La Vie d’Artiste – Léo Ferré


Léo Ferré

La vie d’artiste – Léo Ferré

É

Je t’ai rencontrée par hasard
Ici, ailleurs ou autre part
Il se peut que tu t’en souviennes.
Sans se connaître on s’est aimés
Et même si ce n’est pas vrai
Il faut croire à l’histoire ancienne.

Je t’ai donné ce que j’avais
De quoi chanter, de quoi rêver.
Et tu croyais en ma bohème
Mais si tu pensais à vingt ans
Qu’on peut vivre de l’air du temps
Ton point de vue n’est plus le même.
Cette fameuse fin du mois
Qui depuis qu’on est toi et moi
Nous revient sept fois par semaine
Et nos soirées sans cinéma
Et mon succès qui ne vient pas
Et notre pitance incertaine.
Tu vois je n’ai rien oublié
Dans ce bilan triste à pleurer
Qui constate notre faillite.
 » Il te reste encore de beaux jours
Profites-en mon pauvre amour
Les belles années passent vite. »
Et maintenant tu vas partir
Tous les deux nous allons vieillir
Chacun pour soi, comme c’est triste.
Tu peux remporter le phono
Moi je conserve le piano
Je continue ma vie d’artiste.
Plus tard sans trop savoir pourquoi
Un étranger, un maladroit
Lisant mon nom sur une affiche
Te parlera de mes succès
Mais un peu triste toi qui sais
 » Tu lui diras que je m’en fiche…
que je m’en fiche… »

A TELLE ENSEIGNE


A TELLE ENSEIGNE

Qu’elle ne pouvait venir que contre l’atelier de St-Trojan au départ de celui de la Place Jean-Monnet à Cognac, cette enseigne

Un soleil symbolisant mes mots-peints, renforcé par quelques iris de Vincent et le grand cône-gardien

Immense présence attachante du nombre 12 du Duodénaire mythique.

Niala-Loisobleu – 9 Mai 2022

« L’ART DE FAIRE » (Nouvelle Série: LE PEINTRE 1) – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/ CONTRECOLLE 40X50


NIALA 2022

« L’ART DE FAIRE »

(Nouvelle Série: LE PEINTRE 1)

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/CONTRECOLLE 40X50

Tout ce que j’ai fait en m’ayant mené là où se tient ce soleil qui a réuni toute la recherche de la traversée, regarde l’autre rive du serein de l’abouti d’un absolu réalisé dans la seule forme possible

Mon concept d’amour en refusant la manière de faire le monde sans humanisme, refuse l’irrespect de la connaissance, croissance de toute forme destructive, matérialisme, extrémisme, abandon du sacré laïque, intolérance, bafouement de la beauté

Pérennisant le temporel ainsi voulu au-delà des nuits , comme un humble rêve..

Aujourd’hui montre que j’ai raison de croire.

Niala-Loisobleu

9 Mai 2022

UNE INFINIE TENDRESSE – CATHERINE RIBEIRO


UNE INFINIE TENDRESSE – CATHERINE RIBEIRO

Brisée mais non vaincue
J’observe mes entrailles
Et mon coeur et mon corps
Partout couvert de traces
Par nous ensanglatés
Par nous mes hommes, mes femmes
Par vous mes tant aimées
Par vous mes libertés

Oh, donnez-moi, donnez-moi
Dix hommes desespérés
Oh, donnez-moi, donnez-moi
Dix hommes desespérés
Oh, donnez-moi, donnez-moi
Dix hommes desespérés…

Je suis dans l’ombre le reflet
De vos vies sacrifiée
Ma liberté dépend
De vous entièrement
Vos mots vos désespoirs
Sont forces vives en moi
Mes craintes, mes angoisses
Vos raisons d’espérer

Oh, donnez-moi donnez-moi
Cinq hommes désespérés…

Je connais nos faiblesses
Déclins crépusculaires
Formidables courages
Que nos vies en survie
Brûlons les abattoirs
Levons nos poings serrés
Craquelons nos carcans
Déchaînons nos enfants

Oh, donnez-moi, donnez-moi
Deux hommes desespérés
Oh, donnez-moi, donnez-moi
Deux hommes desespérés
Oh, donnez-moi, donnez-moi
Deux hommes desespérés…

Donnez-moi, donnez-moi
Des hommes desespérés
J’en ferai des montagnes
Des soleils, des brasiers
Des puissances d’amour
Des infinies tendresses
Des sexes gigantesques
J’en ferai des grands fours

Des aliénés d’amour
Des armures de combat
Des fous de poésies
De grandes symphonies
Nous serons là vivants
Témoignages vivants
D’un amour infini
D’une infinie tendresse

DÉJEUNER DE SOLEIL PAR TRISTAN CORBIÈRE


DÉJEUNER DE SOLEIL

PAR

TRISTAN CORBIÈRE

Bois de Boulogne, 1er mai.

Au Bois, les lauriers sont coupés,
Mais le Persil verdit encore ;
Au Serpolet, petits coupés
Vertueux vont lever l’Aurore…

L’Aurore brossant sa palette :
Kh’ol, carmin et poudre de riz ;
Pour faire dire – la coquette –
Qu’on fait bien les ciels à Paris.

Par ce petit-lever de Mai,
Le Bois se croit à la campagne :
Et, fraîchement trait, le champagne
Semble de la mousse de lait.

Là, j’ai vu les Chère Madame
S’encanailler avec le frais…
Malgré tout prendre un vrai bain d’âme !
– Vous vous engommerez après. –

… La voix à la note expansive :
– Vous comprenez ; voici mon truc :
Je vends mes Memphis, et j’arrive…
– Cent louis !… – Eh, Eh ! Bibi… – Mon duc ?…

On presse de petites mains :
– Tiens… assez pur cet attelage. –
Même les cochers, au dressage,
Redeviennent simples humains.

– Encor toi ! vieille Belle-Impure !
Toujours, les pieds au plat, tu sors,
Dans ce déjeuner de nature,
Fondre un souper à huit ressorts… –

Voici l’école buissonnière :
Quelques maris jaunes de teint,
Et qui rentrent dans la carrière
D’assez bonne heure… le matin.

Le lapin inquiet s’arrête,
Un sergent-de-ville s’assied,
Le sportsman promène sa bête,
Et le rêveur la sienne – à pied. –

Arthur même a presque une tête,
Son faux-col s’ouvre matinal…
Peut-être se sent-il poète,
Tout comme Byron – son cheval.

Diane au petit galop de chasse
Fait galoper les papillons
Et caracoler sur sa trace,
Son Tigre et les vieux beaux Lions.

Naseaux fumants, grand œil en flamme,
Crins d’étalon : cheval et femme
Saillent de l’avant !…
– Peu poli.
– Pardon : maritime… et joli.

Extrait de: 

 Les Amours jaunes (1873)

Tristan Corbiere