AU FOND DE TOUTE BEAUTÉ GÎT QUELQUE CHOSE D’INHUMAIN PAR ALBERT CAMUS


Louis et Eugénie

AU FOND DE TOUTE BEAUTÉ GÎT QUELQUE CHOSE D’INHUMAIN PAR ALBERT CAMUS

Au fond de toute beauté gît quelque chose d’inhumain et ces collines, la douceur du ciel, ces dessins d’arbres, voici qu’à la minute même, ils perdent le sens illusoire dont nous les revêtions, désormais plus lointains qu’un paradis perdu. L’hostilité primitive du monde, à travers les millénaires, remonte vers nous. Pour une seconde, nous ne le comprenons plus puisque pendant des siècles nous n’avons compris en lui que les figures et les dessins que préalablement nous y mettions, puisque désormais les forces nous manquent pour user de cet artifice. Le monde nous échappe puisqu’il redevient lui-même. Ces décors masqués par l’habitude redeviennent ce qu’ils sont. Ils s’éloignent de nous. De même qu’il est des jours où, sous le visage familier d’une femme, on retrouve comme une étrangère celle qu’on avait aimée il y a des mois ou des années, peut-être allons-nous désirer même ce qui nous rend soudain si seuls. Mais le temps n’est pas encore venu. Une seule chose : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c’est l’absurde.

Albert Camus

Extrait de: 

 1942, Le mythe de Sisyphe

Wayne l’autre cerise

L’AUTRE CERISE


L’AUTRE CERISE

Nouvelle branche de chaleur

là-bas la mer marche en se foutant de l’éclipse de la pleine qui arrive

Il y a dans le vide ce qui est présent et se tait mais qui s’arrête pas de courir

Et m’aime que ça pialle

l’oeuf de pouls dans une chaleur d’herbe libre…

Niala-Loisobleu – 14 Mai 2022

FEMME A LA BLONDE AISSELLE COIFFANT SA CHEVELURE A LA LUEUR DES ÉTOILES – CONSTELLATION – ANDRE BRETON


FEMME A LA BLONDE AISSELLE COIFFANT SA CHEVELURE A LA LUEUR DES ÉTOILES – CONSTELLATION – ANDRE BRETON

Qu’y a-t-il entre cette cavité sans profondeur tant la pente en est douce à croire que c’est sur elle que s’est moulé le baiser, qu’y a-t-il entre elle et cette savane
déroulant imperturbablement au-dessus de nous ses sphères de lucioles?
Qui sait, peut-être le reflet des ramures du cerf dans l’eau troublée qu’il va boire parmi les tournoiements en nappes du pollen et l’amant luge tout doucement vers l’extase.
Que sous le pouvoir du peigne cette masse fluide, mûrement brassée de sarrasin et d’avoine, tout au long épinglée de décharges électriques, n’est pas plus
confondant dans sa chute le torrent qui bondit couleur de rouille à chaque détour du parc du château de
Fougères aux treize tours par la grâce du geste qui découvre et recouvre le nid sournoisement tramé des vrilles de la clématite.

André Breton

PÊCHE CERISIERE


PÊCHE CERISIERE

Rouges et échappées aux gelées menaçantes d’avant-printemps les cerises sortent leurs fesses rebondies au soleil

Le sucre qu’elles ont déjà au ventre annonce des jours à retrouver la signification de l’arbre

Aujourd’hui le jardin porte au retour de l’enfant prodigue, je vais pouvoir me faire couper les cheveux inutiles

Niala-Loisobleu -14 Mai 2022