AMOUREUSES – PAUL ELUARD


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AMOUREUSES – PAUL ELUARD

Elles ont les épaules hautes

Et l’air malin

Ou bien des mines qui déroutent

La confiance est dans la poitrine

A la hauteur où l’aube de leurs seins se lève

Pour dévêtir la nuit

Des yeux à casser les cailloux

Des sourires sans y penser

Pour chaque rêve

Des rafales de cris de neige

Des lacs de nudité

Et des ombres déracinées.

Il faut les croire sur baiser
Et sur parole et sur regard
Et ne baiser que leurs baisers

Je ne montre que ton visage

Les grands orages de ta gorge

Tout ce que je connais et tout ce que j’ignore

Mon amour ton amour ton amour ton amour.

Paul Eluard

SONNET XVII – PABLO NERUDA


Soneto XVII
No te amo como si fueras rosa de sal,topacio
o flecha de claveles que propagan el fuego:
te amo como se aman ciertas cosas oscuras,
secretamente, entre la sombra y el alma.

Te amo como la planta que no florece y lleva
dentro de sí, escondida, la luz de aquellas flores,
y gracias a tu amor vive oscuro en mi cuerpo
el apretado aroma que ascendió de la tierra.

Te amo sin saber cómo, ni cuándo, ni de dónde,
te amo directamente sin problemas ni orgullo:
así te amo porque no sé amar de otra manera, .

sino así de este modo en que no soy ni eres,
tan cerca que tu mano sobre mi pecho es mía,
tan cerca que se cierran tus ojos con mi sueño.

Pablo Neruda
Sonnet XVII
Je ne t’aime pas comme rose de sel, ni topaze
Ni comme flèche d’oeillets propageant le feu:
Je t’aime comme l’on aime certaines choses obscures,
De façon secrète, entre l’ombre et l’âme.

Je t’aime comme la plante qui ne fleurit pas
Et porte en soi, cachée, la lumière de ces fleurs,
Et grâce à ton amour dans mon corps vit l’arôme
Obscur et concentré montant de la terre.

Je t’aime sans savoir comment, ni quand, ni d’où,
Je t’aime directement sans problèmes ni orgueil:
Je t’aime ainsi car je ne sais aimer autrement,

Si ce n’est de cette façon sans être ni toi ni moi,
Aussi près que ta main sur ma poitrine est la mienne,
Aussi près que tes yeux se ferment sur mon rêve.

Traduit par Ricard Ripoll

BALANCES


BALANCES

On promet amour et voyages
Mille nuits de rêve mille sortilèges
Mais c’est à l’oreille des sourds
Au cœur mort des mortels.

Les femmes défendues

Qui font les enfants

Et la chaîne

De la joue aux champs

De la main aux branches

De l’eau à l’azur des sauterelles.

Une herbe pauvre

Sauvage

Apparut dans la neige

C’était la santé

Ma bouche fut émerveillée

Du goût d’air pur qu’elle avait

Elle était fanée.

Être dix mille entre cent mille
Et jamais un entre dix
La foule dort dans l’ombre
A deux pas d’elle-même
Qui se mêle et se sépare.

Il n’y a plus de porte

Part à deux si j’entre où tu es

Si tu sors tu viens avec moi

Le désert au profit de /a sève
Et autres lieux
Pour se croire ici.

Paul Eluard

INVENTE AIR


INVENTE AIR

Le froid s’est intensifié

j’ouvre grand les fenêtres pour renouveler l’air

Nabi

le mouvement postimpressionniste aspire a plus de clarté

Paul a quitté la France pour les Marquises

Sérusier verdit la ceinture de Paris

Edouard Vuillard pénètre à l’intérieur

et Bonnard chrome solaire d’un jaune la souricière des ténèbres

tout change

je précurse avec art

la Pleine-Lune de ce jour est déménageuse

laisse la mue aux vieilles-peaux et marche

la route est ouverte…

Niala-Loisobleu – 30 Novembre 2020

CELESTE CONJUGAISON


CELESTE CONJUGAISON

Roseraie au bout des cordes je te reçois sur la planche à tracer

Marc déployant tout

La mésange met le soleil de son ventre à nu dans le choeur des passereaux constructeurs

martins-pêcheurs

colibris

tourterelles

du haut des seins à la source ventrale ouvrent le jet du rire des merles

L’espace d’une floraison reconduit

à rejoindre l’écaille du porte-plume aquatique aux rives d’un absolu

Que de musiciens en habits d’arlequins montent à bord des gondoles

fauves comme des lions jouent en formation de ramiers

Chagall amoureux crève le plafond de sa voie contre-alto

l’enfant outre-mère te peignant avec ses crayons de couleur comme une en vie surnaturelle…

Niala-Loisobleu – 29 Novembre 2020

LES IRIS TRIENT LES LENTILLES SUR LES PETITES ONDES


LES IRIS TRIENT LES LENTILLES SUR LES PETITES ONDES

Eclaboussée de soleil tu dandines en duo à la cale du marais

l’automne termine en Sagittaire en se rendant à la pleine-lune évènementielle

Un ragondin vient de déplacer la surface pendant que j’ai les mains pleines de tes poches et le vélo se met à hennir quand le caillou roule

Quelque part la grenouille saute, un héron-cendré finit son point-fixe prêt à décoller, les limousines profitent encore du pré-salé avant les foins de transition de l’étable, étendues de tout leur long dans la mer retirée autour de Brouage. Assis devant la stèle aux résistants, je pense au signe porteur des écluses . Cordier parti . Le ciel va peiner à s’éclaircir à l’Intérieur avec le dernier embrouillamini du Ministre

De quoi nous remettre au créneau

demain sera un mauvais jour pour toi avec le retour à l’école et…

J’ai de la peinture en besoin de tes mots pour tenir le contraire du mensonge que l’Etat cultive, le regard que j’ai de ta présence est de bon augure.

Niala-Loisobleu – 29 Novembre 2020

CONSTANTE DE GRAVITATION


CONSTANTE DE GRAVITATION

Caisse claire oreille tendue au coffre à jouets

sur le paon coupé

l’arbre en trompe-l’oeil dresse la force fondamentale sans rien détourner

de l’attraction des deux corps

Sur l’étendue plane du trou noir l’intensité ajuste son plan de voies parallèles

on peut toucher le fruit sorti de l’armature du béton banché et en goûter la pulpe aux étages des jardins suspendus qu’une mer de garde tient contre son sein

Les mâts chantent d’élingues métronomes en rase-mottes de mouettes

passé la jetée le chenal dirige à l’archipel

Je garde la chambre dans la senteur symbolique de l’Etoile Flamboyante; gnose éclose

Tu peux voir au pied du lit la présence de la promesse forte et reposée de sa blessure, bistre doux de tes aréoles et queue-de-vache de l’aisselle à la pointe de nuque, au départ du voyage.

Niala-Loisobleu – 29 Novembre 2020