EN QUÊTE


PABLO AULADELL

EN QUÊTE

Dans le temps-mort qui suit les dernières intempéries le sinistre de toiture se dirige à l’aveuglette vers la solution

Les yeux en se levant délayent l’interrogation entre état actuel et prochain

Mise en batterie la trompe animale aspire à connaître une réponse vitale …

Niala-Loisobleu – 30 Juin 2022

OSER ET L’ESPOIR – PAUL ELUARD


PABLO AULADELL

OSER ET L’ESPOIR – PAUL ELUARD

Lorsque le pélican
Les murs de la maison se ressemblent
Une voix enfantine répond
Oui comme un grain de blé et les bottes de sept-lieues
Sur l’un des murs il y a les portraits de famille
Un singe à l’infini
Sur l’autre il y a la porte ce tableau changeant
Où je pénètre moi
La première
Puis on devise sous la lampe
D’un mal étrange
Qui fait les fous et les génies
L’enfant a des lumières
Des poudres mystérieuses qu’elle rapporte de loin
Et que l’on goûte les yeux fermés
Pauvre petit ange disait la mère
De ce ton des mères moins belles que leur fille
Et jalouses
Violette rêvait de bains de lait
De belles robes de pain frais
De belles robes de sang pur
Un jour il n’y aura plus de pères
Dans les jardins de la jeunesse
Il y aura des inconnus
Tous les inconnus
Les hommes pour lesquels on est toujours toute neuve
Et la première
Les hommes pour lesquels on échappe à soi-même
Les hommes pour lesquels on n’est la fille de personne
Violette a rêvé de défaire
A défait
L’affreux nœud de serpents des liens du sang.
Paul Eluard

AUTRES VERS – EUGENIO MONTALE


ODILON REDON

AUTRES VERS – EUGENIO MONTALE

J’aurais voulu me sentir épuré, essentiel,
comme les galets que tu roules,
mangés par le sel;
éclat hors du temps, témoin
d’une volonté froide qui ne passe pas.
Je fus autre: homme attentif qui regarde
en lui-même, en autrui, l’effervescence
de la vie fugace – homme qui tarde
à l’acte, que nul, ensuite, ne détruit.
J’ai voulu chercher le mal
qui ronge le monde, la menue torsion
d’un levier qui bloque
le mécanisme universel; et j’ai vu tous ensemble
les événements de la minute
comme prêts à se disjoindre dans une secousse.

Eugenio Montale

L’AVIS – PAUL ELUARD


PABLO AULADELL

L’AVIS – PAUL ELUARD

La nuit qui précéda sa mort

Fut la plus courte de sa vie

L’idée qu’il existait encore

Lui brûlait le sang aux poignets

Le poids de son corps l’écoeurait

Sa force le faisait gémir

C’est tout au fond de cette horreur

Qu’il a commencé à sourire

Il n’avait pas UN camarade

Mais des millions et des millions

Pour le venger

Il le savait

Et le jour se leva pour lui. —

Paul Éluard (1895-1952)