DU SURSAUT DE LA CAMPAGNE


DU SURSAUT DE LA CAMPAGNE

Restent assez de lauriers pas coupés pour renaître le cou vers

Le froid garde mieux que les grosses chaleurs qui sont étrangères aux choses du coeur

Léo en ouvrant le sien à la source a tenu l’herbe haute et touffue, grasse de vapeurs

Alpage vivifiant pour la transhumance loin des sécheresses

Fêtons-là sans puritanisme

Le beau ça ne s’habille pas d’hypocrisie, ça se montre humide, fausse-chasteté rangée dans le tiroir à culottes

Gustave, artiste jusqu’à l’os en a tiré l’origine sans raser la moelle arboricole, grâce lui soit rendue

J’y bois et trinque avec Léo.

Niala-Loisobleu – 22 Septembre 2022

Léo Ferré « Ta Source »


« L’ORIGINE DU MONDE » GUSTAVE COURBET

« Ta source »

Léo Ferré

Elle naît tout en bas d’un lieu géométrique
A la sentir couler, je me crois à la mer
Parmi les poissons fous, c’est comme une musique
C’est le printemps et c’est l’automne et c’est l’hiver

L’été, ses fleurs mouillées au rythme de l’extase
Dans des bras de folie accrochent les amants
On dirait que l’amour n’a plus besoin de phrases
On dirait que les lèvres n’ont plus besoin d’enfants

Elles coulent les sources, en robe ou en guenilles
Celles qui sont fermées, celles qu’on n’ouvre plus
Sous des linges qu’on dit marqués du sceau des filles
Et ces marques, ça me fait croire qu’il a plu

Qui que tu sois, toi que je vois, de ma voix triste
Microsillonne-toi et je n’en saurai rien
Coule dans ton phono ma voix de l’improviste
Ma musique te prend les reins alors tu viens

Ta dune, je la vois, je la sens qui m’ensable
Avec ce va-et-vient de ta mer qui s’en va
Qui s’en va et revient mieux que l’imaginable
Ta source, tu le sais, ne s’imagine pas

Et tu fais de ma bouche un complice estuaire
Et tes baisers mouillés dérivant de ton cygne
Ne se retourneront jamais pour voir la Terre
Ta source s’est perdue au fond de ma poitrine

Ta source… je l’ai bue

Léo Ferré

LEO FERRE – LA POESIE


LEO FERRE – LA POESIE

J’ai du savon qui lave
Les péchés capitaux
Un stylo-bille qui grave
Le goût d’un apéro
Un soutien-gorge à piles
Qui ne s’allume qu’aux beaux yeux
Un dentifrice habile
A blanchir les aveux
Un buvard facétieux
Qui sèche les chagrins
Un oeil pour lire à deux
Quand le jour s’est éteint
Un violon capital
Voilé de Chambertin
A faire sonner le mal
Plus fort que le tocsin

Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t’ouvrira
Même si elle n’est pas là
D’ailleurs elle n’est pas là
Mais dans la tête d’un fou
Ou bien chez des voyous
Habillés de chagrin
Qui vont par les chemins
Chercher leur bonne amie
La Poésie

J’ai des bas pour boiteuse
A faire boiter l’ennui
Et des parfums de gueuse
A remplir tout Paris
Des pendules à marquer
Le temps d’un beau silence
Des lassos à lacer
Les garces de la chance
Des machines à souffler
Le vert de l’espérance
Et des vignes à chanter
Les messes de la démence
Des oiseaux-transistors
Qui chantent sur la neige
Garantis plaqués-or
Plaqués par le solfège

Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t’ouvrira
Même si elle n’est pas là
D’ailleurs elle n’est pas là
Mais dans la tête d’un fou
Qui se prend pour un hibou
A regarder la nuit
Habillée de souris
Comme sa bonne amie
La Poésie

J’ai du cirage blond
Quand les blés vont blêmir
De la glace à façon
Pour glacer les soupirs
Des lèvres pour baiser
Les aubes dévêtues
Quand le givre est passé
Avec ses doigts pointus
J’ai tant d’azur dans l’âme
Qu’on n’y voit que du bleu
Quand le rouge m’enflamme
C’est moi qui suis le feu
J’ai la blancheur du cygne
A blanchir tout Saint-Cyr
Et sur un de mes signes
On meurt pour le plaisir

Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t’ouvrira
Des fois qu’elle serait là
Elle te recevrait même pas
Elle n’est là pour personne
Elle n’aime pas qu’on la sonne
C’est pas une domestique
Elle sait bouffer des briques
Mais quand elle veut, Elle crie

La Vie d’Artiste – Léo Ferré


Léo Ferré

La vie d’artiste – Léo Ferré

É

Je t’ai rencontrée par hasard
Ici, ailleurs ou autre part
Il se peut que tu t’en souviennes.
Sans se connaître on s’est aimés
Et même si ce n’est pas vrai
Il faut croire à l’histoire ancienne.

Je t’ai donné ce que j’avais
De quoi chanter, de quoi rêver.
Et tu croyais en ma bohème
Mais si tu pensais à vingt ans
Qu’on peut vivre de l’air du temps
Ton point de vue n’est plus le même.
Cette fameuse fin du mois
Qui depuis qu’on est toi et moi
Nous revient sept fois par semaine
Et nos soirées sans cinéma
Et mon succès qui ne vient pas
Et notre pitance incertaine.
Tu vois je n’ai rien oublié
Dans ce bilan triste à pleurer
Qui constate notre faillite.
 » Il te reste encore de beaux jours
Profites-en mon pauvre amour
Les belles années passent vite. »
Et maintenant tu vas partir
Tous les deux nous allons vieillir
Chacun pour soi, comme c’est triste.
Tu peux remporter le phono
Moi je conserve le piano
Je continue ma vie d’artiste.
Plus tard sans trop savoir pourquoi
Un étranger, un maladroit
Lisant mon nom sur une affiche
Te parlera de mes succès
Mais un peu triste toi qui sais
 » Tu lui diras que je m’en fiche…
que je m’en fiche… »

Y a une étoile • Renée Claude (& Léo Ferré)


Y a une étoile • Renée Claude (& Léo Ferré)

25 DÉCEMBRE 2021

Renée Claude est morte l’an dernier. Son album d’hommage à l’œuvre de Léo Ferré, On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré, paru au Québec en 1994, est une splendeur d’un bout à l’autre.

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Renée Claude (1939-2020) • Y a une étoile. Léo Ferré, paroles & musique.
Renée Claude, chant ; Philippe Noireault, piano. Enregistrement : Montréal (Québec), Studio Karisma Audio Post Video & Film, mai-juin 1994.
Extrait de l’album On a marché sur l’amour : Renée Claude chante Léo Ferré. Canada, Transit, ℗ 1994.

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Y a une étoile est une chanson de jeunesse de Léo Ferré. Il l’a lui-même enregistrée avec d’autres du même tonneau, en Italie où il résidait, pour son ultime album de studio : Les vieux copains (1990). Il avait alors plus de soixante-dix ans.

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Léo Ferré (1916-1993) • Y a une étoile. Léo Ferré, paroles & musique.
Léo Ferré, chant, piano ; Orchestre symphonique de la RAI-Milan [Orchestra sinfonica di Milano della RAI] ; Léo Ferré, orchestrations, arrangements & direction musicale. Enregistrement : Milan (Italie), Studio Regson, en octobre 1988, puis du 11 au 13 juillet 1990.
Extrait de l’album Les vieux copains / Léo Ferré. France, EPM, ℗ 1990.

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Salut, ma vieille copine la terre !
T’es fatiguée ? Ben nous aussi !
C’est pas des raisons pour faire des manières,
Tant qu’y a le soleil qui fait crédit.
Salut, ma vieille copine la terre !

Y a une étoile au-dessus de Paris
Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière,
Ma vieille copine la terre !
Et pendant ce temps-là, tu dormais
Enroulée dans les bras de ma mélancolie,
Pendant que je déambulais
Comme un oiseau blessé dans la nuit si jolie.

Salut, ma vieille copine la terre !
Dans tes jardins y a des soucis
Qui font de beaux printemps à la misère
Et de jolies fleurs pour les fusils.
Salut, ma vieille copine la terre !

Y a une étoile au-dessus de Paris
Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière,
Ma vieille copine la terre !
Et toi pendant ce temps, tu peinais
À charrier sur ton dos des continents de misère,
Pendant que le soleil se dorait
Dans sa maison toute bleue pour se refaire une lumière.

Salut, ma vieille copine la terre !
Y a des diamants qui font leur nid
En se fichant pas mal de tes frontières,
Qu’il fasse jour, qu’il fasse nuit.
Salut, ma vieille copine la terre !

Y a une étoile au-dessus de Paris
Qui m’a fait de l’œil la nuit dernière,
Ma vieille copine la terre !
Si tu voulais bien en faucher deux ou trois,
Ça pourrait faire une drôle de lumière
Et mettre au front de la société
Des diamants qu’on pourrait tailler à notre manière.

Bonjour ma vieille copine la terre !
Je te salue avec mes mains,
Avec ma voix,
Avec tout ce que je n’ai pas.
Léo Ferré (1916-1993). Y a une étoile

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Léo Ferré – C’est Extra


Léo Ferré – C’est Extra

Une robe de cuir comme un fuseau
Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
Et dedans comme un matelot
Une fille qui tangue un air anglais
C’est extra
Un moody blues qui chante la nuit
Comme un satin de blanc d’marié
Et dans le port de cette nuit
Une fille qui tangue et vient mouiller

C’est extra
C’est extra
C’est extra
C’est extraDes cheveux qui tombent comme le soir
Et d’la musique en bas des reins
Ce jazz qui d’jazze dans le noir
Et ce mal qui nous fait du bien
C’est extra
Ces mains qui jouent de l’arc-en-ciel
Sur la guitare de la vie
Et puis ces cris qui montent au ciel
Comme une cigarette qui brille

C’est extra
C’est extra
C’est extra
C’est extra

Ces bas qui tiennent hauts perchés
Comme les cordes d’un violon
Et cette chair que vient troubler
L’archet qui coule ma chanson
C’est extra
Et sous le voile à peine clos
Cette touffe de noir jésus
Qui ruisselle dans son berceau
Comme un nageur qu’on attend plusC’est extra
C’est extra
C’est extra
C’est extraUne robe de cuir comme un oubli
Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
Et dedans comme un matin gris
Une fille qui tangue et qui se tait
C’est extra
Les moody blues qui s’en balancent
Cet ampli qui n’veut plus rien dire
Et dans la musique du silence
Une fille qui tangue et vient mourir

C’est extra
C’est extra
C’est extra
C’est extra

Es extra
Leo Ferre
Un vestido de cuero como un huso
¿Qué haría un perro sin hacerlo a propósito?
Y por dentro como un marinero
Una chica lanzando una melodía inglesa.
Es extra
Un blues malhumorado que canta en la noche
Como un satén blanco nupcial
Y en el puerto de esta noche
Una chica que lanza y viene mojada
Es extra
Es extra
Es extra
Es extra
Cabello que cae como la tarde
Y música en el fondo de los riñones
Este jazz que jazzea en la oscuridad
Y este mal que nos hace buenos
Es extra
Estas manos que tocan el arcoiris
En la guitarra de la vida
Y luego estos gritos que suben al cielo
Como un cigarrillo que brilla
Es extra
Es extra
Es extra
Es extra
Estas medias que aguantan alto
Como las cuerdas de un violín
Y esta carne que viene a turbar
El arco que fluye mi canción
Es extra
Y bajo el velo apenas cerrado
Este penacho de jesus negro
que brota en su cuna
Como un nadador que esperamos más
Es extra
Es extra
Es extra
Es extra
Un vestido de cuero como un descuido
¿Qué haría un perro sin hacerlo a propósito?
Y por dentro como una mañana gris
Una chica que lanza y que calla
Es extra
El blues malhumorado que no les importa
Este amplificador que ya no significa nada
Y en la música del silencio
Una niña que lanza y viene a morir
Es extra
Es extra
Es extra
Es extra

LE PONT MIRABEAU – LEO FERRE


LE PONT MIRABEAU

APOLLINAIRE/ LEO FERRE

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

PAUVRE RUTEBEUF – LEO FERRE


PAUVRE RUTEBEUF

LEO FERRE

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Avec le temps qu’arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n’aille à terre
Avec pauvreté qui m’atterre
Qui de partout me fait la guerre
L’amour est morte
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à hote
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m’était à venir
M’est avenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donné le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit sur moi quand bise vente
Le vent me vient, le vent m’évente
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Les emporta

L’OPERA DU PAUVRE – LEO FERRE


L’OPERA DU PAUVRE

LEO FERRE

« — Écoutez, Maître, je ne prise pas beaucoup vos apartés poétiques…
— Mais tout n’est qu’aparté ! Le reste ? Triste réalité ! »

Textes & musiques : Léo Ferré
Sauf musique : Tomás Luis de Victoria (O vos omnes)

Orchestre symphonique de la RAI-Milan
Giuseppe Magnani, violon solo
Léo Ferré, piano

Orchestrations & direction musicale : Léo Ferré
Prise de son & réalisation : Paolo Bocchi
Production & réalisation artistique : Léo Ferré
Crédits visuels : Marina Marcantonio

Enregistré du 10 au 20 avril et le 10 juillet 1983 au Studio Regson, Milan (Italie).
Publié en octobre 1983 par RCA.


En 1956 Léo Ferré écrit et compose le ballet lyrique La Nuit à l’instigation du chorégraphe Roland Petit, croisé lors d’un dîner mondain chez Louise de Vilmorin, grande admiratrice de Ferré. Il crée une impertinente fantaisie animalière et semble vouloir jouer le jeu du jazz. La danseuse-chanteuse Zizi Jeanmaire tient le rôle-titre et Michel Legrand est à la baguette. Les choses se montent hélas dans la précipitation et le résultat scénique est approximatif. La presse a la dent dure, qui n’y comprend goutte. Petit lâche Ferré en déprogrammant tout. Un four.

Léo sauve néanmoins son livret du naufrage en le faisant paraître illico dans une version remaniée chez La Table Ronde, qui doit publier son premier recueil de poésie. Puis la cendre retombe. Ferré se replonge dans la partition au début des années 1970, mais d’autres chantiers le requièrent plus instamment. C’est seulement en 1983 qu’il prend La Nuit à bras le corps… pour en faire autre chose.

L’Opéra du pauvre, grand œuvre oraculaire à tiroirs, n’est plus disponible à la vente depuis le mitan des années 90, et croyez bien que nous le regrettons. N’hésitez pas à vous inscrire à notre lettre d’information pour être tenu informé du moment où il le sera à nouveau, dans dix mille ans ou demain matin…

Alaric Perrolier – 2017