ALLELUIA – BERTRAND BELIN


ALLELUIA – BERTRAND BELIN

niala

ALLELUIA PAR BERTRAND BELIN

La messe n’est pas dite
Le sort n’est pas jeté
Prière de prévoir
La paix de mes nerfs
Prière
Parole de primate
Parole de blatte
Prière de prévoir
La paix de mes nerfs
Prière
À hauteur d’atomes
À hauteur de fantôme
À longueur d’angélus
À longueur de phallus
Je la cherche par terre
Je la cherche au fond des rivières

Comme on chercherait de l’or
La paix de mes morts

Alléluia
Be Bop A Lula

À longueur de mythes
À hauteur de termite
De parabole en parabole
De rite en rite
De rumeur en rumeur

Je la cherche au ciel
Je la cherche au fond des rivières
Comme on chercherait de l’or
La paix de mes morts

Alléluia

Be Bop A Lula

Prends-là des deux faces


NIALA

Prends-là des deux-faces

Et jette le mauvais côté des fausses strates aux sphères

le bidet sans jet central

la plume fessière

et son chat peau retendu pourri de douairière sans rides

ils ont noyés l’île

m’en fous

ta bouche c’est mon tuba boum-boum

Reste en corps assez d’ô dans la lanterne de mon phare pour mordre les dents de l’amer

Sur ta réalité je te monte à cru sur le do

pour labourer tout ça

et chante Alléluia

la messe est loin d’être dite !!!

Niala-Loisobleu – 23 Mai 2022

MELUSINE


MELUSINE

Palliant la sécheresse et son manque de couleurs franches, trois ou quatre roses du matin respirable redressent un espace en perdition.

Mélusine a mené elle-même les chèvres au coin du Poitou où le vers serait encore sans obligation d’herbe d’ailleurs

Las des allusions le Nil demande au Soudan de lui envoyer l’alluvion et de se garder le crocodile aux cataractes

L’Île Eléphantine en felouque c’est l’autre voyage de l’initiation à poursuivre pour repolir la pierre qui s’est moussue

Les orages mis en surveillance j’attends autre chose de ce Dimanche qu’un raciste mis à l’éducation des enfants par le triste sire et sa technocrate frigide L’humide féminin est la base de la Source Originelle.

Niala-Loisobleu – 22 Mai 2022

TÊTES DROITES


TÊTES DROITES

La chaudière n’a pas pu résister à la pression

elle a implosé déversant par son cathodique tube une pluie à redresser la tête des fleurs

Avant que le dragon revienne sécher de son lance-flammes j’ai profité de la pause pour mettre mon corps au frais en disant bonjour au jardin

Le sentiment qu’il il y a des motifs de se dire quelque chose qui tienne fait toujours du bien

J’en garde la faculté par le choix du bleu au départ du nuancier.

Niala-Loisobleu – 19 Mai 2022

PERCEE


ODILON REDON

PERCEE

Tiré du Pianiste le besoin de réagir à la forme d’écrasement soudaine, me rafraîchit

je suis pas à pas Polanski à la trace dans la symbolique magnifique du combat intérieur qu’il apporte

en réajustant les effets destructeurs que le présent parsème

Poésie psychologique du combat de l’épreuve à franchir

La guerre troue les murs, sur le clavier les doigts fleurissent les ruines

Dans l’asile de décombres qui croirait en l’espoir, à part la folie nécessaire de la foi génératrice de l’impossible ?

ISTHME A ELLE


ODIKON REDON

ISTHME A ELLE

Un trois-mâts se glisse entre deux estrans tenus de haut en bas par tous les côtés

« Je suis toujours la Grande Isis ! Personne n’a encore levé mon voile ! » s’écrie Odilon en déboutonnant son corsage. Libérant les cris des oiseaux-marins en un tour-de-main

Une chaleur de volcan en fusion

met la mer en ébullition

Ce qui reste de la végétation ouvre sa trousse pour trouver un taille-crayon qui aurait la mine fraîche, et le goût d’écrire déraisonnablement le voeu de noces avec la vie, sans compter les nuits, qu’il y ait du vent ou non, et n’importe quelle panne de courant

Par la mer l’accès revient alors à la calanque

coupant du bruit d’enfer des scooters en isolant des serviettes de plage, porte-ouverte sur la grotte sans mettre Isis en doute

un vers d’olive dans le jaune du pastis à la table des guitares.

Niala-Loisobleu – 17 Mai 2022

LA BARRIERE DE ROSS – JULIEN GRACQ


LA BARRIERE DE ROSS – JULIEN GRACQ

Il faut se lever matin pour voir le jour monter à l’horizon de la banquise, à l’heure où le soleil des latitudes australes étale au loin des chemins sur la mer. Miss Jane portait son ombrelle, et moi un élégant fusil à deux coups. A chaque défilé de glacier, nous nous embrassions dans les crevasses de menthe, et retardions à plaisir le moment de voir le soleil à boulets rouges s’ouvrir un chemin dans un chantilly de glace pailletée. Nous longions de préférence le bord de la mer là où, la falaise respirant régulièrement avec la marée, son doux roulis de pachyderme nous prédisposait à l’amour. Les vagues battaient sur les murs de glace des neiges bleues et vertes, et jetaient à nos pieds dans les anses des fleurs géantes de cristaux, mais l’approche du jour était surtout sensible à ce léger ourlet de phosphore qui courait sur les festons de leur crête, comme quand les capitales nocturnes se prennent à voguer sur l’étalé de leur haute mer. Au Cap de la Dévastation, dans les fissures de la glace poussaient des edelweiss couleur de nuit bleue, et nous étions toujours sûrs de voir se renouveler de jour en jour une provision fraîche de ces œufs d’oiseaux de mer dont Jane pensait qu’ils ont la vertu d’éclaircir le teint. Sur la bouche de Jane, c’était un rite pour moi que de renouveler chaque jour pour l’y cueillir de mes lèvres cet adage puéril. Parfois les nuages nous dérobant le pied de la falaise annonçaient un ciel couvert pour l’après-midi, et Jane s’informait d’une voix menue si j’avais soigneusement enveloppé les sandwiches au chester. Enfin la falaise devenait plus haute et toute crayeuse de soleil, c’était la Pointe de la Désolation, et sur un signe de Jane j’étendais la couverture sur la neige fraîche. Nous demeurions là longtemps couchés, à écouter battre du poitrail les chevaux sauvages de la mer dans les cavernes de glace. L’horizon du large était un demi-cercle d’un bleu diamanté que sous-tendait le mur de glace, où parfois un flocon de vapeur naissait, décollé de la mer comme une voile blanche — et Jane me citait les vers de Lermontov. J’aurais passé là des après-midi entières, la main dans les siennes, à suivre le croassement des oiseaux de mer, et à lancer des morceaux de glace que nous écoutions tomber dans le gouffre, pendant que Jane comptait les secondes, la langue un peu tirée d’application comme une écolière. Alors nous nous étreignions si longtemps et de si près que dans la neige fondue se creusait une seule rigole plus étroite qu’un berceau d’enfant, et, quand nous nous relevions, la couverture entre les mamelons blancs faisait songer à ces mulets d’Asie qui descendent des montagnes bâtés de neige.Puis le bleu de la mer s’approfondissait et la falaise devenait violette; c’était l’heure où le froid brusque du soir détache de la banquise ces burgs de cristal qui croulent dans une poussière de glace avec le bruit de l’éclatement d’un monde, et retournent sous la volute cyclopéenne d’une vague bleue un ventre de paquebot gercé d’algues sombres, ou Pébroue-ment lourd d’un bain de plésiosaures. Pour nous seuls s’allumait de proche en proche, jusqu’au bord de l’horizon, cette canonnade de fin de monde comme un Waterloo des solitudes, — et longtemps encore la nuit tombée, très froide, était trouée dans le grand silence du jaillissement lointain de fantômes des hauts geysers de plumes blanches — mais j’avais déjà serré dans les miennes la main glacée de Jane, et nous revenions à la lumière des pures étoiles antarctiques.
Julien Gracq

PAR LA PORTE DU SQUARE


ODILON REDON

PAR LA PORTE DU SQUARE

Au bout du banc, dans le bac à sable un rire d’enfant à pelle et ratisse de sauts successifs ses châteaux d’une main qui caresse sans briser

Quelques marronniers sur le papier, peints d’un marron d’Inde coiffé d’épines passent en fendant leur coquille pour lâcher la dent de laid

Pendant qu’un bruit de sabots accompagne la concertiste à sa loge pour plancher

Du bassin ouvert à la mer pour le week-end le gardien tire du sel du bras qui lui reste d’un temps de guerre quasi inévitable quand l’été approche

tous barbecues et planchas mis en batteries sur les rides du front de mère

Une opinion égarée parle bouche-close pour ne pas interrompre la consigne de vote et le mime des ramblas dans son statuaire numéro de Gaudi yole embarqué pour Cythère

Aux branches mortes du calvaire les oranges prient pour qu’on cesse de vanter les marchands de bonheur comme une nécessité et que toute croyance puisse redonner un sens.

NEUF MOI DE GROSSESSE POUR PERDRE LES ZOOS AH OUI

Des accordéons mis en bandoulières aux seins gonflés comme des ballons quittent le projet de gagner Mars en se disant que sur terre on a assez de guerre sans avoir besoin d’aller habiter chez son dieu

Niala-Loisobleu – 15 MAI 2022

PÊCHE CERISIERE


PÊCHE CERISIERE

Rouges et échappées aux gelées menaçantes d’avant-printemps les cerises sortent leurs fesses rebondies au soleil

Le sucre qu’elles ont déjà au ventre annonce des jours à retrouver la signification de l’arbre

Aujourd’hui le jardin porte au retour de l’enfant prodigue, je vais pouvoir me faire couper les cheveux inutiles

Niala-Loisobleu -14 Mai 2022