LE REGARD DE L’AUTRE CÔTE


LE REGARD DE L’AUTRE CÔTE

Volets clos dans la chambre de l’heure dépassée le coeur a cessé de sonner

seule une odeur de taire remué gerce les sauts du chien derrière la porte du matin

l’usine à marées continue d’embaucher alors qu’on ne trouve plus le sel dans les ingrédients d’une cuisine

Un oiseau de passage signe la fiche d’hôtel sans ouvrir sa valise comme s’il voulait revisiter l’étape en prenant son tant

Il n’existe pas de missel pour dire la messe funèbre d’un trou sur la route intime

plus les mots s’abstiennent plus le beau du parcours se bouscule sans liens d »état-civil

J’ai vécu des grandes douleurs avec des êtres que je n’avais vus que dans mon âme, plus loin que dans mon sang

J’en déduis que le sentiment a des résidences totalement étrangères à son domicile

la peinture m’a fondé l’esprit à cette certitude

par la beauté de ce genre de tristesse qui en découle à l’abri du décorum de cérémonie

très tôt ce matin mon père m’attendait à l’atelier, j’ai peint sa pensée, je vous assure qu’elle courrait comme un enfant qui a envie de connaître sa mère pour découvrir la joie.

Niala-Loisobleu – 4 Août 2022

MAINTENANT QUE LA JEUNESSE – MARC OGERET/ LOUIS ARAGON


NIALA

Marc Ogeret
MAINTENANT QUE LA JEUNESSE
Louis Aragon, musique: Lino Leonardi, 1948

Maintenant que la jeunesse
S’éteint au carreau bleui
Maintenant que la jeunesse
Machinale m’a trahi
Maintenant que la jeunesse
T’en souviens tu souviens-t’en
Maintenant que la jeunesse
Chante à d’autres le printemps
Maintenant que la jeunesse
Détourne ses yeux lilas

Maintenant que la jeunesse
N’est plus ici n’est plus là
Maintenant que la jeunesse
Vers d’autres chemins légers
Maintenant que la jeunesse
Suit un nuage étranger
Maintenant que la jeunesse
A fui, voleur généreux
Me laissant mon droit d’aînesse
Et l’argent de mes cheveux

Il fait beau à n’y pas croire
Il fait beau comme jamais
Quel temps quel temps sans mémoire
On ne sait plus comment voir
Ni se lever ni s’asseoir
Il fait beau comme jamais
C’est un temps contre nature
Comme le ciel des peintures
Comme l’oubli des tortures
Il fait beau comme jamais

Frais comme l’eau sous la rame
Un temps fort comme une femme
Un temps à damner son âme
Il fait beau comme jamais
Un temps à rire et courir
Un temps à ne pas mourir
Un temps à craindre le pire
Il fait beau comme jamais.

Louis Aragon

« AUBE EN CORPS » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/CANSON 21X29,7


NIALA

« AUBE EN CORPS »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/CANSON 21X29,7

A border la dernière vague à la nage

en laissant la gorgone faire ses offres d’influenceuse

et toucher la côte dans l’écho du pouls juste pour se prouver

qu’on tient debout

toujours sauvage

cap vert

et plus qu’animal

Chien Fou

chuilà qui se paye bon sang sur les trottoirs de ses rues

Je t’embrasse ma Mie

comme une énième jeunesse sur la route de St-Jacques…

Niala-Loisobleu – 24 Juillet 2022

SONHO MEU


NIALA

SONHO MEU

Gal Costa

Mon rêve, mon rêve
Sonho meu, sonho meu

Va trouver que tu habites loin
Vai buscar que mora longe

Mon rêve
Sonho meu

Mon rêve, mon rêve
Sonho meu, sonho meu

Va trouver que tu habites loin
Vai buscar que mora longe

Mon rêve
Sonho meu

Montrera ce désir
Vai mostrar esta saudade

Mon rêve
Sonho meu

avec ta liberté
Com a sua liberdade

Mon rêve
Sonho meu

Dans mon ciel l’étoile directrice s’est perdue
No meu céu a estrela guia se perdeu

L’aube froide ne m’apporte que de la mélancolie
A madrugada fria só me traz melancolia

Mon rêve
Sonho meu

Je ressens la chanson de la nuit
Sinto o canto da noite

dans la bouche du vent
Na boca do vento

Faites la danse des fleurs
Fazer a dança das flores

Dans mes pensées
No meu pensamento

Apporte la pureté d’une samba
Traz a pureza de um samba

Sens, marqué par des chagrins d’amour
Sentido, marcado de mágoas de amor

Une samba qui bouge nos corps
Um samba que mexe o corpo da gente

Et un vent vagabond berçant la fleur
E um vento vadio embalando a flor

Mon rêve
Sonho meu

Mon rêve, mon rêve
Sonho meu, sonho meu

Va trouver que tu habites loin
Vai buscar que mora longe

Mon rêve
Sonho meu

Mon rêve, mon rêve
Sonho meu, sonho meu

Va trouver que tu habites loin
Vai buscar que mora longe

Mon rêve
Sonho meu

Montrera ce désir
Vai mostrar esta saudade

Mon rêve
Sonho meu

avec ta liberté
Com a sua liberdade

Mon rêve
Sonho meu

Dans mon ciel l’étoile directrice s’est perdue
No meu céu a estrela guia se perdeu

L’aube froide ne m’apporte que de la mélancolie
A madrugada fria só me traz melancolia

Mon rêve
Sonho meu

Mon rêve, mon rêve
Sonho meu, sonho meu

Va trouver que tu habites loin
Vai buscar que mora longe

Mon rêve
Sonho meu

Mon rêve, mon rêve
Sonho meu, sonho meu

Va trouver que tu habites loin
Vai buscar que mora longe

Mon rêve
Sonho meu

Mon rêve, mon rêve
Sonho meu, sonho meu

Va trouver que tu habites loin
Vai buscar que mora longe

Mon rêve
Sonho meu

Mon rêve, mon rêve
Sonho meu, sonho meu

Va trouver que tu habites loin
Vai buscar que mora longe

Mon rêve
Sonho meu

Mon rêve, mon rêve
Sonho meu, sonho meu

AUX QUAIS DES TUILERIES


AUX QUAIS DES TUILERIES

Une ronde de chevaux de bois que des cris joyeux d’enfants tournent

un bassin où tremper la forte chaleur sale

Marly qui se profile

rondeurs féminines initiatiques de Maillol

Quelques passages de Molière au Théâtre de Verdure

et plus d’oiseaux qu’un oiseleur attraperait laissés hors des cages du Quai aux Fleurs

Une vie plus curieuse alimentée par une grand-mère exceptionnelle

un père à lui envier ses couilles disaient mes jaloux sans que je grogne

voici en quelques traits de quoi n’y rien comprendre quand on est imperméable à la vie

Alors que je sue

l’anémone de la cheminée me rafraîchit

Je sors des yeux bouchés pour suivre la plage de mon île en grimpant sur les mamelons de mon château loin du sable en poursuivant la balade jusqu’au fond du nombril où tu as commencée

On ne naît que chaque fois qu’un sale con vous vise.

Niala-Loisobleu – 15 Juillet 2022

SA PEUR PONT-PIED…


SA PEUR PONT-PIED

Du rideau de feu tombant sur

dans l’air qui grésille

l’arbre toujours debout pisse sans s’asseoir pour défendre son territoire

Tirant la goutte peinte pour remplir l’arrosoir jusqu’à la paume

à voir l’humble fleur sourire de la chaleur des mots intimes cachés pour elle dans son jardin-secret

Dans la forêt le feu se partage dans l’absurde entre un touriste en vacances et un autochtone guettant le canader seau à la main

Que de mots pour voir le rien gagner défiler dans une parade incapable de faire autre chose qu’une garden-party

J’ai peur pour l’usage de la raison gouvernementale et m’anémone tout entier pour sentir l’amour résister

Une rivière toute simple de ta source branchée…

Niala-Loisobleu – 15 Juillet 2022

DE NOTRE CHEVAUCHEE FANTASTIQUE


DE NOTRE CHEVAUCHEE FANTASTIQUE

Combien de crêtes pour une seule vague à l’aurore rose ?

Le grand coq aux bruyères vient chercher de la couleur à son blanc plumage

Un loup a hurlé au passage de la nouvelle-lune du 13

secouant l’étagère où tous les vers viendront défiler le 14

dans cet uniforme que la vie leur a donné

rien d’autre

pas une feuille sur le poil

Chacun son sexe à soi qui se regarde avant partage

alors l’embrun viendra parler sa langue avant de solliciter l’entrée

celle qui creuse les mots au burin pour laisser le silence à l’acte divin

Empan pour l’anse où mouiller en rade de l’île

l’oiseau ne remontera l’ancre que pour tenir la jauge

Quand les grands arbres qui bordent l’estuaire aboient

c’est signe qu’il faut faire reculer le vent contraire

ne pas éteindre le phare.

Niala-Loisobleu.

14 Juillet 2022

NECESSITE – PAUL ELUARD


ODILON REDON

NECESSITE

Sans grande cérémonie à terre
Près de ceux qui gardent leur équilibre
Sur cette misère de tout repos
Tout près de la bonne voie
Dans la poussière du sérieux
J’établis des rapports entre l’homme et la femme
Entre les fontes du soleil et le sac à bourdons
Entre les grottes enchantées et l’avalanche
Entre les yeux cernés et le rire aux abois
Entre la merlette héraldique et l’étoile de l’ail
Entre le fil à plomb et le bruit du vent
Entre la fontaine aux fourmis et la culture des framboises
Entre le fer à cheval et le bout des doigts
Entre la calcédoine et l’hiver en épingles
Entre l’arbre à prunelles et le mimétisme constaté
Entre la carotide et le spectre du sel
Entre l’araucaria et la tête d’un nain
Entre les rails aux embranchements et la colombe rousse
Entre l’homme et la femme
Entre ma solitude et toi.
Paul Eluard

Araucaria ou désespoir des singes, je reverdis la tête d’un géant au promontoire des terres brûlées

par un simple passage venu de très loin

en apprenant qu’à partir de dire à un enfant à propos du cheval qu’il venait de dessiner

et qu’il craignait de devoir le peindre en brun

« le cheval est toujours de la couleur qu’on lui donne, mets la tienne sans aucune autre »

L’amour est pareil d’une couleur si sienne que rien des orages et vents contraires ne saurait lui imposer de disparaître quelque soit le motif

Son symbole est éternel.

Niala-Loisobleu – 11 Juillet 2022

LIBRE SENS


LIBRE SENS

Sombre couleur qui de son bruit de botte couvre l’orée de sa cinquième colonne

Parti de sa branche au devant de la vague franche de la marée, l’oiseau pris dans le filet cherche l’embrun pour laver la lande

et du pore remonté il serre l’anneau plus fort en voyant les mariés sortir de la chapelle

un enfant criant la vérité par sa bouche

coupe le barbelé…

Niala-Loisobleu – 11 Juin 2022

A PERTE DE VUE DANS LE SENS DE MON CORPS PAR PAUL ELUARD


Paul Eluard

A PERTE DE VUE DANS LE SENS DE MON CORPS PAR PAUL ELUARD

Sous les arbres toutes leurs branches toutes leurs

feuilles
L’herbe à la base les rochers et les maisons en masse
Au loin la mer que ton œil baigne

Ces images d’un jour après l’autre
Les vices les vertus tellement imparfaits

La transparence des passants dans les rues de

hasard
Et les passantes exhalées par tes recherches obstinées
Tes idées fixes au cœur de plomb aux lèvres vierges
Les vices les vertus tellement imparfaits
La ressemblance des regards de permission avec les

yeux que tu conquis
La confusion des corps des lassitudes des ardeurs
L’imitation des mots des attitudes des idées
Les vices les vertus tellement imparfaits

L’amour c’est l’homme inachevé.

PAUL ELUARD