LA MAIN RETOURNANTE


LA MAIN RETOURNANTE

Tenant le pinceau comme la clef des armoires, la main tire de quoi vivre du fond des tiroirs

comme au moment où au cinéma un filet d’air chaud s’engouffre sous la jupe de Marylin

Couleurs du temps accrochées au temps qui rit, qui pleure

du râteau le bruit du cheval fouille (si on trouve c’est déjà ça de gagné pour la hauteur de l’herbe)

au rappel des tiges pendant qu’on change l’eau du vase, fouiller sous la mousse, jusqu’aux doigts dans la terre

Passe un train de péniches tiré par un remorqueur amarré à un vol d’oies sauvages

l’endroit aussi difficile à reconnaître qu’il soit, vole vers les îles lointaines où seul le troc est permis

Les femmes la poitrine à l’étal, des enfants dans les paniers et des chiens-fous suivant la prophétie traversent en dehors des clous

Cette main-gauche qu’un matin sortit du 51 pour Les Tuileries est grimpée dans toutes sortes d’arbres toujours en compagnie de l’Oiseau Bleu

ferroviaire

amphibie

à écailles

la plume ailleurs que dans le cul

à la recherche de l’Homme sans autre histoire que la sienne

Les cités disparaissent des civilisations les plus anciennes en s’amenuisant au fil du temps tout en laissant croire qu’elles avancent.

Niala-Loisobleu.

11 Janvier 2023

James Sacré


James Sacré

James Sacré est né en 1939. Il passe son enfance et son adolescence à la ferme des parents en Vendée. D’abord instituteur puis instituteur itinérant agricole, il part, en 1965, vivre aux Etats-Unis où il poursuit des études de lettres (thèse sur la poésie de la fin du XVIè siècle français). Il y enseigne dans une université du Massachusetts (Smith College) tout en faisant de nombreux séjours en France et des voyages en Europe (l’Italie surtout) en Tunisie et au Maroc. Il a publié des livres de poèmes au Seuil (Cœur élégie rouge, 1972), chez Gallimard (Figures qui bougent un peu, 1978) et aux éditions André dimanche, ainsi que chez de nombreux “petits éditeurs”. Il vit de nouveau en France, à Montpellier, depuis 2001.

Extrait de Ecritures courtes

N’importe quoi le mot rouge : toute la vie dedans
colères comme des taureaux, bêtise de mon père le
voilà maintenant tranquille fin de sa vie je la veux
comme un sourire la honte et la peur emportées, saleté
comme un sourire en paille dans ses bottes ; et je
l’aime aussi quand il est propre. Le mot rouge
(fureur et la rouille à des endroits du monde) con-
vient parfaitement pour tout dire

James Sacré

MAINS TENANT ENCORE 5(REPRISE)


MAINS TENANT ENCORE 5 (REPRISE)

Le jour n’avait pas sonné qu’il était encore cette lumière à l’intérieur

déjà..

Dans l’enveloppe du gland, de la faîne, la poche du rein,

la prescience du minéral battant la roche,

la pierre à feu souffrant le bout de l’allumette,

pourquoi pas

le tabernacle

eh oui, si tu veux

le choix est,

le choix sera-t-il ?

Le secret du vote se fout de l’urne, tu le connais dans le coeur

Il n’existe pas ici-bas d’endroit plus haut

Le tremblement bleu-argent, olive dans les branches de ses veines

artères tordues, doigts à l’incision d’où jaillit la sève du vouloir contrer l’impossible

cette puissance qui alimente le néant à perte de vue

partout présente dans nos matins jusqu’au soir

Nous y sommes confrontés

Alors la promesse va devoir défier sans rien d’autre

De partout les bêtes lance-flammes déploient leurs ailes

la ville passe à l’ombre

les rues tombent au fond des souterrains d’un avaloir quotidien

Ne sommes-nous pas sortis de la pire des conditions pour avoir  dit oui à la croisade ?

Le graal c’est l’entité initiatique

P1040758
Mains Tenant 5 – 2015 – Niala – Acrylique sur panneau 65×50 – Collection Privée

L’amertume déverse le verre fielleux en pleine pulpe

la coupe de fruits se taille au bazooka au verger d’un incendie de faux rais

le vitrier et le rémouleur sont en plein film d’épouvante

qu’est-ce que ça plombe la chasse au bon heur

Jusqu’aux os

jusqu’au par-dessus la tête

Et dans tout ça vous étiez vous à quel endroit ?

Au fond de la tranchée devant le sifflet de l’officier ordonnant l’assaut

tous les nids de guêpes des mitrailleuses en batterie dans l’axe

Et la mine ?

Anti-perso pour t’arracher les jambes des fois que t’aurais encore des couilles

Et l’à venir ?

Le trou-noir

Ben dis-dont

c’est quoi ce plan ?

L’espoir mon P’tit-Gars

ça qui fait le pigment de mon bleu

qui te propulse à poil pour sortir ta ruche du mauvais oeil

qui porte quand la rafale lâche ses vagues scélérates

qui rend visible

ce pour quoi tu avais décidé d’un nouveau départ

et qui te relève quand t’es au plus bas, attrapé par la ficelle du cerf-volant

Mains tenant…

Niala-Loisobleu.

30 Septembre 2015

CET AMBIGU VERNACULAIRE


CET AMBIGU VERNACULAIRE

Comment tout ceci aurait-t-il put se faire si on avait pas muter en monstruosité ?

J’ai jamais pu être attiré par Harry Potter et encore moins par ces films de fiction conduisant à l’horreur réelle, mais le statut minoritaire qui m’échoue est incontestable au point que si je me taisais je me sentirais hermaphrodite

A force de cloner pour fabriquer des monstres on inocule un doute identitaire qui demanderait sa reconnaissance pour libérer l’être qui en souffre

Ce n’est pas la souffrance en question dont je doute, c’est sa cause

La cause qu’on ignore toujours en toutes choses, la fuite étant toujours plus simple

Alors l’hérésie prend le chemin d’une raison fabriquée de toute pièce

On avance grand v dans le mur en dévoyant par principe l’origine du problème

Il y a vingt ans l’homosexualité est devenue le remède aux problème de couple et a entraîné un changement radical entre hommes et femmes sans rien pouvoir modifier au système reproductif dont la suite ne peut être arrêtée. Maintenant le féminisme repart dans sa requête égalitaire qui ne peut rien changer d’autre sinon faire d’un macho une macho (en attendant un mot féminisé)

Le procès d’abus fait à l’homme actuellement m’apparait davantage comme un moyen pour obtenir autre chose, qu’une lutte totalement justifiée pour punir une violence que je réprouve sans réserve (Le procès Camus fait en Nouvelle Aquitaine est juste)

En revanche

Ce dahu du pronom s’il prêtait à rire personnellement ne dérangerait pas ma reconnaissance du libre choix que j’accorde à chacun. Mais il s’agit d’une modification génétique généralisée qui dérive dangereusement

J’aime l’image qu’inspire ce tableau où devant la beauté mammaire l’homme tète un animal fantasmagorique non par choix mais par manipulation évolutive

Je m’insurge contre une tendance qui se développe parce qu’aujourd’hui l’individu s’en remet à la machine et non plus à son intelligence

J’aime trop la Femme pour perdre toute considération à son égard

Mais telle que la nature l’a faite.

Niala-Loisobleu – 28 Novembre 2021

L’ACCORD DES ON ET LE REFUS DE SE RENDRE


L’ACCORD DES ON ET LE REFUS DE SE RENDRE

Marchant d’un feu follet dans le vieux cimetière, la peur que je ressentis de mourir me vint en croisant ces monuments funéraires d’une prétention aussi laide qu’indécente

Imagine la pauvre luciole qui arrive à poil devant un tel étalage d’orgueil

Mais comprendras-tu que cette gêne ne provienne pas d’une absence de costume ?

J’allais plus loin aussi vite que je pus, la navette entre moi et ma façon d’être n’était pas revenue de faire pisser le chien

Nous nous assîmes sur un pierre renversée que l’herbe fleurissait de son bon comme du mauvais et la pensée philosophique me tira les cartes pour me faire la bonne aventure

A quoi bon vivre à espérer s’il n’y a rien à attendre, me dis-je ?

Le chien me serpilla le regard d’un coup d’employé de surface scrupuleux de son ouvrage

Pourquoi attendre de quelqu’un qui attend de recevoir au lieu de donner sans préméditer?

Le plus gros du quiproquo vient de cette erreur d’observation

J’en suis l’impardonnable fautif depuis le commencement pour n’y avoir jamais rien changé

Seulement le refus de se rendre est autrement plus louable dans ce foutoir où tous les trafics se foutent des règles pour satisfaire l’égo en premier

Si le soleil est à vendre, j’en arrive à penser que dans l’ombre se trouve une forme pure de lumière…

Niala-Loisobleu – 28 Novembre 2021

VAGUE A BONDS SOLAIRES


VAGUE A BONDS SOLAIRES

Au tant qu’emporte le vent, le bateau ivre, s’entortille la trajectoire

Gens qui pleurent

J’en kiri

L’hume heur enfume sans que rien ne parvienne à devenir une pipe

Imprévisible à s’habiller comme il convient j’en perds ma chemise sans retrouver nues

C’est en 1936 que René Magritte fit ce calligramme ô combien expressif du questionnement philosophique que les revirements de l’homme lui manifestèrent à cette période cruciale

Amis de nombreux philosophes et visionnaire incontestable, il témoigne par cet autoportrait de l’annonce qui nous fut faite et parvient aujourd’hui à terme

La vague versatile de l’an brun nous sombre aux lumières d’un tango Titanic.

Niala-Loisobleu – 27 Novembre 2021

AU CŒUR DU MONDE (FRAGMENT RETROUVÉ) PAR BLAISE CENDRARS


AU CŒUR DU MONDE

(FRAGMENT RETROUVÉ)
PAR BLAISE CENDRARS


Ce ciel de
Paris est plus pur qu’un ciel d’hiver lucide de froid

Jamais je ne vis de nuits plus sidérales et plus touffues que ce printemps

Où les arbres des boulevards sont comme les ombres du ciel,

Frondaisons dans les rivières mêlées aux oreilles d’éléphant,

Feuilles de platanes, lourds marronniers.

Un nénuphar sur la
Seine, c’est la lune au fd de l’eau
La
Voie
Lactée dans le ciel se pâme sur
Paris et l’étreint
Folle et nue et renversée, sa bouche suce
Notre-Dame.
La
Grande
Ourse et la
Petite
Ourse grognent autour de

Saint-Merry.
Ma main coupée brille au ciel dans la constellation

d’Orion.

Dans cette lumière froide et crue, tremblotante, plus

qu’irréelle,
Paris est comme l’image refroidie d’une plante
Qui réapparaît dans sa cendre.
Triste simulacre.

Tirées au cordeau et sans âge, les maisons et les rues ne sont
Que pierre et fer en tas dans un désert invraisemblable.
Babylone et la
Thébaïde ne sont pas plus mortes, cette

nuit, que la ville morte de
Paris
Bleue et verte, encre et goudron, ses arêtes blanchies

aux étoiles.

Pas un bruit.
Pas un passant.
C’est le lourd silence de

guerre.
Mon oeil va des pissotières à l’œil violet des réverbères.
C’est le seul espace éclairé où traîner mon inquiétude.
C’est ainsi que tous les soirs je traverse tout
Paris à pied
Des
Batignolles au
Quartier
Latin comme je traverserais

les
Andes
Sous les feux de nouve

Des étoiles, plus grandes et plus

consternantes,
La
Croix du
Sud plus prodigieuse à chaque pas que l’on

fait vers elle émergeant de l’ancien monde
Sur son nouveau continent.

Je suis l’homme qui n’a plus de passé. —
Seul mon

moignon me fait mal. —
J’ai loué une chambre d’hôtel pour être bien seul avec

moi-même.
J’ai un panier d’osier tout neuf qui s’emplit de mes

manuscrits.
Je n’ai ni livres ni tableau, aucun bibelot esthétique.

Un journal traîne sur ma table.

Je travaille dans ma chambre nue, derrière une glace

dépolie,
Pieds nus sur du carrelage rouge, et jouant avec des

ballons et une petite trompette d’enfant :
Je travaille à la fin du monde.

Blaise Cendrars

PRECIEUX SYMBOLISME


PRECIEUX SYMBOLISME

Dans les cris tirés de la pierre, quel Baiser résonne autant

que celui que Rodin

a buriné de son symbole ?

Camille en sortit exsangue

Sans que l’outre-noir n’ait été exclu

Monde blasphème

Jusqu’où ira-t-il en aveuglement et surdité ?

Gustav Klimt au secours

De ton image

Sauve le genre virginal

sans que la blancheur ne confonde en oie

Juste en retour aux valeurs fondamentales

L’enfance intrinsèquement liée au sens du mot Vie

Sauvée…

.

Niala-Loisobleu

19 Novembre 2021

« D’ABEILLE » – NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/VERRE 80X60


« D’ABEILLE »

Repris du « MURMURE DES VOÛTES »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/VERRE 80X60

Vibrance au caractère si marqué dans l’âme de la pierre

que dans l’effacement il ramène au premier rang sur la branche forte

l’Enfant faît pour demeurer à jamais devant ceux qui sont tombés d’arrêts du coeur, c’est ardent

Tous les périls ont immunisé l’Abeille

l’instruisant au terme de ce qu’elle ne pouvait voir

Devenant ruche à son tour

elle ouvre le ventre au verger

Couleur qui surpasse toutes formes du terne

elle donne le ton de la peau fendue dans la touffe de fleurs

Demain pompe

cellules éternelles

à déployer ses ailes dans la portée des cendres

par l’allée de roseraie, papillons et lucioles en relais.

Niala-Loisobleu

12 Novembre 2021

GRATTAGE DES SABOTS


GRATTAGE DES SABOTS

La tête hors du cadre

le corps s’élance

passé la porte close

rincé dans son propre sang

Le sein gauche ne peut rester le doigt hors du chien

à l’estuaire il rentre dans la mer en courant se regarder nager la bouche ouverte

et s’avale sans retenue

Niala-Loisobleu – 12 Novembre 2021