A JULOS LE JASEUR BOREAL


A JULOS LE JASEUR BOREAL

Femmes et hommes

Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
Ne vous laissez pas attacher
Ne permettez pas qu’on fasse sur vous des rêves impossibles
On est en amour avec vous
Tant que vous correspondez au rêve que l’on a fait sur vous
Alors le fleuve Amour coule tranquille
Les jours sont heureux sous les marronniers mauves

Mais s’il vous arrive de ne plus être
Ce personnage qui marchait dans le rêve
Alors soufflent les vents contraires

Le bateau tangue, la voile se déchire
On met les canots à la mer
Les mots d’amour deviennent des mots couteaux
Qu’on vous enfonce dans le cœur
La personne qui hier vous chérissait aujourd’hui vous hait.
La personne qui avait une si belle oreille
Pour vous écouter pleurer et rire
Ne peut plus supporter le son de votre voix

Plus rien n’est négociable
On a jeté votre valise par la fenêtre
Il pleut et vous remontez la rue
Dans votre pardessus noir
Est-ce aimer que de vouloir que l’autre
Quitte sa propre route et son propre voyage ?
Est-ce aimer que d’enfermer l’autre
Dans la prison de son propre rêve ?

Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
Ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous-même
Chacun a son chemin qu’il est seul parfois à comprendre

Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Si nous pouvions être d’abord toutes et tous
Et avant tout et premièrement
Des amants de la Vie
Alors nous ne serions plus ces éternels questionneurs, ces éternels mendiants 
Qui perdent tant d’énergie et tant de temps
À attendre des autres, des signes, des baisers, de la reconnaissance

Si nous étions avant tout et premièrement des amants de la Vie
Tout nous serait cadeau, nous ne serions jamais déçus
On ne peut se permettre de rêver que sur soi-même
Moi seul connais le chemin qui conduit au bout de mon chemin
Chacun est dans sa vie et dans sa peau

À chacun sa texture, son tissage et ses mots

Julos Beaucarne
Album Le jaseur boréal (2006)

GARDER LES JAMBES, LA TÊTE JE M’EN FOUS…


GARDER LES JAMBES, LA TÊTE JE M’EN FOUS…

Pas pour courir, rien que pourvoir

d’Art-Brut

sortir ton haut

ton bas filer du collant

je ma grappe à la main

comme le seul mot-peint qui musc-ade les fadeurs d’une fosse existence

faut dire que tu fais tout c’qu’il faut pour me sortir du faussé

Ta chaleur est normale

c’est le masque qui étouffe dans l’anomalie d’un jardin dégradé

j’ouvre Dubuffet les petits-bouquets de lavande

Niala-Loisobleu – 20 Septembre 2021

LE FAIRE A REPASSER


LE FAIRE A REPASSER

Les plis d’un manque de sommeil attendent sur la planche matière à bondir

sur la plage les parasols dans le vent ouvert gouttent à la fenêtre laissant entre ce que lundi et France-Inter un tracé plutôt linéaire

Quand on a que du sous-marin pour se poser l’avenir, la plongée rend pas l’horizon dégagé

Tristesse de show peint comme dit mon voisin soliste dans l’artificiel

Je ne vois rien d’autre que ma main sous la buée pour essayer d’y voir de quoi franchir le genou de clair…

Niala-Loisobleu – 20 Septembre 2021