux me chassent peu m’importe
Qu’on m’arrache le cœur et que le sang me sorte
C’est toi mon être encore où mon être se fend

Oui possédé de toi jusqu’au fil de ma trame
De part en part de fond en comble possédé
Mort je n’éveillerai jamais que ton idée
Car ma poussière aura le parfum de ton âme

Je te donne la flamme et la cendre du feu
Je te donne le chant dément qui me traverse

Je te donne le vent tantôt qui me disperse
Je te donne le ciel qui fait nos veines bleues

O pauvreté de moi qui m’en viens faux
Roi
Mage
Te porter des présents misérables et vains
Et comme sa couleur le verre doit au vin
Je m’onivre en peignant ma vie à ton image

Je vais formant des vers plus forts que les baisers
Je vis comme un marin dans l’écume des proues Éclaboussé du chant de la mer à la roue
Réinventant le jour dans les vagues brisées

Ce qui de moi s’arrache au-delà de moi-même
Cet appel résumant ce que je suis
Ce cri
Par quoi les hommes font l’aveu du plaisir pris
Cotte façon que j’ai de dire que je t’aime

Et de dire cela seulement sans jamais
Desserrer un instant ma volonté d’étreinte
Sans remarquer le temps les étoiles éteintes
Et de dire je t’aime ainsi que je t’aimais

Voilà voilà pourquoi je suis né ma victoire
Rien rien ne pourra plus faire qu’elle ne fût
Même sans bras sans tôte et debout sur son fût
De pierre et
Samothrace au loin morte à l’Histoire.

Louis Aragon

COMMENT L’EAU DEVINT CLAIRE PAR LOUIS ARAGON


Louis Aragon

COMMENT L’EAU DEVINT CLAIRE PAR LOUIS ARAGON

Un immense printemps des eaux une débâcle
Qui va dans tous les sens s’égare et se confond
Reprend sa route on ne sait trop par quel miracle
Puis s’arrête à nouveau dans les terrains profonds

Ils coulent de partout ces ruissellements d’hommes
Des hauts-plateaux du bas-pays et des névés
Il en sourd des marais des fondrières comme
Du mâchefer des cours du tuf ou des pavés

Ils charrient avec eux leur terre d’origine
Alluvions de la nuit qui s’amasse et croupit
L’ardoise et le mica le schiste des ravines
Les superstitions l’erreur et l’utopie

Les déchets de la ville ou l’humus des pâtures
Alourdissent leur cours de nouveaux sédiments
Tout veut les détourner et tout les dénature
Tout les capte et les perd
Le ciel même leur ment

Ils coulent de partout roulant avec leurs songes
Le pêle-mêle ancien des sables et des boues
Ils coulent de partout et les plus beaux mensonges
De partout débordés n’en viendront pas à bout

Ils coulent de partout dans le bruit des querelles
Et des divisions que l’on croit infinies
Ils prennent le chemin de la mer naturelle
Où l’eau claire à la fin se rassemble et s’unit

Qu’importent les retours les doutes les attentes
Les lacis les refus les craintes les faux pas
Rien ne peut arrêter ni les herbes flottantes
Cette marche à la mer ni les joncs du delta

Qui saura dire un jour l’aimant
Cette attirance
Dont déjà si longtemps on avait dans l’idée
Qu’elle triomphera
Dont tu sais par avance
Que tu l’as pour destin
Qu’il t’y faudra céder

Mais devant ce danger de sève sous l’écorce
Cette insurrection du cœur et des pensées
Un monde en toi battait le rappel de ses forces
Tout un monde saisi d’une peur dépassée

Tout ce que tu portais en toi du fond des âges
Ce recommencement d’hier par aujourd’hui
Et la règle établie et le pli des usages
Et dans les pas anciens les nouveaux reconduits

Ou bien c’était perdant le sens et la mesure

Cet esprit de révolte à qui rien ne suffit

Qui tout comme au château s’en prend à la masure

Échafaudant le paradoxe et le défi

Tu te trompais facilement au tintamarre
Que l’ennemi déchaîne avec les mots abstraits
T’imaginais briser toi-même tes amarres
Et choisir les récifs qui pourtant t’éventraient

La chenille au moment de la métamorphose
Ignorant l’aile et l’air médit du firmament
Il t’arrivait d’écrire à la hâte des choses
Que tu liras plus tard avec étonnement

Peut-être aveuglément naufrageur de toi-même
Te voulais-tu fermer tout devenir humain
Disant l’impardonnable et faisant du blasphème
Une brûlante boue à te jeter demain

Jeune homme à ma semblance ô pâle créature
Chenille de moi-même avant d’avoir été
Elle a bien fonctionné ta machine à torture
Va tu peux t’en vanter toi qui sus l’inventer

Tu n’avais pourtant pas imaginé possible
Signalé comme un feu par la fumée du toit
A chacun de servir aussi longtemps de cible
Pour l’homme que je suis devenu malgré toi

Vois-tu j’ai tout de même pris la grande route
Où j’ai souvent eu mal où j’ai souvent crié
Où j’ai réglé mon pas pour que ceux qui m’écoutent
En scandent la chanson sur le pas ouvrier

Rien ne t’arrête plus quand s’en lève le jour

Le matin pour chacun peut être différent

Une grève un chômage ou le
Riff ou la
Ruhr

Mais si pour tout de bon tout d’un coup ça vous prend

Si se met à rougir cette aube d’évidence
Si l’on entend son cœur battre du même bruit
Dans le malheur commun d’une même cadence
Dont bat le cœur d’autrui

C’est à la mer enfin la mer qu’il faut qu’on aille Ëclaboussé d’écume et de sel et d’oiseaux
Ah c’est l’humanité dans son cri de bataille
Qui t’emporte au large des eaux

Même si bien longtemps une fois communiste
On va rester pareil au champ mangé d’orties
Que c’est faucher en vain quand la racine existe
Obscurément dans le
Parti

L’essentiel n’est pas ce que traînent de brume
Et de confusion les hommes après eux
Car le soleil pour nous et devant nous s’allume
Il est mon
Parti lumineux

Il faudrait que chacun racontât son histoire
Comment il est venu comment il varia
Comment l’eau devint claire et tous y purent boire
Un avenir sans parias

Comment fut le bon grain trié vaille que vaille
L’or séparé du sable et les cailloux polis
Comment l’événement l’étude et le travail
Ont trois fois sarclé nos folies

Comment notre
Parti c’est demain face à face
Et l’université marchante où se marient
Dans le laboratoire énorme de la classe
La pratique et la théorie

Et comment le
Parti c’est le constant partage
Entre les fleurs à naître et les neiges d’antan
Et la neuve critique et le vieil héritage
Dans leur équilibre constant

Comment c’est avant tout le trésor de science
Né du peuple et sans cesse au peuple confronté
Qui soude à tout jamais la finale alliance
Du rêve et des réalités

Il est le pionnier sous l’essaim des insectes
Arrachant les roseaux d’un sol qui se mourait
Il est le médecin qui dissipe la secte

Comme une fièvre des marais

L’agronome qui sait si la terre est acide
Et quel jour dans les prés faire voler la faux
Le pilote enseignant aux matelots qu’il guide
La passe et la voile qu’il faut

Dans la guerre que fait au peuple ce qui meurt
Il est l’état-major de l’avenir
II est
Comme sur les sillons le geste du semeur
Le stratège de ce qui naît

Entre tous les partis il est seul de sa sorte
Qui s’assigne pour but tout remettre à l’endroit
En posséder la carte à personne n’apporte
Que des devoirs et non des droits

Il est le négateur éclatant du système
Qui veut qu’un peuple en soi trouve son pain tout
Apprendre organiser se corriger lui-même
Voilà voilà sa force à lui

Au sens originel comme au sens militaire
Il est lorsqu’il surgit au cœur du campement
D’insolence que font les
Césars sur nos terres
L’éclaireur magnifiquement

C’est en vain qu’on le traque en vain qu’on le bâillonne
Il respire le jour au milieu de ses liens
Et
Danielle ou
Péri notre
Parti rayonne
Le fusiller ne sert de rien

Il est le feu profond qui renaît de ses cendres
Il est la vie ailleurs éteinte et qui reprend
Le soleil renaissant qu’on vit au soir descendre
Car il est le bien conquérant

Il est le bien des travailleurs et non du temple
Notre perpétuelle illumination
Notre
Parti qui joint la parole et l’exemple
Aux couleurs de la
Nation

De sa bouche ouvrière il ranime les braises
Alésia
Roncevaux
Bouvines ou
Valmy
Il porte la leçon de
Maurice
Thorez
Parmi les frères ennemis

Il dit la
France indépendante quand
Kléber
Ralliera
Jeanne d’Arc et
Bertrand
Duguesclin
Et que l’humanité comme elle se libère

Sans faire aucun peuple orphelin

Il dit le principal à cette heure où les armes
Lèvent comme un regain sur le sol allemand
Que c’est assez de sang que c’est assez de larmes
Qu’aider cela serait dément

Que la grande amitié possible qu’imaginent
Deux peuples mitoyens las de s’entretuer
N’est pas mise en commun d’hommes et de machines
Pour servir à d’autres ruées

Qu’elle ne se pourrait fonder sous la menace
Qui fait sur l’orient comme sur le couchant
Aux pays d’outre-Oder comme aux coteaux d’Alsace
Tourner l’é pee a deux tranchants

Qu’où
Liebknecht balaya devant sa propre porte
C’est la paix qu’aux
Français
Grotewohl déclara
Non les accords de
Bonn qui sur la peste morte
Refait le geste de
Clara

Mais vous pour qui la
France est une marchandise
Monnayant l’avenir l’honneur et le passé
Vous dont les fins de mois s’arrangent par traîtrise
Il vous dit que c’en est assez

Assez mettre à l’encan la robe de la
France
A la bourse d’Europe entre des maquignons
Escompter ses enfants leur force et leurs souffrances
Dont
Mère avec toi nous saignons

Il dit qu’avec les feux truqués d’une légende
On égare un soldat fût-il intelligent
Et ses fils ne font pas une nation grande
A massacrer chez eux les gens

Que naguère ce fut nous-mêmes qui donnâmes
L’exemple que suivront les peuples indomptés
Et qu’on ne peut couvrir cette guerre au
Viet-Nam
Du drapeau de la liberté

Qu’il nous faut un peu plus que des larmes amères
Que ça ne suffit pas si notre cœur se fend
A voir aux bras des mères d’au delà des mers
La mort de leurs petits enfants

Que ça ne suffit pas les regrets et le deuil
Et qu’en plus de la honte et du crime et du sang
Il y a dans nos ports ces terribles cercueils
Qu’une corde lente descend

Il dit que la jeunesse a bien assez à faire
Au pays que voici comme un champ passager
Que pour trente deniers des
Judas ont offert
Aux manoeuvres de l’étranger

Il dit qu’il n’est pas vrai que ces gens-là ne viennent
Que par amour de nous occuper
Orléans
Que tous ont leur demeure et le
G.
I. la sienne
Sur l’autre bord de l’Océan

Il dit que devant nous agiter des fantômes
Nous menacer du feu qui brûla nos bourreaux
Ne saurait de nos murs effacer les
Go
Home
Ni l’exemple de nos héros

Il dit que les
Français ne sont pas solitaires
Eux qu’on n’a jamais vus se lever en chantant
Sans que cela ne fît aussitôt sur la terre
Les avalanches d’un printemps

Il dit que nous avons de par le vaste monde
Tant d’amis qu’il faudrait plus d’yeux pour les compter
Que les astres du ciel et leurs reflets dans l’onde
Par une belle nuit d’été

Il dit que le chemin de notre indépendance
Mène à la grande paix de tout le genre humain
Il dit que cette paix tout à l’heure commence
Qui ne connaîtra pas de fin

Qu’il dépend de nous tous que l’histoire culbute
Les cycles infernaux du moderne
Ixion
Et les peuples unis renversent dans leur lutte
Le poids des malédictions

Il dit et se sentant maîtres de la nature

Ceux qu’à travers la nuit atteint au loin sa voix

Se mettent à rêver à des choses futures

Comme un rossignol dans les bois

Dans ce rêve où la vie aux vivants est remise
Voici l’homme et la femme et les enfants
Voici
Cette tranquillité de vieillir qu’organise
A jamais la démocratie

Et c’est parce qu’ils voient dans le
Parti l’image
De ces temps sans retour leur crainte et leur courroux
Que ceux qui de la mort font leur courant usage
Le veulent jeter sous les roues

Mais tuer le
Parti cela ne peut plus être
A ce point conscient où l’homme est parvenu
Sans que la guerre alors ne lui fasse connaître
Son atroce visage à nu

Pour tuer le
Parti c’est l’homme dans sa chair
Que vous atteindriez
Monstres aux jours nouveaux
Lui faisant étouffer tout ce qui lui est cher
Piétiner son propre flambeau

Quoi de ses propres mains il faudrait qu’il déchire
Sa croyance en lui-même et ses espoirs anciens
Irrémédiablement pour asseoir votre empire
Rivant nos fers river les siens

Parce que par vos soins une nuit volcanique
Empoisonne la mer où le stronthium pleut
Vous croyez prendre au piège un univers panique
Où meurt la vie à petit feu

Et comme les bandits perdus à qui ne restent
Que les jours de la surenchère et c’est fini
Il vous faut ajouter au napalm à la peste
L’évangile de
Bikini

L’homme ce cauchemar de partout vous enserre
Et de partout les feux par vos mains allumés
Dans ce monde où partout cherchant des janissaires
Vous appelez la croix gammée

Et l’homme s’il respire et l’homme s’il existe
C’est donc qu’il vous résiste il doit être abattu
Et vous avez raison
Vers le ciel communiste
Il se tourne quand on le tue

Salut à toi
Parti qu’il faut bien qu’on choisisse
Quand toute chose est claire et patent le danger 0 puits qui fais la vie et fais à l’oasis
Entre tous le pain partagé

Salut à toi qui dis au coureur dans sa course
Le message à porter où lui-même s’instruit
Salut à toi sagesse à toi fraîcheur des sources
Arbre géant de tous les fruits

Salut à toi
Parti qui nias la misère
Et montras l’homme frère à ses frères armés
Parti que les bourreaux en vain martyrisèrent
Sans te prendre le grain semé

Salut à toi phénix immortel de nos rêves
Salut à toi couleur du cœur force du vin
Parfum lorsque le vent du peuple enfin se lève
Envahissant la vie enfin

Salut enfant du feu que les flammes enfantent
Marin qui pris l’amour de la paix pour sextant
Toi monteur-ajusteur des idées triomphantes
O capitaine du printemps

Salut à toi
Parti ma famille nouvelle
Salut à toi
Parti mon père désormais
J’entre dans ta demeure où la lumière est belle
Comme un matin de
Premier Mai

Louis Aragon

LE FEU – ARAGON/ MARC OGERET


LE FEU – ARAGON/ MARC OGERET

Mon Dieu, mon Dieu, cela ne s’éteint pas
Toute ma forêt, je suis là qui brûle
J’avais pris ce feu pour le crépuscule
Je croyais mon cœur à son dernier pas.
J’attendais toujours le jour d’être cendre
Je lisais vieillir où brise l’osier
Je guettais l’instant d’après le brasier
J’écoutais le chant des cendres, descendre.

J’étais du couteau, de l’âge égorgé
Je portais mes doigts où vivre me saigne
Mesurant ainsi la fin de mon règne
Le peu qu’il me reste et le rien que j’ai.
Mais puisqu’il faut bien que douleur s’achève
Parfois j’y prenais mon contentement
Pariant sur l’ombre et sur le moment
Où la porte ouvrant, déchire le rêve.

Mais j’ai beau vouloir en avoir fini
Chercher dans ce corps l’alarme et l’alerte
L’absence et la nuit, l’abîme et la perte
J’en porte dans moi le profond déni.
Il s’y lève un vent qui tient du prodige
L’approche de toi qui me fait printemps
Je n’ai jamais eu de ma vie autant
Même entre tes bras, aujourd’hui vertige.
Le souffrir d’aimer flamme perpétue
En moi l’incendie étend ses ravages
A rien n’a servi, ni le temps, ni l’âge
Mon âme, mon âme, où m’entraînes-tu ?
Où m’entraînes-tu ?

Louis Aragon

LE VASTE MONDE PAR LOUIS ARAGON


LE VASTE MONDE PAR LOUIS ARAGON

Où faut-il qu’on aille
Pour changer de paille
Si l’on est le feu

À moins qu’il ne faille
Si l’on est la paille
Fuir avec le feu

La paille est si tendre
Mais vouloir l’étendre Étendra le feu
Qu’on tente d’étreindre

Or il faut l’éteindre

Le long pour l’un pour l’autre est court
II y a deux sortes de gens
L’une est pour l’eau comme un barrage et l’autre fuit comme l’argent

Le mot-à-mot du mot amour à quoi bon courir à sa suite
Il est resté dans la
Dordogne avec le bruit prompt de la truite
Au détour des arbres profonds devant une maison perchée
Nous avions rêvé tout un jour d’une vie au bord d’un rocher

La barque à l’amarre
Dort au mort des mares
Dans l’ombre qui mue

Feuillards et ramures
La fraîcheur murmure
Et rien ne remue

Sauf qu’une main lasse
Un instant déplace
Un instant pas plus

La rame qui glisse

Sur les cailloux lisses
Comme un roman lu

Si jamais plus tard tu reviens par ce pays jonché de pierres
Si jamais tu revois un soir les îles que fait la rivière
Si tu retrouves dans l’été les bras noirs qu’ont ici les nuits
Et si tu n’es pas seule alors dis-lui de s’écarter dis-lui
De s’é-car-ter le temps de renouer ce vieux songe illusoire
Puis fais porter le mot amour et le reste au brisoir

On a beau changer d’horizon
Le cœur garde ses désaccords
Des gens des gens des gens encore
De toute cette déraison
Il n’est resté que les décors

Elle amenait à la maison
Des paltoquets et des pécores
Je feignais lire
YInprekor
Comme un jour fuit une saison
Il n’est resté que les décors

On a beau changer de poison
Tous les breuvages s’édulcorent
Toutes les larmes s’évaporent
Des fièvres et des guérisons
Il n’est resté que les décors

On a beau changer de prison
On traîne son âme et son corps
Les mois passent marquant le score

De tant d’atroces trahisons
II n’est resté que les décors

Le cœur ce pain que nous brisons
Que les sansonnets le picorent
J’aurais dû partir j’avais tort
Aux lueurs des derniers tisons
Il n’est resté que les décors

À chaque gare de poussière les buffles de cuir bouilli

Les gardes qui font un remuement d’armes et bottes noires

Devant les buffets de piments et d’orgeat

Des femmes sur leurs ballots sombres

Yeux d’olive visages d’huile

Quel est donc ce pays de soif et de bucrânes

Nous roulons sur la terre cuite.
Où sommes-nous

Il n’y a sur la toile énorme qu’un âne et qu’un homme

Une cruche d’ombre un pain bis un oignon

Et le vallonnement uniforme où nous nous éloignons

Le train s’en va comme un caniche
Sous le couchant drapeau de
Catalogne

Primo de
Rivera

En ce temps-là dans les hôtels les domestiques

Surveillaient les voyageurs par le trou de la serrure

Afin que tout fût bien selon l’Église

Dans les premiers froids de
Madrid
J’habitais la
Puerta del
Sol
Cette place comme un grand vide
Attendait quelque nouveau
Cid
Dont le manteau jonchât le sol
Et recouvrît ces gueux sordides
Qu’on jette aux mendiants l’obole
Montrez-moi le peuple espagnol

Primo de
Rivera

Il y avait au
Prado ce qui ne se montrait pas dans
J’ai reconnu le garçon d’hôtel espionnant à la porte
Dans un dessin de
Goya

Ce peintre apprend mieux que personne
L’Espagne et son colin-maillard
Mais par-dessus tout il m’étonne
Me serre le cœur et lui donne
Le secret de ce cauchemar
Par cette épouvante d’automne

Dans un tableau fait sur le tard
Le grand goudron de
Gibraltar

Primo de
Rivera

J’ai parcouru les sierras
Où la procession des villes se lamente
Tolède
Ségovie
Avila
Salamanque
Alcala de
Henarès

Passant les bourgs de terre cuite
Les labours perchés dans les airs
Sur un chemin qui fait des huit
Comme aux doigts maigres des jésuites
Leur interminable rosaire
Le vent qui met les rois en fuite
Fouette un bourricot de misère
Vers l’Escorial-au-Désert

Primo de
Rivera

Une halte de chemin de fer à mi-route entre l’hiver et l’été

Entre la
Castille et l’Andalousie

À l’échiné des monts à la charnière sarrasine

Un jeune aveugle a chanté

D’où se peut-il qu’un enfant tire
Ce terrible et long crescendo
C’est la plainte qu’on ne peut dire
Qui des entrailles doit sortir
La nuit arrachant son bandeau
C’est le cri du peuple martyr
Qui vous enfonce dans le dos
Le poignard du cante jondo

Primo de
Rivera
Primo de
Rivera
Primo de
Rivera

ô bruit des wagons dans la montagne bruit des roues
Et tout à coup c’est le mois d’août
Un souffle sort on ne sait d’où
L’odeur douce des fleurs d’orange

Le grand soir maure de
Cordoue

Qu’au son des guitares nomades
La gitane mime l’amour
Les cheveux bleuis de pommade
L’œil fendu de
Schéhérazade
Et le pied de
Boudroulboudour

Il se fait soudain dans
Grenade
Que saoule une nuit de vin lourd
Un silence profond et sourd

Primo de
Rivera

Le verre est par terre
Un sang coule coule
Dommage le vin
Du bon vin
Lorca
Lorquito
Lorca c’était du vin rouge
Du bon vin gitan

Qui vivra verra le temps roule roule
Qui vivra verra quel sang coulera
Quand il sera temps
Sans parler du verre
Qui vivra verra

Il se fait soudain dans
Grenade
Que saoule une nuit de sang lourd
Une terrible promenade

Il se fait soudain dans
Grenade
Un grand silence de tambours

Louis Aragon

EL MUNDO AMPLIO
POR LOUIS ARAGON


A donde vamos
Para cambiar la pajita
Si somos fuego

A menos que haya una necesidad
Si somos la paja
Huye con fuego

La pajita es tan tierna
Pero querer esparcirlo esparcirá el fuego
Que intentamos abrazar

Pero debe estar apagado

El largo el uno para el otro es corto
Hay dos tipos de personas
Uno es para agua como una presa y el otro gotea como dinero

La palabra por palabra de la palabra amor, ¿de qué sirve correr tras ella?
Se quedó en el
Dordoña con el rápido sonido de la trucha
Alrededor de los árboles profundos frente a una casa encaramada
Habíamos soñado todo un día con una vida al borde de una roca

El barco en el amarre
Duerme en la muerte de los estanques
En la sombra que cambia

Correas y astas
La frescura susurra
Y nada se mueve

Excepto que una mano cansada
Un momento se mueve
Un momento no mas

El remo que se desliza

Sobre guijarros lisos
Como una novela leída

Si alguna vez más tarde vuelves por esta tierra sembrada de piedras
Si alguna vez vuelves a ver las islas que el río hace una noche
Si encuentras en verano los brazos negros que aquí tienen las noches
Y si no estás solo, dile que se haga a un lado, dile
Para tomarse el tiempo para renovar este viejo sueño ilusorio
Entonces lleva la palabra amor y el resto al breaker

Podemos cambiar nuestro horizonte
El corazón guarda sus desacuerdos
Gente, gente, gente, todavía
De toda esta sinrazón
Solo quedaron las decoraciones

Ella trajo a casa
Paltoquets y pecores
Fingí leer
YInprekor
Como un día huye de una estación
Solo quedaron las decoraciones

Podemos cambiar el veneno
Todas las bebidas están endulzadas.
Todas las lagrimas se evaporan
Fiebres y curas
Solo quedaron las decoraciones

Podemos cambiar las cárceles
Arrastramos nuestra alma y nuestro cuerpo
Pasan los meses anotando el puntaje

De tantas traiciones atroces
Solo quedaron las decoraciones

El corazón este pan que partimos
Que le picoteen los estorninos
Debí haberme ido, estaba equivocado
A la luz de las últimas brasas
Solo quedaron las decoraciones

Búfalos de cuero hervidos en cada estación de polvo

Los guardias que mueven brazos y botas negras

Frente a los bufés de chile y cebada

Mujeres en sus bultos oscuros

Rostros de aceite de ojos de oliva

¿Qué es este país de sed y bucrânes?

Estamos rodando sobre terracota.
Dónde estamos

Solo hay un burro y un hombre en el enorme lienzo

Una jarra de sombra, un pan moreno y una cebolla.

Y el uniforme ondulando donde nos alejamos

El tren va como un caniche
Bajo la bandera del atardecer de
Cataluña

Primero de
Rivera

A esa hora en los hoteles los criados

Viajeros observados a través del ojo de la cerradura

Para que todo salga bien según la Iglesia

En el primer resfriado de
Madrid
Yo viví ahí
Puerta del
Suelo
Este lugar como un gran vacío
Estaba esperando algo nuevo
Cid
Cuyo manto esparcido por el suelo
Y cubrió a estos sórdidos mendigos
Que arrojamos a los mendigos el obol
Muéstrame a los españoles

Primero de
Rivera

Había en
Prado lo que no se mostró en
Reconocí al chico del hotel espiando en la puerta
En un dibujo de
Goya

Este pintor aprende mejor que nadie
España y su encuesta de ciegos
Pero sobre todo me asombra
Sostén mi corazón y dalo
El secreto de esta pesadilla
Por este terror de otoño

En una pintura hecha tarde
El gran alquitrán de
Gibraltar

Primero de
Rivera

He recorrido las sierras
Donde la procesión de las ciudades llora
Toledo
Segovia
Ávila
Salamanca
Alcalá de
Henares

Pasando los pueblos de terracota
Arando encaramado en el aire
En un camino que hace ocho
Como los delgados dedos de los jesuitas
Su rosario interminable
El viento que hace volar a los reyes
Batir un burro de la miseria
Hacia Escorial-au-Désert

Primero de
Rivera

Una parada de tren a medio camino entre el invierno y el verano.

Entre aquí
Castilla y andalucía

En la parte posterior de las montañas en la bisagra sarracena

Un joven ciego cantó

¿De dónde puede sacar un niño?
Este terrible y largo crescendo
Esta es la denuncia que no se puede decir
Quien de las entrañas debe salir
La noche se arranca la venda de los ojos
Es el grito del pueblo martirizado
Que te empuja por la espalda
La daga del cante jondo

Primero de
Rivera
Primero de
Rivera
Primero de
Rivera

oh sonido de los carros en la montaña sonido de las ruedas
Y de repente es agosto
Un aliento sale de quien sabe de donde
El dulce olor de los azahares

La gran velada morisca de
Córdoba

Que al son de las guitarras nómadas
La gitana imita el amor
Cabello azulado con pomada
El ojo de hendidura de
Scheherazade
Y el pie de
Boudroulboudour

De repente sucede en
Granada
Que bebió una noche de vino pesado
Un silencio profundo y amortiguado

Primero de
Rivera

El vaso esta en el piso
La sangre esta fluyendo
Que mal el vino
Buen vino
Lorca
Lorquito
Lorca era vino tinto
Buen vino gitano

Quién vivirá verá rollos de tiempo
Quién vivirá verá qué sangre fluirá
Cuando es el momento
Sin mencionar el vaso
El tiempo lo dirá

De repente sucede en
Granada
Ese borracho una noche