DANS L’INTERIEUR DU BLEU


DANS L’INTERIEUR DU BLEU

La méprise des fenêtres du monde m’ouvre sa noirceur à travers son agonie

je me souviens du long chemin que je fis dans le tien Vincent

aller-retour des moulins à tulipes

jaune d’Arles

jusqu’aux corbeaux des blés d’Auvers-sur-Oise

découvrant aujourd’hui le sens intrinsèque de tes murs bleus comme ce qui manquait à mon ressenti pour respirer

La fenêtre qui demeure hostile à l’ouverture

en fait ne signifie rien d’autre que la volonté sacrée de protéger la lumière que l’on a en soi

Ta chambre est plus vaste que l’univers

tant elle a ouvert de chemins sur un humanisme que les hommes refusent

Tes patates étaient plus douces que celles que Paul a voulu manger sur place aux Marquises

de là à t’en couper l’oreille

il n’y a qu’un pas pour croire que devant la lumière il a eu peur d’entendre

Je me tais assis sur la paille

ta chaise

et regarde ce large que tu restes seul à représenter

petit macareux sur son rocher

se nourrissant de ton sel

dans l’indifférence

loin du présent aboyeur qui s’exhibe sans aucune pudeur

pourri de l’intérieur.

Niala-Loisobleu.

16 Janvier 2023

CHANTAL DANJOU


PAUL GAUGUIN

CHANTAL DANJOU

Auteur d’une trentaine d’ouvrages (poésie, essai, prose), critique littéraire, par ailleurs membre du conseil de rédaction des Editions Encres Vives et directrice du comité de rédaction de la revue Décision, Chantal Danjou vit et travaille aujourd’hui dans le Var. Docteur ès lettres (La femme seule à travers Colette et Katherine Mansfield, Paris-Sorbonne IV), professeur durant de nombreuses années, elle intervient à présent dans des instituts universitaires de formation d’enseignants et dans des Universités (direction de mémoires, cours sur la poésie contemporaine et conceptions de projets concernant la lecture, la traduction et l’expérience poétiques comprenant la pratique d’ateliers d’écriture). Son intérêt pour la psychanalyse lui permet de développer son travail pédagogique. Enfin, depuis 1989, elle est présidente de La Roue Traversière, l’association qu’elle a cofondée, autour de la poésie contemporaine et de l’interdisciplinarité artistique.
Ses derniers titres en poésie sont L’ancêtre sans visage, Ed, Collodion, 2016 (livre d’artistes) et 2017 (pour l’exemplaire de librairie) ; Inutilité de voir venir, 2016 et La concomitante, 2017, les deux chez Ed. Encres Vives ; un livre d’artistes, Nuit à habiter, leporello avec Maria Desmée, 2017.
Ses titres les plus récents en prose sont Les Jardins d’Essais et Journal de la main, les deux titres aux Ed. Orizons, 2017 ; chez le même éditeur, Le souffle du noir, essai et La jumelle qui dansait au milieu du jour, roman, 2019 ; L’ombre et le ciel Le ciel et l’ombre, roman, 2021.

Extrait de FEMME QUI TEND LA TORCHE, mise en regard avec Henri Yéru, Ed. Mémoire Vivante, Paris, 2014

Swan
Couple de cygnes
blancs longs sauvages
sur loch deux adjectifs
qui se prolongent
chuintement des plumes
puis grincent puis s’étouffent
dans les brumes
émotion intense
de se retrouver
pour faire le Beau
entre les branches
entre les souvenirs
et de l’amour que cette étendue
aux vagues jetées comme
des nappes et le vin rouge
des adjectifs à l’extrémité
de leur col tranche
rouge blanc et l’assiette
du laid renversée et la cruauté
dans cinq verrines au moins
et la tête des cygnes à déguster
chaude et un nouveau couple
s’abat incapable de ne pas
refaire le Beau
entre les branches nues
et les souvenirs
et du chant ce grincement

Chantal Danjou

DU VASE DE SEVRES


SEVRES – PAUL GAUGUIN

DU VASE DE SEVRES

Maisons fleuries d’arbres et fruits de collines escaladent la motte d’argile que le pied pousse sur la tournettel

Les idées que les mains enserrent montent et descendent comme un camion de pompiers d’un manège

qui va entrer cuire au four

Au bas de la rampe le tertre se remonte les manches

et la jupe du printemps retrousse ses plis par-dessus la barrière

à l’écart du résultat des urnes

qui va mobiliser les combines amoureuses des marieuses

Mon alliance se doigt d’être en hors pour rester la dernière fidèle au voeu de celle qui attendait de dire oui au nom

Symbole d’un autre soleil qui pousse sa parole à naître, pose là ta couleur sur tes feuilles que j’écrive !!!

Niala-Loisobleu – 12 Juin 2022

COMME AU RETOUR DE LA MARQUISE


PAUL GAUGUIN

COMME AU RETOUR DE LA MARQUISE

Bien sûr la pluie n’aurait pu s’absenter des chaleurs feintes d’un été révolu

En prenant le métro à la Porte d’Italie, sac marin à dos, je fermais les yeux sur l’A10 pour m’effacer l’Atlantique, base terrestre de mon mirage dernier, en concentrant mon né sur l’ineffaçable de ma venue au monde

Cela fait un bail

ouais pas besoin de me le rappeler

Seulement je suis là pour me ressourcer d’une vidange en allant fleurir les bars à rhum des gauchos de la rime, qui sur leur comptoir ont les cuillères percées de la Fée Verte, introduction sans faute au voyage pictural

Fléau en main le virus se prépare aux moissons, on aura moins de blé, mais la merde en quantité. Question ordre nouveau faut dire que ça des Borde au-delà des promesses. Toute Elisabeth ne pouvant prétendre au jubilé ça laisse une chance de croire

Mais puisque refaire à neuf relève de l’impossible, j’avoue que je conte plus sur ce que la capitale m’a jamais donnée de peine pour sauver ce qui me reste de tête

Je conduirai ma vache aux Tuileries et mes chèvres aux Buttes-Chaumont par la rue des Pyrénées

Quelques tours aux chevaux-de-bois en laissant l’aqueux du Mickey à Guignol, Marthe à la main jusqu’aux Halles se faire une soupe à l’oignon pour apaiser ses brûlures et retour en tricycle par les Guichets sur la Seine.

Grand Spectacle !

Niala-Loisobleu – 8 Juin 2022

AU GRE DE MES CHAMPS


PAUL GAUGUIN

AU GRE DE MES CHAMPS

Pente choisie puisqu’il s’avère qu’on est d’un temps imposé

faire en sorte de trouver la bonne

L’écoulement fait désormais problème de différentes manières, qui relèvent de l’imposition totale sous couvert de démocratie

J’arracherai genre Robin des Bois quitte à passer pour vieux jeu pour filtrer l’essence de de navigation

La bergère qui voit apparaître étant cramée le danger peut prendre une forme nouvelle qu’il faudra découvrir. Les mômes sont à craindre, aujourd’hui ont fait des armes qui sont plus des jouets, ce qui aidera à baiser leur mer comme qui rigole

Cet après-midi j’ai peint des fleurs sans nom

Elles me sont venues de l’importance à oublier les personnages pour avoir l’odeur qui n’existe pas

Celle qu’on invente comme un contre-poison

on devient impuissant sans que l’âge y soit pour quelque chose, ça justifie l’évasion dans une jungle où les fauves sont moins dangereux qu’en territoire dit civilisé

et ce qui reste de l’origine montre un courage étonnant pour subsister sans que l’illusion l’emporte. A voir comment tout fout l’camp, en étant vieux on a plus de chance d’en sortir propre

il y aura bientôt plus rien à bouffer à force de casser les récoltes, le péril jaune ça pourrait bien être ça parce que les chinois viendront nous piquer le carré de potager de notre soupe

Comme Dimanche prochain rien ne changera les habitudes citoyennes ça écourtera le temps d’attente…

Niala-Loisobleu – 6 Juin 2022

ZOO PAR MICHEL BUTOR


PAUL GAUGUIN

ZOO

PAR MICHEL BUTOR

A la tombée de la nuit
quand se sont refermées les grilles
l’éléphant rêve à son grand troupeau
le rhinocéros à ses troncs d’arbres
l’hippopotame à des lacs clairs
la girafe à des frondaisons de fougères
le dromadaire à des oasis tintants
le bison à un océan d’herbes
le lion à des craquements dans les feuilles
le tigre de Sibérie à des traces dans la neige
l’ours polaire à des cascades poissonneuses
la panthère à des pelages passant dans des rayons de lune
le gorille à des bananiers croulant de leurs fleurs violettes
l’aigle à des coups de vent dans des canyons de nuages
le phoque aux archipels mouvants de la banquise disloquée
les enfants du gardien à la plage
Michel Butor

L’ANCRE ROUGE


PAUL GAUGUIN – MOMENT DE VERITE

L’ANCRE ROUGE

Des dernières cohortes tu jaillis des fumées, besoin de dégager les ouïes des hameçons en rôde

dans la marge ta nuance est verte à l’ancre rouge pour amarrer la conclusion orale de tes sens revenus d’exil

Mystique incantation du chant sauvage d’une nature vierge

les chiens fous ont dans la gueule cette première vague qui trousse le temps-mort de l’étale en ramenant le son dans la conque

La corbeille est tressée sous la palme pour le lâcher des seins lourds.

Niala-Loisobleu – 3 Juin 2022

DE RETOUR DES JARRES


DE RETOUR DES JARRES

Du pied nu dans le tapis tissé par le peint l’haleine maritime souffle à la voile pour grimper la marcheet venir pleurer dans le petit-pot ce gemme que la vie garde

Sur l’écume les jours de Boris sont contés

Comme ce quoi que Gauguin est allé chercher plus loin qu’il se trouve comme dirait l’orque monté sur Seine par le mauvais coté jardin de l’estuaire

Les fraises au sein pérennisent la garriguette au-delà de saison, à gros bout d’aréole en base d’atterrissage, ce qui me fait panser que le fruitier sauvage a de la réserve pour combattre les serres charognardes

Adagio la fontaine au centre du patio

escalade de roses fleurs du bougainvilliers dans le vent des guitares et l’éraille d’un flamenco tiré de la gorge d’un claquement des mains et du talon des racines

Mozart fou de lumière ton rire reste l’enfant qui trace sa marelle à la craie blanche sur le noir bitume chemin des hommes

Fidèle à son serment.

Niala-Loisobleu – 30 Mai 2022

TENIR SA BRANCHE A SOIE


TENIR SA BRANCHE A SOIE

L’herbe d’un bout d’église de Bretagne, au versant de la colline qui s’est rentrée l’odeur de tes cheveux à la place du confessionnal

Il faut tendre l’oreille pour écouter ton aisselle, mais j’aime passer ta peau au travers des murs

Les pas étouffés des heures d’attente

Gémissements du caniveau quand je glisse sous le pont

Plaisir d’amour que Juliette de sa voix chaude sort du placard

des sons qui franchissent le gel actuel comme pour accompagner les victimes de Boutcha d’une pensée en sachant que c’est pas comme une fleur qu’on accroche aux misères de la star en vogue sur internet

Générer du courant à la rivière pour la laver du linge sale

Je t’aime comme la mélopée qui franchit les frontières sans s’ouvrir à la douane

Et s’écoute

Comme on suit la crotte du lapin sur la piste qui mène à la mer

Te plonger dedans rien que pour moi

Plaisir des sens bien enfoncé.

Niala-Loisobleu – 4 Avril 2022

MESSAGES PAR ERIC DUBOIS


MESSAGES PAR ERIC DUBOIS

Les gouttes de pluie
Qui tombent sur mon toit
Font entendre une humble musique
À laquelle je ne prête guère
Attention

Peut-être tentent-elles
De me transmettre un message
Que je ne trouverais pas sibyllin
Si je faisais l’effort de l’écouter

Ces branches d’arbres dénudées
Semblent être la proie
De tortures insoutenables

À moins qu’elles ne m’adressent
Des signes désespérés
Pour que je ne fasse pas ceci
Que je ne commette pas telle erreur

En tout cas elles se contorsionnent
Admirablement
Trop admirablement
Peut-être devrais-je ne pas écouter
Mon corps transi
Qui m’ordonne de poursuivre mon chemin
À pas rapides
Peut-être devrais-je les observer
Longuement

Ces vagues qui l’une après l’autre
Viennent mourir paisiblement
Sur la plage
Lorsque le ciel est d’un azur
Immaculé
N’ont-elles rien à me dire

La plainte de ces vagues
Est-elle vraiment une plainte
N’est-ce pas plutôt
Un murmure mélancolique

Mélancolique ?
Ne nourris-je pas une illusion
De plus

Eric Dbois