ARCANIA COELESTTA PAR PAUL NEUHUYS


ARCANIA COELESTTA PAR PAUL NEUHUYS

Du temps que j’étais chasseur de chamois à
Chamonix,

très chercheur de nature et poltron par instinct,

je découvris dans la montagne, une fleur d’un dessin

si nerveusement bizarre, que je l’appelai:
Arcania

Coelestia, la fleur curieuse d’arcanes,

celle qui veut prendre le ciel en escalade,

pour qui l’espace astral est peuplé de démons,

fleur brasero

pour qui le point oméga est dans la gravité zéro.

Paul Neuhys

AQUARELLE PAR PAUL NEUHUYS


AQUARELLE PAR PAUL NEUHUYS

Octobre mois des glands des noix et des châtaignes
J’aime par atavisme un atelier de peintre
Essuyer son pinceau à l’écharpe d’Iris
Différents bleus je veux différents verts j’espère plus ou moins amortis plus ou moins soutenus
Une ville construite en pâte d’abricot
Rien qu’à la voir le lac jette des étincelles
Vermeil a pour diminutif le vermillon
Bel orbe rose éteint dans un ciel bleu cendré
Octobre fait tomber d’une octave
Octavie.

Paul Neuhys

DE VIVE A VEUVE VOIX PAR PAUL NEUHUYS


DE VIVE A VEUVE VOIX PAR PAUL NEUHUYS

Maintenant que le monde à sa fin s’achemine
Et que je vis parmi les ombres du passé
Mon vertige s’arrête aux yeux verts d’une ondine ou dans mon petit coin chez
Madame de
C.

Mais comment m’esquiver?
Mais comment m’effacer?
Je crève de ferveur, je sanglote ma vie
Vivre de plus en plus dans un monde glacé
Jusqu’à n’avoir plus qu’une tombe pour amie?

L’homme cavalier seul sur un cheval sans bride
Reprend la navette entre
Jésus et
Vénus
Sous un ciel scintillant de mille feux torrides
D’être un homme est-ce donc si triste devenu?

L’image peinte aussi est une poétique
Qu’elle vise au reflet d’un rêve intemporel
Ou circule au milieu des oliviers tragiques
Paysan dont l’humour transcende le trivial?

Toujours la même porte ouverte sur
Byzance

La gravité zéro est mon point oméga:


Donne-moi tout la fleur le fruit et la semence! —

Jeunesse son verjus, vieillesse son verglas…

Paul Neuhys

LES ARCHIVES DU PRIEURÉ


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LES ARCHIVES DU PRIEURÉ

On n’aime pas ce que j’écris, tout ce que je fais est d’un anodin pignocheur de colifichets.

Mes amis me voudraient autre que je ne suis et voudraient faire d’un troène un cognassier.

Les plus aimables d’entre eux me quittent sur cette invite:
Tu es rasoir, grand-père, puisses-tu claquer au plus vite.

Le fait est que ça me paraît de moins en moins étrange d’être un mort au-dessus duquel les arbres mêleront leurs branches

car j’aurai beau ne plus être, l’être sera toujours et comme un paysan qui rentre des labours

je préfère interroger le vol des étourneaux

ou bien regarder le feu fixement sans dire un mot.

Mourir, c’est s’attendre à tout, franchir les frontières de l

peur, voir le rideau qui subrepticement se lève à l’intérieur.

c’est descendre dans l’humide touffeur de l’humus, naître à la vaporeuse émanation de quelque chose de plus.

car la vie ne serait qu’une immense duperie

sans une existence supérieure à celle du corps et de

l’esprit.

Merveilleux est un mot très chrétien; ce qui compte c’est cette petite parcelle de réalité profonde.

C’est pourquoi pas de deuil dans la maison du poète mais un léger sourire:
Adieu, c’est chose faite.

Paul Neuhys

PSYCHÉDÉLIE


PSYCHÉDÉLIE

Donner aux couleurs la clinquante acuité de l’actualité

Cactus mexicain
Chanvre indien
Coca péruvien
Haschich brésilien

Le sifflet du sorcier aztèque qui fait valser jaune dans l’herbe rouge

Tout est faux:
Caserne École Église
Vulnérable notion de patrie honneur vertu
Mutation des tabous en détritus

Révolte contre la tarte aux fruits de la tartufferie

J’aime assez les féminins phonétiques;
Un faux
Klee une fausse clef

Un
Nemrod une émeraude

Et tandis que je la tiens enlacée n’avoir accès au gynécée qu’en se mettant au féminin

Échapper au suicide par la mutation phonétique génétique

Permettre à la poésie toutes les expériences dont elle a besoin

Qu’un vêtement puisse faire tant de différence. s’il est à votre rythme et bouge avec le corps!

Tout me semble léger, joyeux et enfantin
Bon bec que de
Paris?
Suis tombé sur un bec

Homme éprouvé, dressé, corrigé par l’échec
Un bonheur élastique entre pulpe et pépin.

Parasite impécunieux
Libido ludendi sciendi eccelendi
Un poète qui fait très «calamar en su tinto»
Une poésie d’obèse qui cherche à rattraper l’autobus

Par la lucame du lupanar idéal;

Fellatrice fricatrice fascinatrice

Préfixe latin
Suffixe grec

Contexte
Satiricon

Ce que la féminité a de plus intime

converge à désigner la sottise unanime!

A l’école alsacienne me dit
Madame de
C.

on nous apprenait la précellence

de la prose sur la prosodie

parce que la prose va droit au but

tandis que le vers tergiverse dans les primevères…

Paul Neuhys

POÉSIE


POÉSIE

Poésie, jeu de cache-cache

mythe solaire

pressentiment de l’essentiel

«Lust zu fabulieren»

démon de l’imposture

Le poète sait que son être est une malédiction

Le plus grand de tous est
Paul de
Tarse

pour qui le corps est la maladie de l’esprit.

Et la peinture de
Van
Gogh, bible des pauvres,

est un équivalent plastique

aux fulgurantes épîtres.

Paul Neuhys

BOÎTE A COULEURS


BOITE A COULEURS

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Marronnier, carrousel d’oiseau

Boire le thé

avec des jeunes filles de qualité

Pactole,
Léthé

Extraire l’opium de la vie

Tirer le radium de l’esprit

Rotation des zones

Poésie, aliment complet

coup d’œil à l’atterrissage

Ah, mes petits lapins et mes petites chèvres

Mourir, ne plus être

dire qu’on ne peut rien contre ça

Décor violemment colorié

un ibis rouge dans le micocoulis.

Paul Neuhys

SAISONS


SAISONS

Voici
Mimi
Parasol

et
Bibiche de
Cucugnan,

deux tulipes orageuses

qui dansent le
French
Cancan.


Je ne passerai pas cet été sans de graves contrariétés…

Ainsi pense le blé par son propre poids accablé.

Ah! pauvres fleurs décapitées.
Ventres ouverts, crânes fendus.
Gueules-de-lion, pieds-d’alouette et culs-tout-nus.

Paul Neuhys

LE PANTOUM DU MÉNAPIEN


LE PANTOUM DU MÉNAPIEN

Pêcheur de crabes, marchand arabe c’est dans l’attente qu’est la vie loin de toute rive fleurie, un arbousier dans le brouillard.

Voici la pluie couleur de suie,

et son refrain tambouriné

sur l’horizon filigrane;

c’est dans l’attente qu’est la vie.

Crocus précoces, plaisirs atroces.
Mon cœur as-tu jamais aimé?
Des anges roulent en auto sur l’horizon filigrane.

Rêver au frais, dormir au chaud…
Aux confins de nos marécages, des anges roulent en auto, et la lune dans le garage.

Éclats de rire, éclats de rêve, il était un enfant de roi.
Et quand la vie aura cessé, aux confins de nos marécages,

âmes en peine, cœurs en panne, et quand la vie aura cessé, retrouverons-nous le néant au point où nous l’avons laissé ?

Paul Neuhys