« LA CHAMBRE CLAIRE »- NIALA 2021 – ACRYLIQUE S/CARTON – ENCADRE S/VERRE 40X50


« LA CHAMBRE CLAIRE »

NIALA

2021

ACRYLIQUE S/CARTON

ENCADRE S/VERRE 40X50

LETTRE DU VINGT-SIX JUIN

Que les oiseaux vous parlent désormais de notre vie.

Un homme en ferait trop d’histoires

et vous ne verriez plus à travers ses paroles

qu’une chambre de voyageur, une fenêtre

où la buée des larmes voile un bois brisé de pluie…

La nuit se fait.
Vous entendez les voix sous les tilleuls : la voix humaine brille comme au-dessus de la terre
Antarès qui est tantôt rouge et tantôt vert.

N’écoutez plus le bruit de nos soucis,

ne pensez plus à ce qui nous arrive,

oubliez même notre nom. Écoutez-nous parler

avec la voix du jour, et laissez seulement

briller le jour.
Quand nous serons défaits de toute

crainte, quand la mort ne sera pour nous que transparence, quand elle sera claire comme l’air des nuits d’été

et quand nous volerons portés par la légèreté à travers tous ces illusoires murs que le vent pousse, vous n’entendrez plus que le bruit de la rivière qui coule
derrière la forêt; et vous ne verrez plus qu’étinceler des yeux de nuit…

Lorsque nous parlerons avec la voix du rossignol…

Philippe Jaccottet

Mouillés de ces alluvions animales

nous voici à fendre la mer morte

la remettant à flot à la verticale des tiges

zénith en proue

Niala-Loisobleu

2 Septembre 2021

LES GRANDS FETICHES


LES GRANDS FETICHES

I


Une gangue de bois dur
Deux bras d’embryon
L’homme déchire son ventre
Et adore son membre dressé



II



Qui menaces-tu
Toi qui t’en vas
Poings sur les hanches
A peine d’aplomb
Juste hors de grossir?



III



Noeud de bois

Tête en forme de gland

Dur et réfractaire

Visage dépouillé

Jeune dieu insexué et cyniquement hilare



IV



L’envie t’a rongé
Je menton

La convoitise te pipe

Tu te dresses

Ce qui te manque du visage

Te rend géométrique

Arborescent

Adolescent



v



Voici l’homme et la femme

Également laids également nus

Lui moins gras qu’elle mais plus fort

Les mains sur le ventre et la bouche en tire-lire



VI



Elle

Le pain de son sexe qu’elle fait cuire trois fois par jour

Et la pleine outre du ventre

Tirent

Sur le cou et les épaules



VII



Je suis laid!

Dans ma solitude à force de renifler l’odeur des filles

Ma tête enfle et mon nez va bientôt tomber



VIII



J’ai voulu fuir les femmes du chef

J’ai eu la tête fracassée par la pierre du soleil

Dans le sable

Il ne reste plus que ma bouche

Ouverte comme le vagin de ma mère

Et qui crie



IX



Lui

Chauve

N’a qu’une bouche

Un membre qui descend aux genoux

Et les pieds coupés



x



Voici la femme que j’aime le plus

Deux rides aiguës autour d’une bouche en entonnoir

Un front bleu

Du blanc sur les tempes

Et le regard astiqué comme un cuivre


British
Muséum,
Londres, février 1916.

Blaise Cendrars