ENTRE LA CONSCIENCE ET LE DARD


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ENTRE LA CONSCIENCE ET LE DARD

L’abeille contrôle l’emplacement des fleurs avant de choisir la chaise où s’asseoir où l’apporte mène au bout du couloir

Quelques vieux brocs, cuvettes et bouts de gouttière réunis de ci de là pourraient bien ramener l’eau qui fait défaut

Sur l’étable une peau de vache ne désemplit pas l’épiderme du blé

Il y a dans ce jeu de mots aucun métastase embusqué, j’ai vérifié avant que tu n’entres tes seins en cage

plus gais que des moinillons sans se tourmenter pour l’âge j’ai gobé les paroles de leur matinale

Puis en entendant arriver les moissonneuses du miel j’ai ratissé l’herbe de tous les débris d’orages.

Niala-Loisobleu – 24 Mai 2022

ALLELUIA – BERTRAND BELIN


ALLELUIA – BERTRAND BELIN

niala

ALLELUIA PAR BERTRAND BELIN

La messe n’est pas dite
Le sort n’est pas jeté
Prière de prévoir
La paix de mes nerfs
Prière
Parole de primate
Parole de blatte
Prière de prévoir
La paix de mes nerfs
Prière
À hauteur d’atomes
À hauteur de fantôme
À longueur d’angélus
À longueur de phallus
Je la cherche par terre
Je la cherche au fond des rivières

Comme on chercherait de l’or
La paix de mes morts

Alléluia
Be Bop A Lula

À longueur de mythes
À hauteur de termite
De parabole en parabole
De rite en rite
De rumeur en rumeur

Je la cherche au ciel
Je la cherche au fond des rivières
Comme on chercherait de l’or
La paix de mes morts

Alléluia

Be Bop A Lula

Prends-là des deux faces


NIALA

Prends-là des deux-faces

Et jette le mauvais côté des fausses strates aux sphères

le bidet sans jet central

la plume fessière

et son chat peau retendu pourri de douairière sans rides

ils ont noyés l’île

m’en fous

ta bouche c’est mon tuba boum-boum

Reste en corps assez d’ô dans la lanterne de mon phare pour mordre les dents de l’amer

Sur ta réalité je te monte à cru sur le do

pour labourer tout ça

et chante Alléluia

la messe est loin d’être dite !!!

Niala-Loisobleu – 23 Mai 2022

PRIMITIVISME


LES DEMOISELLES PICASSO ET LE PRIMITIVISME

PRIMITIVISME

Aux parois pariétales de ta caverne combien d’échos se renouvellent en mes doigts quand je les écoutent vibrer et les suis mufle collé à leur piste

il y a là, tout au point de départ ce qui manquera toujours au naïf

De la fourrure autour des lèvres de la gueule animale à la sécrétion fluviale où le corail vit pour nourrir les battements de l’anémone

Création du Monde, gigantesque humilité

Attaché du nombril resté je monte à l’élastique sans jamais en descencendre comme les abrutis du vide qui croient impressionner sans une goutte d’ancre

Et dans l’ELLE la nourrice des seins traverse sans obliger à faire le plein

La bouche ouverte aujourd’hui boire à même le ciel quelle régalade !!!

Niala-Loisobleu – 23 Mai 2022

OXYGÈNE


OXYGÈNE

Du vent qui aére ta végétation pulmonaire se jette à la fenêtre sur la jardinière au sourire qui booste

Le vent est fort

La voile en prenant du gîte sortira du pot au noir.

Niala —Loisobleu – 23 Mai 2022

« La ultima canzone » Francesca Solleville/Maurice Fannon/Pia Colombo


pia colombo

« La ultima canzone »

Francesca Solleville/Maurice Fanon

(Pia Colombo)

Sur le piano qui pianote pour Pia
Les notes de la ultima canzone
Est-ce une goutte de pluie qui s’écrase
Ou est-ce una notturna lacrima?
Sur le trottoir qui s’arrête pour Pia
Un couple marche qui ne comprend pas
Que c’est bien plus qu’un morceau d’Italie qui s’en va
Arrivederci Pia!

La la la…

Une colombe s’envole pour Pia
Dans le ciel de Paris, la paloma
Emporte dans le soleil una prima donna
Più bella che una stella
Est-ce la vie qui s’achève pour Pia
Ou commence una eterna vita?
Un homme pleure à Paris, une femme à Bastia
Arrivederci Pia!

Un oiseau vient de Milan
Et je n’étais qu’un enfant
Un oiseau passe en chantant
La colombe avait vingt ans

Pianiste, joue pianissimo pour Pia
Les notes de la ultima canzone
Qu’on entende encore une fois
La voix de Maria Amelia Pia
Et toi, le rideau, tremble encore pour Pia
Comme tu tremblais la dernière fois
Lorsque tu t’étais ouvert pour elle, à l’Olympia
Arrivederci Pia!

Un oiseau passe en chantant
Et je n’étais qu’un enfant
Un oiseau sur un volcan
Et voilà que j’ai cent ans

Sur le piano qui pianote pour Pia
Les notes de la ultima canzone
Est-ce une goutte de pluie qui s’écrase
Ou est-ce una notturna lacrima?
Dans le théâtre qui s’ouvre pour Pia
Un couple écoute qui ne comprend pas
Que c’est bien plus qu’un morceau de ma vie qui s’en va
Arrivederci Pia!

La la la

Le Printemps par François Jacqmin


Le Printemps par François Jacqmin

Ce qu’il y a à dire du printemps, le printemps le dit.

Il n’est pas de signes pour rendre le vide mystérieusement touché.

La croissance s’accorde à son propre lyrisme.

Pour entendre vraiment, il faut au cœur plus d’amnésie que d’enthousiasme.

La brise annonce des noces impitoyables.

Il y a une lueur d’apocalypse dans tout ce qui naît.

L’herbe fait trembler le néant.

Il est périlleux de ne pas être jeune.

Au début de chaque printemps, j’oublie le nom du cornouiller.

Son inflorescence me surprend comme un cantique composé à la hâte.

Autrefois, j’avais juré d’en être l’épigone inlassable.

Depuis, il ne cesse de proclamer mon hérésie.

Le babillage des violettes couvre le redoutable discours de l’avenir.

Il s’agit de designer le fruit qui sera l’étendard de l’espèce.

Toutes les obscurités seront ouvertes et passées au crible du désir.

L’eau va forcer les serrures du sol.

L’origine est là, assemblée comme pour une charge.

Chacun attend le profond ennemi auquel il aspire.

Le génie est de rassembler toutes les ivresses.

Paradoxalement, la mort participe à ce soulèvement.

L’existence va s’élever concrètement dans l’inexprimable.

On se prépare à un bonheur acharné.

On va fêter l’instant qui prétend ne pas mourir.

La tristesse est devenue riche et la torture digne des plus fins éloges.

Le coucou se réjouit jusqu’à l’idiotie.

La légèreté avance lourdement, comme un convoi armé.

Chacun est la sentinelle de son propre corps.

On entend les ordres terrifiés de la nature.

Il faut peu de choses pour construire lorsque l’on est sous l’empire de l’irrépressible.

Les fragments les plus éthérés du paysage ont des ressources inépuisables.

Le vocabulaire du neuf s’élève en significations pures et éternellement précoces.

Il est un temps où l’utopie repose sur un perce-neige.

L’âme des jours devient tendre et bestiale.

Une sorte de désappointement heureux perfore la rêverie.

On s’initie à un rite que chuchote une voix veule et déterminée.

On se souviendra de ce moment comme d’une horrible faveur.

Les ruisseaux se précipitent vers les fonds.

Ils dressent la généalogie de la fraîcheur en courant.

Lorsqu’ils meurent, il reste la source qui les refait jusqu’au dénouement du tout.

La vase est la première étape de l’extase.

La boue chante comme une chair pétrie, folle de sa graisse.

Les métaphores de la volupté sont maintenant perceptibles par les pieds.

L’étang est épuisé.

Il faut une extrême délicatesse

pour explorer son reflet.

Même le ciel est incertain quand il faut trier les variantes du sujet et de l’objet.

Les jeunes eaux vont lui refaire un visage.

Il est une zone de souriante mollesse, un phénomène sans corps ni pensée que l’on affirme être le printemps.

Un tel ensemble d’imprécisions est apte à former une rose et une interrogation.

Pour la première fois dans l’histoire du monde, il fait plus beau qu’ailleurs.

Les enfants défient toutes les lois de la gravité.

Ils sentent que l’absolu a des vibrations de toupie.

Peut-on désigner par un mot ce qui ne porte pas de robe ?

Je parle de la jeune pluie qui stimule l’argile et bleuit l’épaule des cardamines.

L’eau devine les formes les plus indécises du printemps.

La vie reprend haleine dans le lilas.

L’illusion est délectable.

On se protège du destin en mangeant une fraise.

Dans sa douce duplicité, le coucou tente un timide avertissement.

Dans toutes les langues du monde, l’œuf est un mot en formation.

C’est un gousset d’aspirations molles retenues par une frontière de silence chaulé.

Le temps le tient dans sa mire.

Sa première tentative d’être sera une cassure ; son expression, une astuce au visage de poussin.

Chaque printemps qui revient exhale l’odeur de promesses pourries.

Il a le goût d’anciens destins.

C’est le surprenant miasme des vieux puits subitement mis au jour.

Qui oserait défier le sourire des caveaux?

La pudeur du ciel est intense.

Elle exprime l’altitude avec une perfection inoubliable et sans doute dangereuse.

Cette immense réserve dissimule le bleu d’une lame.

Le pré connaît la rébellion douceâtre des cardamines.

Leur tumulte a raison de l’humidité pédante des pâturages.

La brise anime le bleu triste de leur victoire.

Le cœur rosit comme un jeune porc.

Le temps est gros de la turpitude de ces mots-là.

On songe à un couteau adéquat.

Les soins du corps ont un goût de tourment.

Le plaisir de plaire aspire à une alliance avec l’illimité.

La beauté s’élève contre tout ce qui n’adopte pas la démesure.

Il en coûte d’écouter la chair lorsque le soir descend !

La pâquerette se joue de la pesanteur du verger.

Elle traverse la trivialité des saisons sur les reins lisses de l’herbe.

On se perd dans l’engrenage de ses pétales.

Il règne une félicité évasive dont le dessein est de dissimuler.

Dans les airs, il y a un triomphe

étrange que la grâce

d’être neuf rend peu perceptible.

En scrutant l’ombre des bois, la pervenche sent confusément qu’un secret est à l’œuvre.

Les premiers fruits avancent avec précaution.

Ils ont la modestie des corps trop vierges pour accueillir les allusions du temps.

Les oiseaux affranchis déposent des œufs rieurs à l’aisselle des branches.

Le bouleau émiette la lumière.

L’œil s’émancipe et s’arrête sur l’épaule de la forêt.

Les sentiers s’épaississent d’éternités.

Le beau temps parfume la postérité.

Les jeunes femmes flottent

dans cette essence perpétuellement

distillée.

Elles savent discrètement.
Et en sourient.

Le cœur s’acharne à consulter le feuillage.

Mais la frondaison s’obstine à demeurer superficielle et frémissante.

Je ne pourrai jamais prouver que j’ai traversé la forêt.

Le verger est étourdi.

Tout y est charme et entrave.

Un vain et sublime embarras de fleurs pèse sur les branches.

Une fatalité ordinaire est sous la feuille.

On pénètre le secret de l’espèce.

Puis, on est ce secret.

On devient enfin sa propre origine.

D’interminables colonnes de champs marchent sous les fourches de la virginité.

Il est impossible de regarder

le sillon sans y voir

une conspiration de l’amour.

Ferment du vide, l’absolu déborde sur l’herbe.

Le pré dispose de cette faculté aiguë de. rapprocher les sentiments extrêmes.

Une fois de plus, le bon sens est écarté en faveur des graminées.

La lumière vient d’atteindre son plus beau jour.

Il se fait un anneau bref et scintillant autour des arbres en fleurs.

On n’a pas eu le temps d’être vraiment neuf.

La source revient du vide.

On l’accueille avec des baquets d’anémones.

Quelques acides discrets travaillent aux fondations de la primevère.

Le jeune taillis ne résiste plus à l’azur.

Il faut revivre !

Ce cri racle les murs jusqu’à la pierre.

Tout est irrésistiblement cru.

La vérité dégénère en délire oxalique.

L’étendue se refait avec le sourire de ceux qui désespéraient.

L’herbe reverdit autour des tombes.

L’excès bondit hors de tout.

La matière a approuvé le mystère.

Les possibilités du temps sont digérées.

Il est déjà trop tard pour s’initier à l’avenir.

L’appétit est partout, discret comme une chose essentielle.

La raison est immolée à un état quelconque, mais superbe.

L’arbre refait son arc.

Il tend le bourgeon jusqu’à

la limite de la glu et

frappe l’espèce d’étonnement.

Ce qui est blessé suinte d’un désir propice.

Une grande tristesse s’empare du corps à la pensée de refaire une œuvre inutile et infinie.

Il craint le beau temps qui s’assied sans scrupule sur les blessures de l’hiver.

Il ne partage pas

le monstrueux préjugé de la

sève.

Rien n’est plus désolant que de connaître les ressorts du plaisir.

Une joie reconnue est une joie dépravée.

Celui qui sait ne voit qu’un horizon jaune dans la gorge des jonquilles.

Oui se souviendra que la cerise fut une fleur?

Qui dira que l’arbre fut un bouquet qui dépassa l’entendement du monde ?

N’est-il pas de tocsin pour nous avertir de cette mort qui vient par la beauté ?

Tôt ou tard, chacun connaît un printemps qui fait passer sur l’autre rive du temps.

Là-bas, tout souvenir heureux

a les traits d’un malheur irréparable.

Les oiseaux les plus ingénieux

y sont les outils

de la peur et du silence.

Qu’adviendrait-il du monde si le printemps était fidèle à sa promesse ?

Le vacarme des sources serait décrié comme un règne confus.

L’exaspération de respirer serait alourdie de l’écume de la flore.

Le déséquilibre de la naissance serait sur tous les visages.

François Jacqmin

FEU DES TERRES


FEU DES TERRES

Emiettée la paume de peint joint ses terres aux ocres des pots emboîtés

Les ciseaux en bordure mesurent l’élévation de température

Placés en vigilance nous sommes au coeur des orages

et les vagues redoublent de force devant l’indifférence des baigneurs faite au drapeau rouge

Au frais d’un rosé La Base Aérienne a rentré son meeting

le ciel est calme jusqu’à ce que le tonnerre décolle

Au frais d’un rosé je vais goûter la Provence autour d’un confit d’oie avec des pommes sarladaises.

Niala-Loisobleu – 22 Mai 2022