JACQUES BERTIN – DES MAINS


JACQUES BERTIN – DES MAINS

Des mains
Pour partir au long cours
Comme des cheveux
Ou comme la vie
De belles mains
Sur la page ou la peau
De belles mains
Des mains de noblesse

Des mains
Comme sont toutes les mains

Des mains
Comme des veilleuses
Dans l’ombre naissant
Allant et venant
Des mains de lingères
Des mains
Comme veillant, les mains de mère

Des mains
Qui creusent des sillons
Dans la vie sans ombre
Des mains aveuglément
Qui recherche une passion
Des mains pour bâtir la maison
Comme mon père

Des mains
Comme viennent des foules de mains
Qui donner la principale
Des mains
Comme des foules de mains
Appelant l’espoir et l’eau vive
Des mains
Comme des troupeaux de mains
Longeant la rive
Et t’accueillant dans ton lendemain
Sans limite

Des mains
Traçant les signes du pardon
Et puis se cherchant
Comme des paroles d ‘abandon
Des mains
Comme des voiles pour partir loin

Des mains
Comme des voiles pour partir loin, loin
Avec des yeux d’enfant dans l’horizon loin, loin
Des mains
Pour mon amour loin
Des mains pour ramener l’amour à la raison
Et le vagabond à la maison

Jacques Bertin

D’où cet air qui me vient


D’où cet air qui me vient

Le bord de sable ému par la mer

la marque de l’oiseau empreinte l’ongle des pâtes

souffle que balance le sein lourd aux marées

pour m’amener à me dénuder pour rejoindre la lune au bain

à mélanger le jus de nos reins au-devant du soleil

Ce qui me reste d’enfant colorieur imagine l’homme à cheval sur la dune mouvante de ta croupe empanachée

La nuit baigne le jardin des toiles d’allers-retours d’orgasmes équins.

Niala-Loisobleu – 1er Juin 2022

SEISME PAR JACQUES IZOARD


SEISME PAR JACQUES IZOARD

Où dorment les séismes, dorment aussi les fourreaux, les laines et ce que je disais tel hiver sans ambages.
Les réserves de sabots, les cris les épiaient.
Discussion d’arbre à arbre, de langue à langue.
Les femmes assourdissent les traquenards, les commerces de jambes et de pluies.
Étions-nous encore en vie?
Ou cassions-nous, de nos poignets rouges, les barres de fer, les vitres éloignées des oiseaux, les troncs de femmes?
Enfance
France.
Enfance de 1945, dont tu savais le vin humide ou le lait battu.
Qui casse encore les paroles ?
Les noix errent, les aliments les plus recherchés, je les hais du fond de moi-même.
En faudra-t-il, sioux, des genièvres bleus pour serrer au col les femelles sur les oreillers ?
Je me tenais debout en moi-même: et vous, ciseaux, cocotiers, épingles, où traîniez-vous ?
Je te dois mille morts: arrête l’hiver dont tu caches le cœur sous la peau.
Garde en ta main les outils de toujours, les bons ventres à petits pas, les pieds diminués, les verres piles, les capsules d’orangeade.
Et tu verras clair: les monts prennent souffle.
Il n’en faut pas davantage pour que tes épaules s’allongent au sommet du corps.
Bravade épaisse de quelques gens très maigres, amateurs d’estampes et de faux rouillées.
Séisme est mot de couleur, cavalcade de verre où je discerne hourras et capsules.
Et ce vin sans axe libéré, ce changeur de vitesse, le parfum wallon.
Sésame, ouvre-toi.
Automne où des dandys conversent.
Clous ou briques, est-ce supplice, supplique?
Envol de bottes loin de ce sang très mince où l’avare compte ses cheveux, ses doigts.
De quelle caresse se méfier?
Sur moi, dort le hêtre lourd.
Vois : forbans pauvres, accourez, délivrez-moi des langues et des couleuvres, et coupez les anneaux, les cordons, les liens de noix.
Fourrez au fourreau vos longues queues.
Hissez le tintamarre noir, dès que je crierai «tumulte» !Qui boit cidre ou sang de bête voit les chemins d’Espagne.(Autos, traverses, gares, chapeaux),tout n’est que tout :l’équipe légère et sainte, la curée, la chasse aux doigts sous la robe d’été, la vieille et bonne attente ; qui me dit qu’un cèdre est un soldat ?(Dare-dare, les mots soufflent).Tu ramasses les papiers, les cartons que l’huile altère, et les pommades sur les croûtes, et les eaux de
Cologne dont tu aimais l’odeur (Carpathes,
Jules
Verne).
Plomb fendu des yeux.
Passe au bleutés cris de noix, tes sofas, tes boutiques.
Parle à des aveugles :Non, ne parle pas, engrange dents et voleurs, laisse à ta guise fermenter l’alcool ; le vin jette contre terre les arbres et les vitres et tu n’oses voir les seaux, les citadelles.
Ouvre pistoles, cargue mâts et bretelles.
Déjà, tu perds tout : les boutons, les marmots.
Qui comptera les pertes ?
Tu remontes vers
Paris : tout frémit (rotules, les ampoules sont œufs de poule ou boules de verre).Opaque : tombeau sans tumulte, où le gisant gît, deux jambes mortes, et deux bras morts.
L’huile a le nom sans sommeil de tel arbre debout, de tel arbre abattu.
Sous les ailes du nez, sous les ongles, sous les paupières : la poussière.
Sommeiller sous la peau, sous la nage des arbres, sous le village des arbres, dès que tu te tais, dès que tu ne regardes que.
Sommeiller contre un oiseau, dans la maison, dans les vêtements.
Sommeil-tumeur, sommeil en sang que les veines charrient.
Un nom de lèvre, un dessin de poisson au goût de.
Élève obéit.
Prévert.
Grave élève amateur de mûres, de ciseaux, de copains.
Élève larve, élève de lave ou pantin dont l’ignorance est la seule qualité contrôlée.
Jacques Izoard

BOUT D’ÎLE A LA MAIN


BOUT D’ÎLE A LA MAIN

Sur le bout de langue de la vague un bout de jarre a sauté la barre

corail de terre gardé en émail qui fait penser à un pouls connu

des bulles de la BD de l’écume viennent chanter des notes que la main avait mise pour mémoire

cet oiseau qui s’accroche tente d’en décrypter le signe symbolique dans la touffeur sonore de bronze de la coquille contre la pointe du couteau qui cherche à sortir du sable sous l’action du sel

Il manque un bout du papier dans la bouteille pour aller prendre son billet au guichet, depuis l’incident de la finale la fraude est plus forte que l’ordre dans la contrefaçon

Quelle époque où seule la gueule de l’élu peut par son doute apporter ce qui peut avoir le visage du mensonge sous l’habit moine

Les rondeurs du nu elles, ont la couleur de l’endroit sûr où la clef des doigts peut analyser la teneur du pigment pour connaître son genre

Dans l’amphore même un morceau peut reconstituer l’authenticité totale.

Niala-Loisobleu – 1er Juin 2022

L’Eau dessus


L’Eau dessus

Tombera tombera pas

Le ciel est d’un noir à laver

du safran on ne sent. Plus t’orner la menthe s’est retirée pour prier quelque part

Niala

-Loisobleu – 1er Juin 2922