DU VASE DE SEVRES


SEVRES – PAUL GAUGUIN

DU VASE DE SEVRES

Maisons fleuries d’arbres et fruits de collines escaladent la motte d’argile que le pied pousse sur la tournettel

Les idées que les mains enserrent montent et descendent comme un camion de pompiers d’un manège

qui va entrer cuire au four

Au bas de la rampe le tertre se remonte les manches

et la jupe du printemps retrousse ses plis par-dessus la barrière

à l’écart du résultat des urnes

qui va mobiliser les combines amoureuses des marieuses

Mon alliance se doigt d’être en hors pour rester la dernière fidèle au voeu de celle qui attendait de dire oui au nom

Symbole d’un autre soleil qui pousse sa parole à naître, pose là ta couleur sur tes feuilles que j’écrive !!!

Niala-Loisobleu – 12 Juin 2022

COMME AU RETOUR DE LA MARQUISE


PAUL GAUGUIN

COMME AU RETOUR DE LA MARQUISE

Bien sûr la pluie n’aurait pu s’absenter des chaleurs feintes d’un été révolu

En prenant le métro à la Porte d’Italie, sac marin à dos, je fermais les yeux sur l’A10 pour m’effacer l’Atlantique, base terrestre de mon mirage dernier, en concentrant mon né sur l’ineffaçable de ma venue au monde

Cela fait un bail

ouais pas besoin de me le rappeler

Seulement je suis là pour me ressourcer d’une vidange en allant fleurir les bars à rhum des gauchos de la rime, qui sur leur comptoir ont les cuillères percées de la Fée Verte, introduction sans faute au voyage pictural

Fléau en main le virus se prépare aux moissons, on aura moins de blé, mais la merde en quantité. Question ordre nouveau faut dire que ça des Borde au-delà des promesses. Toute Elisabeth ne pouvant prétendre au jubilé ça laisse une chance de croire

Mais puisque refaire à neuf relève de l’impossible, j’avoue que je conte plus sur ce que la capitale m’a jamais donnée de peine pour sauver ce qui me reste de tête

Je conduirai ma vache aux Tuileries et mes chèvres aux Buttes-Chaumont par la rue des Pyrénées

Quelques tours aux chevaux-de-bois en laissant l’aqueux du Mickey à Guignol, Marthe à la main jusqu’aux Halles se faire une soupe à l’oignon pour apaiser ses brûlures et retour en tricycle par les Guichets sur la Seine.

Grand Spectacle !

Niala-Loisobleu – 8 Juin 2022

AU GRE DE MES CHAMPS


PAUL GAUGUIN

AU GRE DE MES CHAMPS

Pente choisie puisqu’il s’avère qu’on est d’un temps imposé

faire en sorte de trouver la bonne

L’écoulement fait désormais problème de différentes manières, qui relèvent de l’imposition totale sous couvert de démocratie

J’arracherai genre Robin des Bois quitte à passer pour vieux jeu pour filtrer l’essence de de navigation

La bergère qui voit apparaître étant cramée le danger peut prendre une forme nouvelle qu’il faudra découvrir. Les mômes sont à craindre, aujourd’hui ont fait des armes qui sont plus des jouets, ce qui aidera à baiser leur mer comme qui rigole

Cet après-midi j’ai peint des fleurs sans nom

Elles me sont venues de l’importance à oublier les personnages pour avoir l’odeur qui n’existe pas

Celle qu’on invente comme un contre-poison

on devient impuissant sans que l’âge y soit pour quelque chose, ça justifie l’évasion dans une jungle où les fauves sont moins dangereux qu’en territoire dit civilisé

et ce qui reste de l’origine montre un courage étonnant pour subsister sans que l’illusion l’emporte. A voir comment tout fout l’camp, en étant vieux on a plus de chance d’en sortir propre

il y aura bientôt plus rien à bouffer à force de casser les récoltes, le péril jaune ça pourrait bien être ça parce que les chinois viendront nous piquer le carré de potager de notre soupe

Comme Dimanche prochain rien ne changera les habitudes citoyennes ça écourtera le temps d’attente…

Niala-Loisobleu – 6 Juin 2022

ZOO PAR MICHEL BUTOR


PAUL GAUGUIN

ZOO

PAR MICHEL BUTOR

A la tombée de la nuit
quand se sont refermées les grilles
l’éléphant rêve à son grand troupeau
le rhinocéros à ses troncs d’arbres
l’hippopotame à des lacs clairs
la girafe à des frondaisons de fougères
le dromadaire à des oasis tintants
le bison à un océan d’herbes
le lion à des craquements dans les feuilles
le tigre de Sibérie à des traces dans la neige
l’ours polaire à des cascades poissonneuses
la panthère à des pelages passant dans des rayons de lune
le gorille à des bananiers croulant de leurs fleurs violettes
l’aigle à des coups de vent dans des canyons de nuages
le phoque aux archipels mouvants de la banquise disloquée
les enfants du gardien à la plage
Michel Butor

L’ANCRE ROUGE


PAUL GAUGUIN – MOMENT DE VERITE

L’ANCRE ROUGE

Des dernières cohortes tu jaillis des fumées, besoin de dégager les ouïes des hameçons en rôde

dans la marge ta nuance est verte à l’ancre rouge pour amarrer la conclusion orale de tes sens revenus d’exil

Mystique incantation du chant sauvage d’une nature vierge

les chiens fous ont dans la gueule cette première vague qui trousse le temps-mort de l’étale en ramenant le son dans la conque

La corbeille est tressée sous la palme pour le lâcher des seins lourds.

Niala-Loisobleu – 3 Juin 2022

DE RETOUR DES JARRES


DE RETOUR DES JARRES

Du pied nu dans le tapis tissé par le peint l’haleine maritime souffle à la voile pour grimper la marcheet venir pleurer dans le petit-pot ce gemme que la vie garde

Sur l’écume les jours de Boris sont contés

Comme ce quoi que Gauguin est allé chercher plus loin qu’il se trouve comme dirait l’orque monté sur Seine par le mauvais coté jardin de l’estuaire

Les fraises au sein pérennisent la garriguette au-delà de saison, à gros bout d’aréole en base d’atterrissage, ce qui me fait panser que le fruitier sauvage a de la réserve pour combattre les serres charognardes

Adagio la fontaine au centre du patio

escalade de roses fleurs du bougainvilliers dans le vent des guitares et l’éraille d’un flamenco tiré de la gorge d’un claquement des mains et du talon des racines

Mozart fou de lumière ton rire reste l’enfant qui trace sa marelle à la craie blanche sur le noir bitume chemin des hommes

Fidèle à son serment.

Niala-Loisobleu – 30 Mai 2022

TENIR SA BRANCHE A SOIE


TENIR SA BRANCHE A SOIE

L’herbe d’un bout d’église de Bretagne, au versant de la colline qui s’est rentrée l’odeur de tes cheveux à la place du confessionnal

Il faut tendre l’oreille pour écouter ton aisselle, mais j’aime passer ta peau au travers des murs

Les pas étouffés des heures d’attente

Gémissements du caniveau quand je glisse sous le pont

Plaisir d’amour que Juliette de sa voix chaude sort du placard

des sons qui franchissent le gel actuel comme pour accompagner les victimes de Boutcha d’une pensée en sachant que c’est pas comme une fleur qu’on accroche aux misères de la star en vogue sur internet

Générer du courant à la rivière pour la laver du linge sale

Je t’aime comme la mélopée qui franchit les frontières sans s’ouvrir à la douane

Et s’écoute

Comme on suit la crotte du lapin sur la piste qui mène à la mer

Te plonger dedans rien que pour moi

Plaisir des sens bien enfoncé.

Niala-Loisobleu – 4 Avril 2022

MESSAGES PAR ERIC DUBOIS


MESSAGES PAR ERIC DUBOIS

Les gouttes de pluie
Qui tombent sur mon toit
Font entendre une humble musique
À laquelle je ne prête guère
Attention

Peut-être tentent-elles
De me transmettre un message
Que je ne trouverais pas sibyllin
Si je faisais l’effort de l’écouter

Ces branches d’arbres dénudées
Semblent être la proie
De tortures insoutenables

À moins qu’elles ne m’adressent
Des signes désespérés
Pour que je ne fasse pas ceci
Que je ne commette pas telle erreur

En tout cas elles se contorsionnent
Admirablement
Trop admirablement
Peut-être devrais-je ne pas écouter
Mon corps transi
Qui m’ordonne de poursuivre mon chemin
À pas rapides
Peut-être devrais-je les observer
Longuement

Ces vagues qui l’une après l’autre
Viennent mourir paisiblement
Sur la plage
Lorsque le ciel est d’un azur
Immaculé
N’ont-elles rien à me dire

La plainte de ces vagues
Est-elle vraiment une plainte
N’est-ce pas plutôt
Un murmure mélancolique

Mélancolique ?
Ne nourris-je pas une illusion
De plus

Eric Dbois

PETIT MORCEAU QUI RESTE DE MON MIROIR


Une savate percée en plein milieu du chemin. Ce bruit n’a rien du souffle humain. Des mutants ? Je sais pa comment dire, le langage du jour je l’ignore.. J’ai perdu la vue et l’ophtalmo m’a dit cette année qu’il était impossible de me greffer une autre cornée. Le tain d’époque est à base de quoi ? Je trouve pas de nom le rattachant à ma philosophie. Pourtant j’aime ce que dégage Michael en l’autopsiant hors du contexte du fric qui le propulse sur hors bite

Je trouve une suite à Vincent que Gauguin recolle à l’oreille

Prodigieux la chair qu’il met dans ses toiles, Michael où le paradoxe matériel du présent se colle.

Niala-Loisobleu – 2 Décembre 2021

Michael Armitage, brève histoire d’un succès fulgurant

POSTÉ PAR AICASC ⋅ 26 AVRIL 2021

Source Artprice

Le marché de l’art contemporain affiche une nette préférence pour la peinture figurative, surtout si celle-ci aborde les thèmes des identités raciales et sexuelles. Les artistes les plus cotés Outre-Atlantique ont souvent un travail en lien avec les grands bouleversements sociaux-culturels du moment.

Les œuvres de Michael Armitage, artiste de 36 ans originaire du Kenya, sont ainsi arrivées sur le marché de l’art à ce moment clé dans la redéfinition des collections muséales, comme des collections privées américaines et britanniques. Celui dont personne ne regardait les œuvres il y a six ans selon ses dires, s’est imposé comme l’un des nouveaux météores du marché de l’art en un temps record.

Michael ARMITAGE peint sur du lugubo, l’écorce d’un figuier ougandais laquelle, une fois lavée, battue et étirée en tissu est traditionnellement utilisée pour des linceuls ou pour la confection de vêtements rituels, mais que l’on retrouve aussi dans des objets prosaïques sur les marchés touristiques de Nairobi. Ce matériau lui permet de planter les racines de sa peinture en Afrique de l’est, où il a passé son enfance.

Formé à la Slade School of Fine Art et à la Royal Academy de Londres, l’artiste obtient son diplôme en 2010. Depuis, Armitage est devenu l’un des représentants de la nouvelle peinture kényane que les collectionneurs s’arrachent. Plusieurs de ses toiles monumentales seront bientôt exposées au sein de la même Royal Academy, dans le cadre de l’exposition Paradise Edict.

Les toiles de Michael Armitage commencent à attirer l’attention lors de sa première apparition à la White Cube de Londres en 2015. La même année, il participe à diverses expositions collectives à New York, Pékin, Turin et en France, lors de la biennale d’art contemporain de Lyon. Puis, la White Cube fait découvrir l’artiste à Hong Kong en 2017, à travers l’exposition Strange Fruit, dont le titre fait référence à une célèbre chanson de protestation sur le lynchage des Afro-Américains.

Sur les toiles de fond accidentées et rugueuses de lugubo présentées par la White Cube, Armitage entrecroise des aspects réels et fantasmés du Kenya. Histoires, mœurs, idéologies politiques, ragots et souvenirs personnels se répondent dans une tension esthétique située entre “les traditions européennes et le modernisme est-africain”.

L’une des toiles exposée, Necklacing, attire l’attention du Metropolitan de New York, qui l’acquiert en 2018 auprès de la White Cube. L’œuvre représente un homme nu au visage clownesque, affublé d’un pneu autour du cou. Il s’agit d’une référence directe à une pratique de lynchage courante en Afrique du Sud dans les années 1980, consistant à incendier une personne accusée d’un crime, au moyen du pneu imbibé d’essence porté en collier. Enfant, Armitage a été témoin de l’un de ces règlements de compte d’une terrible violence à Nairobi.

« …The Conservationists s’envole pour 1,52 m$ aux enchères, soit 25 fois l’estimation moyenne fournie par Sotheby’s New York. »

En 2018 donc, l’artiste intègre l’une des collections muséales les plus prestigieuses qui soit. Peu après, tous les projecteurs se braquent sur lui, du côté des institutions comme du marché de l’art international. En 2019, ses peintures et dessins font sensation à la 58e Biennale de Venise (May you live in interesting times) et au MoMA à New York (Projects 110: Michael Armitage), tandis que sa toile The Conservationists (2015) s’envole pour 1,52 m$ aux enchères, soit 25 fois l’estimation moyenne fournie par Sotheby’s New York.

The Conservationists avait fait partie d’une exposition de la White Cube en 2016 et achetée par un grand collectionneur new-yorkais à cette occasion. Trois ans plus tard, l’œuvre atteint le prix d’un grand White nets de Yayoi KUSAMA – l’une des 30 artistes les plus cotées du monde – vendue le même jour chez Sotheby’s.
The Conservationists est arrivée en salle de ventes juste après les expositions à Venise et à New York renforçant l’aura de l’artiste et, surtout, dans une période où l’acquisition d’œuvres d’artistes africains s’affiche comme l’une des grandes priorités des musées et des collectionneurs des États-Unis et d’ailleurs.

Un marché sous tension

Le marché des enchères va vite, de plus en plus vite, alors que les galeries ont tendance à contrôler l’évolution de cote de leurs protégés, pour que cette évolution soit constante et durable. Les galeries se méfient généralement du phénomène de mode qui propulse rapidement les jeunes artistes à des niveaux de prix plus forts que ceux d’artistes contemporains plus connus. Il y a toujours un danger pour que le marché s’essouffle, qu’il passe à autre chose et que la cote dégringole. Mais lorsqu’il y a un soutien institutionnel, que les artistes sont exposés et achetés par les musées, la base est plus solide et les collectionneurs sont rassurés.

« Promu parmi les 10 artistes de la  “Peinture au nouveau millénaire” par la Whitechapel Gallery (2020). »

Même si la cote de Michael Armitage a flambé du jour au lendemain, nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises tant il est soutenu. Promu parmi les 10 artistes de la  “Peinture au nouveau millénaire” par la Whitechapel Gallery (2020), Armitage exposait à la Biennale de Taiwan et à la Haus de Kunst de Munich en ce début d’année. En circulant, l’œuvre gagne en notoriété internationale et conquiert naturellement de nouveaux acheteurs potentiels. Il serait étonnant donc de voir sa cote s’essouffler dans les prochains mois si le principe de rareté des œuvres est maintenu en salles de ventes. Moins les œuvres seront nombreuses, plus les enchères grimperont. La loi d’une offre raisonnée face à une demande électrique devrait maintenir les prix, désormais millionnaires, du jeune trentenaire.

IMAGES A CRUSÖE – SAINT-JOHN-PERSE


IMAGES A CRUSÖE – SAINT-JOHN-PERSE

LES CLOCHES

     Viel homme aux mains nues,

     remis entre les hommes, Crusoé !

     tu pleurais, j’imagine, quand des tours de l’Abbaye, comme un flux,

s’épanchait le sanglot des cloches sur la Ville…

     Ô Dépouillé !

     Tu pleurais de songer aux brisants sous la lune ; aux sifflements de

rives plus lointaines ; aux musiques étranges qui naissent et s’assourdissent

sous l’aile close de la nuit,

     pareilles aux cercles enchaînés que sont les ondes d’une conque, à

l’amplification de clameurs sous la mer…

LE MUR

     Le pan de mur est en face, pour conjurer le cercle de ton rêve.

     Mais l’image pousse son cri.

     La tête contre une oreille du fauteuil gras, tu éprouves tes dents avec ta

langue : le goût des graisses et des sauces infecte tes gencives.

     Et tu songes aux nuées pures sur ton île, quand l’aube verte s’élucide au

sein des eaux mystérieuses.

     … C’est la sueur des sèves en exil, le suint amer des plantes à siliques,

l’âcre insinuation des mangliers charnus et l’acide bonheur d’une substance

noire dans les gousses.

     C’est le miel fauve des fourmis dans les galeries de l’arbre mort.

     C’est un goût de fruit vert, dont surit l’aube que tu bois ; l’air laiteux

enrichi du sel des alizés…

     Joie ! ô joie déliée dans les hauteurs du ciel ! Les toiles pures resplendissent,

les parvis invisibles sont semés d’herbages et les vertes délices du sol se peignent

au siècle du long jour…

LA VILLE

     L’ardoise couvre leurs toitures, ou bien la tuile où végètent les mousses.

     Leur haleine se déverse par le canal des cheminées.

     Graisses !

     Odeurs des hommes pressés, comme d’un abattoir fade ! aigres corps des

femmes sous les jupes !

     Ô Ville sur le ciel !

     Graisses ! haleines reprises, et la fumée d’un peuple très suspect – car toute

ville ceint l’ordure.

     Sur la lucarne de l’échoppe – sur les poubelles de l’hospice – sur l’odeur du

vin bleu du quartier des matelots – sur la fontaine qui sanglote dans les cours de

police – sur les statues de pierre blette et sur les chiens errants – sur le petit enfant

qui siffle, et le mendiant dont les joues tremblent au creux des mâchoires,

     sur la chatte malade qui a trois plis au front,

     le soir descend, dans la fumée des hommes…

     – La Ville par le fleuve coule à la mer comme un abcès…

     Crusoé ! – ce soir près de ton Île, le ciel qui se rapproche louangera la mer, et

le silence multipliera l’exclamation des astres solitaires.

     Tire les rideaux ; n’allume point :

     C’est le soir sur ton Île et à l’entour, ici et là, partout où s’arrondit le vase

sans défaut de la mer ; c’est le soir couleur de paupières, sur les chemins tissés

du ciel et de la mer.

     Tout est salé, tout est visqueux et lourd comme la vie des plasmes.

     L’oiseau se berce dans sa plume, sous un rêve huileux ; le fruit

creux, sourd d’insectes, tombe dans l’eau des criques fouillant son

bruit.

     L’île s’endort au cirque des eaux vastes, lavée des courants chauds

et des laitances grasses, dans la fréquentation des vases somptueuses.

     Sous les palétuviers qui la propagent ,des poissons lents  parmi la

boue ont délivré des bulles avec leur tête plate ; et d’autres qui sont

lents, tachés comme des reptiles, veillent. – Les vases sont fécondées –

Entends claquer les bêtes creuses dans leurs coques – Il y a sur un

morceau de ciel vert une fumée hâtive qui est le vol emmêlé des

moustiques – Les criquets sous les feuilles s’appellent doucement –

Et d’autres bêtes qui sont douces, attentives au soir, chantent un chant

plus pur que l’annonce des pluies : c’est la déglutition de deux perles

gonflant leur gosier jaune…

     Vagissement des eaux tournantes et lumineuses !

     Corolles, bouches des moires : le deuil qui point et s’épanouit !

Ce sont de grandes fleurs mouvantes en voyage, des fleurs vivantes à

jamais, et qui ne cesseront de croître par le monde…

     O la couleur des brises circulant sur les eaux calmes,

     les palmes des palmiers qui bougent !

     Et pas un aboiement lointain de chien qui signifie la hutte ; qui

signifie la hutte et la fumée du soir et les trois pierres noires sous

l’odeur de piment.

     Mais les chauves-souris découpent le soir mol à petits cris.

     Joie ! ô joie déliée dans les hauteurs du ciel !

     … Crusoé ! tu es là ! Et ta face est offerte aux signes de la nuit,

comme une paume renversée.

VENDREDI

     Rires dans du soleil,

     ivoire ! agenouillements timides, les mains aux choses de la terre…

     Vendredi ! que la feuille était verte, et ton ombre nouvelle, les mains

si longues vers la terre, quand, près de l’homme taciturne, tu remuais

sous la lumière le ruissellement bleu de tes membres !

     – Maintenant l’on t’a fait cadeau d’une défroque rouge. Tu bois l’huile

des lampes et voles au garde-manger ; tu convoites les jupes de la cuisinière

qui est grasse et qui sent le poisson ; tu mires au cuivre de ta livrée tes yeux

devenus fourbes et ton rire, vicieux.

LE PERROQUET

     C’est un autre.

     Un marin bègue l’avait donné à la vielle femme qui l’a vendu. Il est sur

le palier près de la lucarne, là où s’emmêle au noir la brume sale du jour

couleur de venelles.

     D’un double cri, la nuit, il te salue, Crusoé, quand, remontant des fosses

à la cour, tu pousses la porte du couloir et élèves devant toi l’astre précaire

de ta lampe. Il tourne sa tête pour tourner son regard. Homme à la lampe !

que lui veux-tu?… Tu regardes l’œil rond sous le pollen gâté de la paupière ;

tu regardes le deuxième cercle comme un anneau de sève morte. Et la plume

malade trempe dans l’eau de fiente.

     Ô misère ! Souffle ta lampe. L’oiseau pousse son cri.

LE PARASOL DE CHEVRE

     Il est dans l’odeur grise de poussière, dans la soupente du grenier. Il est

sous une table à trois pieds ; c’est entre la caisse où il y a du sable pour la

chatte et le fût décerclé où s’entasse la plume.

L’ARC

     Devant les sifflements de l’âtre, transi sous ta houppelande à fleurs,

tu regardes  onduler les nageoires douces de la flamme. – Mais un

craquement fissure l’ombre chantante : c’est ton arc , à son clou, qui

éclate. Et il s’ouvre tout au long de sa fibre secrète, comme la gousse

morte aux mains de l’arbre guerrier.

LA GRAINE

     Dans un pot tu l’as enfouie, la graine pourpre demeurée à ton habit

de chèvre.

     Elle n’a point germé.

LE LIVRE

     Et quelle plainte alors sur la bouche de l’âtre, un soir de longues pluies

en marche vers la ville, remuait dans ton cœur l’obscure naissance du

langage :

     « … D’un exil lumineux –  et plus lointain déjà que l’orage qui roule –

comment garder les voies, ô mon Seigneur ! que vous m’aviez livrées ?

     « … Ne me laisserez-vous que cette confusion du soir – après que

vous m’ayez, un si long jour, nourri du sel de votre solitude,

     « témoin de vos silences, de votre ombre et de vos grands éclats de

voix ? »

     – Ainsi tu te plaignais, dans la confusion du soir.

     Mais sous l’obscure croisée, devant le pan de mur d’en face, lorsque

tu n’avais pu ressusciter l’éblouissement perdu,

     alors, ouvrant le Livre,

     tu promenais un doigt usé entre les prophéties, puis le regard fixé au

large, tu attendais l’instant du départ, le lever d’un grand vent qui te

descellerait d’un coup, comme un typhon, divisant les nuées devant

l’attente de tes yeux.

1904

Images à Crusoé

Saint-John-Perse

La Nouvelle Revue Française, N° 7, Août 1909