QUAND L’OEIL BRÛLE (REPRISE)


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QUAND L’OEIL BRÛLE (REPRISE)

Il s’aperçut qu’elle se tenait dans cette robe de soleil que le temps froid n’avait  pas imprimée par crainte d’avoir les doigts gourds. La vie ne laisse pas toujours à l’impression un droit de choisir, elle s’impose par tant de raccourcis que ça vient comme ça peut en un éclair obscur.

Maintenant l’image se refaisant claire il était possible d’avoir les trois dimensions.

Quand j’étais enfant un bout de ficelle m’a appris qu’il possédait le pouvoir d’imaginer tout ce que je voulais. Je sais qu’à mon âge il est encore dans ma poche avec le caillou.

Le caillou c’est l’outil-multiple, ça clef comme ça coupe, rive, martèle, grave, peint, fait voler, navigue, mène.

Quand tu cabanes avec eux, le cheval se joint sur ses deux-roues comme une balançoire à deux places. Rien qu’en peau tout autour.

La texture du tapis où sont marquées les tâches faites et à faire, tape des deux poings à ma poitrine quand je la trouve assise prête à partir. Tissage, les navettes du métier d’aimer ont des fois des pentes raides à monter, le cheval se fait alors plus utile que jamais. La force qu’il est seul a posséder en ses reins arc-que-boute le quart de cercle de l’arc-en-ciel qui se mettrait à glisser.

De nouveau, il se sentit troublé. Il se remémora les pensées qu’il avait eues en voyant la grâce de ses seins.

Niala-Loisobleu – 30 Septembre 2018

MASCARET


MASCARET

Hier et ses chutes

tiennent l’agenda disponible

A part juste l’ancien tant qui remonte, je tiens debout qu’à peindre

c’est vrai que je partirai non défait de cet amour qui s’est fait trop attendre qu’à peine là il est reparti de son côté

Ô muse ma plus grande marée le cerisier a en corps ses feuilles

Niala-Loisobleu – 17 Septembre 2022

HOUX DOUZE ROSES


MARC CHAGALL

HOUX DOUZE ROSES – PAUL ELUARD



La hache la façon de tenir un verre brisé
La négation d’une fausse note les clous les fards
Le sens commun les algues les ravins l’éloge tout ou rien
La pourriture astrale et le reflet de son délire
La lune de rosée et beaucoup d’animaux gaillards
Dans cette ville disparue dans cette ville camarade
L’orage vagabond ses prunelles éclatée son feu virtuel
Le brassage des graines des germes et des cendres
Coin des Acacias masqué d’odeurs le sable fait la moue.Lune la feuille fleur le sein et les paupières lourdes
Les longs baisers de la balafrée aux cheveux pâles
Qui m’accompagne toujours qui n’est jamais seule
Qui m’oppose le flots des non quand les oui ne pleuvent pas
Elle a pour elle sa faiblesse machinale
Les gémissements incessants de l’amour
L’introuvable gorgée d’eau vive
La décevante gorgée d’eau neuve
Elle a pour elle les premières et les dernières fumées
Légères les fourrures mortes de chaleur
Le sang des crimes qui défait les statues négatives
Elle est pâle et blessée et taciturne
Elle est d’une grande simplicité artificielle
Velours insondable vitrine éblouie
Poudre impalpable au seuil des brises du matin
Toutes les images obscures
Perdues dans l’étendue de sa chevelure diurne

.Paul Éluard,
(La Vie immédiate, 1932)



AVONS DE CHASSE


AVONS DE CHASSE

En escadrilles

elles décollent extraire

Gardiennes

de notre soleil

Humbles, précédent le coq dans ce qu’il a de vaniteux

tendries du passage de faire le plein dans la cressonnière

hennissantes d’une course en Camargue d’un Crin Blanc avec sa manade

à une danse en Avignon aux seins de la Femme en rase-motte

avant d’atterrir au bord des menthes

sans mutiler l’iris

Vincent conduit à la reconnaissance.

Niala-Loisobleu – 23 Juillet 2022

PLONGEE CONCEPTUELLE


Richard Parkes Bonington

PLONGEE CONCEPTUELLE

Aux thermes d’un bassin mis en exercice chamanique pour un grand-bain, le peintre ouvre l’ô sans s’être couvert selon la recommandation en vigueur qui oblige les pharmacies à avoir un distributeur extérieur ouvert jour et nuit

Trop show, il s’écarte du Cap-d’Agde pour se diriger vers des restes de mosaïques de cité romaine sous l’empire de fresques ayant survécu aux orgies volcaniques du temps jadis

Le cheval est sorti de l’écurie en disant O.K. pour une balade en forêt-maritime sans rapport avec une manoeuvre de rattrapage présidentiel, les haras des Champs-Elysées et leurs partouzes c’est que du porno professionnel

La nature selon l’haricot qu’on commence par planter dans un pot respecte en tous points mon concept sexuel

Il faut garder ailleurs que dans un éco-musée les lois de la nature à l’usage des enfants

A mon âge je tremble encore de la découverte du point de départ de la Naissance du Monde que m’offrit ma copine de trois ans le jour où elle me dit qu’on peut avoir une différence dans le même petir-bateau

Depuis ce jour je garde un concept de la vie totalement poétique qui m’a toujours détourné de la rue St-Denis pour partir en voyage à la Gare de l’Est lever le soleil.

Et vous connaissez ma préférence, donc ma couleur de genre

Tout ça pour dire que la crise actuelle n’altère pas ma baguette de sourcier quand elle va en quête d’une source à forer.

Niala-Loisobleu – 22 Juillet 2022

DANS L’IMPATIENCE DU GRENIER


ALBIN BRINOVSKY

DANS L’IMPATIENCE DU GRENIER

Au coeur d’une sécheresse dont les sentiments posent interrogation, j’ai arrosé tes zones érogènes d’une chanson de corps de garde

Bandonéon qui se contorsionne pour rentrer les récoltes des semailles du tant qu’on s’aimait au grenier

La boule jette ses plus intrépides caresses quand tu fléchis à l’entrée de mon genoux entre tes cuisses

et que la plante recroquevillée sous son capuchon décapote un neuf bouton

Venus des villages lointains perchés en montagnes les clochers remontent aux forges

l’oiseau qui fait messager ne veut plus être un pigeon

Quant à lui le cheval est au labour depuis l’aube

l’odeur venue du sillon montre un reste d’ô en profondeur

Mon envie d’ananas repart en voyage.

Niala-Loisobleu – 22 Juillet 2022

MYTHIQUE ETREINTE


ODILON REDON

MYTHIQUE ETREINTE

L’amour saisissant son corps lui a donné rendez-vous au poste frontière du profane pour franchir la barre sans fers aux pieds

Un matin calme à portée de main en jardinière sur la fenêtre est à la place du journal pour donner seul l’information principale

L’odeur animale tourne autour de la femme amoureuse

éveillant de son crin une chevauchée céleste en brandissant son pouvoir démesuré sans s’en vanter

L’espace est sorti du banal

on entend battre le pouls de la sève au végétal

l’architecture implore le silence en canalisant ses thermes

alignement de colonnes au-dessus de la mer

le rite mène à l’ascèse

la danse du centaure ouvre le voyage

orgasme sacré qu’un art consommé accroche aux murs pour initier les passages.

Niala-Loisobleu – 16 Juillet 2022

DE L’ENNUI A L’AMOUR – PAUL ELUARD


ALBIN BRUNOVSKY

DE L’ENNUI A L’AMOUR – PAUL ELUARD

Est-elle sortie
Elle est chez elle
Sa maison est ouverte
Jusqu’à leur abolition naturelle
Il y a des différences plus séduisantes
Entre un poing et une cloche
Entre une pierre et une rose
Entre la prison et l’air libre
Qu’entre le poisson et la mer
Le cerf et le vent
L’homme et la femme
Mon élément malgré les charmes du dehors
J’entre tout s’assombrit
Buisson des métamorphoses
Le lit teinté d’étoiles s’étend
Comme un automne de brebis
Descendant vers les brumes de ma solitude
J’ai toujours eu peur du silence
Il y naît des rires sans raison
Machines machinales aux roseaux de cambouis aux frissons figés
L’écœurant métal doux
Plus stérile que la cendre
Face aux rideaux apprêtés
Le lit défait vivant et nu
Redoutable oriflamme
Son vol tranchant
Éteint les jours franchit les nuits
Redoutable oriflamme
Contrée presque déserte
Presque
Car taillée de toutes pièces pour le sommeil et l’amour
Tu es debout auprès du lit
Je t’aime et je dors avec toi
Écoute-moi.

Paul Eluard

AUX QUAIS DES TUILERIES


AUX QUAIS DES TUILERIES

Une ronde de chevaux de bois que des cris joyeux d’enfants tournent

un bassin où tremper la forte chaleur sale

Marly qui se profile

rondeurs féminines initiatiques de Maillol

Quelques passages de Molière au Théâtre de Verdure

et plus d’oiseaux qu’un oiseleur attraperait laissés hors des cages du Quai aux Fleurs

Une vie plus curieuse alimentée par une grand-mère exceptionnelle

un père à lui envier ses couilles disaient mes jaloux sans que je grogne

voici en quelques traits de quoi n’y rien comprendre quand on est imperméable à la vie

Alors que je sue

l’anémone de la cheminée me rafraîchit

Je sors des yeux bouchés pour suivre la plage de mon île en grimpant sur les mamelons de mon château loin du sable en poursuivant la balade jusqu’au fond du nombril où tu as commencée

On ne naît que chaque fois qu’un sale con vous vise.

Niala-Loisobleu – 15 Juillet 2022

SA PEUR PONT-PIED…


SA PEUR PONT-PIED

Du rideau de feu tombant sur

dans l’air qui grésille

l’arbre toujours debout pisse sans s’asseoir pour défendre son territoire

Tirant la goutte peinte pour remplir l’arrosoir jusqu’à la paume

à voir l’humble fleur sourire de la chaleur des mots intimes cachés pour elle dans son jardin-secret

Dans la forêt le feu se partage dans l’absurde entre un touriste en vacances et un autochtone guettant le canader seau à la main

Que de mots pour voir le rien gagner défiler dans une parade incapable de faire autre chose qu’une garden-party

J’ai peur pour l’usage de la raison gouvernementale et m’anémone tout entier pour sentir l’amour résister

Une rivière toute simple de ta source branchée…

Niala-Loisobleu – 15 Juillet 2022