SORTI DES EGLISES


Photo Niala

SORTI DES EGLISES

Prière toujours la même

et le rase-campagne d’un sein qui mythe un ciel dans sa tâche bleu-pâle

Les monts se cherchent émerveille

Putain ce que la vie peut être belle au trottoir de l’hôte tel

du rêve ajouté dans le virage retable

son aube accrochée au presbytère

entre l’écorce et l’arbre où l’oiseau-agnostique nidifie

sur la paille d’assise

le mi-sel qu’il détient ferme en dehors de l’image d’une poupée de porcelaine-vierge

Niala-Loisobleu – 24 Octobre 2024

Photo Niala

Photo Niala
Photo Niala –  » VU DE TOURS DE BREIZH »

ET…BASTA – LEO FERRE


LÉO FERRE – ET… BASTA !


Quand j’emprunte des paradoxes, je les rends avec intérêts
J’enrichis mes prêteurs qui deviennent alors plus intelligents
Le taux usuraire de l’astuce n’est jamais assez élevé
Je ne sais pas d’où je viens mais je sais que je suis là, à reverdir, dans cette campagne toscane
Les rossignols teints au Gargyl chantaient des aubades pharmaceutiques
J’ai les cheveux trop longs… comme des voiles de thonier, mes beaux cheveux qu’on m’a toujours taillés, mes beaux cheveux longs dans ma tête
Dans la rue, on se retourne…
Moi, je leur tire la langue !

Ô belles pattes des fourrures
Chapeau du vent de ces madames
Inquiétude de la parure
Toiles de soie, vers vous je rame

Je sais des paradis tranquilles où les anges n’ont pas de vin à boire mais des orages de raison.
Des violettes de reverdie
Je sais des paradis tragiques où les fauteuils d’orchestre n’ont pas de mémoire
Où les roses ne fleurissent que par osmose, et encore…
Où les passions sont d’un autre ordre et les mirages d’une autre qualité et de la nuit pourtant venus
Je sais des paradis-bordels où l’on me fait signe
Où l’on se signe
Où l’on me désigne pour la bonté des mains tendues et des bouches capitales
Comme au petit matin… Tchac !

Je sais des paradis naturels où le mauve tient lieu de drogue
Où l’on peut passer du mauve à la frontière

Je sais des paradis câlins avec la barbe de deux jours et des saints
Sans foi ni loi
Sans feu ni eau
Avec simplement une ceinture d’émigrant

J’émigrerai quelque jour vers vos pays cachés
Et ne reviendrai plus
Regardez-moi
Passants de rien, poules de luxe, fleurs incroyables
Regardez-moi
Je suis un migratoire, un migratoire
Je suis un vieux corbeau qui court après une charogne comme un chien de course après le leurre
Je suis un vieux corbeau de la plaine où je vais m’englânant des trucs dégueulasses, de vieilles graines d’homme qu’on a trop employées

Je suis un vieux corbeau qui court après une corbeaute
Je croasse comme on peut croasser quand on est un vieil oiseau de cinquante-sept piges

Je tiens que le désespoir des ordures est une incompétence biologique à pouvoir en sortir un jour ou l’autre, coûte que coûte
Quand la merde déborde, c’est encore de la merde

À ce moment-là, je connaissais une chanteuse… Vous la connaîtriez aussi, c’est facile
Une chanteuse qui a le derrière sur la figure, ça vaut la carte d’identité, non ?
Et puis, Madame Lechose, taulière blonde, un peu grasse, un peu…
Taulière à L’Escalier de Moïse, où il y avait de tout, du Fernand, du Ferré qui chantait au piano, avec son chien et ses grimaces, et son petit cachet
– Dis donc, Léo, ça ne te gêne pas de gagner de l’argent avec tes idées ?
– Non. Ça ne me gênait pas non plus de n’en pas gagner avec mes idées, toujours les mêmes, il y a quelques années
Vois-tu, la différence qu’il y a entre moi et Monsieur Ford ou Monsieur Fiat, c’est que Ford ou Fiat envoient des ouvriers dans des usines et qu’ils font de l’argent avec eux
Moi, j’envoie mes idées dans la rue et je fais de l’argent avec elles. Ça te gêne ? Moi, non ! Et voilà !

Madame Lechose, un peu blonde, un peu…
Je la regardais, des fois, en chantant, juste en face de moi, qui n’en perdait pas une, qui n’en perdait pas une de ses fiches, et le whisky tant, et le gin-fizz tant et tant, et le citron pressé tant… Et mon citron pressé ?
La Mère Lechose, un peu blonde, un peu grasse, toujours à l’heure, comme les vrais artistes, ceux qui travaillent, et comme ceux qui font travailler les artistes. Je faisais la salle. Jamais les clients. Arkel, mon chien, venait me chercher après le Flamenco de Paris
C’est tout ce que j’ai eu de vraiment espagnol à ce moment-là. Ce devait être un chien exilé

Je rentrais chaque nuit avec le chien dans le désert Paris, dans cette brume des garages où reste un peu, le soir, après que les voitures soient passées, de cette odeur des temps modernes qui vous remonte du fond de votre carter, portant le deuil des foins brûlés. Je rentrais chaque nuit dans le désert Paris
Les putains ne m’accrochaient jamais. Elles savaient que j’étais un homme public, elles, les filles publiques…

– Alors, comme ça, on se prostitue, Ferré !


Je rentrais chaque nuit dans cette maison douce où gouttait l’eau du robinet, dans cette cuisine un peu salle de bains, avec sa cuvette…

Je vivais à ce moment-là avec une femme. Assez longtemps. Avec aussi des problèmes de mouise, d’attentes au bout d’un téléphone qui ne sonnait jamais
Le téléphone, quand il sonne trop souvent, on s’arrange pour faire répondre qu’on est là ou qu’on n’y est pas
Les importuns ne croient jamais ainsi qu’ils vous importunent et vous êtes tranquille. On ne peut pas être plus sociabilisé, pas vrai ?
Et puis, les commissions, le dentiste, les droits d’auteur minces, minces… Quand on travaille comme on veut, on touche comme on peut
J’allais chercher les sous moi-même, toujours moins de cent mille balles
Pas de chèque, et vite un restaurant dans un bon quartier. Et puis et puis, les souvenirs s’entassent. Le mariage vous mine petit à petit
On est fidèle parce que c’est l’usage et les années s’entassent aussi.
Les souvenirs, d’ailleurs, c’est du présent discutable. On est hier, toujours
Moi, je vivais demain et ça fabriquait les malentendus
Un artiste vit toujours demain, sinon il est fait pour l’usine
À l’usine, le présent, c’est un cadeau quotidien, incessant, fatigant, dégueulasse
On peut te congédier, alors tu prends des dispositions particulières pour ne gueuler qu’en connaissance de cause et dans le silence revenu des retours à la maison

À la table de travail, devant la page blanche, l’artiste n’est pas là. Il vit là-bas, loin de tout, du téléphone, de sa compagne, de ses problèmes
La solitude est une affaire d’ordinateur. Moi, je me perfore loin des imbéciles et du propos courant.
On me hait. Je m’en fous. Je suis un autre mec. Voilà.

Ni dieu, ni maître, ni femme, ni rien, ni moi, ni eux et Basta !

Il y a l’amour… peut-être. C’est une solution, une solution à un problème qui reste un problème Alors… Rien
Une solution… Un problème… Par quoi commencer ?
On donne et on te prend. Celui qui prend a l’impression qu’il donne
Arrange-toi avec ça, si tu peux. Il y a, derrière les yeux des gens, une cité privée où n’entre personne. Une cité avec tout le confort d’imagination possible. Les gens que tu vois chez toi, sont d’abord chez eux. Ils ne te voient pas
Ils se singularisent dans l’immédiate et toujours constante défense de soi. Ils ont peur. Ils sont terribles, les gens
Ceux que tu appelles tes amis, ce sont d’abord des gens remplis du moi qui les tient en laisse
L’homme est un « self made dog »
Mais il parle au centre du monde, et le monde, c’est lui
Il transpire, il a une queue mais ne sourit pas avec, comme le chien. C’est tout et c’est trop
L’amitié, c’est comme le ciment armé : on ne sait pas comment ça vieillit. J’aime les vieilles pierres. Elles ne transpirent pas

Ni dieu, ni maître, ni femme, ni amis, ni rien, ni moi, ni eux et Basta !

« L’Écluse »… fin 49… Drôles de mariniers, sur ces quais néon’cifs !
J’étais le pianiste et le chanteur. Cette  » écluse  » où ma galère échoua, un soir, entre barbarie et une inconnue de Londres, et deux romances à goémons, avec une guitare et un gitan, égarés là… Allez donc savoir.
Et ce taulier, qui me lucarnait derrière son zoom, un zoom qu’il vous plantait là, sur le front, jamais en face, jamais dans votre zoom à vous, toujours un peu au-dessus, comme s’il regardait l’ineffable
C’est pas mal, un particulier qui sue du goulot, qui transpire de l’en-dedans. Rien ne sort jamais. Un lavatory, quoi ! Qui garde tout, qui transmet, qui assume sa condition de réceptacle
L’âme de certains individus m’empêchera toujours de croire tout à fait en Dieu
J’ai oublié son nom. Il y a une chance pour les mauvais souvenirs
– Eh ! Ferré ! Bonjour, tu te rappelles ? C’est moi, l’ordure…
– Qui ça ? Ordure ? Tiens, il y en a encore dans le siècle ?

Je vous demande excuse, Monsieur. Je ne connais, quant à moi, que des anges…

Ni dieu, ni maître, ni anges, ni rien et Basta!

Il faudra que je change de support. Écrire sur des champs de luzerne, sur des biffetons « Banque de France », des faux, sur le ventre de certaines girls in magazines. En tournant la page, on pourra voir, juste en dessous
Les girls, ça se regarde ou ça s’invente. En dessous de trente ans, c’est plus lisse, et c’est, des fois, encore un peu môme. Après, ça se froisse et on les jette
Il faudra que je change de support. Le papier, y en a marre !
De ce papier-xylo qui fait grincer, gémir les arbres que je porte en moi
Quand on scie un arbre, j’ai mal à la jambe et à la littérature. Quelle horreur, la parlote ! Écrire partout, à l’envers de toi, sur ton cœur, sur ma loi, dans mon froc, lorsque tu me regardes précisément et que je te dis que je suis dingue de toi, pour te faire couler ton printemps court.
Cours, cours, petite, n’oublie pas
Sur mon cahier quadrillé, c’est la misère. J’essaie de mettre au carreau mes ailes, mon job. Rien à glander today au club des métaphores
Il faut que ma plume feutrée, ma petite japonaise glissante et noire soit serve d’une certaine rigueur de gueulante
Le drapeau noir, c’est encore un drapeau !
Il faudrait que je leur lance un Manifeste de la Méthode
Quelque chose de concret, du style genre polyester qui aurait l’air de ne pas moisir dans les gothiques et qui psalmodierait tranquillement des lamentations tocs devant le Mur des Fédérés.
Sur ma fenêtre, je pourrais mettre un vieux chiffon rouge, histoire de bien signifier mes origines. Des tambours aussi, et des crécelles à couvrir de leurs criasseries les millions de chevaux Paris, Milan, New York and so and so on
Au large, hommes tergaliens, boys d’alpaga, filles jeanisées au maxi, avec vos clous dessinant les orages du Guevara
Le Che crevé, crucifié, pourri déjà, même sur vos images
Dépoitraillez-vous, Hommes, s’il en reste, et venez vous chauffer au bain-marie de ma métaphore, celle qui appelle chat une amphore et gouttière un vieux thème serbo-croate
Au large ! Monocloez-vous l’œil de rechange et changez de basse-cour
Fuyez vers les tramontanes d’Éros, puisez dans les accordéons des rythmiques plus sûres, vers les caniveaux
Plongez-y en lune à becs frisants… Vous y verrez peut-être une gorgée de solitude…
Quand je me regardais, en ces temps, au ras du trotte-madame, la Neuille, des fois, une image reflétée me donnait la solution du style
Ma méthode est simple : Mettez-vous à coucou, place de la Bastille et prenez-vous pour un serpentaire
Vous verrez alors qu’il n’y a plus de métaphore possible quand on se dénature, quand on se désanalyse, quand on s’antidate et qu’on s’insectise, quand, mouche devenue, pour prendre le quart dans un hôtel fameux où la passe est sanguine ou à Bidon’s City, vous pourrez sentir s’exhaler la queen, et la vrombir, et la gémir, et la voir même prendre son pied à certaines désinences. Alors, vous aurez accompli la mutation que j’attends de vous, mouches vertes des prairies du double… Je vous ai créées

Je dirigeais alors des fantômes bon marché, des que j’achetais dans des économats spécialisés en bizarreries, en relativisme du tout venant
J’avais une carte qu’on me tamponnait à chaque coup. L’employé me disait :
– Alors, ça biche, Ferré ? Vous en prenez pour votre pognon ?

Un réverbère propre à décrypter les étymologies les plus perverses
Un chandelier en robe du soir
Un réveille-la-Mort des fois qu’on oublierait de s’actualiser
Un canevas dernier modèle pour tricoter de l’affection technicolor
Des ciseaux pour tailler dans le vif du sujet même si le sujet ne colle pas à la syntaxe
Des hôtels barbelés au travers desquels je pisserais quand même
Des mômes à comètes et à cendriers portables, histoire d’être confortable au risque de payer de leur vie
Des vies punies de vide et de tambours voilés frappant tout doux ta résurrection journalière

Quand je dors, je suis mort sans bière uniquement avec du Coca sur la table de chevet
Je lis des sons particuliers quand Ludwig sanglote doucement les bras tendus vers la Neuvième

Les épices m’ont toujours brûlé le charme
J’ai du slave qui se balade quelque part entre peau et jactance
La mer, chez moi, dans la rue, cela m’était facile
Je l’appelais, elle arrivait : le flot bouillonnant, au ras de chaussée

L’eau, cette glace non posée
Cet immeuble, cette mouvance
Cette procédure mouillée
Me fait comme un rat sa cadence
Me dit de rester dans le clan
À mâchonner les reverdures
Sous les neiges de ce printemps
À faire au froid bonne mesure
Et que ferais-je, nom de Dieu ?
Sinon des pull-overs de peine
Sinon de l’abstrait à mes yeux
Comme lorsque je rentre en scène
Sous les casseroles de toc
Sous les perroquets sous les caches
Avec du mauve plein le froc
Et la vie louche sous les taches…

La mémoire et la mer…

Ton corps est comme un vase clos
J’y pressens parfois une jarre
Comme engloutie au fond des eaux
Et qui attend des nageurs rares
Tes bijoux, ton blé, ton vouloir
Le plan de tes folles prairies
Mes chevaux qui viennent te voir
Au fond des mers quand tu les pries
Mon organe qui fait ta voix
Mon pardessus sur ta bronchite
Mon alphabet pour que tu croies
Que je suis là quand tu me quittes

La mémoire et la mer…

Cette mer cavaleuse, propre, cynique… Ce toit tranquille, comme disait l’autre… Ce drame mouvant comme un outrage de la nature, quand j’y plonge, de mémoire, je m’y perds, et moi, et mon courage, et ma passion, et ma musique

Le vent, y aidant, n’a qu’à bien se tenir. Il se prosterne, ce vent filou des bises, des frilures…
Soixante-huit, soixante-huit, soixante-huit !
Noblesse du calendrier

Je ne vais tout de même pas te raconter comment et pourquoi j’écris des chansons, non ? C’est comme ça !
Ma main sur le clavier de mon piano est reliée à un fil et ça marche. Je suis « dicté »
J’ai un magnétophone dans le désespoir qui me ronge et qui tourne et qui tourne et qui n’arrête pas

Alors je copie cette voix qui m’arrive de là-bas, je ne sais, qui m’arrive, en tout cas, et je la reconnais chaque fois. Ça fait comme un déclic et ça se déclenche
Je suis le porte-parole d’un monde perdu, présent pour moi, d’un monde auquel vous n’avez pas entrée parce que si tu y entres, dans ce monde, tu perds pied et deviens inédit. Ton foie, tes poumons, ton sexe, tout ça est à toi
Ta tête, non. Si tu es fou, alors viens dans mes bras. Je t’aime !

Soixante-huit, Soixante-huit, Soixante-huit, Soixante-huit !

Il y a des chiffres qui me font mal à mon dicteur. Soixante-huit… Il s’en fout mon dicteur, il le connaît ce chiffre. Il l’a fait, comme on fait une partie de cartes. Les cartes, aujourd’hui, sont mêlées. Il n’y a plus rien qu’une certaine forme de dictature sentimentale qui vous arrange et vous endort pendant que les autres veillent
Vous êtes vraiment des cons et des malheureux. Ou bien alors, crève, paysan, crève et passe de l’autre côté de la rue, avec tes dieux, avec tes maîtres, avec tes pantoufles et tes clopes

Soixante-huit, soixante-huit, soixante-huit, soixante-huit, Madame la Misère
« Misère » c’était le nom de ma chienne qui n’avait que trois pattes…
Ton style, c’est ton cul, et oui… quand il a du style ! Ça ne dure pas longtemps. Un cul, ça ne se met pas au musée des Offices. Un cul, ça se renfrogne et ça se cache un jour ou l’autre. Plutôt un jour que l’autre. Quelle connerie !

Ni dieu, ni maître, ni toi, ni eux, ni cul, ni rien

Soixante-huit, soixante-treize, non-stop !

Je suis d’un autre monde et tu le savais bien
Ô toi qui tant et tant me regardais et m’écoutais
Tu m’apportes le fait d’un instant de malheur
Je drisse tout à coup avec ma peine en l’air
Vas-y, petit, les oiseaux s’en vont de côté cet hiver

Soixante-huit, soixante-treize, non-stop !

La vie d’artiste… C’est dur de ne pas être, hein ?
Il y avait vraiment de quoi
Ça a commencé pour rien, en trombe, Rue des Écoles et à la Maube
Understand ?
Les drapeaux noirs et les aminches et l’été soixante-hui et puis les anarchistes
Où ça ?
Les purées de Nanterre et la purée des anges
Tu l’envoies, ta purée ?
Je signe dès ce jour avec mon double crème
Je vivais dans l’ardeur de notre connerie
La très haute, la très grande
Et je suis seul ce soir devant le ciel brouillé
Non-stop avec des bulles dans ma tête
C’est difficile à raconter ce genre de bulles, même pas au neuro…
Vous n’avez rien compris ni toi, ni lui, ni eux, ni rien
Understand ?
Quand je pense que je pensais à vous comme à une épure de chantoung
Cette soie, je la pressens toujours comme un destin pavé
Vous étiez de cette intelligence sûre
Et qui se connaît bien
Et qui drague la nuit les grands auteurs
Pour être sûre d’être orthodoxe
Les mains… Ah ! les mains…
Ça me fait peur, ces mains tendues et renfrognées et biaiseuses
Vous aviez les mains gercées de rancœur
De cette rancœur qu’on promène tranquillement, sans rien devoir à personne
Avec ces fautes de parler et de syntaxe qui me sont devenues insupportables
Et puis cette culture qui débordait de vos calepins
Oublie donc, camarade. Oublie les soirs épais comme l’encre de Chine
Oublie les yeux drivés par le regard là-bas
Drive-toi pénardement dans les horribles banlieues où tout est bien
Où l’avenir est aux pointés pointeurs
Arrache-toi doucement à la musique d’acier de ce Paris qui vous manque dès que vous le déjugez
Vous n’êtes que des Parisiens, des Parisiens !

Soixante-huit, soixante-treize, non-stop !

Le grand drame des solitaires, c’est qu’ils s’arrangent toujours pour ne pas être seuls.
Je l’ai dit
Je l’ai écrit
Je le redis
Je le réécris
Maintenant je fais gaffe. Je paie des gens pour les besognes élémentaires et ne mange plus avec eux
J’ai gardé ma première facture de restaurant où j’ai mangé tout seul cet été
Je l’ai mise sous verre et la montre à mon fils qui a trois ans et trois mois. Je la lui montre tous les jours. C’est la gravure de mon soixante-huit à moi. On a les soixante-huit qu’on peut !
Quand les gens se mettent à avoir une comptabilité derrière les yeux, ils deviennent des comptables !

Qu’est-ce que je fais ici, à cette heure, attendant je ne sais quelle sonnerie de téléphone, me rendant une voix, quelque part, quelque chose de fraternel, d’insoumis, de propre, de comme ça pour le plaisir, de rien, de larmes j’en ai trop en veux-tu ? De quoi, enfin ? Penses-tu !
Le silence, lui, ne téléphone jamais, et c’est bien comme ça, c’est bien
La vie ne tient qu’à un petit vaisseau dans le cerveau, qui peut déconner à n’importe quel moment, quand tu fais l’amour, quand tu divagues, quand tu t’emmerdes, quand tu te demandes pourquoi tu t’emmerdes.
Il faudra que je prenne un jour quelque distance et dire à qui voudra mon style de pensée et de vie et de mort et je m’en monterai doucement du fond de l’an dix mille…

Je suis le vieux carter d’une Hispano Suiza
Une première femme : six ans de collage administratif
Une deuxième femme : dix-huit ans de collage administratif
Elles ne me voient plus que publiquement, elles savent, elles me connaissent
Moi je ne les vois plus publiquement
Si je les rencontre, alors… alors…
Les rides, ça s’apprend petit à petit. Je sais
La vieillesse, c’est une façon de coup de poing dans la gueule
Au-dessus de trente ans, allez… allez vous faire foutre !
Moi, j’ai cent mille ans. C’est pas pareil. Je suis un mort en instance et je vous regarde
On se demande ce qu’on fout à se multiplier par deux
Deux cœurs, deux foies, quatre reins… Je suis seul et je pisse quand même
Le couple ? Voilà l’ennemi !
Je t’aimais bien, tu sais…

Les souvenirs s’empaquettent négativement
La mémoire négative, c’est une façon de se rappeler à l’envers, c’est plus commode
Les ombres passent, un peu grisées
On pense à des gravures pleines de roussures, sans grand talent qui dépasse de l’encre rapportée
Les souvenirs n’ont pas de talent, ils végètent dans un coin du cerveau, un amas cellulaire qui s’ennuie et qui perd sa charge, comme une batterie
La matrice nourricière ? Il y a urgence ! Le piment, le vrai, c’est celui qu’on rajoute
Une femme inventée ne déçoit jamais. Seulement, il faut tout le temps en changer
L’invention permanente, tout, les dentelles, le savoir, tout en dedans du dedans…
L’érotisme, c’est vraiment dans la tête
Et puis, pas tellement que ça…
Une jupe, un cul de hasard et le reste…
Les collants… C’est de la pure imprécation
J’ai besoin de les arracher, ces cuirasses fileuses
La femme en collant peut partir à la guerre, comme au Moyen-Âge…

Quelle horreur, quelle défense d’entrer dans le jardin avec des fleurs…
Mener un train d’enfer à une pépée maxi, le long du fleuve, une pépée tout encerclée d’idées reçues
Et pas moyen de lui griffer la chatte ! C’est vraiment dégueulasse, la moralité publique !
L’enfer ? Une façon de voir et de se laisser voyant

Ni dieu, ni maître, ni éros, ni collant

Des bas oui, des bas avec un peu de cette blancheur qui tend à une géométrie particulière
Un peu de cette blancheur des fois tirée vers le malheur et puis l’angoisse du déjà vu, du déjà pris
Je sais de toute éternité que tu n’es pas à moi
Rien n’est à moi que l’illusion et encore ! Je l’invente tellement, cette illusion
Quand je la rencontre, l’illusion, elle m’est déjà ancienne et chiffonnée
Salut ! ma petite camarade, salut !

Mes illusions, je les arrange, quand je n’ai pas envie de leur parler et de leur dire qu’elles ne sont là que parce que c’est l’usage
Elles deviennent mes souvenirs controuvés
Le moulin de Pescia
Le papier
L’odeur
Ce type empaqueteur
Cette machine à pointer, en bas
Ce soleil de mars et cette brume en préface à la belle journée se préparant, se fardant de nuages discrets et prometteurs de belles coulées de ciel dans ce bleu d’aventure et changeant comme change ta vie à chaque instant, à chaque millième de seconde, toi vieillissant au fil de moi maintenant que je pense à toi, t’écrivant, te dictant, t’improvisant aussi comme une musique de messe noire, ce péage avec ce mec au mois, qui s’en fout
Caron d’un macadam déroutant, compteur du trouble et de l’ennui
Ces accidents abstraits que je m’invente au hasard des cent cinquante à l’heure
Ce retour dans le bleu et cette façon de ne pas être dans le siècle tout en y roulant
Cette descente vers les chiens et leurs paroles rassemblées
Cette pintade mise en route et mes fureurs de cuisinier sentant mouiller la casserole et s’attacher à un désespoir ailé, à des oiseaux traqués dans des caisses avides
Et tout ce néant de la merde qui monte à mes babines
Ce code pénal particulier qu’on devrait pouvoir lire en petites notes en bas de page du livre des recettes
Cette soirée après les autres
Cette machine qui tant et tant dactylographe
Ces cris perdus quelque part et que je n’entends pas et qui retrouvent un cœur saignant
Ce pain de seigle qui s’éternise sous la dent dure du couteau-scie
Les choses manufacturées qui souffrent à travers celui qui les a machinées
Et ces choses qui souffrent dans l’idée de celui qui les regarde
Ce piano, ma maison ancienne, anciennement la mienne, et cette humide honte, les touches qui s’étaient décollées et des larmes qui me venaient d’un chagrin de Czerny, de Debussy aussi
Cette horrible aventure qui a désossé mon piano en attendant qu’on nous le coupe en deux pour en avoir son dû… La moitié
Mais la moitié de la musique ? La moitié de ma tête ? La moitié du sentiment banni ?
Le code civil distribué en bandes dessinées aux imbéciles inadaptés
Ce parfum de la nuit comme une pièce de piano de Debussy jouée par Gieseking
Cette passion de passionner tout ce qui se passe autour de moi
Les loups promis
Les gufi
Les araignées dessinées avec leur toile sur ce gadget tire-lire avec son cadavre peint en vert et qui salue
Cette envie de passer vite, très vite et puis quand même m’attarder sur le bestiaire de ma mie
La source et le cloaque
Ça dépend du contexte
Les chiens, c’est comme les gens : avec un os, ça grogne !

Ni dieu, ni maître, ni mie, ni bestiaire, ni gens, ni os.

La solitude est une configuration particulière du mec : une large tache d’ombre pour un soleil littéraire
La solitude c’est encore de l’imagination
C’est le bruit d’une machine à écrire
J’aimerais autant écrire sur des oiseaux chantant dans les matins d’hiver
J’ai rendez-vous avec les fantômes de la merde
Les jours de fête, je les maudis, cette façon de sucre d’orge donné à sucer aux pauvres gens, et qui sont d’accord avec ça et on retournera lundi pointer
Je vois des oranges dans ce ciel d’hiver à peine levé
Le soleil, quand ça se lève, ça ne fait même pas de bruit en descendant de son lit. Ça ne va pas à son bureau, ni traîner Faubourg Saint-Honoré et quand ça y traîne, dans le Faubourg, tout le monde s’en rengorge. Tu parles ! Ni rien de ces choses banales que les hommes font qu’ils soient de la haute ou qu’ils croupissent dans le syndicat. Le soleil, quand ça se lève, ça fait drôlement chier les gens qui se couchent tôt le matin
Quant à ceux qui se lèvent, ils portent leur soleil avec eux, dans leur transistor.
Le chien dort sous ma machine à écrire. Son soleil, c’est moi
Son soleil ne se couche jamais… Alors il ne dort que d’un œil
C’est pour ça que les loups crient à la lune. Ils se trompent de jour
Les plantes ? Les putes ? Les voitures ?
Cette voiture aussi qui débordait… C’était terrible… Qu’est-ce qu’on riait !
Et je rêve aujourd’hui d’une voiture monoplace
Et ce bois de chauffage qui s’est gelé des tas d’hivers en attendant mon incendie
Je vous apporterai des animaux sauvés, l’innocence leur dégoulinant des babines ou de leurs yeux
Je mangerai avec eux, de tout, de rien
Je boirai avec eux le coup de l’amitié et puis partirai seul vers un pays barré aux importuns
Presque tous
Je suis un oiseau de la nuit qui mange des souris
Je suis un bateau éventré par un hibou-Boeing
Je suis un pétrolier, pétroleur de guirlandes et de marée plutôt noire comme mes habits, et un peu rouge aussi, comme mon cœur
J’aime la multitude, la multitude, les chiens, les hiboux, les horreurs ! La multitude, les chiens, les hiboux, les horreurs !

Soixante-huit, soixante-treize, non-stop !

Dans la cité, il y a la fête. Allez-y. Je t’invite à y boire
À mon malheur, à mes cheveux, à mes parents, à mes avions-hiboux
Comme en sept cent quarante-sept
En sept cent quarante-sept, je vous le dis, tous ces rampants iront brouter du fil coutil
Des ténèbres et du sang mijoté dans des endroits particuliers
Dans des endroits comme à la gauche du sacripant dont vous avez décidé que je sois le souteneur patenté, indécis, frivole et centenaire
Les comptes à rendre ne sont jamais à prendre
Je vous rends des comptes que je n’ai jamais eus
Que vous m’avez comptés, dûment, précisément
Les équations sur le grand huit de der, ça me fait bien rigoler
Cette chanson qui tant et tant me désespère
Et que je ne vous chanterai jamais
Je n’ai plus de voix pour vous, plus, plus, plus !

Soixante-huit, soixante-treize, non-stop !

Comme un voilier dans les descentes vers le Sud
En autoroute et des voiliers roulants
Foutez-m’en vingt litres, camarade!
Je descends à la proche banlieue
Celle qui se défait vers le quinzième, you see ?
Cette banlieue de mes défaites et de votre vertu, camarades
Allez-y, le sang n’est plus de une, le sang des réverbères gauchisants
Dans les aciers de cet Orly où je m’envole
Vers où ?
Devine !
Je sais des vagabonds pleins de sous de sonnaille et qui sonnent dans les soirs tristes de Paris
Quand je m’envole et quand tu assassines ce petit enfant
Cet enfant du malheur auquel je fais des signes
Et puis qui me regarde, me mirant dans l’eau verte de ses beaux yeux
Ah, la passion des clairs obscurs sur les minuits
Quand nous allions vers les mirages et les bifs de carême !
Je suis perhaps, perhaps, peut-être Magari…
Et toi, et lui, et vous, et elle
Elles… Elles ont toutes une cicatrice qui nous fait des blessures
Elles ont toutes un entre-deux sur lequel je dégueule
Partons, partons !
Soixante-huit, cette marée rouge et moirée
Le dix comme un chiffre soumis
Le dix du mois de mai de cet an de soixante et huit
Non-stop au carrefour. T’es dingue et je poursuis une comète
Non-stop. Oh, la tendresse de ces soirs inventés, de ces soirs sans heure, sans compagne, dans le siècle un peu puant d’étoiles
Non-stop sur une bulle comme une idée poignante
J’ai l’invention qu’il faut pour me tirer de vos outrages
L’outrage le plus absolu est cette poignée de main avec dans l’idée une potence
Et le sourire, le sourire, camarade
Le sourire, c’est de la peur comptée d’avance
Le sourire, c’est une prescience d’outre-tombe
C’est un peu la tendresse des insoumis
Ce sourire, dis donc !
Qu’est-ce que le sourire en dedans de la tête, comme une ride intelligente ?
Quand les rides, ça se met à être intelligent, c’est ce qui fait le monde clos

Ni dieu, ni maître, ni code, ni quoi !
Pas vrai, mec ?

Léo Ferré

QUE JE NAISSE


QUE JE NAISSE

Au bout des flammes

Paris libéré

Juliette put chanter sans tabous

complètement nue à la fenêtre

Place St-Germain-des-Prés

ce fut béni

avec Gabriel du Livre hébraïque comme pour se protéger de la suite

le Castor prompt au barrage

entouré des Sartre, Aron, Camus et consorts

a agit

Tant à qui on avait volé leur jeunesse

Que l’on pouvait croire que l’amour

on le garderait dans les châsses à en faire un idéal

Ce que j’ai mis au monde de ça

me tient toujours érectile après le tant passé

moi le mécréant de mon Paname

vient du Renard…

Niala-Loisobleu – 26 Août 2021

 Avec Les Anges par Colette Renard

On est protégé par Paris
Sur nos têtes veille en personne
Sainte Geneviève, la patronne
Et c’est comme si
L’on était béni

Y a rien à s’dire
Y a qu’à s’aimer
Y a plus qu’à s’taire
Qu’à la fermer
Parce qu’au fond, les phrases
Ça fait tort à l’extase
Quand j’vois tes chasses
Moi ça m’suffit pour imaginer l’paradis
J’me débine, c’est étrange
Avec les anges

Va, c’est pas compliqué du tout
En somme y a qu’à s’écouter vivre
Le reste, on lit ça dans les livres
Où qu’on s’dit « vous » tandis qu’chez nous

Si qu’on s’regarde et qu’on s’dit rien
C’est qu’il y a pas besoin d’paroles
Le silence à deux, ça console
De cette vie d’chien, ensemble on est bien

Y a rien à s’dire
Y a qu’à s’aimer
Y a plus qu’à s’taire
Qu’à la fermer
Parce qu’au fond, les phrases
Ça fait tort à l’extase
Quand j’vois tes chasses
Moi ça m’suffit pour imaginer l’paradis
J’me débine, c’est étrange
Avec les anges

Amour toujours, c’est p’t-être idiot
Mais y a pourtant pas d’autres mots
Pour dire le nécessaire
Quand on veut être sincère

Quand j’vois tes chasses
Moi, ça m’suffit pour imaginer l’paradis
J’me débine, c’est étrange
Avec les anges.

L’OMBRE S’EN RETOURNE


L’OMBRE S’EN RETOURNE

Du coq à l’âne

le jour est tiré de nos rias

Le soleil l’agrafe aux clochers à la volée des cordes

Un jaune pousse un cri d’oiseau

à la maille des tresses de l’osier des greniers

pour cueillir dans l’arbre ce râle aux mains sonores chemin de guitares

qui à pied monte les pierres en assise des villages-blancs dans la mystique lumière

Etape de seins Jacques composte ailes.

Niala-Loisobleu -13 Juillet 2021

Tanikawa Shuntarô, L’Ignare


Tanikawa Shuntarô, L’Ignare

M’appelez « poète », quelle blague ?

Tanikawa nous parle de son monde dans ce qu’il a d’essentiel ( la vie, la mort, la masturbation, les filles…) Il raconte sans emphase, de la manière la plus plate, la plus vraie, des moments de vie qu’il ne considère pas comme des expériences ou même des choses à retenir : Tout ce que j’ai fait  jusqu’à ce jour /tout ce qu’à l’avenir je voudrais faire / on dirait que je l’ai oublié dans un coin, par mégarde,… Ce langage cru et tellement sincère place tous les événements  sur le même plan : les épais crachats comme le vent nocturne. Tout est empreint du déroulement du temps qui passe où présent et passé se mélangent avec des pointes d’humour contenues parce que c’est d’un sérieux à vivre dont nous entretient l’auteur.

C’est une vie neutre, il n’y a ni attente ni espérance, elle va, discrète. Avons-nous quelque chose à apprendre de ce présent ? Les contacts humains ne conduisent-ils pas à une impasse et la manière de les dépasser n’est-ce pas d’en rire comme d’une comédie burlesque? L’auteur ne raconte que des faits quotidiens qui accumulés convergent vers l’inanité de la vie. Derrière la banalité des événements se cache notre condition humaine : âpre, précaire où le déséquilibre nous guette.

L’absurde a dépassé les mots, il est descendu dans la rue et nous dévisage. Familier, la révolte s’est éteinte. Il reste un peu de voix humaine détachée à travers le vieux poste de radio. Seule vérité contre les fictions, l’écoute du monde même au fond du brouhaha relâché. Toutes les choses du monde flottent, l’auteur ne s’attache à rien, cependant qu’il éprouve la vie et qu’il cherche. Quoi ? Le mince, le ténu qui créent un lien fort entre le monde et l’homme. Plus on progresse dans la lecture du recueil, plus les poèmes se densifient sans rien perdre de leur caractère coutumier.

Au milieu de la lecture de Tanikawa, de connivence, je m’arrête un moment pour caresser mes chats Pirou et Mila. Le poète, non il ne veut pas être appelé poète, l’homme alors  nous rappelle sans cesse au monde, plus il s’en distancie et plus nous nous en rapprochons.

Le lecteur ne peut se raccrocher à aucun élément de la langue pour palper le texte : images-rythmes-rejets-mots-métaphores-sonorités. La traduction est toujours une perte par rapport à la langue d’origine, bien qu’ici, Dominique Palmé nous donne un texte très beau, certainement très proche de celui de l’auteur.

L’avion en papier, ce poème, est un art poétique où le poème ne promet rien / Car il laisse seulement entrevoir.
Quelqu’un vient de lancer un avion en papier de la fenêtre du vingt-huitième ou du vingt-neuvième étage de mon immeuble. Le vent a joué avec lui comme avec n’importe quel morceau de papier.
puis il est allé s’écraser de l’autre coté de la rue, dans le parking du commissariat
mais avant cela il s’était essayé à un vol horizontal où il exprimait toute sa dignité

Le poème part d’un fait divers et glisse lentement vers une abstraction, un concept. La vie essentielle est cette part imperceptible qui gravite autour de nous et qui se propage comme un silence. Tout était présent avant l’apparition de l’homme, il ne fait que s’ajouter à ce qui résonne. Avec les mots, on avait cru saisir le monde. Il ne reste rien, le mutisme l’emporte et fait peur. Les mots ne sont que le décalque de la réalité : insignifiants.

Le but de la poésie serait-ce la non-poésie, ce silence son ultime conquête ? Quand le poète ne revendique pas le nom de poète, si la poésie existe alors, elle brille seule. Serait-ce la disparition élocutoire du poète dont parlait Mallarmé ? La richesse de Tanikawa : un entre deux entre la poésie et le poète, point de vue par lequel le monde est visible et vivable. Sans espoir et sans joie. Il est comme le mont Yôkei, il suffit de le regarder de loin. Les mots sont au point zéro, ni haine ni affectation. Ce qui compte c’est l’usage que ll’homme en fait, celui-ci peut déboucher sur un  génocide. L’auteur vit entre la pression des poèmes à écrire et du sentiment de leur inutilité. Il cherche sa juste place de vie privilégiant la solitude, Ignare au monde.

L’auteur a un souci de la vie et de toute vie, même celle des araignées. Je m’éloigne des hommes et devient calme-calme-calme. C’est plus que l’homme que cherche Tanikawa, là où l’homme meurt, la vie, elle, subsiste.

Tanikawa se veut poète qui échappe à la poésie, à bonne distance, nous dit-il. Le poème échappe au mot, le poème permet de s’oublier c’est-à-dire de se dépasser puisque Quand je reviens vers moi, je ne suis qu’un être vivant, un homme incorrigible.

Source: Recours au poème

Du Profane au Camino del indio – Atahulpa Yupanqui & Niala


Du Profane au Camino del indio – Atahulpa Yupanqui & Niala

Se cacher habillé ou s’apparaître nu ?

Déformer ou se reconnaître ?

Le profane initiera le choix d’être ou de ne pas

La montagne est fête de sa glissade ou de son escalade…

Niala-Loisobleu – 21 Juin 2021

CAMINO DEL INDIO

Sentier de Colla
Sendero colla

Semer des pierres
Sembrao de piedras

Caminito del Indio
Caminito del indio

Qui rejoint la vallée avec les étoiles
Que junta el valle con las estrellasPetit chemin qui marchait
Caminito que anduvo

Du sud au nord
De sur a norte

Mon ancienne race
Mi raza vieja

Avant dans la montagne
Antes que en la montaña

La pachamama était obscurcie
La pachamama se ensombrecieraChanter sur la colline
Cantando en el cerro

Pleurer dans la rivière
Llorando en el río

Il s’agrandit dans la nuit
Se agranda en la noche

Le chagrin de l’Indien
La pena del indioLe soleil et la lune
El sol y la luna

Et cette chanson à moi
Y este canto mío

Ils ont embrassé tes pierres
Besaron tus piedras

façon indienne
Camino del indioDans la nuit de la montagne
En la noche serrana

La quena pleure sa profonde nostalgie
Llora la quena su honda nostalgia

Et la petite route sait
Y el caminito sabe

Qui est le chola
Quién es la chola

Que l’indien appelle
Que el indio llamaMonte sur la colline
Se levanta en el cerro

La voix douloureuse du baguala
La voz doliente de la baguala

Et la route regrette
Y el camino lamenta

Être à blâmer
Ser el culpable

De la distance
De la distanciaChanter sur la colline
Cantando en el cerro

Pleurer dans la rivière
Llorando en el río

Il s’agrandit dans la nuit
Se agranda en la noche

Le chagrin de l’Indien
La pena del indioLe soleil et la lune
El sol y la luna

Et cette chanson à moi
Y este canto mío

Ils ont embrassé tes pierres
Besaron tus piedras

façon indienne
Camino del indio

Atahualpa Yupanqui

GLOSE – PROSE


Norge

GLOSE – PROSE

Mon chien s’appelle Sophie et répond au nom de Bisouie. C’est plus gentil ? Et le baiser est moins solennel que la sagesse. Vous me la baille/, belle avec vos querelles de langage. Les
peintres sont voués à la couleur : les poètes se défendraient-ils d’être voués aux mots? Mais sémantique, rhétorique, vous croyez à cela. vous.
Mos-sicu ? P’têt’ ben qu’oui. Calembredaine ? Jardinier, encore un mot de germé. Bonne chance et fouette cocher ! D’accord : ça ne nourrit pas son homme… Qui mange le vent de
sa cornemuse n’a que musique en sa panse. Déjà, ce n’est pas si peu.

La vérité ne se mange pas ? La musique non plus. Mais je dis. moi. que la poésie se mange. Ici. des mots seuls on vous jacte et ce n’est pas encore poèmes : mais enfin, des
poèmes, qui sait où ça commence…

Les mots, disait Monsieur Paulhan. sont des signes, et Mallarmé, lui. que ce sont des cygnes. Ah. beaux outils, les mots sont des outils, rabot, évidoir. herminette. gouge, ciseau.
Ainsi, les formes naissent, portant la marque de l’outil et je retrouve à la statue ce joli coup de burin. Et je retrouve à la pensée ce délicat sillon du verbe. Tudieu.
quelle patine ! Quel héritage, quelle usure, quelles reliques de famille ! Quelle Jouvence et quel arroi. Des taches de sang, des coulées de verjus. Des traces de larmes : et les
sourires n’en laisseraient-ils pas ? En veux-tu de l’humain. en voilà. Ce n’est pas de petite bière (de bière, fi) mais de cuvée haute en cru. Venus de toutes parts au
monde, agiles comme des pollens. Ici. les monts de Thracc et là les rudesses picardes : et là le miel attique et l’Orient avec ses sucs. Des graillons, des flexions, des marées,
puis un petit vent coulis, un soudain carillon de voyelles. Boissy d’An-glas. Quant au tudesque. zoui pour le bouffre mol : lansquenet (toujours hérissés ces tudesques) qui fait la
pige au mot azur. Mais en français, d’expression, pas trop n’en faut. Subtil ! Holà, germain, hors je te boute en ta grimace. D’expression, oui-dà. mais de race. Et de
décence. En tapinois quand il sied, mais en grande clarté si c’est l’heure. J’y reviens, mon frère qui respires, as-tu déjà pensé au spacieux mot : azur?

Ainsi les mots naissent, les mots durent, les mots se fanent et reverdissent. Des moissons, des vendanges, des forêts, des familles, des nids de mésanges et des couvées de
minéraux. Fluide, flot, flamme, fleur, flou, flèche, flûte, flexible, flatteur… vous entendez ces allusions, vous reconnaissez cette lignée. Mais le génie
français est réservé : il caresse l’harmonie imitative. Mais il décrit un chien sans marcher à quatre pattes.

Et tu voudrais que ça ne bouge pas. les mots, alors que tout bouge, on le sait (par un cuisant savoir). Chausse un peu tes besicles, professeur, et dis-moi ? Il répond que le mot est
le serviteur de l’idée. Bon. mais voyez-vous ce maire du palais qui guette le pouvoir?

O français, mon amour, terreau de notre terre, il fait bon le respirer et voir monter tes jeunes pousses. Le sécateur du bon jardinier menace les branches folles et rien pourtant
n’est mystérieux comme un jardin à la française.

Ah. ce jourd’hui si nous quittions la noble allée pour vaguer au bois-joli ? Plonge un peu ton gourdin dans une fourmilière. Quel cafouillis. quelle panique ! Tant pis. l’ordre
viendra plus tard et si nous repassons dans une miette de temps, nous verrons l’insecte acide qui refait des sentiers nouveaux et porte sur l’épaule ces gros sacs de farine. Dis, quel
navire est arrivé ?

De toute cette fièvre, tirons le mot «bélître». Moi. je vois un gros méchant mou du genre soudard, du genre bouffre de bouffre, aurait dit mon Jarry. et
coitlë d’un casque de zinc, une espèce de quintuple pinte renversée. Le beau chapeau bulbeux. Bé… car on convient qu’il est bête (comme Bécassine) et qu’il baye.
A quoi bayerait-on sinon aux corneilles ?

Bien vétilleux ceci. Il faut l’être si l’on veut faire mouche. Truisme. Truisme, entrée de Monsieur de la Palisse. Mort. Monsieur de la Palisse? Bernique. Pantois? Point
davantage. Il est éternel. Et si tu tentes de trucider Monsieur de la Palisse, c’est toi qui restes niquedouille. Bonne Vierge, le printemps, c’est la Palisse lui-même. Et vlan, v’ia
l’printemps ! Allons-nous lui chercher noise ? 11 cache l’été sous ses guimpes. Puis, c’est toujours le grand Temps moissonneur qui passe avec sa justicière. tranchant du baroque
à lame riante comme d’autres feraient ici où les mots sont éclos sous des couvées joyeuses. Ecoutez ces rondes enfantines : le langage s’y fait «petit jeune» comme
les chiots de ma chienne :

Peiit’ Poulotte a v’nu glissou Ses peiiis pieds parmi les mious S os petits pieds se sont mêlous Elle a pris les miens pour les sious. Allons, belle, remettez-vous. Reconnaisse: vos petits
g’noux.

Ou encore :

A dibedi.

Ma crochiribidi

A siripchou

Califtcatchou

A dibedi.

Vous êtes un fou.

Vous plaît-il mieux de puiser à de savantes cornues? Celles de Monsieur Léon-Paul Fargue ont de douces chansons pour les chats :

Il est une bebête,

Ti li petit nenfant

Tir élan

C’est une byronnette

La teste à sa maman

Tire/an

Le petit Tinan faon C’est un ti banc-blanc Un petit potasson ? C’est mon goret C’est mon pourçon Mon petit potasson

Il saut ‘ sur la fenêtre Et groume du museau Pasqu’il voit sur la crête S’amuser les oiseaux

Les savantasses expliqueront pourquoi. Mais le langage enfançon vient de loin. Connaissez-vous le capitaine Las-phrise ? Non ? Messire Marc de Papillon, cadet de Vaubc-rault
«combattant, composant au milieu des alarmes» ? Non ? Un paladin du XVIe siècle et qui. sous Henri III. bouta le Huguenot à travers Touraine. Angoumois. Sain-tonge, Poitou.
Normandie. Dauphiné. Gascogne, grand bonhomme de guerre et grand caresseur de fillettes. Or. le voici, son langage enfançon :

Hé mé, mé, mine-moi, mine-moi, ma pouponne

Cependant que papa s’en est allé aux champs ;

Il ne le soza pas. il a mené ses gens.

Mine-moi donc. Minou. puisqu’il n’y a personne.

Ayant flayé l’œillet de ta lève bessonne. Je me veux regadé en tes beaux yeux luysans. Car ce sont les misoirs des Amouseux en/ans ; Après, je modesay ta gorge, ma
menonne.

Si tu n ‘accode à moi lefolâte gacon.

Guésissant mon bobo, agadé tu es sotte ;

Car l’amour se fait mieux en langage enfançon.

Oui. certes. Les mots-colifichets, et les mots de haute lice, les mots-jabots, mais les mots-éventails, les mots-diamants, les mois-sang, les mots-sève, les mots porteurs de
vérités françaises.

Péguy les connaissait, ces mots bien équarris. ces brebis de pierre blanche et tondus comme il faut de quoi l’on fait de bonne ogive et de robuste contrefort, pourvu que le berger
soit juste :

Et ce n’est pas des bras pleins de dictionnaires

Qui rameront pour nous sur nos derniers trois-mâts.

Et ce n ‘est pas des jeux pleins de fonctionnaires

Qui nous réchaufferont dans ces derniers frimas.

Qu’ai-je encore d’écrit sur mon pense-bete ? « Les mots vont plus loin que la pensée», disait Fargue. Quand le sentiment les suit à pas de loup. Les mots seraient peu
s’ils ne faisaient l’amour. Que l’aède ici besogne. En cite-rai-je ? Mais vous les connaissez, ces mots qui sont de grands amoureux, ces mots séducteurs de mots et qui font de
ravissantes conquêtes. Les souvenirs sont cors de chasse. La fille de Minos et de Parsiphaé. Poissons de la mélancolie. Sur le Noël, morte saison que les loups se vivent de
vent. Le prince d’Aquitaine à la tour abolie.

Et toi. le dur de comprenure. tu sais bien que ma recherche est l’homme. Le voici, traque de mots, charmé de phrases, lourd et séduit de son fardeau de mots, cor.imt ceux-là qui
revenaient de la Terre Promise portant à bâton d’épaules une grappe géante. Le poids de la soif et celui de la beauté. J’en dis trop et j’en dis trop peu. Car tous ces
faiseurs de mots étaient des faiseurs de beautés. Ils faisaient d’abord l’outil. L’outil passe de main en main, se polit, s’arrondit, se patine, s’humanise, se charge de magies.
Sésame, ouvre-toi. De l’or bouillant ! Où sont les poltrons qui n’osent pas plonger leurs bras dans cette cuvée ? De joie. On pensait que j’allais donner un petit cours sur les
insectes, sur la botanique. Non. mon herbier, c’est pour la joie. Et mieux encore, les libellules en plein vent, bien zézayantes, bien dévoreuses.

Mettez un peu d’ordre dans vos idées, insiste un aimable magister. Je veux bien, mais sur quelles mesures ? Et pour habiller qui. ce vêtement d’idées? Des idées, les mots
n’en ont pas tant. Les mots qui ont des idées sont des mots de cuistres. Ou plutôt, les idées, ça leur vient comme au pommier la pomme, comme à la fille le bes-son. Les
aventures du langage. Honneur de l’homme, honneur de l’homme et mille grâces.

Qui les fait ? Oh. pas les escogriffes à la mislenflute qui les mettent à coucher dans des lexiques. Sinon, c’est aussi les herbiers qui feraient la rose ou l’ancolie. la sauge, le
fenouil et la feuille de platane, sève et parfum compris.

Ils sont comme les enfants, les mots : ils ont besoin de jouer quand ils sont jeunes. Villon, beau charmeur de vocables verveux, leur laissait la bride sur le cou. Leur plaisait-il de
jargonner. de parler coquillard ?

Joncheurs, jonchons en joncherie

Rebignez bien où joncherez.

Qu ‘Ostac n ’embroue votre arrerie

Où accolés sont vos aisnez.

Poussez de la quille el brouez

Car si tosl seriez roupieux.

Ferons-nous pas confiance au loyal écolier tout cousu de cicatrices et qui avait le goût des évidences : Je congnois bien mouches en lait, je congnois au pommier la pomme, je
congnois tout fors que moi-même. Sagesse toute veloutée de moelle, fontaine de miel où ferait bien de se pencher la soif de nos squelettes à stylos. Mais de tels vignerons
la race serait éteinte ? Voire. Queneau Raymond est bien de la famille :

les eaux bruns, les eaux noirs, les eaux de merveille les eaux de mer, d’océan, les eaux d’étincelles nui lent le jour, jurent la nuit chants de dimanche à samedi

les yeux vertes, les yeux bleues, les yeux de succelle les yeux de passante au cours de la vie les yeux noires, yeux d’estanchelle silencent les mots, ouatent le bruit

eau de ces yeux penché sur tout miroir

gouttes secrets au bord des veilles

tout miroir, toute veille en ces ziaux bleues ou vertes

les ziaux bruns, les ziaux noirs, les ziaux de merveille.

Pensez-vous que c’est avaler des couleuvres? Pitié, alors : c’est que Polymnie ne vous a point souri.

Mais retournons à nos moutons. Connaissez-vous le répertoire des livres de Saint-Victor dont Pantagruel découvrit la librayrie en Paris dès sa venue :

Le Maschefain des advocats.

Le Clacquedent des maroufles.

La Cahourne des briffaulx.

La Barboltine des niarmiteux.

La Martingalle des fianteurs.

Le Limasson des ri masseurs.

Le Ramoneur d’astrologie.

Et ceci est d’importance, puisque l’inscription sur la grand’Porte de Thélème :

Cy n ‘entrez pas. vous rassotez mastins

Soirs ni matins vieulx chagrins et ialotix…

Cy n ‘entrez pas. hypocrites, higotz.

Vieulx matagotz. marmiteux boursouflez…

Cy n’entrez pas avalleurs defrimars…

Puis, prenant en croupe ceux que le curé de Meudon délecte, ricochons vers Monsieur Epiphane Sidredoulx. Président de l’Académie de Sotteville-lès-Rouen. Correspondant
de toutes les Sociétés savantes et autres, et dont l’honneur fut de dépoussiérer, en l’an 1878. cette précieuse « Friquassée Crotestyllonnée des antiques
modernes chansons, et menu Fretel des petits enfants de Rouen remis en beau désordre par une herchclce des plus mémoriaux et ingénieux cerveaux de nostre année 1552.»
O, ouez :

Mon coutel s’en vient pleurant

Il a seruy ung gros truand

A liau. à liau. à liau

Pinche me lingue

De toc et de lepingue

Ri ri bouillette

Au port morin laisse may dormir

Il est temps de laver nos escuelles.

A la bouille bouille caudière. Dans la danse desfoureux. Il n ‘est d’âme que nous deux.

Piaille, moineau, tu es englué. Et raison, dit Janotus. nous n’en usons point céans (Rabelais). Ah ! toute une géniture de bon sang français et Molière est de
connivence… j’aime mieux ma mie. o gué. Sais-tu maraud que ta bique va braire si tu lui bailles des «céréales» au lieu de picotin.

Vielleux, vielleux, veux-tu du pain ?

Nanny Madam’ je n’ai point faim.

Mais vous avez qui vaut bien mieux

Ma guiante. guienne. guioly dame.

Vielleux, vielleux, veux-ty du lard ‘.’

Nanny, Madame, il est trop char…

Ayons encore sol en sébile et fiferlins aussi. Et qui mieux est : verjus en cave. De bonne coulée, bénéfique aux cœurs.

« Le drame des mots, me confiait un farfelu de mécanique, c’est de n’être pas bons à tout ; on ne sait jamais où il faut mettre cette vermine. Les chiffres, eux,
veulent tojours dire la même chose. Pas de surprise. Tandis qu’avec les mots, il faut s’attendre sans cesse à des miracles. »

Mon petit doigt me l’a dit, ces miracles-là ont l’humeur capricieuse. C’est comme l’esprit qui souffle où il veut. Quand il souffle du côté d’Henri Michaux, ce n’est pas
pour gonfler la vessie d’un rassoté. mais pour dire les choses : les vivaces, les tortueuses, les véridiques. L’Ennemi n’a qu’à bien se tenir :

Il l’emparouille et l’endosque contre terre;

Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle;

Il le pralèle et le libucque et lui bonifie les ouillais

Il le tocarde et le marmine.

Le manage râpe à ri et reipe à. ra.

Enfin il l’écorcobalise.

L’autre hésite, s’espudrine, se délaisse, se torse et se

ruine.

C’en sera bientôt fini de lui.

Laissons ainsi pour mort cet «emparouillé». Que ne t’assommc-je. Mère Ubu. proférait un grand de la terre. La musique des sphères nous joue d’un autre flageolet.
Après riposte et coups fourrés tirés de part et d’autre, où les victimes criaient comme des cabestans, diverses voix se décèlent. Maintes se baignent dans leur
auge. Mais ceci n’est le fait que de haut allemand et le langage françois garde toujours sa fleur de modestie et même en la ripaille.

Qui donc se court sur l’haricot dans cette équipée ? Queneau. Michaux. Rabelais. Merlin Coccaie certes. El Bruscambille et Tabarin. Turlupin. Jarry, Coquillan. Vadé. fameux
boisseau de puces et n’est d’étoile fixe qui ne se gratterait si on le déversait sur son pelage. Foin, je suis fâché d’en avoir si peu dit. Galimatias fut langue de ces
prolifiques, galimatias et charabias. Regardez avec nous ces vocables monocellulaircs qui abordent lentement sur la berge. Espèces de méduses, espèces d’ammonites, espèces
de moignons, espèces de rauques interjections, espèce d’aboi, de cri, de geste, espèce de mot. Le mot oui et le mot non, c’est déjà la conscience. Et Mes-sire,
aujourd’hui en avez-vous tant que vos belles machines volantes ne servent à vous estourbir la figure? La conscience, ça monte et ça descend comme ludions en bouteille. Silence,
l’heure est venue d’être grave ? Dame oui, on sait qu’il y a du malheur dans la famille. Mais qu’entre deux coups du sort il soit permis de rire, n’est-ce pas d’humaine condition
l’honneur? Trêve d’encyclique et revenons au débat.

Du crâne qui crugit lorsque le vent souffle, suinte mélancolicoliquement le croupissant cresson qui sort de ses orbites (Queneau). Qui rechigne ? Qui n’aime pah les Zavanthures du
lent gage? Toi. Gall…

Gall. amant de la reine, alla, tour magnanime,

Gallamment de l’arène à la tour Magne à Nîmes.

Quel heureux siècle, suggérait Bruscambille. qui avait grand besoin de me rencontrer et moi de le trouver. Or, sus. fonçons. Messieurs, il y en a beaucoup en cette compagnie qui
portent une tête sur leurs épaules sans savoir ce qui est dedans. Vous ? Oui-déa. moi ilou. Si vous m’entendez bien, c’est que je parle français et si la lune est rousse, il
faut quérir le teinturier

Un enfant a dit

Je sais des poèmes

Un enfant a dit

Chsais des poésies

Un enfant a dit

Mon cœur est plein d’elles…

Propos tout saupoudrés de poudre d’escampette – et le poète a pris la fuite. Pas tant qu’il y paraît. Mais il donne une chandelle à Dieu, une autre au Diable. Pour
diablificr à l’enfantine, au fou, à l’espiègle, au mystique, au philosophe qui sont choses proches et consanguines. Ai-je assez loué les comptines :

Quand j’eus fi mon moulin

Si fi si fa si fin

A rec ses quatre-z-ailes

J’alli trover la mer

Pour qu’ell’ m’donnil du vent

Ell’ m’en donna d’si grand qu’il mit l’molin par terre. Avec ses quatre-z-ailes.

Corbleu cette mer qui donne ainsi du vent à qui en veut, ça vous a une allure. O vertes verves !

Argot des champs ou de la Roquette, celui de la Guyane avec son odeur de poivre, fleurs de pouille, orchidées d’eau douce, flûteaux de bergers, racines de Racine. Cela vaut bien le
baiser que je vous envoie.

Géo Norge

LA BOÎTE A L’ÊTRE 46


LA BOÎTE A L’ÊTRE 46

Par le rayon de soleil hors catégorie qui l’éclaire, ma boîte bat en corps par l’oiseau niché dans sa main. Le temps a coulé. Ma dernière conversation remonte au 7 Décembre 2018. Epoque que les moins ne peuvent pas connaître, tant ce qu’elle portait d’espoir naturel, qui n’avait pas besoin de vaccin pour perdurer. La suite quand on l’avance au Centre fait monter le filet d’air dans l’enfoui, sans qu’un anachronisme tente de boucler la page

Le chat est maître de la bambouseraie

ces longs étirements font ses griffes à la densité végétale qu’un sentiment de fond poursuit dans l’organique taire d’hier et d’aujourd’hui

Le mystique y développe la force d’une composition chimique dans laquelle les effets de l’âme prédominent assez pou laisser les erreurs de l’humeur du quotidien loin derrière.

Le banal s’enfonce dans l’ignorance qu’il choisit d’adopter

s’habillant de tout ce qui dissimule

A confondre le système de fonctionnement de la Nature avec ses petites habitudes, l’Ëtre se plante à côté

L’automne mûrit en se tapissant dans le pourrissement , elle est la parturiente qui refuse le déni

La pointe rose de l’oeil qui crève à la branche n’est pas profane, elle initie le printemps dans son ensemble absolu.

Niala-Loisobleu – 8 Avril 2021

TROISIEME PROUE – CESAR MORO


TROISIEME PROUE – CESAR MORO

Roi semé s’il aime hué à vie à terreur roulant
Bu à satiété sous le déluge absent Ô clarté

Echelle des yeux aux yeux

Haut bois à même le dallage chaleur de neige noire
Couleur de froid à feux de marée
Graine houleuse à mollusques ces jambes la montagne à souhaits

Plus divine si coupe à néant y crépitent les méandres et les ménades

Eclaire minuit en ruines mainte dentelle sous mer

En éclat nanties tel le globe irisé prêt à fondre

Sur tes narines d’obsidienne

Diamant taillé en rose qui tourne

Rose d’améthyste barrissant

À la nuit en bronze

Forant les puits scolopendre de jeunesse

Ce col offense ? il déjoue le droit d’aînesse

L’heur de pierre feindre le fer à tondre

Les bagues à chevaux évanouis

Les eaux en chevreuil qui broutent le royaume déchu pour quel dialogue rituel

L’oiseau à miroir ardent gageure de haute couronne

Etoile mon château en apanage
Gradué brille à bouillir
Plus que de gaîté non à effacer
Mais à vouloir paraître attirée
Au gouffre fidèle

Éloigne-toi naseau de feu

Enjeu lointain de ma prairie

Tain solaire de telle glace

En tel cuivre bondé d’ivresse

Valet des étuves de la royauté

Halète varlet arpente la digue d’anémones

Carnassier de choix en tête des voyelles

La clairière aboutit à la voie hilare

L’air classé aboie tyran à l’aile

Si pour broyé avons royal ou trône à pied de tonnerre

L’acier décroît tenté aux voiries régulières

Affairé au tri des pièges —
Si la neige était à cheval —
Si le cheval chavirait en jonc
L’été hagard bat la foulée
Tapi au bout de la rencontre
Jetée de pierre sur le vide
Pont aux crustacés que l’agitation
Des vantaux subjugue
Jusqu’à abolir les éphémérides
Aux octrois de successifs mois
En massifs en treille de pavots

Pourquoi ce froid accueil des arches

Ce sommeil des sommets ces mets mielleux de songe

Ce gazon qui vire en nuage fleurissant les pierres

anciennes
Le gué la baie vers la folie ?
O lit ailé au pied marin
Lisse les perles l’écume des crêtes

Ce jour empreint de brise noire moiteur du néant

Rétiaire hanté tueur boiteux

Têtu l’hiver c’était l’été

S’attelait-il

L’embrun la brume doraient l’île

D’ores et déjà en fumée teinte

Aider voulant l’envol de forces velues en palmier

Vouées à la nudité marmoréenne de midi

César Moro

Septembre 1950