Pour cause déterminée – Achille Chavée


GUGLIELMO CASTELLI

Pour cause déterminée – Achille Chavée

Fils d’un prêtre et de quelle église
Enfant de quelle mère aux ferments apaisés
Pour jouets j’ai pris les vases sacrés
Multipliant les sacrilèges
Il est mort sans déséquilibre
Tel un enfant fraîchement baptisé
Plus près de sa divinité
Que de nous et que de lui-même
Je sais le chemin du cimetière
Je sais parmi d’autres tombeaux
Son blanc tombeau de blanches pierres
Je m’y recueille sans pleurer
Mais quand l’autre sera prise
Toi ma vieille maman moi-même
Toi dans mes douleurs et dans mon cœur
Moi qui ne suis que toi libéré
Toi dont je suis la substance révoltée
Toi dont je suis le ferment levé
Toi dont ma vie est insinuée
Toi ma mère d’hérédité
Je serai près de toi dans la tombe
Pour que tu n’aies pas froid au néant
Je serai ton enfant fidèle maman
Tu me pardonneras d’avoir souffert en toi
Soufflait l’ouragan de la vie
Sifflait l’ouragan de révolte
Au berceau de ta renaissance
Et tu as joint l’inétendue
Un vertige spiralisé
Dans l’égarement de l’absolu
Masochiste de ta beauté
Ton destin fut matraqué
Au carrousel du point absurde.
Tu es l’enfant spirituel
Du rameau le plus douloureux
De la tribu occidentale
Tu es l’amant le plus charnel
En la souche voluptueuse
De la tribu orientale
Tu es le saint le plus maudit
En ascendance incestueuse
De la tribu paradoxale.

Décembre 1932

Ridiculement dominicale la cité
Etire de paresse prolétarienne
La maigre grâce de sa pauvreté.
Laid grand maigre fantasque
D’une laideur intransigeante
Je flâne parmi les manuels.
Intrinsèquement je vais
Anonyme et non sans orgueil
D’aimer ainsi mes frères.
Une horreur d’église est là,
Briques deux urinoirs la flanquent,
Encensoirs de logique pure
Moi je suis l’homme d’un clan,
Un café bourgeois m’interpelle
D’outrecuidance involontaire.
O je suis infiniment triste
De je ne sais quelle pitié
De toute révolte dépouillée.

Décembre 1932

Sans doute nous faudra-t-il mounr
Sans un léger espoir
Sans avoir rien reçu
Ni vaincu ni conquis
Sans une ambition
Bêtement pur
Sans un viol sur la conscience
Que
Ton tient on ne sait d’où
Le bel orgueil
D’être seul simple lapidaire
A croire par moment
Qu’il demande être connu
Il n’est cependant pas question
Même si nous pouvions le faire
De démarquer en nous
Le vide et l’absolu.
Après tant d’amour donné
Même si rien d’autre n’est découvert
En notre cœur
Que l’approximatif et déroutant critère
De l’inquiétude innée
Dans le goût du malheur
Même si le pacte indissoluble
Qu’un jour
A dû signer notre enfance confiante
Nous le devons payer
En lourd tribut de logique dirigée
Nous resterons douloureusement fidèles
Aux destinées
Qui ont partie liée
Avec l’âme du monde.

Juin 1934

Le calme qui n’a pas d’armes blanches
Le délire qui en sait trop long
Le désert perché dans les branches
Derrière mon cœur, il y a mon cœur
Il y a d’autres sincérités
Il y a les cent pas perdus
Que je dois réhabiliter
Rivages spontanés des mers mortes
Mourir pour l’amour de l’amour
Il est trop tard pour un rachat.

Juillet 1934

Achille Chavée

LA RÊVEE EST RANCE


GUGLIELMO CASTELLI

LA RÊVEE EST RANCE

Passé la date de préemption une fleur bleue pique du né sur la piste devant un fond de rayures

Dans la reine un contrecoup tiré à blanc, laisse le royaume sans héritage. Tort héros du jardin qui passe dans un air de cinco de la tarde permanent, un au revoir agite la muleta

Ni l’aqueux, ni les oreilles n’arrivent sur le quai quand la trompette sonne

Ah la vache, la Bardot est seule à faire ole…

Niala-Loisobleu – 31 Août 2022

MEMOIRE PAR GASTON MIRON


Guglielmo Castelli

MEMOIRE

PAR

GASTON MIRON

 » Même dans l’en-dehors du temps de l’amour

dans l’après-mémoire des corps et du cœur

je ne suis revenu ni de tout ni de rien

je n’ai pas peur de pleurer en d’autres fois

je suis un homme irrigué, irriguant

de nouveau je m’avance vers toi, amour,

je te demande

passage, amour je te demande demeure

.

Le temps mon amour le temps ramage de toi

continûment je te parle à voix de passerelles

beaucoup de gens me soufflent ton nom de bouquet

je sais ainsi que tu es toujours la plus jolie

et naissante comme les beautés de chaque saison

il fait un monde heureux foulé de vols courbes « 

.

Nous partirons de nuit pour l’aube des Mystères

et tu ne verras plus les maisons et les terres

et ne sachant plus rien des anciennes rancoeurs

des détresses d’hier, des jungles de la peur

tu sauras en chemin tout ce que je te donne

tu seras comme moi celle qui s’abandonne

.

nous passerons très haut par-dessus les clameurs

et tu ne vivras plus de perfides rumeurs

or loin des profiteurs, des lieux de pestilence

tu entendras parler les mages du silence

alors tu connaîtras la musique à tes pas

et te revêtiront les neiges des sagas

.

nous ne serons pas seuls à faire le voyage

d’autres nous croiseront parmi les paysages

comme nous, invités à ce jour qui naîtra

nous devons les chérir d’un amour jamais las

eux aussi, révoltés, vivant dans les savanes

répondent à l’appel secret des caravanes

.

quand nous avancerons sur l’étale de mer

je te ferai goûter à la pulpe de l’air

puis nous libérerons nos joies de leur tourmente

de leur perte nos mains, nos regards de leurs pentes

des moissons de fruits mûrs pencheront dans ton coeur

dans ton corps s’épandront d’incessantes douceurs

.

après le temps passé dans l’étrange et l’austère

on nous accueillera les bras dans la lumière

l’espace ayant livré des paumes du sommeil

la place des matins que nourrit le soleil

ô monde insoupçonné, uni, sans dissidence

te faisant échapper des cris d’incontinence

.

nouvelle-née, amour, nous n’aurons pas trahi

nous aurons retrouvé les rites d’aujourd’hui

le bonheur à l’affût dans les jours inventaires

notre maison paisible et les toits de nos frères

le passé, le présent, qui ne se voudront plus

les ennemis dressés que nous aurions connus

.GASTON MIRON

NOM CACHÉ PAR VICTOR SEGALEN


NOM CACHÉ PAR VICTOR SEGALEN

Le véritable Nom n’est pas celui qui dore les portiques, illustre les actes ; ni que le peuple mâche de dépit ;

Le véritable nom n’est point lu dans le palais même, ni aux jardins ni aux grottes, mais demeure caché par les eaux sous la voûte de l’aqueduc où je m’abreuve.

Seulement dans la très grande sécheresse, quand l’hiver crépite sans flux, quand les sources, basses à l’extrême, s’encoquillent dans leur glaces,

Quand le vide est au cœur du souterrain et dans le souterrain du cœur, — où le sang même ne roule plus, — sous la voûte alors accessible se peut recueillir le
Nom.

Mais fondent les eaux dures, déborde la vie, vienne le torrent dévastateur plutôt que la Connaissance !

QUAND L’AUTOMNE


QUAND L’AUTOMNE

Des deux côtés de la scène, les colonnes lâchent la cannelure des rideaux. Le petit théâtre sort enfin du boulevard du crime. Les acteurs s’inclinent au soulagement d’une dernière révérence

. Le rire accolé à la grimace du fronton compte bien faire cavalier seul et vivre sa vie sans jouer la comédie

En coulisses, les machinistes replient les tôles du bruitage et remballent les éruptions cyclothymiques de la diva dans le panier du costume des anges

Dépendue des cintres, la toile de fond ne demande qu’à être repeinte. Le décor des amoureux assis sur les bans publics est banni en même temps que la déprogrammation du script d’imposture bouffé par les mythes. La léthargie du mouvement de la danseuse-étoile reboosté au corps des petits-rats. L’enfant est inscrit au Conservatoire de la VIe pour apprendre ses valeurs

L’armurier a servi de cible à bout-portant aux jeux guerriers des enfants

En matière d’art plastique on a tiré les faux-coquillages de la mer pour la craie des falaises protégeant les marelles

Juste écrire la vie comme elle est belle de ce qu’on en connait pas du cinéma qu’on en fait avec des exclamations stupides d’un beau à vomir

Merci l’automne pour ta métamorphose de pourriture.

Niala-Loisobleu – 6 Novembre 2021

L’INTROUVABLE




L’INTROUVABLE

Ton amour est-il pur comme les forêts vierges,
Berceur comme la nuit, frais comme le Printemps ?
Est-il mystérieux comme l’éclat des cierges,
Ardent comme la flamme et long comme le temps ?

Lis-tu dans la nature ainsi qu’en un grand livre ?
En toi, l’instinct du mal a-t-il gardé son mors ?
Préfères-tu, — trouvant que la douleur enivre, —
Le sanglot des vivants au mutisme des morts ?

Avide de humer l’atmosphère grisante,
Aimes-tu les senteurs des sapins soucieux,
Celles de la pluie âcre et de l’Aube irisante
Et les souffles errants de la mer et des cieux ?

Et les chats, les grands chats dont la caresse griffe,
Quand ils sont devant l’âtre accroupis de travers,
Saurais-tu déchiffrer le vivant logogriphe
Qu’allume le phosphore au fond de leurs yeux verts ?

Es-tu la confidente intime de la lune,
Et, tout le jour, fuyant le soleil ennemi,
As-tu l’amour de l’heure inquiétante et brune
Où l’objet grandissant ne se voit qu’à demi ?

S’attache-t-il à toi le doute insatiable,
Comme le tartre aux dents, comme la rouille au fer ?
Te sens-tu frissonner quand on parle du diable,
Et crois-tu qu’il existe ailleurs que dans l’enfer ?

As-tu peur du remords plus que du mal physique,
Et vas-tu dans Pascal abreuver ta douleur ?
Chopin est-il pour toi l’Ange de la musique,
Et Delacroix le grand sorcier de la couleur ?

As-tu le rire triste et les larmes sincères,
Le mépris sans effort, l’orgueil sans vanité ?
Fuis-tu les cœurs banals et les esprits faussaires
Dans l’asile du rêve et de la vérité ?

— Hélas ! autant vaudrait questionner la tombe !
La bouche de la femme est donc close à jamais
Que, nulle part, le Oui de mon âme n’en tombe ?…
Je l’interroge encore et puis encore… mais,
Hélas ! autant vaudrait questionner la tombe !…

Extrait de:  Les névroses (1883)

Maurice Rollinat

LEO FERRE – LE CHIEN


LEO FERRE – LE CHIEN

À mes oiseaux piaillant debout
Chinés sous les becs de la nuit
Avec leur crêpe de coutil
Et leur fourreau fleuri de trous
À mes compaings du pain rassis
À mes frangins de l´entre bise
À ceux qui gerçaient leur chemise
Au givre des pernods-minuit

A l´Araignée la toile au vent
A Biftec baron du homard
Et sa technique du caviar
Qui ressemblait à du hareng
A Bec d´Azur du pif comptant
Qui créchait côté de Sancerre
Sur les MIDNIGHT à moitié verre

Chez un bistre de ses clients

Aux spécialistes d´la scoumoune
Qui se sapaient de courants d´air
Et qui prenaient pour un steamer
La compagnie Blondit and Clowns
Aux pannes qui la langue au pas
En plein hiver mangeaient des nèfles
A ceux pour qui deux sous de trèfle
Ça valait une Craven A

A ceux-là je laisse la fleur
De mon désespoir en allé
Maintenant que je suis paré
Et que je vais chez le coiffeur
Pauvre mec mon pauvre Pierrot
Vois la lune qui te cafarde
Cette Américaine moucharde
Qu´ils ont vidée de ton pipeau

Ils t´ont pelé comme un mouton
Avec un ciseau à surtaxe
Progressivement contumax
Tu bêles à tout va la chanson
Et tu n´achètes plus que du vent
Encore que la nuit venue
Y a ta cavale dans la rue
Qui hennit en te klaxonnant

Le Droit la Loi la Foi et Toi
Et une éponge de vin sur
Ton Beaujolais qui fait le mur
Et ta Pépée qui fait le toit
Et si vraiment Dieu existait
Comme le disait Bakounine
Ce Camarade Vitamine
Il faudrait s´en débarrasser

Tu traînes ton croco ridé
Cinquante berges dans les flancs
Et tes chiens qui mordent dedans
Le pot-au-rif de l´amitié
Un poète ça sent des pieds
On lave pas la poésie
Ça se défenestre et ça crie
Aux gens perdus des mots FERIES

Des mots oui des mots comme le Nouveau Monde
Des mots venus de l´autre côté clé la rive
Des mots tranquilles comme mon chien qui dort
Des mots chargés des lèvres constellées dans le dictionnaire des
constellations de mots
Et c´est le Bonnet Noir que nous mettrons sur le vocabulaire

Nous ferons un séminaire, particulier avec des grammairiens
particuliers aussi
Et chargés de mettre des perruques aux vieilles pouffiasses
Littéromanes

IL IMPORTE QUE LE MOT AMOUR soit rempli de mystère et non
de tabou, de péché, de vertu, de carnaval romain des draps cousus
dans le salace
Et dans l´objet de la policière voyance ou voyeurie
Nous mettrons de longs cheveux aux prêtres de la rue pour leur
apprendre à s´appeler dès lors monsieur l´abbé Rita Hayworth
monsieur l´abbé BB fricoti fricota et nous ferons des prières inversées
Et nous lancerons à la tête des gens des mots
SANS CULOTTE
SANS BANDE A CUL
Sans rien qui puisse jamais remettre en question
La vieille la très vieille et très ancienne et démodée querelle du
qu´en diront-ils
Et du je fais quand même mes cochoncetés en toute quiétude sous
prétexte qu´on m´a béni
Que j´ai signé chez monsieur le maire de mes deux mairies
ALORS QUE CES ENFANTS SONT TOUT SEULS DANS LES
RUES
ET S´INVENTENT LA VRAIE GALAXIE DE L´AMOUR
INSTANTANE


LA TRISTESSE PAR ALBERT DABADIE

LA TRISTESSE PAR ALBERT DABADIE

Pouvez-vous donc ainsi douce mer, beaux rivages,
Briller et parfumer ; et toi soleil joyeux,
Peux-tu si bien sourire à l’azur sans nuages,
Quand j’ai le cœur en deuil, et des pleurs dans les yeux.

Oiseaux ne pouvez-vous, taisant vos gais ramages,
Laisser pour un moment le bois silencieux,
Et toi brise qui vas chuchotant aux feuillages,
Peux-tu jouer ainsi sur mon front soucieux !

Quand la bise et l’autan amenaient l’hiver sombre
Qui, soleil, rive et flots vous voilaient de tant d’ombre,
Quand muets et pour eux, oiseaux vous fuyez tous :

Vous qui jetez de chants à ma mélancolie
Ou qui lui souriez ; votre enjouement oublie
Ingrats ! combien mon cœur s’attristait avec vous.

Albert Dabadie

Extrait de:  1857, Les Echos du Rivage

RETOMBEES D’ESCALIER


RETOMBEES D’ESCALIER

Je garde le rire de l’enfant descendant la rampe vers le lit d’automne des feuilles qui ne montre qu’un faux aspect de sentiment laissé en surface

Le brasero se prépare aux saveurs de marrons chauds en brûlant les maux d’excuse

A croire en d’yeux la phrase sépare les syllabes avant la chute

Du facteur espérer recevoir est légitime

Il y aurait du brouillard au-dessus de la Loire, j’ai l’étamine prête pour une préparation de peau-au-feu sans excès de glucides et veillerai à la destination du départ d’entrain pour trouver la réponse bien arrivé

Mon premier prochain

donne en second

suffisamment

pour ne pas sombrer dans la mode d’une tendance à l’abandon

vouloir de la couleur sans en déformer le sens porteur.

Niala-Loisobleu – 15 Octobre 2021

INTER RIEUR


INTER RIEUR

L’haie des châtaigniers

marron chaud

coeur de péri gaure

Entre les falaises et la colonisation anglaise la Dordogne file s’adouber à la Garonne

Nouvel à qui t’aime

où l’occis tant ne peut se confondre avec l’ô tant qui lui bat dans les pampres

oeil fermé le Priape de vigne décalotte en vent d’ange

sans mettre la quantité en avant

mais les sens intrinsèques de l’érection

Niala-Loisobleu – 26 Août 2021