DU FOND DE LA MERE, CE QUI TIENT


photo Niala

DU FOND DE LA MERE, CE QUI TIENT

La coquille baille

je m’éveille et m’accoude aux cavernes

Un banc est en Place de Furstenberg

escale

où se tient ma jeunesse

à marrées perpétuelles dans cette vieillesse terrestre

J’ai vu le bleu

Vincent d’un bout à l’autre

Grindel comme berger

Léo pour apprendre à chanter ce qui résonne au naturel

Tout fout l’camp

sauf ce qui tient en relais dans le ventre…

Niala-Loisobleu.

16 Janvier 2023

Passé la ligne…


Passé la ligne…

Barbara

s’annonce comme ce qu’il faut savoir et surtout distinguer entre le fond et l’apparence

Me voici visible à l’Ecluse

mis à niveau pour le passage

Ce monde à plusieurs faces est un épouvantail redoutant l’oiseau par-dessus tout

aussi il affute son hypocrisie pour le tromper

Par la voie du silence les jours sont baladés en émettant leurs fumées

ruses d’indiens égarant de la seule destination

La poussée du volet libérant la lumière individuelle

Celle d’un Grindel, m’est parvenue au début de l’adolescence

Le matin en quittant la ruche Verneuil, mes pas allaient à sa poésie sans retenue

Visionnaire il m’initia au Surréalisme

Seule ouverture sans limite sur la Muse

Découverte de l’Absolu

De quoi ôter au voeu son machiavélique usage

Et ouvrir sans rien vouloir dénaturer, au mystique dans toute la force de la vérité

L’amour intègre passe par l’inévitable corruption du quotidien

Je peins pour dire autrement

Elle m’entend

Barbara a toujours su la racine

le dernier tableau lui est entièrement dédié

Je lui donne en bonne année comme pour lui dire, je suis là, je tiens sans me retenir autrement qu’au chevalet, La Chaume fertile, la couleur poétique, cet enfant silencieux là, ce sein de sel, plus loin que l’infinité du chien noir, l’Autre-Monde bien réel à la plume de ses vers.

Regarde-le, Barbara, je vis dans son tissage.

Niala-Loisobleu.

1er Janvier 2023

LA TÊTE CONTRE LES MURS PAR PAUL ELUARD


LA TÊTE CONTRE LES MURS

PAR

PAUL ELUARD

Ils n’étaient que quelques-uns

Sur toute la terre

Chacun se croyait seul

Ils chantaient ils avaient raison

De chanter

Mais ils chantaient comme on saccage

Comme on se tue

Nuit humide râpée

Allons-nous te supporter

Plus longtemps

N’allons-nous pas secouer

Ton évidence de cloaque

Nous n’attendrons pas un matin

Fait sur mesure

Nous voulions voir clair dans les yeux des autres
Leurs nuits d’amour épuisées

Ils ne rêvent que de mourir
Leurs belles chairs s’oublient
Pavanes en tournecœur
Abeilles prises dans leur miel
Ils ignorent la vie

Et nous en avons mal partout

Toits rouges fondez sous la langue

Canicule dans les lits pleins

Viens vider tes sacs de sang frais

Il y a encore une ombre ici

Un morceau d’imbécile là

Au vent leurs masques leurs défroques

Dans du plomb leurs pièges leurs chaînes

Et leurs gestes prudents d’aveugles

II y a du feu sous roche

Pour qui éteint le feu

Prenez-y garde nous avons
Malgré la nuit qu’il couve
Plus de force que le ventre
De vos sœurs et de vos femmes
Et nous nous reproduirons
Sans elles mais à coups de hache
Dans vos prisons

Torrents de pierre labours d’écume

Où flottent des yeux sans rancune

Des yeux justes sans espoir

Qui vous connaissent

Et que vous auriez dû crever

Plutôt que de les ignorer

D’un hameçon plus habile que vos potences
Nous prendrons notre bien où nous voulons qu’il soit.

Paul Eluard

« DESIR ESTHETIQUE DE NOVEMBRE » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 65×54


 » –

« DESIR ESTHETIQUE DE NOVEMBRE »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 65×54

Dans la pose le sujet va prendre sa vraie dimension sur la toile

qui est le moyen d’expression intime

du Peintre

le modèle donne réalité à l’entité qu’il inspire à l’artiste

chaque élément qui en sort exprime son exclusivité

les raisins sont visibles dans les vignes

mais ce qu’ils montrent est le fruit de l’assemblage qui en sera fait

L’Esprit prévaut

le corps en dépend mais sans rien pouvoir en défaire

Voilà la source arrivée à l’estuaire bouche grande ouverte

pour sublimer les ramifications qui en découlent

connaissance extraterrestre de ce qui dépend de l’Univers

Des froideurs et grisailles de Novembre

j’ai retiré les promesses de fécondation propres à l’automne

le voilà mon Absolu

la Muse décrite par Eluard

sens de la vie avec tous ses avatars

Le temps n’a plus de sens commun, les calendes fleurissent autrement

le nombre d’ans qui me donne rendez-vous la semaine prochaine

pour plus loin encore

a trié l’insuffisance, la nullité, l’abandon, le désespoir, la vanité, l’orgueil, la propension à refuser de reconnaître ses torts,

l’injustice au profit de l’égocentrisme

Sensuelle sensation que ma peinture rend tactilement gustative à la jouissance à la carte

Niala-Loisobleu

20 Novembre 2022

Cailloux du Chemin


Cailloux du Chemin

Echappée des coulées de boue la Muse marque l’essence ciel

Grindel

m’a initié à ce fondamental voyage

Musique de différents pays qui flotte en jardin

des senteurs velues mexicaines aux rondeurs normandes protégées par les falaises

Dans les embruns du rose des lèvres lippues s’hissant au-dessus des palisses pour se joindre à l’écume

Sous l’oreille la cerise va-et-vient contre l’arbre au creux de l’aisselle

Exotique effigie de la mémoire-vive

que le temps aussi cruel qu’il puisse être n’avale pas.

Niala-Loisobleu.

18 Novembre 2022


TOMBEAU DE PAUL ELUARD

PAR

AIME CÉSAIRE

Blason de coups sur le corps brisé des songes

matin premier des neiges

aujourd’hui très informe quand tous feux éteints s’éboulent les paysages sur les bancs de sable les plus lointains les sirènes des bateaux-phares sifflent depuis deux
nuits

Paul
ELUARD est mort

toi qui fus le dit de l’innocence

qui rendis science aux sources

étendard de la fragile graine dans les combats

du vent plus forte que le hasard

ELUARD

ni tu ne gis

ni tu n’accèdes à terre plus pure

que de ces paupières

que de ces simples gens

que de ces larmes

dans lesquelles écartant

les plus fines herbes du brouillard

tu te promènes très clair

ressoudant les mains croisant des routes

récusant la parole violette des naufrageurs de l’aube grimpés sur le soleil

Il est quand même par trop saisissant de t’entendre

remonter la grande rosace du temps

on ne t’a jamais vu si net et proche

que dans cette effervescence

du pain de la neige qui lève quand une échéance autorise

dans le fin fond fumant de l’engrais de l’orage

un abîme de silex

ELUARD

cavalier des yeux des hommes pour qui luit

véridique le point d’eau à brouter du mirage

doux sévère intègre dur

quand de proche en proche tu mettais pied à terre

pour surprendre confondus

la mort de l’impossible et le mot du printemps

Capitaine de la bonté du pain

il a passé sous les ciels combattant

de sa voix traversée de la fleur inflexible du fléau méridien

et son pas des grands-routes

panifiant l’avenir

d’un tremblement de monstres vomi par les narines

insiste que dans l’oreillette gauche de chaque prisonnier

s’enflamment

d’un même cœur

tout le bois mort du monde et la forêt qui chante

Ecoute

déchiffreur sous tes paupières tu ne fais jamais nuit ayant pour mieux voir jour et nuit jeté aux feux-croisés des remous du pavé le faux feu que chasse le sacre des
pierreries

Arpenteur mesureur du plus large horizon guetteur sous les caves d’un feu sous les évents sur les mers grises salueur des plus subtils flocons

ô temps par ta langue opulent

à cette heure l’eau brille l’homme comme l’eau des prairies brillera

le voilà qui vers lui siffle la docilité d’une saison feuillue

Regarde basilic

le briseur de regards aujourd’hui te regarde

qu’un soir impur de banquises dans ses doigts réchauffa

comme le secret de l’été

Raison

quelles surprises

de racines t’enlaceront

ce soir ou le torrent

descendrais-tu déjà

l’autre face du partage une surdité épaissit en vain la veille sans miracle de ses yeux crevés le roc sort ses oiseaux

ô meute capricorne

les mots leurs pouls battent on les sait fabuleux allaités hors temps par une main volière les paroles tombées

ramassées les saisons pliées arrondies comme des portes saisons saisons pour lui cochères

ELUARD

pour conserver ton corps

grimpeur de nul rituel

sur le jade de tes propres mots que l’on t’étende simple

conjuré par la chaleur de la vie triomphante selon la bouche operculée de ton silence et l’amnistie haute des coquillages

Aimé Césaire

HOUX DOUZE ROSES


MARC CHAGALL

HOUX DOUZE ROSES – PAUL ELUARD



La hache la façon de tenir un verre brisé
La négation d’une fausse note les clous les fards
Le sens commun les algues les ravins l’éloge tout ou rien
La pourriture astrale et le reflet de son délire
La lune de rosée et beaucoup d’animaux gaillards
Dans cette ville disparue dans cette ville camarade
L’orage vagabond ses prunelles éclatée son feu virtuel
Le brassage des graines des germes et des cendres
Coin des Acacias masqué d’odeurs le sable fait la moue.Lune la feuille fleur le sein et les paupières lourdes
Les longs baisers de la balafrée aux cheveux pâles
Qui m’accompagne toujours qui n’est jamais seule
Qui m’oppose le flots des non quand les oui ne pleuvent pas
Elle a pour elle sa faiblesse machinale
Les gémissements incessants de l’amour
L’introuvable gorgée d’eau vive
La décevante gorgée d’eau neuve
Elle a pour elle les premières et les dernières fumées
Légères les fourrures mortes de chaleur
Le sang des crimes qui défait les statues négatives
Elle est pâle et blessée et taciturne
Elle est d’une grande simplicité artificielle
Velours insondable vitrine éblouie
Poudre impalpable au seuil des brises du matin
Toutes les images obscures
Perdues dans l’étendue de sa chevelure diurne

.Paul Éluard,
(La Vie immédiate, 1932)



« Le lé » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 73X60


NIALA

« Le lé »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 73X22

De l’enfant que l’appel a outillé au vieillard à la main-gauche toujours verte

la veine d’un canal creusée du bec

a mis l’oeuf d’oiseau au monde, foin d’un Pâques

L’île était proche

Moêze-Oléron, Front-Populaire, Congés-Payés avant d’aller en guerre de 39 à 45 apprendre à être un homme sur le lé par le sel à travers ses marais

Paris pour temple au rendez-vous des Grands-Hommes

Grindel en étang d’art et Georges Rouault pour Maître

Passé les tourments des Colonies Françaises, leurs privilèges et esclavagismes extrêmes orientaux-africains-magrhebains forcer l’écluse à gagner l’estuaire

par les échelles de Jacob et à poissons trois fils volatilisés dans l’indigence humaine

C’est loin Compostelle ?

Plus loin que le Roman en Saintonge

l’ambre des vignes et les méandres de la Charente

sans que ça coupe l’Ibère des jambes et les quat’coins du monde ouvert

avant que le feu passe le fleuve que de maisons j’aurai construit en villages et en ponts,

d’anémones mis à flot, chantier naval pour herminette, levier du soleil, fil à plomb de lune

sans faillir à l’amour végétal dans ses genres, nichons pleins, tripes au ventre et teinte du poil…

Niala-Loisobleu.

21 Juillet 2022

DE L’ENNUI A L’AMOUR – PAUL ELUARD


ALBIN BRUNOVSKY

DE L’ENNUI A L’AMOUR – PAUL ELUARD

Est-elle sortie
Elle est chez elle
Sa maison est ouverte
Jusqu’à leur abolition naturelle
Il y a des différences plus séduisantes
Entre un poing et une cloche
Entre une pierre et une rose
Entre la prison et l’air libre
Qu’entre le poisson et la mer
Le cerf et le vent
L’homme et la femme
Mon élément malgré les charmes du dehors
J’entre tout s’assombrit
Buisson des métamorphoses
Le lit teinté d’étoiles s’étend
Comme un automne de brebis
Descendant vers les brumes de ma solitude
J’ai toujours eu peur du silence
Il y naît des rires sans raison
Machines machinales aux roseaux de cambouis aux frissons figés
L’écœurant métal doux
Plus stérile que la cendre
Face aux rideaux apprêtés
Le lit défait vivant et nu
Redoutable oriflamme
Son vol tranchant
Éteint les jours franchit les nuits
Redoutable oriflamme
Contrée presque déserte
Presque
Car taillée de toutes pièces pour le sommeil et l’amour
Tu es debout auprès du lit
Je t’aime et je dors avec toi
Écoute-moi.

Paul Eluard

NECESSITE – PAUL ELUARD


ODILON REDON

NECESSITE

Sans grande cérémonie à terre
Près de ceux qui gardent leur équilibre
Sur cette misère de tout repos
Tout près de la bonne voie
Dans la poussière du sérieux
J’établis des rapports entre l’homme et la femme
Entre les fontes du soleil et le sac à bourdons
Entre les grottes enchantées et l’avalanche
Entre les yeux cernés et le rire aux abois
Entre la merlette héraldique et l’étoile de l’ail
Entre le fil à plomb et le bruit du vent
Entre la fontaine aux fourmis et la culture des framboises
Entre le fer à cheval et le bout des doigts
Entre la calcédoine et l’hiver en épingles
Entre l’arbre à prunelles et le mimétisme constaté
Entre la carotide et le spectre du sel
Entre l’araucaria et la tête d’un nain
Entre les rails aux embranchements et la colombe rousse
Entre l’homme et la femme
Entre ma solitude et toi.
Paul Eluard

Araucaria ou désespoir des singes, je reverdis la tête d’un géant au promontoire des terres brûlées

par un simple passage venu de très loin

en apprenant qu’à partir de dire à un enfant à propos du cheval qu’il venait de dessiner

et qu’il craignait de devoir le peindre en brun

« le cheval est toujours de la couleur qu’on lui donne, mets la tienne sans aucune autre »

L’amour est pareil d’une couleur si sienne que rien des orages et vents contraires ne saurait lui imposer de disparaître quelque soit le motif

Son symbole est éternel.

Niala-Loisobleu – 11 Juillet 2022