DES MAINS PAR JACQUES BERTIN


Paris, Théâtre De La Ville 1984

Des Mains par Jacques Bertin

sur Paris, Théâtre De La Ville 1984 (1985), En Concert (Café De La Danse) (1989), Ma Vie, Mon Œuvre (1984)

Des mains

Pour partir au long cours

Comme des cheveux

Ou comme la vie

De belles mains

Sur la page ou la peau

De belles mains

Des mains de noblesse

Des mains

Comme sont toutes les mains

Des mains

Comme des veilleuses

Dans l’ombre naissant

Allant et venant

Des mains de lingères

Des mains

Comme veillant, les mains de mère

Des mains

Qui creusent des sillons

Dans la vie sans ombre

Des mains aveuglément

Qui recherche une passion

Des mains pour bâtir la maison

Comme mon père

Des mains

Comme viennent des foules de mains

Qui donner la principale

Des mains

Comme des foules de mains

Appelant l’espoir et l’eau vive

Des mains

Comme des troupeaux de mains

Longeant la rive

Et t’accueillant dans ton lendemain

Sans limite

Des mains

Traçant les signes du pardon

Et puis se cherchant

Comme des paroles d ‘abandon

Des mains

Comme des voiles pour partir loin

Des mains

Comme des voiles pour partir loin, loin

Avec des yeux d’enfant dans l’horizon loin, loin

Des mains

Pour mon amour loin

Des mains pour ramener l’amour à la raison

Et le vagabond à la maison

BIEFS PAR MICHEL DEGUY


BIEFS

PAR

MICHEL DEGUY

Château de
Breeze du côté de la
Beauce où je n’allais

pas
La harde des vents dans les orges
Et les urnes des buis près des tombes
Les murs chaulés rose ou jaune
Pareils à des miroirs déjà traversés
Les bruits proches trop forts pour l’oreille
Frémissements dans les repères…

Si le ponton de la terre oscille

Le poète tangue comme un mousse

Beaucoup de vent affecté à ce lieu
Et le cri des ruminants comme un genévrier fendu par la tempête

Ce lieu me suffit

Où le parfum n’est pas rare

Mais la même senteur d’algue et d’hortensia

Dans les linges fins de l’air

Chaque case d’herbage assemble

Le cheval et la vache en pose animale :

D’attente écartelée blason de l’ultime

Un œil sur chaque côté du monde

Effroi

Très tôt et très tard comme tout point d’un cercle
Depuis longtemps poète et pas encore, jamais…
Plus loin!
Nous rapporterons la carte que vous n’avez

pas!
Pourtant me suffit ce lieu
Où déjà des hommes simples ameutaient le granit

Dix-huitième heure

La mer étend ses mains diaphanes vers l’épaule velue

des rives
Comme
Isaac tâtonnant la toison de
Jacob

Cave sur la face
La nuque tombe
Les reins
Corps qui rejoint
La neige le volcan
L’étang les jetées

Salive soudain
Sous le crâne
Tumeur de houle
Sous le ciel blanc

La nuit en croix sur la face
Au bout du pied les mites du silence
La main gauche est déjà phosphore
Un coq prononce la clairière

Bientôt dans le jardin leur fard charge à l’excès les fleurs domestiques

Beaucoup déjà cessèrent de vivre

Un jour elle sera là elle apparaîtra
Elle n’était pas là elle était ailleurs
Voici qu’elle
Viendra de là-bas ici elle entrera
J’aurai affaire à elle
Elle sera là pour moi
C’est moi plutôt qui entrerai dans son champ d’absence
Qui ne cesse pas
Je serai happé pris dedans
Soudain
Elle sera ici la fascinante
Elle apparaîtra de là-bas de
Cet horizon
Visible

On respecte un homme

s’avance à bonne hauteur sur le mail

Et large parmi les platanes

Et ceux même qui vont en groupe au travail

Sont enclins à respecter l’étranger

Pourquoi tant d’émotion devant l’image
Et si froide froideur devant la chair et l’os
La femme aux hanches de carafe est pareille à l’amphore qu’elle porte
Un seul pourtant et sans passion caresse l’anse couperosée de ses coudes

Tu viens de relâcher son thorax et sa main retombe et

Sa tête roule dans ta mémoire et déjà

S’amenuise notre dernière semaine

Comme un lâcher de parachutes dans l’abîme de midi

Beaucoup plus incroyable
La rencontre aujourd’hui
De la mort d’un ami
Et du chant d’un ami
Dans le mail déserté de mon jour — tels, ceux qui font profession de dresser l’éventaire et d’attendre les mages

Toujours un arbre plus sensible accueille en premier la

saison
L’essaim roux de l’automne a remplacé ses feuilles
Il prévient

L’absence de deuil serre les tempes

Maintenant ils sont morts le mercenaire et le connétable
Cages mêlées comme cercles de tonneaux
Dans la cave

Armures et fémurs de soudards
Qui crèvent des ceintures d’os
Au charnier latéral où s’abattent femmes et capitaines

Léger sur la cave des os

D’enfant qui souffre
Prière comme sueur
Du caveau d’innocence
Vivace malgré la pierre
L’incessant
Tu quis es

corps et jusqu’au masque dur des mâchoires et monte jusqu’aux yeux

seuls

où un peu de nudité parfois tressaille.

Michel Deguy

Tu as dit racines ?


Explosant dans son orgasme au cœur de la longue nuit, comme un faune en plein après-midi, il envoya les deux amants du lit de la source au col de l’estuaire

En trouvant l’appui de la lune

Tu as eu raison je peins

Et t’en montre suffisamment de preuve par l’état actuel de mon travail pour que tu vois comme la racine sort

Niala-Loisobleu – 4 Mai 2022

SORTI DU PLAN CHEZ


ODILON REDON

SORTI DU PLAN CHEZ

La nuit de mon levé j’ai souvenir qu’il faisait bien plus clair que les longues heures d’attente qui suivirent. Etrange recul porté par rendez-vous au dehors de soi

Odilon tu m’expliqueras cette absence pour que je réalise mon retour

la laitance qui avale le ciel débordant de la casserole ce qui montre n’est pas parlant

Il y a eu, c’est heureux, au départ un tableau très net de l’idée de l’endroit

suis sûr que c’est à partir de là que je me ramène

Mais quelle étrange sensation à partir des jambes….

Niala-Loisobleu – 4 Mai 2022

Et puis


Je

Et puis

Sur le devant poussées de derrière la direction des images s’axe à son essieu

En passant arrose tes fleurs d’un mot doux de bonjour

La voile remonte jusqu’au ventre de l’horizon en découvrant le nombril.

Niala-Loisobleu – 4 Mai 2022