LES ARCHIVES DU PRIEURÉ PAR PAUL NEUHUYS


LES ARCHIVES DU PRIEURÉ PAR PAUL NEUHUYS

On n’aime pas ce que j’écris, tout ce que je fais est d’un anodin pignocheur de colifichets.

Mes amis me voudraient autre que je ne suis et voudraient faire d’un troène un cognassier.

Les plus aimables d’entre eux me quittent sur cette invite:
Tu es rasoir, grand-père, puisses-tu claquer au plus vite.

Le fait est que ça me paraît de moins en moins étrange d’être un mort au-dessus duquel les arbres mêleront leurs

branches

car j’aurai beau ne plus être, l’être sera toujours et comme un paysan qui rentre des labours

je préfère interroger le vol des étourneaux

ou bien regarder le feu fixement sans dire un mot.

Mourir, c’est s’attendre à tout, franchir les frontières de la

peur, voir le rideau qui subrepticement se lève à l’intérieur.

c’est descendre dans l’humide touffeur de l’humus, naître à la vaporeuse émanation de quelque chose de plus.

car la vie ne serait qu’une immense duperie

sans une existence supérieure à celle du corps et de

l’esprit.

Merveilleux est un mot très chrétien; ce qui compte c’est cette petite parcelle de réalité profonde.

C’est pourquoi pas de deuil dans la maison du poète mais un léger sourire:
Adieu, c’est chose faite…

Paul Neuhys

TROU D’AIR


TROU D’AIR

Eclat de son émail

la bassine percée du ciel

flotte du poisson en surface

On demande à l’oiseau de nager, d’accord mais dans quoi ?

La nouvelle ruée vers l’hors déplace les foules dans l’influence du vide

On parle d’amour pendant qu’à part la banquise dites-moi ce qui fond, excusez j’oubliais Macron devant son reflet dans la glace.

Ô Narcisse tu marches à voile et à vapeur prêt au mariage pour tout.

Niala-Loisobleu – 11 Novembre 2021

PASSE-PARTOUT


PASSE-PARTOUT

Cerner du fond l’instant qui sort

La rue épicière sent le chou-pourri de l’usine à papier

Quand l’auvergnat laissait reposer le cheval devant l’échoppe du bougnat

un peu de bois brûlait dans l’âtre des bras ouverts de l’accordéon populaire

Sous les toits d’une fenêtre pend le petit-linge tiré des draps sans qu’on le nettoie de reins

J’irais m’atteler à sa charrette pendant qu’il reste du crottin pour tenir le lierre du géranium à la Belle-Jardinière.

Niala-Loisobleu – 9 Novembre 2021

LA MAIN SUR LA POIGNEE


LA MAIN SUR LA POIGNEE

Passé par la mer d’une caresse naissante

sur l’éléphant qui remonte la pente de cette mémoire originelle sans Père Noël pour seul moyen de défense

Retour à la première vague virginale sortie du trousseau de l’enfance

cette diagonale de voile de la felouque penchée au soleil de l’Eléphantine consentante « Île était une foi »

Lapis-lazuli des mots bleus dans la sérénité des yeux

où ondule la rivière souterraine du désert dans la transparence du sari de soie.

Niala-Loisoble – 8 Novembre 2021

e

MAUVAIS TEMPS SUR LA TERRE PAR JEAN JOUBERT


MAUVAIS TEMPS SUR LA TERRE PAR JEAN JOUBERT

I

Et nous voici dans le matin, déjà fourbus,
mal démêlés du fil des rêves.
Quelques paroles, quelques gestes,,
le parfum d’une robe,
un sein fantôme dans la brume,
une douleur,
et c’est le soir.
La nuit tombe plus vite sur les tombes
et le décembre du désir :
tête tranchée dans la poussière
parmi les ombres et les branches.

Allons ! sous la lampe déhanchée qui trébuche,
traquons « le mot qui sauve », une musique,
une métap*****, comme la flamme qui parfois
au creux de cendre se ravive,
ou comme l’oiseau, le rouge-gorge
– est-ce toujours le même ? – dont l’hiver jette
au jardin le feu léger, le sang.
(Termites dans l’horloge. Un tuyau
glousse. Derrière la cloison toussent les turcs.
Est-ce un tambour dans l’escalier, une ruade
ou la chute d’un ange ?)
L’encre stagne, la main s’enlise.
Des livres soulevés – une montagne – sortent
les morts,
les visiteurs voilés et taciturnes,
soudain pesants, qui nous étouffent.

« Nuit terrible
du doute
et de l’enfantement. »

II

« But at my back from time to time I hear
Time’s winged chariot drawning near. »

De notre corps bandé contre la roue
qui broie le jour
freinons l’élan du fer.

Un fouet siffle dans les nuages
où brûlent les crinières
et gronde au loin la voix de l’ogre.

Le cœur faiblit, les paumes s’ensanglantent.

« Une seconde
au moins
nous mettre hors du temps. »

Le temps, le temps qui est un autre nom de
la mort.

III

Enfant, dans la forêt, j’erre parmi les ombres.
Le corbeau crie, au loin sonne une hache.
Que fait mon père dans l’au-delà des branches ?
La neige efface la trace des pas.

Ah, père ombre parmi les ombres,
dans le silence maintenant
comment rejoindre ton visage
et ton feu noir qui brûle sous la terre ?

IV

Si nous arrêtons
les montres, les pendules et l’horloge
(paysanne avec son balancement de faux)

alors le soleil-chien nous traque

Si nous fermons
portes, fenêtres et rideaux,
le trou de la serrure,

les cris du monde se glissent dans les fissures.

Si nous gagnons, dans le désert,
une cave, une citerne, une grotte
(matrice opaque, ténébreuses)

ah ! dans la nuit notre cœur bat plus fort,
toujours plus fort.
Nous n’entendons plus que lui maintenant.

V

Dans Paris soulevé,
les insurgés tirent sur les horloges.

Chronos ensanglanté,
tombe et mord la poussière,

Mais, rusé, se relève étincelant,
tonne,
tranche le sexe et la gorge des anges.

VI

Temps immobile de cette pierre blanche,
si blanche,
où le regard s’enfonce
puis la main,
le bras,
tout le corps

jusqu’au cœur glacé du silence.

VII

Et toi, veilleur à la frontière
où luttent embrassés l’ange et la bête,
l’un de lumière et l’autre qui grimace,
qu’as-tu saisi qui ne fût pas douleur ?

La vitre un peu se teinte de clarté
mais c’est la nuit encore sur la terre,
une nuit moins opaque à peine, qui défaille,
et tu voudrais que cesse cette guerre
et que la boue s’efface où la bête grogne.

N’as-tu pas douté, dans la nuit du cœur,
que puisse à nouveau se pencher vers toi
l’aube pacifiée d’un visage ?

Dans le vitrail que le premier soleil colore
on dirait soudain que l’ange va sourire
et que s’essouffle et bronche la bête.

VIII

Sur la buée, traçons du doigt
un mot :
amour ? lumière ?
espérance ?
éternité plutôt,

qu’un soleil bas
de son premier rayon
transperce

soudain rosace
et brève gloire au bord du ciel

d’où s’éloigne la main mortelle
laissant au froid
le mot mortel.

IX

Dans le matin de rose et de vitrail,
grâce soudain du mot sur notre bouche,
souffle du sang,
silence plein

et nous voici
« debout
dans la splendeur des feuilles. »
(café, caresse, cigarette :
bonté des choses fugitive !)

Dans l’oubli de la fange,
la main renoue le signe,
énonce l’arbre,
éveille la forêt,

et tout à coup c’est un espace de musique
où nous allons, vivants et morts réconciliés,
puis confondus dans l’ineffable lumière.

« L’écriture
seule
nous tient
debout. »

X

Pourtant nous n’aurons pas le dernier mot.

Jean Joubert

PÂTRE A MODELER


PÂTRE A MODELER

Un roi lion plus fainéant qu’un monarque de référence se trainait, les pieds dans les savanes, un peu de morgue au né. assis sur sa chaise percée en se disant

« Chui-là je vais me le faire » il faut lui apprendre à faire la courbette

Bruit d’ailes

de la brousse monte une envolée

un oiseau genre albatros

décolle

il fait trois tours au-dessus du fauve et lâche une rafale de fiente en piqué en lui criant:

  • Mon Saigneur, j’ai prêté serment quand j’ai été initié, que jamais plus mon genou se mettrait en terre

Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2021

CE MATIN -MICHEL DEGUY


CE MATIN – MICHEL DEGUY

Silence de nuit complète à cinq heures
Janacek en quatuor à son dernier amour
Debussy pour
Chouchou fabrique un gollywooks
J’ai le tome de
Martin sur les genoux

De quoi hier ce lendemain était-il fait
Dont ils ne savaient rien nous le savons
Eux qui furent égaux dans cette nescience
Nous fiers comme des rieuses de veillée
Qui savons cela
Tout cela de plus
A la fin au moins cela qui n’est rien d’autre

Le gros caillou remonte
Dans la nuit tombe et en tombant retombe
Ils en sont à la fin d’aujourd’hui
Nous bien sûr au début de ce jour
Et eux là-bas hier encore à
L.A là
La faucheuse qui n’existe pas plus qu’un dieu
Les fauche eux et euses

Ce qui échappe avec le mot qui échappe ce n’est pas seulement un autre mot mais ce que les mots de la phrase comme des doigts tressent en laissant fuir

Une houle rostrale d’espace pousse

Le spacieux mascaret du vide

Rien qu’inventive expansion de nébuleuses en proue

Mais où donc est passé le temps ?

Des monades

sur la terre comme au ciel

implosent en trous noirs

Le centre est le sommet

Ce point le plus exposé au soleil

Il y a une écaille de la terre partout

À chaque seconde qui est plus proche

Du soleil que toutes les autres

Il y tombe à pic — pour un œil

À ce moment qui passe au zénith et que

Le reflet d’un éclair aveugle

Comme à l’orchestre tour à tour

Un spectateur s’allume

Au réverbère en diamant de la star

Qui lui tape maintenant dans l’œil

Pénélope c’était donc ça

La tapisserie d’un jour

Dont la nuit aura feint l’amnésie

Mailles de biens, d’échappée, de renonces

Faux filées de lecture et ratio de lumière

Elle lègue aux familles régnantes

La joie de ses derniers moments

De chacun on pourra dire

Il avait essayé plusieurs fois de se tuer

Veille à te regarder

pour te faire disparaître

La flèche touche une chose dans la nuit

Qui en devient sa cible
Un sens nous sommes

avides de signes

J’ai tout à me reprocher

dit le poème mot-dit

Car vous n’êtes pas irraprochables

— par l’anneau d’un comme visible ou non —

amis ennemis phases et phrases.

D n’y a jamais que groupes de ressemblances

faisceaux de semblants pour la pensée

qui s’approche du comme-un des mortels

cette anthropomorphose qui pourrait échouer.

Michel Deguy

AU GRE, AU GRE…


AU GRE, AU GRE…

Au grand regret de l’argentique en N-B, qui est pratiquement rayé de la carte

le noir-et-blanc prend de plus en plus de place dans la vie numérique

Un coup tu sais ce que tu es dans le rapport avec qui tu communiques et encore plus loin si

Te perdre est un paradoxe avec tous les systèmes de navigation GPS et le fait que t’es localisé sur le champ par Internet

Pourtant tu plonges toujours plus loin dans la méconnaissance en général comme en particulier

C’est le blanc que je préfère, il est tellement bleu…

Ah, miroir beau miroir, montre-moi l’autre que j’efface mon reflet dans la rivière…

Niala-Loisobleu – 1er Novembre 2021

Over the Hills and Far Away – Patty Gurdy


Over the Hills and Far Away – Patty Gurdy

Hé madame, tu as l’amour dont j’ai besoin
Hey lady, you got the love I need

Peut-être plus que suffisant
Maybe more than enough

Oh chérie, chérie, chérie
Oh darling, darling, darling

Marche un peu avec moi
Walk a while with me

Ohh, tu as tellement, tellement, tellement
Ohh, you’ve got so much, so much, so muchBeaucoup ai-je aimé, et plusieurs fois été mordu
Many have I loved, and many times been bitten

Plusieurs fois j’ai regardé le long de la route ouverte
Many times I’ve gazed along the open roadPlusieurs fois j’ai menti, et plusieurs fois j’ai écouté
Many times I’ve lied, and many times I’ve listened

Plusieurs fois je me suis demandé combien il y avait à savoir
Many times I’ve wondered how much there is to knowBeaucoup de rêves deviennent réalité, et certains ont des lueurs d’espoir
Many dreams come true, and some have silver linings

Je vis pour mon rêve, et une poche pleine d’or
I live for my dream, and a pocket full of goldMellow est l’homme qui sait ce qu’il a manqué
Mellow is the man who knows what he’s been missing

Beaucoup, beaucoup d’hommes ne peuvent pas voir la route ouverte
Many, many men can’t see the open roadBeaucoup est un mot qui ne laisse que deviner
Many is a word that only leaves you guessing

Deviner une chose que tu devrais vraiment savoir, oh, oh, oh, oh
Guessing ’bout a thing you really ought to know, oh, oh, oh, oh

Je devrais vraiment savoir (oh, oh, oh)
Really ought to know (oh, oh, oh)

je devrais vraiment savoir
I really ought to know

Oh
Oh

Tu sais que je devrais, tu sais que je devrais, tu sais que je devrais, tu sais que je devrais
You know I should, you know I should, you know I should, you know I should

TROIS FRAGMENTS DE L’HYMNE IMPOSSIBLE PAR PIERRE OSTER


TROIS FRAGMENTS DE L’HYMNE IMPOSSIBLE PAR PIERRE OSTER

La terre est un savoir !
D’où les eaux, d’où les rochers jaillissent.
La nuit, la plaine et la mer fondent un savoir proche des murs.
Et, là, là ! la, solitude aux couleurs de la nudité des choses,
Le soleil gravit les collines…
Il redescendra dans les champs,
Dans les mares, dans l’herbe.
Autant de mares, autant de portes
Par où le ciel rejoint le chaume…
Arbres meurtris, chemins détruits,

La campagne se tait.
J’en conjure, en accepte la paix.
Le silence
Signifie-t-il que les talus… si hauts, face au dieu du
Tout,
Que les talus, de l’orbe des planètes au labyrinthe des plantes,
Ferment sans cesse une prison ayant la forme d’un vallon ?
D’un vallon protecteur.
Et, grâce à l’humus, à quelque manne
Humide, à la richesse de la rosée, au repos déjà solennel
Du matin, je me voue à l’espace… À sa beauté je m’inféode
Bien avant que les heures ne brillent…
Ah ! je mesure à loisir
Le petit jour…
Sur l’horizon le soleil s’arrondit, s’exalte.
La nuit le couronne…
Ah ! le soleil nous dicte et nous
Vole une réponse !
Alors la pluie, infime, élémentaire,
Orne des traces qui m’enchantent, étouffe à présent le fanal
Qui, augurai, fatal, à la surface, à l’intérieur des gouttes,
Vacille et les épuise…
Imagination, quête et création
D’un royaume.
Et je serre ou je lâche une poignée de brindilles.
Je me veux serviteur, gardien, complice et tenant du poème épars
Des sens.
Serviteur des maisons dans leur sommeil.
D’une

grange,

D’une charpente…
Un édifice, un creuset…
Le ciel pourvoit À notre besoin d’infini…
Le temps compose et cohabite
Avec les vagues !
Avec les vagues, avec les vagues.
Avec
Des sentiers que nul ne sonde !
Avec des carrières, des grottes
Doucement désertes…
Avec de nouveaux rochers sous la voûte

des écueils,

Héros de l’abîme !
Et le jour vient à les surprendre au niveau de

la mousse,

De l’écume.
Audacieux, plus qu’audacieux, presque audacieux,
Nous les interrogeons

Restons fidèles à la tendresse de la lymphe

Laissons-nous conduire à l’unité des fleurs.
Unité abondante.
Et

La règle est de croître…
Du côté d’une frontière ou d’une ligne

d’îles,

La très chaste et très vénérable et redoutable
Vénus
Nous domine. À l’aplomb des toits les étoiles clignotent,
La nuit s’en empare !
Ah ! me soumettre à la naissance du soleil, À sa plénitude…
Avoir le désir d’accompagner pas à pas sa solitude.

Pur, précieux, facile embrasement des bâtiments de l’éther,
De maints bassins monumentaux !
Le jour se relance et nous

drosse

Le long d’une plage…
JJ vogue.
Il abrite un port abrupt.
J’en scrute et j’en occupe, en défends la grandeur.
Je m’en inspire.
J’ordonnerai, je retrouverai, dirai, surgeons, drageons.
Surgeons ! détaillerai à souhait les mots d’un éloge des feuilles.
Un baume se répand sur la blessure des bois.
La lune au bout de

nos doigts

Varie et nous séduit.
Nous devinons que le brouillard consume,
De la tôle des hangars aux piliers du temple et de la base des

hangars

À la grange, allume et consume un absolu de transparence.
Notre lot?
Guetter, prudemment,
Fépiphanie du feu. Épier le

retour

Du guide obscur…
J’oublie, à fouler le sol, je rêve ou j’évoque
La bataille des saisons.
Je recherchç et m’attribue le butin
Que l’automne pille.
Et l’hiver le confie au matin.
Les mois

commandent

De sauver la sève…
Au gré d’une voix, d’un chant parfait.
Immobile, immobile et mobile, encore immobile et mobile,
Le soleil détecte une route, instaure un paradis de roseaux (dont
La pointe nous frôle) et lui dispute la mer.
La mer recule,
Nous apprend l’orgueil du jusant.
Le vent, le tisserand.
Hisse une voile, la détisse…
Appareillage ou naufrage
En guise de message.
Attentifs, actifs, sereins, captifs,
Il nous échoit de saisir, de choisir la sainte poussière,
D’épouser la fortune inégale !

Pierre Oster