DES CALOGES D’ETRETAT


DES CALOGES D’ETRETAT

Le passé m’aide sans me tenir à l’écart du présent, tel qu’il est, que je n’ai pas pour autant l’obligation d’entretenir

T’entendre me dire ce à quoi projette ton esprit, va mieux avec la cravate que je n’ai pas encore mise, qu’avec le haillon qui colle aux basques à pas pouvoir décoller

Je ne sais pas peindre autrement qu’en adaptant le mur qui cache à la dentelure du feuillage d’une essence porteuse

Pour aider à croire faut pas s’en tenir à ce qui est fini

Ainsi aujourd’hui encore j’en appelle à Matisse et ses Caloges

C’était du temps où Etretat avait des pêcheurs qui montaient leurs vieilles embarcations sur la plage, en les posant sur les galets avant de les couvrir d’un toit de chaume pour en faire des cabanes pour le matériel de pêche

L’odeur des bonnes pêches tenue à l’intérieur ça amorce autrement que quand tu remontes des débris de chair dans ton filet

C’est con au point de devenir féroce le quotidien

Laisse-nous de la mer pour partir sans fuir en restant englué sur place. Tes contraintes en ce qu’elles possèdent au-delà de la bêtise ne tournent pas mes couleurs en bouillon de moules.

Niala-Loisobleu – 7 Mars 2022

Signe solaire


Signe Solaire

J’étais devenu rivière à vivre, bordé d’un lé allant à ton écluse tant au canal de notre sentiment la ligne de canards démontrant la connaissance du courant, se tient à jour aux passages des étiages mouvants

A ton corps la grâce de tes seins qui tombent, fait jeunesse au temps qui passe

La folie qui nous caractérise est de selle qui se monte à cru.

Niala-Loisobleu – 5 Mars 2022

VOLANT EN TAPIS


VOLANT EN TAPIS

Opiniâtre envol pourtant réfléchi

A la place des maisons qu’ils pourchassent

en l’absence de fenêtres pour voir la paisibilité de la porte que l’on choisirait pour dégoter ce coin d’herbe où nous découvrir à la mode-marguerite

au-delà de l’apparence

l’arbre abattu à la hache missile brandit une balançoire sur son moignon

avec la rage de vaincre l’injuste force en présence

Tout comme j’accède au relief de ta poitrine en plein dans une platitude qui voudrait araser la liberté d’être en extrayant la toute petite enfance de sa croissance

Pareil que dans la retenue de ton langage tu enfiles un collant sur le cri qui arriverait aux autres, toi, chaste d’une sensualité toute personnelle, ramassée comme le chien sur le fusil tu t’envoles rejoindre l’inégal à bord du tapis sauvé de l’haleine à tisser.

Niala-Loisobleu – 2 Février 2022

LA PETITE INFANTICIDE PAR JULES LAFORGUE


LA PETITE INFANTICIDE PAR JULES LAFORGUE

Ô saisons d’Ossian, ô vent de province,
Je mourrais encor pour peu que t’y tinsses
Mais ce serait de la démence

Oh ! je suis blasée

Sur toute rosé

Le toit est crevé, l’averse qui passe
En évier public change ma paillasse.
Il est temps que ça cesse

Les gens d’en bas
Et les voisins qui se plaignent
Que leur plafond déteigne

Oh !
Louis m’a promis, car je suis nubile
De me faire voir
Paris la grand ville
Un matin de la saison nouvelle
Oh ! mère qu’il me tarde
D’avoir là ma mansarde…

Des
Edens dit-il, des belles musiques
Où des planches anatomiques passent…
Tout en faisant la noce
Et des sénats de ventriloques

Dansons la farandole
Louis n’a qu’une parole

Et puis comment veut-on que je précise

Dès que j’ouvre l’œil tout me terrorise.

Moi j’ai que l’extase, l’extase

Tiens, qui fait ce vacarme ?…
Ah ! ciel le beau gendarme
Qui entr’ par la lucarne.

Taïaut ! taïaut !
A l’échafaud !

Et puis on lui a guillotiné son cou.

Et ça n’a pas semblé l’affecter beaucoup

(de ce que ça n’ait pas plus affecté sa fille)
Mais son ami
Louis ça lui a fait tant de peine
Qu’il s’a du pont des
Arts jeté à la
Seine

Mais un grand chien terr’ neuve
L’a retiré du fleuve

Or justement passait par là
La marquise de
Tralala,
Qui lui a offert sa main
D’un air républicain.

Jules Laforgue

BALLADE ANEMONE


BALLADE ANEMONE

Si au loin se rapproche un ciel traversé de désirs funestes, viens et pose ton coude sur la table pour que l’anémone dise à ta tête de s’incliner vers elle, ça lui donnera matière à pencher du bon côté

Il nous reste, sans rien mesurer en dehors de l’instant présent, qu’à choisir librement la position qui enfantera le bien-être

Je sais qu’on ne peut pas savoir où et quand la bombe tombera, je me souviens seulement comme durant la dernière oppression, l’amour a gardé l’envie au-dessus de tout dans ses insurrections

Varsovie est-ce que ça te dit quelque chose ?

Niala-Loisobleu – 25 Février 2022

SE REMPLIR A JAMAIS


SE REMPLIR A JAMAIS

Devant se qui lève de plus mauvais

conduisant

au devant des lots de misères

et au comble du malheur

dans la course au pouvoir personnel

entraînant la mort à grande échelle

l’incertain est plus que jamais à l’entrée du chemin

Aussi je veux te noter sans rien perdre dans mon Carnet de Vie

puis le remplir de tes mots que mes couleurs ont mises à l’ô depuis ta source

Mer céleste tressée d’algues, prairies en archipel, pores de cabotage

vallons d’alpage, où les forêts en broche tiennent les clairières en camées

les derniers animaux sauvages dans nos traces

pour partir en chanté l’un dans l’autre

avec Bertin

Niala-Loisobleu – 24 Février 2022

 Jacques Bertin -Carnet

Il y a beaucoup de morts dans le journal d’hier
Et beaucoup de misère mais partout
Beaucoup de gens qui restent indifférents
Le lendemain tout semble déjà moins grave

Je ne voudrais pas que tu vieillisses trop vite

PUBLICITÉ

Avant que nous ayons eu le temps de nous arrêter
Et de nous dire : nous sommes heureux
Que nous nous regardions encore une fois
Dans le miroir amoureux des sourires
Que je te trouve belle encore une fois
Je veux encore du temps pour offrir
Ton corps aux regards de passage
Gens de passage prenez cette femme
Possédez-la un jour elle ne sera plus rien
Montre-toi nue danse pour eux
Possédez-la qu’elle demeure
Et demeure l’empreinte de ses doigts dans le sol

Je sens maintenant que tout va un peu plus vite
Pourtant nous avons juste trente ans
Je m’arrête et je te regarde
Ai-je assez profité de toi ?
J’arrête le monde et je regarde
Car il est plus que temps aujourd’hui de vivre
Je cherche à écrire de plus en plus simplement Dans le journal d’hier beaucoup de morts
Et puis partout beaucoup de gens indifférents
Nous sommes peu nombreux à veiller
Nous tenons la lampe allumée
Nous repoussons de toutes nos forces le sommeil
Et la lampe nous fait les yeux brillants

Nous tenons la lampe allumée
Nous ne vieillissons pas

Jacques Bertin

ILLUSTRATION VERITABLE DE MA PENSEE


ILLUSTRATION VERITABLE DE MA PENSEE

En premier lieu je la positionne en genre Féminin

eu égard à sa faculté exclusive de reproduction

Âme jaune solaire en coque bleue

elle dense

poitrine des deux sphères

en alpage

Ne cherchant pas pour l’avoir plus verte au milieu d’une sécheresse indépendante de mes choix

Ce qui fait que toute ressemblance avec une idée changeante serait une erreur existante.

Niala-Loisobleu – 24 Février 2022

A BORD D’UNE PAGE


A BORD D’UNE PAGE

Le fracas du voisin cloisonné le tant qu’elle a à mettre sur sa page réapparait

Voilà le décroisé de ses jambes quand elle sent ma main entrain de vouloir venir

J’ai renversé le pupitre avec l’encrier pour la débarrasser des heures perdues et la sortir de la marge

du coup sa blues noire est là par taire, sans boutons grande ouverte

Dans ce jeu l’imaginaire peut construire sans ressentir de point de côté dans son ventre

Plus besoin de se couvrir la tête, le chat peau peut miauler.

Niala-Loisobleu – 22 Février 2022

En corps assez de chaleur à tirer de la pâleur du présent


En corps assez de chaleur a tirer de la pâleur du présent

Du ciel qui se tire comme un rideau qui voudrait plus se regarder de face

vite ne pas laisser s’enfuir ce qui motive

voilà c’est ça suivre ta voix

comme une douceur qui se bretelle à tes seins

sur un fond de papier viennent tes mots que je peins

ce penchant d’anémone qui te retient à table

Dans la glace

j’ai vu Henri ramener du soleil en remontant la poubelle.

Niala-Loisobleu – 21 Février 2022

POÉSIE QUOTIDIENNE PAR MICHEL DEGUY


POÉSIE QUOTIDIENNE PAR MICHEL DEGUY

Poésie entremetteuse, qui concilie le nouveau monde et les nouveaux venus, qui présente aux villes anciennes les yeux nouveaux qui ne reconnaîtraient rien, elle est la jeune
institutrice qui guide les enfants aux lieux étranges et reculés, redoutables, de leur temps, pour qu’ils ne restent pas muets. Elle réinstaure un bon voisinage entre le
siècle, que transforment les ingénieurs illettrés, et ses habitants, pour que même imprévu il demeure habitable, si le poète l’a défrayé,
dédicacé — Poésie passerelle.

Ou poésie nostalgique, écarquillée vers le présent en ruines, amie des cimetières ; car peut-être n’est-il plus possible d’unir le neuf à l’ancien ? Attention
à la poésie socialiste, avec ses tramways et ses pylônes électriques, si à-la-traîne, si putain, qui s’essouffle et peut à peine suivre.

Son office, en tout cas, irremplaçable : rassembler le jour, lier les différences de ma journée pour en tisser le sens commun. Comme les sens transmettent à la centrale
psychique l’approche bigarrée des choses, de même et profondément il convient que soient liées en un sens-commun les surprises décousues que réservent les heures,
les gratifications improvisées du matin et du soir, flocons différents des instants, caresse des lisières aux flancs du train ; que soit prise dans le texte, sensée dans
l’unique roman, l’invraisemblable, l’excessive averse des signes, pour que trépassent le moins de choses possible. S’il n’y avait qu’en la causalité que ce qui est pût trouver un
sens, le déchet serait monstrueux ; si la seule science pouvait fonder une communauté, je serais toujours, et toujours plus, et a tout instant, bien seul avec ma coquille de bruit.
Mais fureteuse, butineuse, comparante, œuvrante, sémaphorique, la poésie veille au sens ; elle transmue la contingence en vérité, la mosaïque du perçu en
dessin. Sans le remue-ménage poétique, je serais pareil à un homme dont l’ouïe et la vue ne seraient pas réunies à un même monde : un fou.

Le phénomène, ça n’est pas si simple ; avant le poème, il n’y a pas encore de phénomène.

Michel Deguy