COMME EN SEMANT


COMME EN SEMANT

Le pied tiré du lit et le café avalé, j’ouvre le jour d’un coup de bleu sans regarder comment c’est dehors comme couleur. La seule qui conte est celle qu’on porte dans son coeur

En ces temps de récession les influences font du porte à porte pour placer leurs nanars

La nuit le tableau de la veille a cheminé dans ma cavalcade onirique, en précisant parfois un point à renforcer. L’amour aime les traits appuyés

Au froid revenu l’appétit se fait plus vif de bon matin dans l’atelier. Faire l’amour au comme en semant ça parle d’airain et j’ai toujours été du matin

Bonjour !

Niala-Loisobleu – 19 Septembre 2022

ESPERER


ESPERER

Dans l’élan, sauter l’amer comme on dément ce qui est imposé pour choisir sa plage

c’est lucide

de petites-maisons-blanches en rues noires tu passes à l’air-libre sans t’arrêter aux vitrines de la mode exécrable

Sans cravate une chemise à fleurs se marie bien avec un papillon uni

Mon chevalet galope à les toiles sans impossible

Bien sûr ça refait pas le monde, mais ça modifie la couleur triste que la vie met pour s’habiller.

Niala-Loisobleu – 14 Septembre 2022

MAINS TENANT ENCORE 5(REPRISE)


MAINS TENANT ENCORE 5 (REPRISE)

Le jour n’avait pas sonné qu’il était encore cette lumière à l’intérieur

déjà..

Dans l’enveloppe du gland, de la faîne, la poche du rein,

la prescience du minéral battant la roche,

la pierre à feu souffrant le bout de l’allumette,

pourquoi pas

le tabernacle

eh oui, si tu veux

le choix est,

le choix sera-t-il ?

Le secret du vote se fout de l’urne, tu le connais dans le coeur

Il n’existe pas ici-bas d’endroit plus haut

Le tremblement bleu-argent, olive dans les branches de ses veines

artères tordues, doigts à l’incision d’où jaillit la sève du vouloir contrer l’impossible

cette puissance qui alimente le néant à perte de vue

partout présente dans nos matins jusqu’au soir

Nous y sommes confrontés

Alors la promesse va devoir défier sans rien d’autre

De partout les bêtes lance-flammes déploient leurs ailes

la ville passe à l’ombre

les rues tombent au fond des souterrains d’un avaloir quotidien

Ne sommes-nous pas sortis de la pire des conditions pour avoir  dit oui à la croisade ?

Le graal c’est l’entité initiatique

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Mains Tenant 5 – 2015 – Niala – Acrylique sur panneau 65×50 – Collection Privée

L’amertume déverse le verre fielleux en pleine pulpe

la coupe de fruits se taille au bazooka au verger d’un incendie de faux rais

le vitrier et le rémouleur sont en plein film d’épouvante

qu’est-ce que ça plombe la chasse au bon heur

Jusqu’aux os

jusqu’au par-dessus la tête

Et dans tout ça vous étiez vous à quel endroit ?

Au fond de la tranchée devant le sifflet de l’officier ordonnant l’assaut

tous les nids de guêpes des mitrailleuses en batterie dans l’axe

Et la mine ?

Anti-perso pour t’arracher les jambes des fois que t’aurais encore des couilles

Et l’à venir ?

Le trou-noir

Ben dis-dont

c’est quoi ce plan ?

L’espoir mon P’tit-Gars

ça qui fait le pigment de mon bleu

qui te propulse à poil pour sortir ta ruche du mauvais oeil

qui porte quand la rafale lâche ses vagues scélérates

qui rend visible

ce pour quoi tu avais décidé d’un nouveau départ

et qui te relève quand t’es au plus bas, attrapé par la ficelle du cerf-volant

Mains tenant…

Niala-Loisobleu.

30 Septembre 2015

UNE IMAGE HEUREUSE DEMEURE


Série « LES ARBRES BLEUS » – Niala 2012 – LES NICHOIRS – Collection Privée

UNE IMAGE HEUREUSE DEMEURE

32 ° dehors en ce moment

dans le jardin estourbi où l’absence d’oiseaux se justifie

J’ai trempé mon oeil dans les vols qu’ils croisaient il n’y a pas si longtemps

Couleurs traçantes de mésanges, rouges-queues, huppes fasciées, merles chanteurs et rouges-gorges dans des chassés-croisés incessants au jardin alors vert

Et piqués dans le bassin de leurs jeux joyeux qui n’attirait pas alors les moustiques tigres qu’il a fallut assécher aujourd’hui

Les arbres de La Chaume bornent un territoire qui leur appartient

émoi je continue d’y habiter, ovale comme un oeuf dans ma pensée.

Niala-Loisobleu – 5 Septembre 2022

UN ASTRE PAR ANTONIO RAMOS ROSA


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Antonio Ramos Rosa

UN ASTRE

PAR

ANTONIO RAMOS ROSA

Entends la mémoire du sang qui s’éteint, la longue

incohérence de la parole. Entends la terre taciturne.

Tout est furtif, les ombres inaccueillantes. Nul jardin

de secrets. Nulle patrie entre les herbes et le sable.

Mais où donc jaillissent l’ombre et la clarté ?

Voici les coteaux de la terre aride et noire. Qui

reconnaît l’équilibre des évidences sereines ?

Ces mots ont une odeur de portes souterraines.

Comment dominer la démesure de l’absence et le vertige ?

Comment rassembler l’obscur dans l’évidence des mots ?

Ecoute, écoute la longue incohérence de la terre

et de la parole. Tout au long de la distance

murmure la monotone perfection d’une mer.

Par oublieuse pudeur un astre se fait velours

d’un bleu profond dans la corolle du silence.

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

in, « Anthologie de la poésie portugaise contemporaine,1935 – 2000 »

Editions Gallimard (Poésie), 2003

AUX ROULIS DE MA FENÊTRE


AUX ROULIS DE MA FENÊTRE

Quittant les bords du lit de la rivière

j’arrive aux écluses de mes cataractes

et mange de ma mémoire ce que je n’arrive plus à penser ce que j’ai pu croire

Tu t’es renversée d’un arc de reins de walkyrie

au silence plus sonore qu’un passage de mur du son

Quand le bleu se déchaîne la libération part dans tous les sens

sans que ça trouble le moins du monde les moissons de regains qui en dépit des jambes tiennent ma main-gauche en soc

Ah labour…

Quelque part dans un coin du monde des grands fauves reviennent aux forêts du début, je ne partirai pas sans en avoir tailler ma pirogue

ni m’avoir versé des menthes dans un vert d’ô gazeuse

D’ocres surgissant le cheval aboie et le chien hennie, des tomates grosses comme un cul rougissent sans honte

l’abricotier colle tout autour de ma branche son écorce de velours humide

je vais jouir dans le capiton de ma cellule

Jamais comme depuis longtemps l’en vie de peindre ce besoin de vie ne m’avait coulé des pores, sans doute suis-je cerné par la mort. Ceux que je n’ai pas réussi à quitter bien que partis me rappellent ce type de stigmates qu’on peut sortir du fond de sa poche-restante

Dire que le feu me monte au moment où la canicule se repointe, c’est ma seule angoisse , je voudrai pas être interdit d’atelier sans pouvoir l’exprimer

Entasser mon oeuvre, toile lune contre l’autre, c’est briser la coque de l’indifférence.

NIALA-LOISOBLEU.

29 Juillet 2022

L’alphabet de la mort – René Guy Cadou


Niala – La Mémoire des Muses 7 – Acrylique s/toile 80×80

L’alphabet de la mort – René Guy Cadou

René Guy Cadou – (1920-1951)

Bruits du coeur (1941)

O mort parle plus bas on pourrait nous entendre
Approche-toi encore et parle avec les doigts
Le geste que tu fais dénoue les liens de cendres
Et ces larmes qui font la force de ma voix

Je te reconnais bien. C’est ton même langage
Les mains que tu croisais sur le front de mon père
Pour toi j’ai délaissé les riches équipages
Et les grands chemins bleus sur le versant des mers.

Nous allons enlacés dans les brumes d’automne
Au fond des rues éteintes où tourne le poignard
Et jusqu’aux étangs noirs où ne viendra personne
O mort pressons le pas le ciel est en retard

C’est à tous les amis que j’offre ma poitrine
A tous ceux qui font l’air et la bonne chaleur
Après ça laissez-moi rouler sous les collines
L’ombre des animaux ne m’a jamais fait peur.

Flamme qui me retiens je souffle ta lumière
Et ces joues colorées qui rallument ma faim
Je glisse lentement. c’est assez douces pierres
Soulevez mes poumons que je respire enfin

Telle tu m’apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l’été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d’une seconde et d’une éternité

René Guy Cadou


RAMBLAS


ALBIN BRUNOVSKY

RAMBLAS

La guitare pavée au trottoir de mon rêve

saute le caniveau d’une pluie battante en pleine canicule

nous brûlons sans avoir vu d’apparition virginale

des mains claquent

un cheval calèche

la grange a rouvert le grenier à sel

D’une mosaïque que les bancs bleuissent autour de la Sagrada

la ferronnerie des balcons des façades me retient sur le devant de la mer

Hier j’étais sur le point de vieillir

la peau épluchée

quand ce matin tu t’es garée quatre-saisons

djelem-djelem

au coin de ma porte cochère

la blancheur du mime renouant son mouvement à la statue

des pigeons pour piedestal dans l’odeur d’huile qui chauffe

j »ai peint demains nus

bain de palmes

l’art qu’à la rue s’étale à même le sol

brut de coeur.

Niala-Loisobleu – 13 Juillet 2022