LA MAISON D’EPINGLES PAR JACQUES IZOARD


LA CHAMBRE BLEUE – SUZANNE VALADON

LA MAISON D’EPINGLES PAR JACQUES IZOARD

Dans la maison d’épingles, l’ami de tous les jours est un garçon très pâle.
Le saint bras m’attire vers les vêtements bleus.
Le givre avale cru paumes et pattes.
L’hiver étreint l’embrassée, la cloue au papier peint.

Le sifflet d’ivoire appelle
Adam de laine ou susurre l’embellie. Évanoui, le val d’août.
La mort se meurt dans le bleu des rivières. À moi, cris fluides !
Sorciers d’osier ahanent sous les coups du tambour..

Broc noir; table ronde où les farfadets déchirent mon corps, ma lumière.
Trois mètres de bras suffisent.

Le cou de l’embellie, je le coupe à l’aube.
Il en résulte un saccage de voix, de vêtements.

J’assomme le sommeil.
Je vis dans l’œil de verre d’un aveugle innocent.
Meurs en moi, je l’exige, tatoué de poignards, de fleurs.
Nous marchons en nous-mêmes, nous usons notre peau sous les paupières qui bougent.

La salive endort la fée.
Les mains glissent sous la peau.
Le bras d’épines de
Jean vit dans mon bras gauche.
Ainsi va la rivière : elle chante et s’étonne.
Sous l’aisselle pousse l’aile d’un voleur de
Dieu.

L’aveugle et l’aveuglette lacèrent le bandeau noir.
Et qui veut entendre ma voix pleine de sable?
J’avance à pas prudents : mon corps est envahi de jambes et de bras.

Mauve ébriété des cygnes.

Quel talion me point ?

Quelle aiguille me traverse

de citrons acérés, de béquilles?

Je suis vu des voleurs,

je ne suis plus nu.

Les herbes me caressent

sous le ventre et la main.

Je bois le venin gauche.

Et la flûte effilée

répand l’encens, le nard.

Salive et neige et coq.
Deux lèvres se serrent.
Les mots nous quittent.
Il appartient aux doigts de caresser la joue…
Dès que nous aimons l’herbe, les hiboux nous attaquent, lacèrent nos vêtements, nous prennent le cœur.
Mais nous ne tremblons pas.
Nous commençons nos nages.

Douze instruments frappent

le coude et le cœur,

la cheville qu’on déchire,

le doigt qui sait tout,

l’épaule amie des fées,

la rotule qui roule,

qui n’amasse que la mousse,

l’œil amoureux du vent,

le pouce pansu, petit ogre,

le cheveu sans fin du rêve,

et la paume des quatre mains,

le sang-froid de l’aorte,

les douze mois

des lèvres et des caresses.

Dans la deuxième phalange, une fée meurt de faim : dés à coudre et rémouleurs, paniers de bleu, sauterelles, voilà nos objets, nos talismans.
Je rêve d’un rêve de rêve, d’une maison dans un miroir, où le feu nage et se noie.

Dans la chambre étouffée,

amoncellements de bras, de jambes.

Un anneau d’or autour du sexe.

Et l’isoloir des guêpes

se remplit de farine.

Voilà le sommeil

gonflé d’escargots, de prunes.

Le papier fin meurt.

Nous n’ouvrons à personne.

Le souffle du mort me touche la peau : j’allonge les jambes.
Un encrier sans écolier garde une odeur de sperme.
Et j’assaille en douceur un corps de sable.
Un chandelier brisé lèche ses propres flammes.
Quelqu’un dort dans ma main.

Maison d’épingles de marins, ou huche d’épines, ou amandier.
La coquille de verre protège la boule noire du sommeil.
Goûts de miel, de marie-jeanne… Éparpille donc ici les yeux ou les jonquilles.

Langue de loup.
Nous conversons, lucides.
La tempe est un parvis.
Cœur: caillou glacial.
Habillons les doigts d’habits de bagnards, de sabots d’aveugles.
Dormons dans la sébile d’un voleur de noix.

Je lèche tes lèvres :

voici le cuir, la craie, l’huile.

Les tables de bois blanc

sont chargées d’hirondelles.

La meule me fend la peau :

je respire, je ne respire pas.

Ote la langue.

Un grand mot blanc tombe.

Un feu rapetisse

dans le sabot des fleurs.

Écrire sans respirer :

deux chevaux sur les épaules.

Écrire sans bouger :

sur le verre ou le papier,

une haleine d’amandier, de fille

efface ma paume.

Et si j’écris sans écrire,

les liens du lin m’étranglent,

et le rêveur ivre attise

un feu de nerfs ou d’osiers.

Thym sans écharde.
Un torrent de souffles vit dans le bahut.
Qui dort dans l’œil de verre d’un coquelicot naïf?
Qui fabrique un engin de joncs, de fils de fer?
Au nom des cinq familles, je vous parle d’encens, de pas perdus, de pieuvres.

La femme en haleine aime la verveine et la pie.
Déshabille-toi, frégate !
Un peu de vin souille le sein, la serpe d’or.
Qui touche mes mains devient sourd, aveugle, objet de métal bleu sur le lit du mort.

Dans la coque ou la gousse, je dors sans oiseaux.
Cabaret de salive, dérive, désastre…
Et je lèche et caresse ton corps, ta folie.
Dans l’herbier, le nain accompagne la rivière.
Je suis seul à piller la maison du laitier.

Dans la maison menue, je frotte serpes et chandeliers.
Je mange la suie bénigne et deviens taupe en or.
Quel feu pétille sous l’ongle où ma fée me caresse ?
Quelle bosse de bleu bouleverse l’horloge?
Langue de chat me lèche.
Un peu de sang vacille.

Étaux et cordages, osselets.
J’énumère sur les doigts membres et falbalas.
J’occis le cœur du feu, caressant les mâts des lèvres et des herbages.
Respire sous l’ongle, géant mince du sang.
N’arrache pas la peau de celui qui délire.

Bande l’arc du bègue

et entre la langue

dans la bouche d’un rêveur:

voici les buis et les merveilles

La pluie, la peau nous lient:

nous vivons sans haleine.

Voyou bleu indicible

en chemin de fer,

les essieux qui crissent

lacèrent ta peau.

Nous arrivons à
Liège

et c’est le carnaval

des marmots, des hélianthes.

Le fou rire éperdu

d’un jean-foutre en blue-jean.

Essouffle.
Des rêves, lentement.

Le froid mord le nain.

La tragédie à la renverse.

Et le moteur très doux

de la paume empalée…

Je sais retenir l’œil

qui roule pupille.

Un seul envol de linges

m’extirpe du lieu fatal.

Don
Juan désuet pille

verreries et châteaux d’eau.

Faut-il mettre à sac

nos gosiers, nos grossesses ?

Pourtant, le sperme est doux.

Blanchira-t-il encore

ma voix dans la tienne ?

Invente aussi la roue: elle est de laine dans l’œil, de tissu mince dans le pied, de poudre d’or sur la main.
Nous cachons dans les tonneaux nos fardeaux de neige.
Nous jetons nos carcans de gel.
Ramasse la rotule rouge.
Demeure assis dans la cheville.

L’épinglier dort ici sous la voûte et la plante.
Sifflement de ciguë, feu doré du pouls.
Les pommes, par centaines, roulaient dans la maison.
Je nage !
Je nage !
On entend crier: la neige ! la neige !

Dans la chambre minuscule, cent sabots sont rangés.
Quelques lampes à huile ont le poing levé.
La blanchâtre amourette, l’osier sourd de l’oreille, quelques trésors plies en quatre
Un serrement de trèfle autour du cœur.

Jacques Izoard

CHAT QUI PASSE ET CE QUI RESTE


CHAT QUI PASSE ET CE QUI RESTE

Par la rue du Bac avec cette odeur de pain chaud que j’attrape au soupirail de la boulangerie à l’angle de la rue de Verneuil, je remonte sur Seine par le Pont-Royal pour descendre m’accoler aux yeux du Louvre qui penche sa tête dan l’eau

A peine un frisson dans l’eau passe, seuls mes reins sentent des présences d’huile de lin et de térébenthine. Paris monte des douves une odeur de nuit chaude de peaux traçant le chemin jusqu’aux Halles, du désir dans la goule des Forts collés aux plantureuses poitrines des maraîchères

Valadon la Suzanne plus tendre qu’un bouquet d’anémones caresse la couleur pour les façades à venir de son fils Maurice Utrillo tirées d’Alcools vibrants de vérité

Le courant passe, ça y est

Lutèce se trempe les fesses en droit de Cité, vierge gourgandine que St-Louis ne juge pas

Dans une débauche de liberté, du corps l’esprit sort et s’inscrit une fidélité sans coups de canif

Aujourd’hui te voilà qui revient en force mon Paname faire la différence entre le vrai amour et le feuilleton soap de référence pour l’abus d confiance

Fidélité qui passe les arnaques du coeur aux sutures d’une goualante Samaritaine par les Guichets

au bout du Carrousel

L’impossible amour que l’homme pratique plus que tout autre replie ses gaules de son bonneteau camelot

Vient du chaud pour fondre la glace des combats fratricides

Les seins s’envolent au devant des mains se frotter le ventre en fêtant ce qui reste d’humain de ce printemps qui pousse à la fourche des cuisses.

Niala-Loisobleu – 14 Mar 2022

FRUIT DE PAUME


Suzanne-Valadon

FRUIT DE PAUME

La fenêtre s’embue dans la lueur tiède  qui sort du lit

La roideur de tes seins tient de la chaleur  du gant de peau mis à mes mains

Tu te fous de l’autobus de transport scolaire  qui klaxonne à la grille

Nous resterons à compter les vaches et les trains qui entrent en gare au verger

Le dernier âne du cheptel copine avec la pouliche au crin blond dès le chant du coq

Suzanne Valadon réveille  toute la toile

Deux gros fruits d’automne se montrent en table d’orientation.

Niala-Loisobleu – 02/12/19

Je suis sur le do pendant qu’il reste du vers dans le pré


Je suis sur le do pendant qu’il reste du vers dans le pré

Ainsi chante l’enfant qui est en moi depuis des années

oh si lucide

que ça échappe à plus d’un

Mais échapper au banc du galérien

n’est-ce pas nager libre ?

En tout cas c’est pas barboter

(au sens propre comme au sale)

Il y des crotales dans les escaliers des villes

comme des ailés fans dans la roseraie

mais des oiseaux qui nichent pour peindre bleu c’est plus rare

Quel foutu bazar que ce souk

où on peut même pas marchander la contrainte

Mais à tout prendre

je me sens moi d’être petit

je vois le monde tel qu’il hait

voilà qui me donne une raison majeure

d’aimer

Niala-Loisobleu – 21 Septembre 2017

 

1014735_v1

Suzanne Valadon