Lavé De Tes Doutes par Bertrand Belin


Seras-tu jamais
Lavé de tes doutes ?
Seras-tu jamais
Lavé de tes doutes ?
En sueur à la banque
L’au-delà aux trousses
Tout nu dans les calanques
L’au-delà aux trousses
Seras-tu jamais
Lavé de tes doutes ?
Seras-tu jamais
Lavé de tes doutes ?

Faire l’autruche
Ça tu connais
Le paon

Le paon
Tu connais
Les soirs de pluie
Une heure de clavecin
Le tour du quartier
Quand tu te trouves perdu
Perdu dans tes cheveux
Perdu sur ta main
Perdu amour grandiose
Perdu petite chose
Perdu au soleil
Perdu dans une pièce
Perdu l’amour grandiose
Perdu petite chose

Seras-tu jamais
Lavé de tes doutes ?
Seras-tu jamais

Lavé de tes doutes ?
Perdu dans tes cheveux
Perdu sur ta main
Perdu amour grandiose
Perdu petite chose

LA PORTEUSE DE PEINT


Pablo Picasso

LA PORTEUSE DE PEINT

Des ailes des moulins parcourent des chants de farine , le froment tire la barbichette à l’orge, un cheval laboure sur les notes que le sable des vagues perce dans la barbarie faite orgue

Tendre et pure viennoiserie qui Danube

-Laisse hâler c’est une valse, dit le père en faisant le tour de la mère pleine de vie

Il y a comme un plus loin qui dépasse le vide dans cette peinture visionnaire du regard le plus noir du taureau le plus humain que je connaisse

C’est plus fort que l’absence le flux végétal en présence.

Niala-Loisobleu – 16 Mai 2022

LA BARRIERE DE ROSS – JULIEN GRACQ


LA BARRIERE DE ROSS – JULIEN GRACQ

Il faut se lever matin pour voir le jour monter à l’horizon de la banquise, à l’heure où le soleil des latitudes australes étale au loin des chemins sur la mer. Miss Jane portait son ombrelle, et moi un élégant fusil à deux coups. A chaque défilé de glacier, nous nous embrassions dans les crevasses de menthe, et retardions à plaisir le moment de voir le soleil à boulets rouges s’ouvrir un chemin dans un chantilly de glace pailletée. Nous longions de préférence le bord de la mer là où, la falaise respirant régulièrement avec la marée, son doux roulis de pachyderme nous prédisposait à l’amour. Les vagues battaient sur les murs de glace des neiges bleues et vertes, et jetaient à nos pieds dans les anses des fleurs géantes de cristaux, mais l’approche du jour était surtout sensible à ce léger ourlet de phosphore qui courait sur les festons de leur crête, comme quand les capitales nocturnes se prennent à voguer sur l’étalé de leur haute mer. Au Cap de la Dévastation, dans les fissures de la glace poussaient des edelweiss couleur de nuit bleue, et nous étions toujours sûrs de voir se renouveler de jour en jour une provision fraîche de ces œufs d’oiseaux de mer dont Jane pensait qu’ils ont la vertu d’éclaircir le teint. Sur la bouche de Jane, c’était un rite pour moi que de renouveler chaque jour pour l’y cueillir de mes lèvres cet adage puéril. Parfois les nuages nous dérobant le pied de la falaise annonçaient un ciel couvert pour l’après-midi, et Jane s’informait d’une voix menue si j’avais soigneusement enveloppé les sandwiches au chester. Enfin la falaise devenait plus haute et toute crayeuse de soleil, c’était la Pointe de la Désolation, et sur un signe de Jane j’étendais la couverture sur la neige fraîche. Nous demeurions là longtemps couchés, à écouter battre du poitrail les chevaux sauvages de la mer dans les cavernes de glace. L’horizon du large était un demi-cercle d’un bleu diamanté que sous-tendait le mur de glace, où parfois un flocon de vapeur naissait, décollé de la mer comme une voile blanche — et Jane me citait les vers de Lermontov. J’aurais passé là des après-midi entières, la main dans les siennes, à suivre le croassement des oiseaux de mer, et à lancer des morceaux de glace que nous écoutions tomber dans le gouffre, pendant que Jane comptait les secondes, la langue un peu tirée d’application comme une écolière. Alors nous nous étreignions si longtemps et de si près que dans la neige fondue se creusait une seule rigole plus étroite qu’un berceau d’enfant, et, quand nous nous relevions, la couverture entre les mamelons blancs faisait songer à ces mulets d’Asie qui descendent des montagnes bâtés de neige.Puis le bleu de la mer s’approfondissait et la falaise devenait violette; c’était l’heure où le froid brusque du soir détache de la banquise ces burgs de cristal qui croulent dans une poussière de glace avec le bruit de l’éclatement d’un monde, et retournent sous la volute cyclopéenne d’une vague bleue un ventre de paquebot gercé d’algues sombres, ou Pébroue-ment lourd d’un bain de plésiosaures. Pour nous seuls s’allumait de proche en proche, jusqu’au bord de l’horizon, cette canonnade de fin de monde comme un Waterloo des solitudes, — et longtemps encore la nuit tombée, très froide, était trouée dans le grand silence du jaillissement lointain de fantômes des hauts geysers de plumes blanches — mais j’avais déjà serré dans les miennes la main glacée de Jane, et nous revenions à la lumière des pures étoiles antarctiques.
Julien Gracq

TOMETTES ENCORE BRÛLANTES


TOMETTES ENCORE BRÛLANTES

Carrefour des sablières remplies d’eau se cuit le carreau et la tuile

Cadeuil, parfum de cabane, argile de sel amené après le départ de la mer

Je reste fossile et vrai oeil au coeur des pierres

Le rempart d’où est partie la découverte a toujours l’évent favorable à la baleine

Dans l’accent on n’a pas de tricherie possible pour l’origine. Le terroir tient le pouls au poignet de la portière

Quand l’Atelier du Duodénaire est sorti de la Rue des Remparts ses créneaux ont gardés le panorama ouvert sur la lumière.

Niala-Loisobleu – 16 Mai 2022

TOILETTE


TOILETTE

sur la table le broc tire la langue

il n’y a plus d’eau pour les chants

la chaleur est plus qu’un brin étouffante

qui a scié l’aqueux du piano ?

Niala-Loisobleu – 16 Mai 2022