L’EMPAN PAR JACQUES REDA


L’EMPAN

PAR

JACQUES REDA

Mais quelle est la juste distance ?
Il y a celui qui ferme obstinément les yeux, cherchant
La mesure de l’âme comme d’un mur blanc, et l’autre
Qui entre en suffoquant dans les premiers plis de la mer.
Entre eux j’ai posé mon vélo contre un pin violet qui

craque
Et je tiens l’horizon entier dans l’empan d’une main, sous

la fumée
Oblique d’une cigarette.
Mais qui tient
Dans son empan l’incessante mobilité d’insecte où se perd

mon regard.
Et la courbe de mort où s’inscrit la route surgie
Des flots de la forêt vers les frondaisons de la mer ?
Vite j’ouvre les bras pour déborder ce qui m’enferme,
Debout dans l’enjambée du ciel.
Mais que saisir
Et mesurer sinon, au flanc mobile de la dune,
L’empreinte de ce corps que le vent réensevelit ?

Jacques Réda

L’avions qui passe


L’avions qui passe

On peut traverser le grand bassin à sec, ils l’ont vidé hier pour nettoyer les carpes du muet en gardant le cinéma

C’est la dernière version de l’Etang Moderne de Charlot illustrée par Pablo Auladell

La Mancha se démouline, comme partout ailleurs

c’est le vain qui prend du degré sans que le Maître de Chais n’ait retrouvé de quoi monter à cheval en gardant le goût pour l’engrain au crottin

Alors il se fouille à la recherche du tant perdu

Si bien que les Ministres de la Culture et son comparse de l’Education ne Proust plus que par lui

« Drône d’époque » peut-on lire sur la banderole de l’avions qui passe en lâchant sur internet ses petites vertus en aube de première communiante

Sans bruit la nuit tombe.

Niala-Loisobleu – 10 Février 2022

Pablo Auladell

Nationalité : Espagne
Né(e) à : Alicante , 1972
Biographie :

Pablo Auladell est né à Alicante en 1972. Autodidacte, il travaille comme illustrateur (notamment des contes de Grimm et d’Andersen) et auteur de bandes dessinées, notamment pour les éditions Sinsentido, Anaya et Ponent. En 2008, son album Soy mi sueño, sur scénario de Felipe Hernandez Cava, a été très remarqué. La Torre blanca (La Tour blanche) avait reçu le prix de la révélation au Salon de Barcelone en 2006, tout en étant également nominé dans les catégories « meilleure œuvre » et « meilleur dessin ». La version que nous traduisons correspond à la deuxième édition revue et augmentée. Son unique livre en français à ce jour est Le Rêve de Pablo, publié par La Joie de Lire.
dessinateur atypique, il publie « Le Paradis perdu » d’après l’oeuvre de John Milton et au ski « le cuirassé Potemkine ».

A L’EAU REPONDEZ-MOI


A L’EAU REPONDEZ-MOI

lci et là, tous ces regards qui balancent des mains

Leurs fleurs artificielles en bout quai

Et l’atmosphère noyée dans le canal St-Martin, l’Hôtel du Nord dérive

Sur l’assiette faïencée de la statue équestre le roi en rit et tombe poignardé, ail

Le pari actuel ne vaut pas une messe

Miracle dans la cour de l’école Roberto professe l’insolence

Ah larmes au secours

Pendant du marronnier la fleur en grappe du poème rosit dans la rouille des saisons

C’est dur pour l’Adam

Mais l’Eve son aube aux genoux communie.

Niala-Loisobleu – 18 Janvier 2022

PAR LA CLOSE


Photo Niala « TOURS DE BREIZH »

PAR LA CLOSE

Du matin sans autre parti pris que celui de la route ouverte, va défiler le paysage dans tous les sens de la pensée

Belle métaphore, ou le chien assis sur la plage-arrière de custode, n’opinera pas bêtement de la tête

il faut laisser le chauffeur regarder à l’avant sans détourner la tête

Apparaît alors la muraille du ventre humain qui a gardé au moins l’esprit de contenant , celui de contenu relevant d’une autre paire de Manche

Pont-levis baissé l’air herse la Motte-Picquet, Grenelle y con pris

Je respire

La muraille montre cuisses ouvertes, un aspect métaphysique pas du tout hors-sujet

C’est autre chose de pénétrer au coeur des pensées, de les suivre dans leurs périples, allant du jovial au pessimisme, de l’amoureux aux frigide, chaud-froid de poulet mis en vitrine d’Amsterdam, puis l’exorcisme de la pensée novatrice, genre histoire de femme qui au départ est née homme, ah la galère. Il y a la parole de celui qui ne profane pas. Plus rare. Debout sur la béquille robotique de l’être femme qui ne se ménage pas. Ah le saint qu’on dévoile chez le fleuriste, si on le cachait, mais le petit-gommerce alors que deviendrait-t-il ?

Allez, trève d’insolence, par la porte ouverte la mer est là qui s’étale et remonte

J’utopise

Putain c’est bon parce qu’en m’affûtant le cortex ça me fait voir sans aigreur inutile, le côté réellement déplorable des traditions civiles d’une société armée pour tuer

Je dirai tout en pensant qu’instruire est le pire ennemi que craignent les exploiteurs

Il reste de tous les monuments construits par l’homme une défense immortelle de sa présence

Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2021

Photo Niala « TOURS DE BREIZH »

AU GRE, AU GRE…


AU GRE, AU GRE…

Au grand regret de l’argentique en N-B, qui est pratiquement rayé de la carte

le noir-et-blanc prend de plus en plus de place dans la vie numérique

Un coup tu sais ce que tu es dans le rapport avec qui tu communiques et encore plus loin si

Te perdre est un paradoxe avec tous les systèmes de navigation GPS et le fait que t’es localisé sur le champ par Internet

Pourtant tu plonges toujours plus loin dans la méconnaissance en général comme en particulier

C’est le blanc que je préfère, il est tellement bleu…

Ah, miroir beau miroir, montre-moi l’autre que j’efface mon reflet dans la rivière…

Niala-Loisobleu – 1er Novembre 2021

L’HABITANTE ET LE LIEU – JACQUES REDA


Photo Niala « Tours de Breizh »

L’HABITANTE ET LE LIEU PAR JACQUES RÉDA

L’âme semble un couloir où des pas hésitants résonnent,
Mais personne jamais ne vient.
Dehors, l’ombre qui

tremble
Dans les encoignures de porte et sous les escaliers,
C’est l’âme encore, quand la nuit fige le long des murs
Les flots d’eau pâle et froide où l’on est heureux de

descendre.
Et qui donc parlait de salut ou de perte pour l’âme.
Alors qu’elle est blottie en son frisson et cependant
Toujours plus dénudée au vent qui souffle en ce couloir ?
Qu’elle se cache ou rôde, écoute : elle s’égare, étant
L’habitante et le lieu d’une solitude sans nom.

Jacques Réda

LA CHASSE AU PHARE


LA CHASSE AU PHARE

Photo Niala « Tours de Breizh »

LA CHASSE AU PHARE

Pleins phares

l’hérisson traverse et se pique a l’asphalte

Pauvre papillon

La mitrailleuse des assauts est mise au niveau de la tranchée…

Niala-Loisobleu – 29 Octobre 2021

TENUE DE CAMPAGNE


TENUE DE CAMPAGNE

Coulures d’une nuit qui s’use les yeux à chercher , près de la cabane la plus proche commencent les tours de passe-passe

Le cheval est passé derrière, le moineau qui se réchauffe dans son crottin chaud témoigne de son existence

Personne ne bouge autour de l’écurie. Les chasseurs sont partis avant le levé du jour

La mise-en-scène élaborée la veille est programmée pour 06h00 de pair avec la cafetière, laissant ainsi un temps de récupération à l’innocence après le stupre de la soirée

En coulisses l’équipe de machinistes après avoir graissé les manivelles tend les cordes des cintres. Aujourd’hui c’est un rideau bucolique que les esclaves ont peint sur les rotatives d’une météo blanchie et nourrie par la mère maquerelle chargée de l’éducation des jeunes séminaristes

Un pape est maure, un autre est appelé à régner

Dans la buanderie Cendrillon passe le carrosse au tampon gex. Faut que tout soit nickel avant que les frangines viennent la faire chanter en la menaçant de dire publiquement qu’elle est vierge. C’est surtout l’aînée qui est la plus cruelle. Elle est sadique. Plus méchante qu’un sanglier qui se serait convaincu qu’on on lui en voulait et persuadé qu’on lui avait menti. Imagine…

Au moment crucial ma boîte de couleur a débarrassé la table des restes de craies mâchées et des tubes d’un hit de merde pour une grande toile neuve que la muse avait accouché. L’âne a braie…

Niala-Loisobleu – 26 Octobre 2021

LA CROIX DE LA ROSE ROUGE PAR LOYS MASSON


Photo Niala –  » VU DE TOURS DE BREIZH »

LA CROIX DE LA ROSE ROUGE PAR LOYS MASSON

(extraits)

Poitrine de l’olivier où l’arbre de patience est en son plus doux caressé par le temps d’aventure.
Je m’y suis taillé un pan d’écorce

À votre semblance autrefois quand dans votre front l’été se cherchait encore —je l’ai enflammé ;

Un brasier très pur comme d’un holocauste plein de signes et de chants morts, j’y ai promené l’ombre de mes mains

Longtemps pour qu’elles soient sauves de toute tache et puis j’ai écrit à destination des sereins épan-deurs de joie votre nom tel qu’il était avant le lever du vent
d’angoisse:

Avant moi.

Je n’ai jamais connu dans sa vérité ce qui m’était cher;

je brûlais d’absolu je m’inventais nécessaire

à son devenir.
C’était hier.

Je passais près de la source sans voir le rouge-gorge y boire

en silence, économe de sa chanson pour ses amours du soir ;

je n’écoutais que la rumeur là-bas de l’embouchure mariage en moi de l’onde et du divin de la mer.
Maintenant à ces jours morts qui tombent de mes épaules sans même rider l’eau je possède le dur savoir ;

Le pain des joies ne se fait que du levain de l’aléatoire : pour l’avoir ignoré je meurs de faim.
Temps enfui.

Chacun à l’heure d’aimer regarde le soleil en face tel l’aigle en sa légende

et puis ferme les yeux sur une étoile du tard, l’humble et l’habile

la tamisante qui fait durer l’espoir en son leurre, le tranquille.

J’ai regardé jusqu’au vertige.

Temps enfui, cristal rebondissant en son écho de cristal en cristal, aveugle désormais de ne mirer que le convexe et l’oblique.

De lourds loriots anciens, cendres de leur chant encore convoient le matin vers son nom d’été.

Le révolu vit de proies humbles endormies sous le sommeil des haies ; il n’est là que pour témoigner

d’un homme parti de lui-même depuis plusieurs années.

La cécité des larmes est la plus profonde ces yeux dans les yeux qui en calme tumulte ne fixent que l’amour et la mort.

Christ, nuit d’Orphée, syllabe arrêtée du chant d’adieu, hier y ressuscitait dans le remords
Eurydice ;

où maintenant est-il?
Je tourne et tourne en vain dans de rondes ténèbres.
Où sont sa croix, ailes clouées du
Verbe, et mon reniement

qui l’avait plantée ?
Je ne sais.

Déferlement d’eau longue : la mémoire ne s’oriente plus et s’aveugle.

Qu’ai-je été, qu’ai-je désiré, quelle est cette ombre

un matin venue avec l’aube m’aborder pour me rendre si seul ?

Déferlement, déferlement d’eau longue ; j’y ai perdu jusqu’au toucher, je ne peux même plus en suivre le contour.

Ni ombre peut-être ni personne : seulement un dessin de mon souffle

sur une vitre tachée, ma jeunesse.

Chacun du sel de ses larmes sécrète peu à peu lucidement sa tombe.

Où se dresse la mienne et quelle est-elle

au bout de quel sentier du vent?

Je me souviens à peine, comme au fond d’une autre vie, d’effluves tendres

qui me guidaient vers ma fin, me bâtissaient ma prison à la fois d’immobilité et d’audace

et de lendemain.

Comme au fond des sargasses d’une autre vie.
Comme aux marches d’une éternité que je ne gravirai qu’à reculons

condamné à ne jamais montrer mon visage aux étoiles de rémission.

La ronce dans midi se déchire à son ombre saigne petit christ d’interdit

humilié, loin des passions non permises

à qui ne pouvait accueillir la rosée d’aube

qu’en la blessant.

Mon regard malgré lui se fait lance

avide à raviver la poitrine

du rouge-gorge qui déjà mélancolie

chantait frileux sur notre jeunesse

fil à fil s’en allant.

Au poème tombeau d’Arimafhie

que n’avons-nous mis à dormir le temps d’étreinte

afin qu’il ressuscitât un matin,

de grand matin.

Loys Masson

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