CET AMOUR SERA BEAU, DÉLICAT, PASSIONNE ET SECRE PAR CAMELIA DINORA


PIERRE BONNARD

CET AMOUR SERA BEAU, DÉLICAT, PASSIONNE ET SECRET

PAR

CAMELIA DINORA

J’aimerais juste une fois
passer une nuit auprès de toi,
être l’ange de ton sommeil,
te protéger jusqu’au réveil,
et tendrement en douceur,
ouvrir les portes de ton coeur…
Il est trop tard, vous m’aimez, j’ai vu vos peurs partir et revenir, vos timides mots qui ne demandaient qu’à caresser ma vie, vous tournez autour de mon coeur comme un ballon lâché à l’air libre qui n’ose pas encore frôler mon corps.
Il est trop tard, je le sais, vous m’aimez, oui vous m’aimez même après mes blessures involontaires, vous me faites l’amour sur les mots que j’écris, vous m’aimez d’un amour qui n’a pas encore vu le jour et cet amour sera beau, délicat, passionné et secret.

Camélia Dinora

ROUE A AUBE


PIERRE BONNARD

ROUE A AUBE

La campagne traversée d’un vol, l’oeuf fait ni une ni deux et ovalise la table du couvert de l’aile

les rides des vieilles chaises se retendent au souvenir des fesses qui s’y sont assises

comme les herbes quand le pas est allé remplir plus loin son saut

la vigueur de l’appétit suit le fumet de la cuisine

Au troisième bouton tu laissais voir un sillon assez profond pour lancer l’élan au papillon

le chien dresse la tête, les oreilles jusqu’au groin dans le sillage de ce qui répond à l’attente

entre la couleur des fruits de l’amour mûr et les fleurs qui viendront poursuivre de leurs fossettes

cette fenêtre reste ouverte sur le côté jardin

chapeau de paille et bretelles aux ailes du moulin bord à bord aux meules.

Niala-Loisobleu.

22 Janvier 2023

LE CABINET DE TOILE ÊTRE


PIERRE BONNARD « Auto-portrait dans la glace du cabinet de toilette »

LE CABINET DE TOILE ÊTRE

Aux crins des brosses un parfum tête baissée qui passe

la glace pour mémoire donne la seule image d’un reste à faire face

Du lin à carreaux en page d’écriture j’en ai bordé des marges dans les spirales d’efluves

plus nu qu’émoi tu meurs

notait mon pinceau sans mentir

que la question se retourne et fugue la réponse

A quoi ça sert Pierre après Pierre d’atteindre à la célébrité pour se retrouver seul ?

Je sais que la brasse-papillon finit par toucher à la pratique de la coulée à la rive du dernier échelon comme la gueuse est faite pour hâler au fond

C’est comme le cheval qui tombe sa crinière pleine de taire, hors des bras de la charrue diserte

Voilà ce qui s’appelle un sans constat d’adultère, ricane la glace envahie elle-même par la buée – n’empêche que c’est dur à se reconnaître cocu ?

Non il s’agit pas de ça

juste d’une question de place, je ne peux m’arrêter de peindre qu’en touchant l’autre rive.

Niala-Loisobleu.

13 Janvier 2023

EFFETS DE GLACE


EFFETS DE GLACE

Atmosphère solaire

un jaune découvre la partie vitale

j’ai les ongles à gratter la glace d’un salto

en virant de l’autre côté du miroir , là où le tain dégrafe

pour sauver le nichon qui allait s’engloutir dans les lises

endroit que les fleurs ne tartinent d’abeilles

mais là où le lézard en courant au plafond retourne

le gendarme en trois coups

fend la jupe

jusqu’à la peau

une chaleur danse et s’évapore des carreaux.

Niala-Loisobleu.

23 Décembre 2022

Un matin, l’idée faite


Un matin, l’idée faite

Les chevaux qui sont passés durant la nuit ont retourné l’idée faite

quand le soc entame profondément, le sillon ouvre grand sa gueule

Avant que le premier lapin sorte voir si la garrigue est en chaleurs le labour avait commencé

et dans chaque lacet du chemin le corset se dénouait pour en venir à la chute

La lune sans avoir eu le temps de ramasser ses affaires avait battu les cartes de manière à lasser les tricheries

Bonnard a le don de laisser voir ce que toute femme cache dans l’espoir d’être entendue.

Niala-Loisobleu – 5 Novembre 2022

La leçon de piano – Jacques Bertin


PIERRE BONNARD

La leçon de piano

Jacques Bertin

Vous ne pouvez savoir comme ce son du piano
Étouffé au fond des salons cossus des demeures
Sous des lueurs on suppose de lampes d’une belle époque et des murmures apaisés
Vous ne pouvez savoir comme ce son du piano
Presque éteint hésitant sur le seuil de mon front me défait
Ou pose sur mes lèvres sur le seuil un désir de baiser ou de fraîcheur
La grand-mère bien douce qui régnait sur les meubles cirés
Conservant dans des carnets bleus l’histoire des années
Est morte hier un père absent
Une mère plus belle que la mère du roman
Ou de la chanson des lieurs
Le retrouve pour l’amour calme
Et les velours semblent fermer une âme
Où je suis entré sans être invité jamais
On entend le piano où s’appliquent les doigts d’une petite soeur

Et j’y meurs j’y meurs
Tandis que se défont des orages plus loin ailleurs

Jacques Bertin

D’UNE COULEUR DE LA MEMOIRE 1


PIERRE BONNARD

D’UNE COULEUR DE LA MEMOIRE 1

Assis sur la margelle à la recherche du soleil que le fond du puits refléterait entre le passage

des nuages, j’appuies mes jambes dan le vide

au guet d’un cri des oies sauvages

et du troupeau paisible paissant sous les pommiers

ah la vache où est donc le train

Planter un arbre avant la Ste-Catherine

et ne pas perdre la main

des choses qui faisaient la vie quand les lèvres se cherchaient de bas en haut sans un mot

qu’il pouvait pleuvoir dans l’arc-en-ciel pour mettre un arc dans la couleur

Et toi

à quoi tu penses de tes serrements depuis qu’on a mis l’amer au milieu des taires ?

Niala-Loisobleu – 11 Octobre 2022

LA PORTE PAR JACQUES REDA


PIERRE BONNARD

LA PORTE

PAR

JACQUES RÉDA

Et pourtant c’est ainsi : l’on voit, par la porte battante,
Une lumière qui s’approche, hésite puis s’éteint.
Souvent l’attente se prolonge.
Et seul, à qui sourire
En silence?
Personne.
Et qui nous répondrait de loin
Si l’on criait ?
Personne encore.
Un jour on croit rêver,
Un autre jour mourir — et vraiment c’est un songe, et

c’est
Aussi la mort.
Passent parfois deux lévriers timides
Et plutôt soucieux qui font mine d’en savoir long
Sur le sens de la vie.
Incidemment, la porte cesse
De battre et l’on se dresse en criant plus fort dans le noir ;
Ou bien la clarté s’établit, et l’on distingue enfin,
Pour un instant, ce qu’on ne peut pas dire ni comprendre.

Jacques Réda

PORTES A GALANDAGE


PIERRE BONNARD

PORTE A GALANDAGE

En percée d’un croisement des briques

coulisse le retour du passage

Il pleut sur les claires

le coquillage tend son sel

et l’eau tonne au bout du jardin traversée d’éclairs

Je tends les lèvres aux seins qui tombent bien à propos

puits les mains accourent en vérité au fond du mystère où le soleil se baigne.

Niala-Loisobleu – 10 Octobre 2022