La chanson de Fanon par Jean-Marie Vivier


 La chanson de Fanon par Jean-Marie Vivier

C’est à l’heure où les loups sont chiens
À l’heure blanche du laitier
Au bout de ton dernier matin
Que la chanson s’en est allée

À l’aube du temps des cerises
Sans revoir le soleil de mai
T’es parti chercher tes Marquises
Comme tant de frangins l’ont déjà fait

Peut-être avais-tu à la main
Cette petite rose en tissu noir ?
En souvenir du chante-pain
Qu’il te fallait gagner le soir

T’as vu la gueule qu’elle a la mort

Elle prend les larmes, elle prend les rires
Sans doute lui as-tu dit encore
« Maurice Fanon pour vous servir »

Cette année l’été fut plus pluvieux
Au printemps est venue la garce
La chanson a pris un coup de vieux
De Saint-Germain à Montparnasse

Dans un sourire à la Jésus
À celle qui stoppe les voyages
T’as foutu un coup d’ pied au cul
Comme dernier libertinage

Pour que vive la liberté
Unique guerrier de tes guerres
C’est la paix avec toi signée
Qui t’ouvre l’ultime frontière

Belles, belles à en mourir
Colombes, Polonaises, hirondelles
Passé, présent ou avenir
Tes femmes à toi seront toujours belles

Avec ton pouce suçant le temps
De dernière bière en dernière blonde
Plus rien ne s’ra plus comme avant
Au pied nu de la mappemonde

Tête de quoi ? Tête de con
Élise, Jean-Marie, Jacques Machin
Comme l’éternité, tes chansons
Couchent dans le sac des marins

Faut quand même la vivre sa vie
En conjuguant le verbe croire

Avoir trop bu, avoir trop ri
Même s’il ne faut plus se revoir

C’est donc ça la mélancolie
Une écharpe qui devient poussière
Et ce mardi mouillé de pluie
À faire pleurer un cimetière

Mais ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux

COMME AU RETOUR DE LA MARQUISE


PAUL GAUGUIN

COMME AU RETOUR DE LA MARQUISE

Bien sûr la pluie n’aurait pu s’absenter des chaleurs feintes d’un été révolu

En prenant le métro à la Porte d’Italie, sac marin à dos, je fermais les yeux sur l’A10 pour m’effacer l’Atlantique, base terrestre de mon mirage dernier, en concentrant mon né sur l’ineffaçable de ma venue au monde

Cela fait un bail

ouais pas besoin de me le rappeler

Seulement je suis là pour me ressourcer d’une vidange en allant fleurir les bars à rhum des gauchos de la rime, qui sur leur comptoir ont les cuillères percées de la Fée Verte, introduction sans faute au voyage pictural

Fléau en main le virus se prépare aux moissons, on aura moins de blé, mais la merde en quantité. Question ordre nouveau faut dire que ça des Borde au-delà des promesses. Toute Elisabeth ne pouvant prétendre au jubilé ça laisse une chance de croire

Mais puisque refaire à neuf relève de l’impossible, j’avoue que je conte plus sur ce que la capitale m’a jamais donnée de peine pour sauver ce qui me reste de tête

Je conduirai ma vache aux Tuileries et mes chèvres aux Buttes-Chaumont par la rue des Pyrénées

Quelques tours aux chevaux-de-bois en laissant l’aqueux du Mickey à Guignol, Marthe à la main jusqu’aux Halles se faire une soupe à l’oignon pour apaiser ses brûlures et retour en tricycle par les Guichets sur la Seine.

Grand Spectacle !

Niala-Loisobleu – 8 Juin 2022

LA BOUCHE EN MUR


LA BOUCHE EN MUR

Meurtrière pour l’arc de ma langue

tendu par-delà

Un flet de voie pour le chien qui flaire

le cheval balaie l’air pour retrouver la partition

Ne parlons pas des paroles, elles restent à composer

Vu le temps qu’il fait j’ai rentré mes pensées à l’abri des vitres.

Niala-Loisobleu – 8 Juin 2022

BLEUS BLANCS MATINS


NIALA

BLEUS BLANCS MATINS

Près de la fenêtre le matin coule dans la gouttière

il pleut par le toit, penaud le palmier n’ose pas raconter une histoire de chameau prenant la route de la soie. Les villages blancs dans le silence de l’aube c’était quand ?

Sur le rivage, la campagne noyée se demande où on peut recruter des pêcheurs d’éponge…

Niala-Loisobleu – 8 Juin 2022