UN TROU POUR LA VIE


UN TROU POUR LA VIE

J’ai gardé tes dernières paroles à la tête du lit

Ce matin j’ai creusé le tapis d’Orient pour faire entrer la pluie dans la baignoire bénitier

Tu as raison nos travaux gagneront si nous les macérons

Nos idées en s’humectant de nous fortifieront la fausse impression

L’écart du bois mou syphonera le fond du réservoir

il y reste assez de moelle.

Niala-Loisobleu – 22 Avril 2022

JUSQU’A LA TRUFFE


JUSQU’A LA TRUFFE

La porte poussée par son saut

un bonjour à la renverse

qu’aucun autre brandit pareil des oreilles au fouet

en faisant le tour complet du jardin le ventre dans l’herbe et la tête dans le fruit.

Niala-Loisobleu – 21 Avril 2022

PREMIERES NOUVELLES


PREMIERES NOUVELLES

Au bout du quai d’une nuit en gare de ce jour, la machine halète sans bouger

Déjà les abeilles ont commencé leur marché

les blanchisseuses dégrafées des tenues des suées nagent au sein de la santé

le roulis en pouliche tanguant sans se retenir aux harnais superflus

parapluie ouvert avec l’assurance garantie

Il était une foi

l’embrun

allumé sur le feu

de la pierre sous la fougère

en décolleté sur la table en plein chant

un poussin jaunissant les rayons de la ruche

sans montrer d’habits déguisés, nu de vérité, rien que bleu sur toute la tige…

Niala-Loisobleu – 20 Avril 2022

Là où nous nous habitons


Là où nous nous habitons

De la grande bassine à fleurs du soleil où nous habitons, à trois gouttes de l’estuaire, toi tu es la jarre à trous de la graine à fraise que j’aspire à suspendre, la dotant d’ailes pour que son espace ne soit jamais limité

Aucune ombre n’aura atteint le sol , les sables du désert ne comptant pas puisque ta goutte d’ardoise y est imperméable et que le gué qu’elle forme ricoche des marées aux échelles que ta réflexion dresse

Les premiers bourgeons des racines sont sortis avant que le chien ne prenne son élan jusqu’au tertre, tandis que les tuiles s’ocrent au feu du soleil

Ruisselantes tes vertèbres ont puisées la palmeraie des argiles des derniers grands forts de l’Atlas

Tes chameaux ont ouverts la route de la soie, j’étais sur l’échafaudage de ta poitrine, si haut que mes

yeux ont pu apprendre l’autre rive avant d’y entrer

J’en ai gardé la clef universelle, celle des petites maisons blanches qui logent les guitares à l’étage des nuits d’amour où les dallages sont couverts de coussins pour l’assemblage des peaux

La nuit quand tu dors, collé à ton moucharabieh je sirote ta respiration sans craindre les grands fauves qui vont boire

Et laisse les matins venir t’écouter au centre de l’émotion qui t’entoure

Peindre n’a pas d’âge

j’ai commencé avant d’apprendre

laissant ma chair de poule couver les oeufs de l’imaginaire qui sauve de toutes les pénuries et refuse les guerres.

Niala-Loisobleu – 19 Avril 2022

FEERIES (Extrait) par SOPHIE LOIZEAU


alors elle peint au sable un ange vigoureux elle met en branle

un chant

– les levures vont se nourrir de toi de ton sucre… pas

si je pointe mes stigmates pour accueillir ton pollen c’est ça

le vent se lève il est l’antidote

Thot écoute car par la douce absurdité du chant il se redresse

– tes nutriments ne sont pas pour les champignons jaunes

de la forêt

ils sont pour moi.

Sophie Loizeau

JEU DE MIROIR


JEU DE MIROIR (Reprise)

Cette nouvelle lune-là pour moi n’est pas Vierge

elle porte mon ventre où qu’elle aille

docile ou sauvage

paisible ou prompte à sauter les rivières

Avant que les chaleurs du désordre climatique ne s’emparent de la prairie qui surplombe la côte

allons boire les vagues du désir de vivre

L’itinéraire ne sera pas gâté par l’alouette

quelque soit le côté abordé

l’herbe est rosée du champignon chantant la vie

Niala-Loisobleu – 7 Septembre 2021

SORTIE DE BAIN


SORTIE DE BAIN

Paume de douche ouvrant le peignoir

le chant de la fontaine prend patio sous le nombril des balcons

sortent de la coulisse les coups répétés du gendarme

Côté-cour comme côté-jardin

le pied se trempe en scène

sans se priver l’oeil d’un j’ton sur le décor des formes qui ondulent

c’est l’égal

dit l’home de loi

après avoir vérifié le bon fonctionnement des feux arrières

Niala-Loisobleu

6 Septembre 2021

CES MATINS QUI DEFIENT LE GRIS


CES MATINS QUI DEFIENT LE GRIS

A cette nuit qui s’accroche aux volets

faux-désespoir commun à l’errance quelque part en porte-drapeau

je lave l’ombre du chemin

seul peut-être mais certain de ne pas grossir la dérive de brailleurs de maux

Abandonner le tant comme l’animal qu’on jette pour se libérer du temps libre

hérésie noire qui se secoue en rave par bravade

Faire blanchir le galet du levé des vagues sans se cacher de son devoir civique au sein d’un tintamarre sourd à la raison

je pars joyeux sur l’axe du rayon

le cortège suivra son corps billard à la queue leu-leu

Vaut mieux parler avec une seule paire d’yeux que voir glisser des aveugles sur le raille

Bonjour Ma, piquons une tête…

Niala-Loisobleu – 3 Août 2021

LA METAMORPHOSE DES PROLEGOMENES


LA METAMORPHOSE DES PROLEGOMENES

Au tronc du cadre

l’oiseau pique à la vitre

un paysage choisi dans la carte des repas au jardin clair sous l’arbre

il revient des feuilles vives aux racines nerveuses

jour de merde embelli

la nappe du ciel déborde de fruits sucrés

l’abeille pompe

Le chien arrive triple-saut wouah wouah et avale la pluie l’oeil ravageur

Quand je suis passé par l’atelier la voix sur la palette m’a tiré pleine pulpe au noyau

l’enfant t’adressait la parole de ses mains tendues

j’ai pu tracer l’histoire du compotier

Vois, devant Bonnard

la lumière éclatante déborde plus loin que le cadre de la porte

Niala-Loisobleu – 4 Décembre 2020

INVENTE AIR


INVENTE AIR

Le froid s’est intensifié

j’ouvre grand les fenêtres pour renouveler l’air

Nabi

le mouvement postimpressionniste aspire a plus de clarté

Paul a quitté la France pour les Marquises

Sérusier verdit la ceinture de Paris

Edouard Vuillard pénètre à l’intérieur

et Bonnard chrome solaire d’un jaune la souricière des ténèbres

tout change

je précurse avec art

la Pleine-Lune de ce jour est déménageuse

laisse la mue aux vieilles-peaux et marche

la route est ouverte…

Niala-Loisobleu – 30 Novembre 2020