JADE FAUX PAR VICTOR SEGALEN


« PASSAGE D’UNE ÂME » – ODILON REDON

JADE FAUX PAR VICTOR SEGALEN

O fourberie d’une amitié parfaite ! Sonorités sournoises d’un double écho de l’un à l’autre cœur !

Nous aimions, nous décidions en même confiance : de l’un à l’autre fidèle en termes plus clairs que le grand ciel sec de l’hiver.

Las ! le mauvais printemps est venu, et le vent trouble et le sable en tourmente jaune. J’avais promis,

Je n’ai pas tenu. L’écho s’étouffe. C’est fini. — Ce jour glorieux d’abandon, ah ! que n’ai-je été dur et sourd et sans paroles !

O générosité fourbe, jade faux blessant au cœur plus que l’indifférence au cœur de porcelaine !

Victor Segalen

VIATIQUE PAR BIRAGO DIOP


ODILON REDON

VIATIQUE PAR BIRAGO DIOP

Dans un des trois canaris

des trois canaris où reviennent certains soirs

les âmes satisfaites et sereines,

les souffles des ancêtres,

des ancêtres qui furent des hommes

des aïeux qui furent des sages.

Mère a trempé trois doigts,

trois doigts de sa main gauche :

le pouce, l’index et le majeur;

Moi j’ai trempé trois doigts :

trois doigts de la main droite :

le pouce, l’index et le majeur.

Avec ses trois doigts rouges de sang,

de sang de chien,

de sang de taureau,

de sang de bouc.

Mère m’a touché par trois fois.

Elle a touché mon front avec son pouce,

Avec l’index mon sein gauche

Et mon nombril avec son majeur.

Moi j’ai tendu mes doigts rouges de sang, de sang de chien, de sang de taureau, de sang de bouc.

J’ai tendu mes trois doigts aux vents aux vents du
Nord, aux vents du
Levant aux vents du
Sud, aux vents du couchant;
Et j’ai levé mes trois doigts vers la
Lune, vers la
Lune pleine, la
Lune pleine et nue
Quand elle fut au fond du plus grand canari.

Après j’ai enfoncé mes trois doigts dans le sable dans le sable qui s’était refroidi.
Alors
Mère a dit : «
Va par le
Monde,
Va !
Dans la vie ils seront sur tes pas. »

Depuis je vais

je vais par les sentiers

par les sentiers et sur les routes,

par-delà la mer et plus loin, plus loin encore,

par-delà la mer et par-delà l’au-delà ;

Et lorsque j’approche les méchants,

les
Hommes au cœur noir,

lorsque j’approche les envieux,

les hommes au cœur noir

Devant moi s’avancent les
Souffles des
Aïeux.

Birago Diop

PERCEE


ODILON REDON

PERCEE

Tiré du Pianiste le besoin de réagir à la forme d’écrasement soudaine, me rafraîchit

je suis pas à pas Polanski à la trace dans la symbolique magnifique du combat intérieur qu’il apporte

en réajustant les effets destructeurs que le présent parsème

Poésie psychologique du combat de l’épreuve à franchir

La guerre troue les murs, sur le clavier les doigts fleurissent les ruines

Dans l’asile de décombres qui croirait en l’espoir, à part la folie nécessaire de la foi génératrice de l’impossible ?

ISTHME A ELLE


ODIKON REDON

ISTHME A ELLE

Un trois-mâts se glisse entre deux estrans tenus de haut en bas par tous les côtés

« Je suis toujours la Grande Isis ! Personne n’a encore levé mon voile ! » s’écrie Odilon en déboutonnant son corsage. Libérant les cris des oiseaux-marins en un tour-de-main

Une chaleur de volcan en fusion

met la mer en ébullition

Ce qui reste de la végétation ouvre sa trousse pour trouver un taille-crayon qui aurait la mine fraîche, et le goût d’écrire déraisonnablement le voeu de noces avec la vie, sans compter les nuits, qu’il y ait du vent ou non, et n’importe quelle panne de courant

Par la mer l’accès revient alors à la calanque

coupant du bruit d’enfer des scooters en isolant des serviettes de plage, porte-ouverte sur la grotte sans mettre Isis en doute

un vers d’olive dans le jaune du pastis à la table des guitares.

Niala-Loisobleu – 17 Mai 2022

DECLARATION PUBLIQUE


ODILON REDON

DECLARATION PUBLIQUE

Face à la durée l’éphémère avoue ce qu’il cache

comme l’aisselle montre que la fonction du poil n’a rien de la mauvaise herbe

alors que la vigne et sa feuille dogmatique hypocrise en voilant le désir

Raide sur ses fruits ma tige accueille la fonction du compotier sans cacher le nu de ce qui s’entend par éternité

Ce qui « dur » dure par nature non soumise et non par les rues à trottoirs commerçants.

Niala-Loisobleu – 17 Mai 2022

TOILETTE


TOILETTE

sur la table le broc tire la langue

il n’y a plus d’eau pour les chants

la chaleur est plus qu’un brin étouffante

qui a scié l’aqueux du piano ?

Niala-Loisobleu – 16 Mai 2022

PAR LA PORTE DU SQUARE


ODILON REDON

PAR LA PORTE DU SQUARE

Au bout du banc, dans le bac à sable un rire d’enfant à pelle et ratisse de sauts successifs ses châteaux d’une main qui caresse sans briser

Quelques marronniers sur le papier, peints d’un marron d’Inde coiffé d’épines passent en fendant leur coquille pour lâcher la dent de laid

Pendant qu’un bruit de sabots accompagne la concertiste à sa loge pour plancher

Du bassin ouvert à la mer pour le week-end le gardien tire du sel du bras qui lui reste d’un temps de guerre quasi inévitable quand l’été approche

tous barbecues et planchas mis en batteries sur les rides du front de mère

Une opinion égarée parle bouche-close pour ne pas interrompre la consigne de vote et le mime des ramblas dans son statuaire numéro de Gaudi yole embarqué pour Cythère

Aux branches mortes du calvaire les oranges prient pour qu’on cesse de vanter les marchands de bonheur comme une nécessité et que toute croyance puisse redonner un sens.

NEUF MOI DE GROSSESSE POUR PERDRE LES ZOOS AH OUI

Des accordéons mis en bandoulières aux seins gonflés comme des ballons quittent le projet de gagner Mars en se disant que sur terre on a assez de guerre sans avoir besoin d’aller habiter chez son dieu

Niala-Loisobleu – 15 MAI 2022

GISANTS PAR MICHEL DEGUY


FLEUR DE MARAIS – ODILON REDON

GISANTS

PAR MICHEL DEGUY

Treuil de la paume qui te lève

Pelvienne ce trente mai

Ton visage passe tout près

Méat de syllabes votives

Tu sèmes trois cierges avant

Que nous passions en revue la
Seine

Les recrues nous prennent
Nous partons

En photos au
Japon
Je te déhanche

Tu me dis que tu
Us ton passé à
L’hôtel blanc

Bottes collants dépecés bain

Le jusant te découvre

Tes bas pèlent ton bas fait l’équilibre

Une autre fois j’ai bu à ton nadir

T’amenant à plus être peut-être

On nous compare à deux barges de
Loire

Nos vies changent doucement à notre quart d’insu

Comme deux barges de
Loire imagine abordées

Démarrées dissociées contrecarrées par

Des souches invisibles se côtoient qu’un

Courant sous la face des contre-courants soude

Il faut redire en l’altérant le même

Qui se méconnaît d’être-trop reconnu

Ce même c’est ta mort et le poème.

Michel Deguy

L’Empoigné des mains


Odilon Redon

L’Empoigné des mains

Dans l’abrupt du costume mis sur l’image la balade se tortille pour savoir ce qui se cache derrière la cravate qui mobilise toute la place

Les hypothèses allant comme des caisses d’alevinage déversé, mélange au point de remplacer la race par un bâtardage de diversion

Odilon t’asseyant sur le jaune du noyau porte le vrai à tes mains pour leur faire sentir le signe de reconnaissance

Alors passé le décor de carton pâte apparaîtront les remparts solides de la pierre sur le chant lyrique de l’aria que le flux mène au rivage

Le Peintre peint saut en membres.

Niala-Loisobleu – 11 Mai 2022

ET MOI DU POITRAIL


ODILON REDON

ET MOI DU POITRAIL

je mesure au symbole le gabarit de ce que ça signifie

ce que l’homme peut avoir à dire dans la métaphore d’une image croissante

Sous la chute de la cascade plus de kilomètres d’eau que de mots ont amenés le volume de la chute

Au point que la force du courant écarte du sens de la saisie

et l’inattention de lecture sépare définitivement du partage

Figure prise entre sol y sombra qu’on devra ôter de la table des matières afin de laisser courir

Ce que le silence a conduit à connaître doit toujours être l’antichambre par où l’on entre.

Niala-Loisobleu – 8 Mai 2022