Bureau de Change


Bureau de Change

Le tailleur sur la pelouse vient de très loin avec du Cap-Vert une sacrée saudade en bagage

Retour mémorable d’un tant pardi

L’éphémère va être secoué par le tonnerre de l’orage en cette moitié de Mai en reprenant de son mais le choix des paroles

L’attente tournée côte Messie allant nulle part, il y a de l’espoir dans lé mais non,

Niala-Loisobleu -15 Mai 2022

AU FOND DE TOUTE BEAUTÉ GÎT QUELQUE CHOSE D’INHUMAIN PAR ALBERT CAMUS


Louis et Eugénie

AU FOND DE TOUTE BEAUTÉ GÎT QUELQUE CHOSE D’INHUMAIN PAR ALBERT CAMUS

Au fond de toute beauté gît quelque chose d’inhumain et ces collines, la douceur du ciel, ces dessins d’arbres, voici qu’à la minute même, ils perdent le sens illusoire dont nous les revêtions, désormais plus lointains qu’un paradis perdu. L’hostilité primitive du monde, à travers les millénaires, remonte vers nous. Pour une seconde, nous ne le comprenons plus puisque pendant des siècles nous n’avons compris en lui que les figures et les dessins que préalablement nous y mettions, puisque désormais les forces nous manquent pour user de cet artifice. Le monde nous échappe puisqu’il redevient lui-même. Ces décors masqués par l’habitude redeviennent ce qu’ils sont. Ils s’éloignent de nous. De même qu’il est des jours où, sous le visage familier d’une femme, on retrouve comme une étrangère celle qu’on avait aimée il y a des mois ou des années, peut-être allons-nous désirer même ce qui nous rend soudain si seuls. Mais le temps n’est pas encore venu. Une seule chose : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c’est l’absurde.

Albert Camus

Extrait de: 

 1942, Le mythe de Sisyphe

Wayne l’autre cerise

L’AUTRE CERISE


L’AUTRE CERISE

Nouvelle branche de chaleur

là-bas la mer marche en se foutant de l’éclipse de la pleine qui arrive

Il y a dans le vide ce qui est présent et se tait mais qui s’arrête pas de courir

Et m’aime que ça pialle

l’oeuf de pouls dans une chaleur d’herbe libre…

Niala-Loisobleu – 14 Mai 2022

FEMME A LA BLONDE AISSELLE COIFFANT SA CHEVELURE A LA LUEUR DES ÉTOILES – CONSTELLATION – ANDRE BRETON


FEMME A LA BLONDE AISSELLE COIFFANT SA CHEVELURE A LA LUEUR DES ÉTOILES – CONSTELLATION – ANDRE BRETON

Qu’y a-t-il entre cette cavité sans profondeur tant la pente en est douce à croire que c’est sur elle que s’est moulé le baiser, qu’y a-t-il entre elle et cette savane
déroulant imperturbablement au-dessus de nous ses sphères de lucioles?
Qui sait, peut-être le reflet des ramures du cerf dans l’eau troublée qu’il va boire parmi les tournoiements en nappes du pollen et l’amant luge tout doucement vers l’extase.
Que sous le pouvoir du peigne cette masse fluide, mûrement brassée de sarrasin et d’avoine, tout au long épinglée de décharges électriques, n’est pas plus
confondant dans sa chute le torrent qui bondit couleur de rouille à chaque détour du parc du château de
Fougères aux treize tours par la grâce du geste qui découvre et recouvre le nid sournoisement tramé des vrilles de la clématite.

André Breton

PÊCHE CERISIERE


PÊCHE CERISIERE

Rouges et échappées aux gelées menaçantes d’avant-printemps les cerises sortent leurs fesses rebondies au soleil

Le sucre qu’elles ont déjà au ventre annonce des jours à retrouver la signification de l’arbre

Aujourd’hui le jardin porte au retour de l’enfant prodigue, je vais pouvoir me faire couper les cheveux inutiles

Niala-Loisobleu -14 Mai 2022

UNE GRANGE – JACQUES BERTIN


Une Grange – Jacques Bertin

Peut-être, à travers les chansons
Comme à travers les trous du toit
De la vieille grange effondrée,
Appelant la fraîcheur des doigts,
De l’orage ou l’amour, on voit
Peut-être ma vie qui appelle
Ô vous savez qu’elle était belle
Anciens compagnons de ma joie

Puisque c’est vrai, tout est image
Nous sommes l’image de nous
Et dans les paumes du message
Vous voyez la trace des clous
Ô les feux allumés de l’âge !
Ne va pas prendre mal, surtout,
Et reviens, sèche-toi, sois sage
Il tombe de la mort partout

Chevaux tués, ombres des désastres
Avenirs aux jambes brisées
Éternités tombées des astres
Aux formes de lampions brûlés
Ô les bombes sur l’abbatiale !
Ô l’incendie dans le verger !
La terre est ce tablier sale
Et les couleurs se sont vengées

Puisque c’est vrai, tout est mensonge
Le regard franc, profond, surtout
Et un cancer d’argent me ronge
Puisque la mort rôde partout

Que je sois cette ancienne grange
Sans douleur au fond des étés
Et dont un peu de chanson penche
Et je ne souffre plus d’aimer !

Eté court et mauvaise donne,
Brûlant vite, elle était pressée !
Puis on voit le toit qui frissonne
Et la vieille âme un peu bouger

GISANTS PAR MICHEL DEGUY


FLEUR DE MARAIS – ODILON REDON

GISANTS

PAR MICHEL DEGUY

Treuil de la paume qui te lève

Pelvienne ce trente mai

Ton visage passe tout près

Méat de syllabes votives

Tu sèmes trois cierges avant

Que nous passions en revue la
Seine

Les recrues nous prennent
Nous partons

En photos au
Japon
Je te déhanche

Tu me dis que tu
Us ton passé à
L’hôtel blanc

Bottes collants dépecés bain

Le jusant te découvre

Tes bas pèlent ton bas fait l’équilibre

Une autre fois j’ai bu à ton nadir

T’amenant à plus être peut-être

On nous compare à deux barges de
Loire

Nos vies changent doucement à notre quart d’insu

Comme deux barges de
Loire imagine abordées

Démarrées dissociées contrecarrées par

Des souches invisibles se côtoient qu’un

Courant sous la face des contre-courants soude

Il faut redire en l’altérant le même

Qui se méconnaît d’être-trop reconnu

Ce même c’est ta mort et le poème.

Michel Deguy

« MEDITERRANEENNES FRAGRANCES » (Le Peintre 3)- NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 61X50


« MEDITERRANEENNES FRAGRANCES »

(Le Peintre 3)

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 61X50

La rencontre hédonique des deux luminaires, jugée impossible se balance réalisée dans la toile encore tremblante de sa victoire sur les préjugés

Du fil d’eau du grand fleuve que garde le Sphinx, la chaleur d’un amour du beau fait l’image tremblante de transparence chaleureuse au refus des mauvaises langues à l’haleine trompeuse

Le Peintre tient la nuit pour sauvegarde de la vérité naturelle dont l’odeur pure émane des maisons blanches et des fleurs à dos de chameaux

Tapis priés d’emmener hors des croisades pour ne rien déformer de la foi simple d’une nature intacte de conquête

Les épices du rêve portent les palmes à l’oued en caravanes à ce matin de la Source Bleue, tenue pour seul but autour de l’olivier, serein incapable de méchanceté infantile

Niala-Loisobleu – 13 Mai 2022