L’OEIL DE SCENE


MARC CHAGALL

L’OEIL DE SCENE

Dressée sur le bout de craie d’une falaise

Percée dans l’ombre d’un chemin rabattu

A cheval sur la dérive d’un art populaire

Entre les seins d’une boucle de cerises

Au fond d’une barre de feu

Sur le mouvement d’un allegro andante largo

Dans le creux de la paume à la veine du poignet

Au rebondi pubien où le frisson lombaire marque la tranchée pare-feu

Du bout de l’ongle aux lunules des cinq antennes

Du genou précédant le pédoncule de l’étrave en chenal

cette fenêtre exploratrice traverse l’ignorance arrêtée derrière la vitre et le rideau d’un volet engendré par la médiocrité

Oeil de foi libre de dogme qui remonte du galop des bisons eu creusement de l’arbre pour remonter à l’océan

dense autour du feu enroulé aux secrétions volcaniques

Dans la fermeture présente c’est mon jour ouvré permanent

Niala-Loisobleu – 25 Mai 2022

GABRIELLE ALTHEN – LE PELERIN SENTINELLE (EXTRAIT)


L’heure s’attarde…L’heure s’attarde au bout des soirs, page lisse, or fluide,
sourire vaste, le tout peut-être décentré. Elle est venue,
l’Ange s’incline. Puis c’est le tour du temps distrait qui lui
aussi s’incline, tandis qu’un autre plus vivant veut atten-
dre debout. Nous sommes cernés, car c’est l’annonciation
de la naissance du temps de ce qui pourra naître.Comme on allait à l’eau, toi, tu iras au temps. Ce qui pré-
cède était rencontre et ne cessera plus.

Gabrielle Althen

        

COMME RETOURNER CETTE PEAU DE GRIS, J’AIMERAIS…


COMME RETOURNER CETTE PEAU DE GRIS, J’AIMERAIS…

De réalité faite neuve

Dans l’étendue bleue te puiser à peine déplacée des oiseaux, ceux qui peuplent l’île, j’aimerais te mirer Chagall dans l’air du souffle ourlé de paroles

Rousseur au blanc de ta peau comme l’élan des tambours au devant des doigts

Sur les toits rasés des batailles me rouler au ventre de la haute-herbe que tu cultives dans la paix consacrée

Chaque vague en poignée au long galbe de tes hanches pour verser le contenu des vignes assemblé en un seul

Viendrait la lumière qui garde l’écrit au chevet des nuits sombres

Mille pertuis

La passe au goulet des endroits difficiles

Et ce mouvement de ballant que le cheval tire du regard attaché à tes seins par le décolleté du lit des rivières en mascaret

Tout ça pour sortir du Je de l’Oie l’obsession mortelle qui menace de sa prison

Juste en cassant la règle des doigts de l’enfant pour lui apprendre à lire les Droits de l’Homme et du Citoyen sans lapider les forces de l’Ordre

Enfin j’aimeras finir de laver l’absence de sentiment en laissant Bertin dire Que faire.

Niala-Loisobleu – 14 Novembre 2012

AUX LISIÈRES


AUX LISIÈRES

I

Nous avons longtemps cru qu’il nous suffisait d’allonger le bras pour toucher le ciel et tenir en laisse le vieil horizon

si longtemps qu’en nous le geste demeure à la vue d’une femme à l’aube surprise lavant dans ses larmes le jour et la nuit

que plus rien ne reste à la fin que l’ombre pour raser de frais au fil de l’amour nos corps effondrés dans la chambre avec

le ciel comme un bas sur le parquet nu.

II

Amour, disais-tu. J’entendais lisières genêts, passerelles. Tes yeux résistaient. Ce n’était pourtant qu’un seuil à franchir.

Déborder le corps et qu’amour soit d’eau vive, non comme ici lac où tournent tournent poissons et noyés, le ciel, les nuages

les belles promesses. Reste, disais-tu.

Je voyais mourir les hommes aux barrières

battre comme un bleu crevé par l’orage

leurs bras affolés leurs ailes d’Icare.

Guy Goffette

CELESTE CONJUGAISON


CELESTE CONJUGAISON

Roseraie au bout des cordes je te reçois sur la planche à tracer

Marc déployant tout

La mésange met le soleil de son ventre à nu dans le choeur des passereaux constructeurs

martins-pêcheurs

colibris

tourterelles

du haut des seins à la source ventrale ouvrent le jet du rire des merles

L’espace d’une floraison reconduit

à rejoindre l’écaille du porte-plume aquatique aux rives d’un absolu

Que de musiciens en habits d’arlequins montent à bord des gondoles

fauves comme des lions jouent en formation de ramiers

Chagall amoureux crève le plafond de sa voie contre-alto

l’enfant outre-mère te peignant avec ses crayons de couleur comme une en vie surnaturelle…

Niala-Loisobleu – 29 Novembre 2020

INSTRUMENT DE BORD 3


INSTRUMENT DE BORD 3

L’imitateur de vitesse retient Archimede en pression. La percution du triangle est audible au moment de la césure des cuivres. Quand l’enfant est sorti seul en appuyant sur les pédales personne ne traversait la route. Même pas un arbre pour retenir Marcel d’arriver à Maria en haussant sa couleur

L’oiseau redressant ses sourcils dit il va encore s’en trouver pour dire que tu rêves comme Chagall.

Niala-Loisobleu – 9 Novembre 2020

FENÊTRE SUR L’ÎLE


Fenêtre sur l’Ile de Bréhat – Marc Chagall

FENÊTRE SUR L’ÎLE

Marc lui c’est Bréhat qu’il a mis à sa fenêtre

Nous, avec un mélange de normand et de breizh on a senti l’air s’agrandir sans besoin de beurrer l’ô séant

Sur la façade droit devant, le phare allumé est sorti de l’abat-jour

Dans l’amphore portée par les hanches tu m’as servi ce vin de Corinthe sorti de ton isthme en canal

Antique histoire d’un Péloponnèse en corps missionnaire aujourd’hui

Niala-Loisobleu – 28 Octobre 2020

ODE A L’AMOUR COURTOIS : Francis Cabrel


Marc Chagall

ODE A L’AMOUR COURTOIS : Francis Cabrel

Comme un ami le printemps est venu lui-même
Charger de fleurs les premiers vers de mon poème
Où je bénis ses yeux, son corps, sa chevelure
Et tout ce qui fait vibrer mes pages d’écritures

À chacun de ses pas elle parfume l’espace
C’est ma chanson pour dire comment elle se déplace
Les plis de son manteau où je voudrais m’étendre
Les colliers à son cou où je pourrais me pendre

Du bout des lèvres
Dans ces milliers d’oiseaux que la matin soulève
Dans le doute et la fièvre
Je murmure un prénom qui n’existe qu’en rêve
Mais elle reste de glace, elle ne répond rien, rien

J’invente des rêves sans fin, des nuits torrides
Chaque matin l’aube revient sur mes mains vides
S’il reste un paradis au fond du ciel immense
C’est probablement entre ses bras qu’il commence

Qu’importe les mauvais chemins s’ils vont vers elle
J’en finirai mieux ce refrain où je l’appelle
On y entendra mes yeux couler, mon cœur se fendre
Et s’ouvrir ce manteau où je veux tant m’étendre

Du bout des lèvres
Dans ces milliers d’oiseaux que le matin soulève
Dans le doute et la fièvre
Je murmure un prénom qui n’existe qu’en rêve
Mais elle reste de glace, elle ne répond rien,rien
Et je reste à ma place, mais tout le monde voit bien, bien
Que de tous les jours qui passent, je préfère, et de loin

Les jours où je la vois
Comme un ami le printemps est venu lui-même…

A SAMUEL PATY – REQUIEM – LEO FERRE


Marc Chagall

A SAMUEL PATY – REQUIEM – LEO FERRE

Pour ce rythme inférieur dont t’informe la Mort
Pour ce chagrin du temps en six cent vingt-cinq lignes
Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port
Pour ce mouchoir à qui tes larmes font des signes

Pour le cheval enfant qui n’ira pas bien loin
Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge
Pour l’oiseau descendu qui te tient par la main
Pour l’homme désarmé devant l’arme qui bouge

Pour tes jeunes années à mourir chaque jour
Pour tes vieilles années à compter chaque année
Pour les feux de la nuit qui enflamment l’amour
Pour l’orgue de ta voix dans ta voix en allée

Pour la perforation qui fait l’ordinateur
Et pour l’ordinateur qui ordonne ton âme
Pour le percussionniste attentif à ton coeur
Pour son inattention au bout du cardiogramme

Pour l’enfant que tu portes au fond de l’autobus
Pour la nuit adultère où tu mets à la voile
Pour cet amant passeur qui ne passera plus
Pour la passion des araignées au fond des toiles

Pour l’aigle que tu couds sur le dos de ton jeans
Pour le loup qui se croit sur les yeux de quelqu’un
Pour le présent passé à l’imparfait du spleen
Pour le lièvre qui passe à la formule Un

Pour le chic d’une courbe où tu crois t’évader
Pour le chiffre évadé de la calculatrice
Pour le regard du chien qui veut te pardonner
Pour la Légion d’Honneur qui sort de ta matrice

Pour le salaire obscène qu’on ne peut pas montrer
Pour la haine montant du fond de l’habitude
Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé
Pour ces milliards de cons qui font la solitude

Pour tout ça le silence

Album : Au Théâtre des Champs-Élysées

AFFLEURE


AFFLEURE

Mon écuyère à mots cas

Sur la vague roulante de mon dos

Je l’apporte

Les violons des maisons du grand jardin sanguine

Nous tiennent sur leur vague

Tous deux de m’aime couleur

Au plafond

Sous bonne garde de Marc

Niala-Loisobleu – 19 Octobre 2020