UN ASTRE PAR ANTONIO RAMOS ROSA


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Antonio Ramos Rosa

UN ASTRE

PAR

ANTONIO RAMOS ROSA

Entends la mémoire du sang qui s’éteint, la longue

incohérence de la parole. Entends la terre taciturne.

Tout est furtif, les ombres inaccueillantes. Nul jardin

de secrets. Nulle patrie entre les herbes et le sable.

Mais où donc jaillissent l’ombre et la clarté ?

Voici les coteaux de la terre aride et noire. Qui

reconnaît l’équilibre des évidences sereines ?

Ces mots ont une odeur de portes souterraines.

Comment dominer la démesure de l’absence et le vertige ?

Comment rassembler l’obscur dans l’évidence des mots ?

Ecoute, écoute la longue incohérence de la terre

et de la parole. Tout au long de la distance

murmure la monotone perfection d’une mer.

Par oublieuse pudeur un astre se fait velours

d’un bleu profond dans la corolle du silence.

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

in, « Anthologie de la poésie portugaise contemporaine,1935 – 2000 »

Editions Gallimard (Poésie), 2003

António Ramos Rosa | [Il y a une terre qui halète dans la gorge]


NIALA


António Ramos Rosa | [Il y a une terre qui halète dans la gorge]





[HÁ UM OFEGAR DE TERRA NA GARGANTA]



Há um ofegar de terra na garganta,
há um feixe de ervas que perfuma a casa.
O ar é solidez, o caminho é de pedra.
Procuro a água funda e negra de bandeiras.

Encho a cabeça de terra, quero respirar mais alto,
quero ser o pó de pedra, o poço esverdeado,
o tempo é o de um jardim
em que a criança encontra as formigas vermelhas.

Vou até ao fim do muro buscar um nome escuro:
é o da noite próxima, é o meu próprio nome?



António Ramos Rosa, Ciclo do Cavalo, Limiar, Colecção Os Olhos e a Memória, Porto, 1975, pág. 36.






[IL Y A UNE TERRE QUI HALÈTE DANS LA GORGE]



Il y a une terre qui halète dans la gorge,
il y a un bouquet qui embaume la maison.
L’air est solide, le chemin pierreux.
Je cherche l’eau profonde et pavoisée de noir.

J’emplis de terre le crâne, je veux respirer plus haut,
je veux être la poussière de la pierre, le puits verdi de mousse ;
le temps est celui d’un jardin
où l’enfant rencontre les fourmis rouges.

Je vais jusqu’à la fin du mur chercher un nom obscur :
est-ce celui de la nuit proche, est-ce le mien ?



António Ramos Rosa, Le Cycle du cheval suivi de Accords, Éditions Gallimard, Collection Poésie, 1998, page 43. Traduction du portugais par Michel Chandeigne. Préface de Robert Bréchon.

CHAT SAISISSANT UN OISEAU


PABLO PICASSO

CHAT SAISSISSANT UN OISEAU

L’étang passe, le courant pris à son piège s’est enfilé les deux doigts dans la prise éradiquant la forêt

Mais le cerisier à lui tout seul dans tous les Gobi s’est institué oasis

Sa forme à la tessiture développée perpétue tes cris

Cet appétit qui ne trouverait pas son salutaire sommeil sans ses fruits croqués avant d’aller au lit tout trempé par sa rivière en vie

Ah Pablo tu as du taureau les glands ibères qui m’andalousent aux frontières portugaises comme un Antonio Ramos Rosa !!!

Niala-Loisobleu – 29 Avril 2022

LA MAISON / A CASA


« Terre ô » – Niala 2021

LA MAISON / A CASA

ANTONIO RAMOS ROSA

La maison

Un souffle apaisé dans la pénombre de bois.

La maison s’est endormie, elle vit dans une tranquille pulsation.

J’entends le martèlement léger des touches de l’ombre.

Un plat en cuivre brille vertical dans l’obscurité.

La table est ronde, claire, cercle de l’harmonie.

Sur un mur glissent de scintillantes arabesques.

Le temps secrète des syllabes d’argile et d’écume.

A casa

Um sossegado alento na penumbra de madeira.

A casa adormeceu e está viva numa tranquila pulsação.

Oiço um leve martelar de teclas de sombra.

Um prato de cobre brilha vericalmente na obscuridade.

A mesa é redonda e limpa como um circulo de harmonia.

Numa parede flutuam arabescos cintilantes.

O tempo segrega silabas de argila e espuma.

A casa – Antonio Ramos Rosa


« Atelier et Murmures 4 » – Niala 2017 – Collection Dr Marcel Serrero


A casa – Antonio Ramos Rosa

A casa

A tua voz é vegetal e eleva-se com o vento.

Quero demorá-la, fazer dela uma casaou um tronco.

Que seja a minha noitecom um ardor de eternidade.

E a sabedoriade estar entre plantas tranquilas.

Tudo estará comigo perto de uma nascentee eu mover-me-ei entre nocturnas veiase sobre as pedras lisas.

Vejo os barcos da sombra entre as constelaçõese estou perto, estou perto.

A minha casa é aqui. 

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La maison

Ta voix est végétale et s’élève dans le vent.

Je veux m’attarder là, pour en faire une maison ou un tronc.

Que ma nuit soitdans la passion de l’éternité.

Et la sagesse

d’être au milieu de tranquilles plantes.

Avec toi tout sera près d’une source et je vais me mouvoir entre les veines nocturnes

et la surface lisse des pierres

Je vois les barques de l’ombre parmi les constellations

Et je suis proche, si proche.

Ma maison est ici.

CELUI QUI ECRIT – ANTONIO RAMOS ROSA



CELUI QUI ÉCRIT- ANTONIO RAMOS ROSA

Celui qui écrit veut mourir, veut renaître

dans un bateau ivre au calme abandon.

Celui qui écrit veut dormir dans des bras matinaux

et dans la bouche des choses être une larme animale

ou le sourire de l’arbre. Celui qui écrit

veut être terre sur la terre, solitude

adorée, resplendissante, odeur de mort

et rumeur du soleil, la soif du serpent,

le souffle sur le mur, les pierres sans chemin,

le midi obscur tombant sur les yeux.

Le cycle du cheval suivi de Accords de António Ramos Rosa

ANTONIO RAMOS ROSA – LE CYCLE DU CHEVAL


ANTONIO RAMOS ROSA – LE CYCLE DU CHEVAL

Cheval prêt à s’élancer, à gravir,

mais toujours la terre et le silence

soulèvent la maison et le chemin,

le tronc et la croupe, des noms forts.

Cheval de parole et de terre,

vaste par son nom et par son être,

il court le temps d’un regard sur la plaine,

ou se cabre embrasé sur les maisons.

Cheval à la fureur contenue,

écume d’un hénissement sur le mur

le plus haut de la terre, oreille

de la nuit en forme de cheval

sur l’horizon.

*

Il n’en finit pas le cheval d’être cheval

par son nom et par son corps,

par l’argile rouge et le taillis vert,

le commencement de la forme de son être.

Je me glisse à plat ventre pour le voir

dans la gloire de son champ d’herbe rase :

il respire l’air de son air

et la glaise du souffle immobile.

Le jour aussi gris qu’un pain de terre,

l’impatience de ces aines renforce

le marteau dont je bats le sommeil des champs.

*

T’écrire c’est me préparer à un nouveau jour,

un conflit d’étreintes et de fleurs dans la mer.

T’écrire c’est tomber amoureux de ton premier nom, la terre,

la maison, le sol ; les relier muscle après muscle

Jusqu’au goût chaud de ton haleine animale.

La blessure, la fureur blessée, emportée

par ton corps débridé dans le silence

d’un champ d’herbes hautes ; le silence

des noms du champ concentré

sur un mur blanc,

le chant et l’enchantement des choses nommées,

haute pierre, pluie froide, yeux enflammés,

herbes et fleurs,

la géométrie de ton pas sonne l’éveil

et de la dureté de la terre elle fait revenir le lieu

à son lieu initial, à ton nom de terre.

*

Où la bouche tombe tombe le soleil du cheval.

Ô bouche exaspérée dans les racines, dans les pierres,

bouche empoisonnée par le vert de la ténèbre.

Où est le soleil du cheval ? Rivière souterraine.

Flambeaux immergés, visions, noirs coutelas,

traverser le cheval, dominer l’espérance,

la patience est neuve, mais les lumières ne blessent plus

les yeux sans paupières, et le hasard commence

à perturber l’ordre qui mûrit les fruits,

à troubler la vue des champs et de la paix.

Là où la bouche tombe tombe le cheval et je tombe.

*

Les anges que je connais sont herbes et silences

dans un jardin l’après-midi. Quels sont les plus ardents ?

Faits de mer et de soleil, ils s’élèvent entre les vagues,

au milieu de femmes aux hanches de taureaux.

Mon deuil est fait de tables et de drapeaux guerriers.

C’est être sans l’espoir d’un corps, la bouche inconsolée,

le feu enflamme la poitrine, le front se détache du crâne,

le vide tourbillonne, c’est l’enfer céleste.

Je descends encore une marche avec l’ange infernal,

un remous d’herbes, un tourbillon de sang.

Qui me viendra en aide si j’ai perdu mon cheval ?

Antonio Ramos Rosa

Le cycle du cheval, Traduction du portugais par Michel Chandeigne, Poésie/Gallimard, pp. 21, 22, 27, 32 et 46.

IL Y A UNE TERRE QUI HALETE DANS LA GORGE


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IL Y A UNE TERRE QUI HALETE

DANS LA GORGE

 

Il y a une terre qui halète dans la gorge,
il y a un bouquet qui embaume la maison.
L’air est solide, le chemin pierreux.
Je cherche l’eau profonde et pavoisée de noir.

J’emplis de terre le crâne, je veux respirer plus haut,
je veux être la poussière de la pierre, le puits verdi de mousse ;
le temps est celui d’un jardin
où l’enfant rencontre les fourmis rouges.

Je vais jusqu’à la fin du mur chercher un nom obscur :
est-ce celui de la nuit proche, est-ce le mien ?

António Ramos Rosa, Le Cycle du cheval suivi de Accords, Éditions Gallimard, Collection Poésie, 1998, page 43. Traduction du portugais par Michel Chandeigne. Préface de Robert Bréchon.

La Marche à Franchir


La Marche à Franchir

Je laisse les nuits fécondes aux salles de travail des maternités, tout contre ce Bleu, qui en perdant les eaux, a allumé le Matin.

D’autres attendent épuisantes de longueur, lourdes d’embûches, cruelles d’animaux cauchemardesques dont les cris font parfois peur aux étoiles quand leur course passant à la lenteur, tétanise l’espérance. Armés de maisons blanches accrochées aux flancs des sierras, mes ongles ont griffé la terre des couloirs du labyrinthe d’un rouge de l’arène, pas pour l’estocade, rien que pour la mise amor. Comme une aube coupant les ténèbres d’un trait rose, tu es là depuis qu’avant tout ce qui a été détruit recommence.

Matin où la Lumière tremble d’humilité

Donnant son sein pour nourrir de sa rosée

l’espace que le vent ouvre

Tu n’as plus lors que la nudité pour t’habiller

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Bleus-Blancs Matins 1 – 2013 – Niala – Acrylique s/toile 61×50 – Collection Privée

«…Nous ne pourrons dire que le silence nous enflamme que lorsque les paupières intérieures auront le poids des amandes et que les épaules respireront la montagne au coeur de la brise. Alourdis par l’ombre dans la sève épaisse dans la tension qui réunit les bords et le tond nous irons dans le courant qui remonte obscur et léger si loin que la distance ne sera plus la distance. Et un chant naîtra de l’ignorance vive où le silence nubile sera une blanche gravitation et un mouvement de sable réunira les bras des amants,,, »

Antonio Ramos Rosa (Extrait du Livre de l’Ignorance)

J’écris de couleurs pêchées dans l’encrier de ton ventre, enfoncé à la racine de l’herbe qui retient ses arômes, posant chaque lettre sur la fondation d’une éternité étrangère aux dieux, que le temporel lucide pousse au seuil des autres pour nourrir un Jardin boisé de l’ Arbre-Forêt, celui de tes seins fruitiers.

Ô Bleus-Blancs Matins

nous voici de nouveau en bas des marches

notre lit est rivière

aux crues en lutte avec la sécheresse de la sonnerie aux morts

Niala- Loisobleu – 23 Février 2018

Il y a une Terre qui halète dans ta Gorge


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Il y a une Terre

qui halète dans ta Gorge

Il y a une terre qui halète dans la gorge,
il y a un bouquet qui embaume la maison.
L’air est solide, le chemin pierreux.
Je cherche l’eau profonde et pavoisée de noir.

J’emplis de terre le crâne, je veux respirer plus haut,
je veux être la poussière de la pierre, le puits verdi de mousse ;
le temps est celui d’un jardin
où l’enfant rencontre les fourmis rouges.

Je vais jusqu’à la fin du mur chercher un nom obscur :
est-ce celui de la nuit proche, est-ce le mien ?

António Ramos Rosa, Le Cycle du cheval suivi de Accords, Éditions Gallimard, Collection Poésie, 1998, page 43. Traduction du portugais par Michel Chandeigne. Préface de Robert Bréchon.