INAUGURATION PORTE SAINT-JACQUES 18 SEPTEMBRE à 11 h 30


INAUGURATION

PORTE SAINT-JACQUES

18 SEPTEMBRE à 11 h 30

L’exposition des quais

PORTE OUVERTE

REGARDS

SUR

LA PORTE SAINT-JACQUES

En présence de

Morgan Berger, Maire de Cognac

Brigitte ESTEVE-BELLEBEAU Adjointe en charge de la Culture

Les oeuvres (dont celle qui illustre cet article)

seront exposées sur les quais, dans une présentation numérisée jusqu’au 31 Octobre 2021

NIALA

10 Septembre 20218

LES JARDINS SUSPENDUS PAR JULIEN GRACQ


LES JARDINS SUSPENDUS PAR JULIEN GRACQ

Je suis entré dans la nuit fraîche des marronniers.

C’est toujours vers les lisières des villes de province, à l’insertion soudaine des quartiers d’usines désaffectées où tremblent au vent des bouquets de niasse, des
déchets de lingerie comme des pariétaires au long des grilles lépreuses des fenêtres, dans un silence plus prenant que celui d’une émeute avant le premier coup de feu,
que j’aime à suivre au fil des basses voûtes noires ces traînées longtemps humides sur l’asphalte où tiédissent englués au sol les pétales blancs et
roses, et ces lourdeurs humides de l’air sous le tunnel de branches le plus impénétrable que j’aie jamais vu. Le vide des pavés sur la droite, intercepté par la
retombée des arbres, surprend comme une étendue marine et l’on peut cheminer seul selon la pente vers des rivières tristes, cimetière tout l’hiver des embarcations de
plaisance, des places envahies silencieusement par les gazons et les jeux sans bruit des enfants pauvres, avec parfois un wagon de marchandises engourdi ou la vocalise dérisoire d’un
cerf-volant. Rien ne me va davantage au cœur alors que la terrasse étouffée de verdures noires d’un café somnolent de ces boulevards excentriques. La solitude est celle des
franges habitées d’où l’on tourne l’épaule aux fenêtres

— comme du haut des falaises d’un vélodrome plein à craquer le regard étourdi jusqu’à l’écœurement qui flotte sur les terrains vagues où pend du linge
à sécher aux guimbardes des nomades, ou le laisser-aller incompréhensible de somnolence des gares de triage de banlieue. Les heures glissant sans effort et sans trace sur le
cadran plumeux d’un ciel océanique entre les feuilles, l’averse incolore et battante dont rien ne protège, la salle vide, le bâillement domestique submergeant sans effort le
comptoir

— quelle halte ! — et vertigineusement, de n’aller à rien tout au long de ces singuliers boulevards de ceinture, du harassement dépaysant comme sous l’alizé de ces
grands atolls de feuillages, sentir immobile circuler au flanc de la cité ce réseau de mort subite, et les grands coups de lance du désert jusques au cœur menacé des
villes de ces tranchées familières du vent.

Julien Gracq

SALVADOR DALI PAR PAUL ELUARD


Paul Eluard

SALVADOR DALI PAR PAUL ELUARD

C’est en tirant sur la corde des villes en fanant
Les provinces que le délié des sexes
Accroît les sentiments rugueux du père
En quête d’une végétation nouvelle
Dont les nuits boule de neige

Interdisent à l’adresse de montrer le bout mobile de son nez.

C’est en lissant les graines imperceptibles des désirs

Que l’aiguille s’arrête complaisamment

Sur la dernière minute de l’araignée et du pavot

Sur la céramique de l’iris et du point de suspension

Que l’aiguille se noue sur la fausse audace

De l’arrêt dans les gares et du doigt de la pudeur.

C’est en pavant les rues de nids d’oiseaux
Que le piano des mêlées de géants
Fait passer au profit de la famine
Les chants interminables des changements de grandeur
De deux êtres qui se quittent.

C’est en acceptant de se servir des outils de la rouille
En constatant nonchalamment la bonne foi du métal
Que les mains s’ouvrent aux délices des bouquets
Et autres petits diables des villégiatures
Au fond des poches rayées de rouge.

C’est en s’accrochant à un rideau de mouches

Que la pêcheuse malingre se défend des marins

Elle ne s’intéresse pas à la mer bête et ronde comme

une pomme
Le bois qui manque la forêt qui n’est pas là
La rencontre qui n’a pas lieu et pour boire
La verdure dans les verres et la bouche qui n’est faite
Que pour pleurer une arme le seul terme de comparaison
Avec la table avec le verre avec les larmes
Et l’ombre forge le squelette du cristal de roche.

C’est pour ne pas laisser ces yeux les nôtres vides

entre nous
Qu’elle tend ses bras nus
La fille sans bijoux la fille à la peau nue
Il faudrait bien par-ci par-là des rochers des vagues
Des femmes pour nous distraire pour nous habiller
Ou des cerises d’émeraudes dans le lait de la rosée.

Tant d’aubes brèves dans les mains

Tant de gestes maniaques pour dissiper l’insomnie

Sous la rebondissante nuit du linge

Face à l’escalier dont chaque marche est le plateau

d’une balance
Face aux oiseaux dressés contre les torrents
L’étoile lourde du beau temps s’ouvre les veines.

Paul Eluard