LES PLAISIRS DU SEUIL


LES PLAISIRS DU SEUIL

La poésie limitrophe exige un saut
Qui projette en un bord ou ressaut
Dans le plaisir dont nous parlait
Lucrèce
Surplomb et seuil qui fait le don du comme
Comme il est doux de regarder naufrages
Il est plus doux le point d’esprit d’où l’errance se voit
Et les choses se partager en un comparatif de monde (tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses)
Où sommes-nous donc nous étonnant d’y être et que l’étonnement étonne
Michel Deguy

Jeanne Moreau – La Peau Léon


PABLO PICASSO

Jeanne Moreau – La Peau Léon

J’aime ton odeur, ta saveur Léon
T’es pas beau Léon
T’as les cheveux longs
Mais je t’ai dans la peau
Mais je t’ai dans la peau
Mais je t’ai dans la peau, Léon

Je ne suis pas jolie, jolie
Nous ne sommes pas beaux, beaux, beaux
Mais contre toi, moi je grille
Tu me fous le feu à la peau
T’as p’t-êt’ pas des bras d’athlète
T’as p’t-êt’ pas l’torse velu
Mais j’adore tes mirettes, qui se brouillent
Quand tu m’dis
Qu’tu m’as dans la peau Léon
Qu’tu m’as dans la peau Léon
Qu’tu m’as dans la peau Léon
Léon, Léon, Léon, Léon

Mais voilà, mais voilà
Qu’un soir au cinérama
Au ciné en longueur
Sur l’écran exhibiteur
Une femme un serpent
Une chatte mollement
Etendue plus que nue
T’a ému
Cette femme plus que nature

En couleurs plus que pures
Cette roulure sans pelure
Qui roulait en voiture
Cette glue, ce serpent
Cette chatte mollement
S’est glissée, s’est lovée
Au creux de ta peau Léon
Tu l’as dans la peau Léon
Tu l’as dans la peau Léon
Tu l’as dans la peau Léon
Léon, Léon, Léon, Léon

Depuis tu prends des airs rêveurs, Léon
Pourquoi mon Léon ?
T’es plus mon Léon
Pour une étoile dont la peau
N’est qu’un rayon, un halo
Nébuleuse vapeur sans chaleur
J’aurai ta peau Léon
J’aurai ta peau Léon
J’aurai ta peau Léon
Léon, Léon, Léon, Léon

Ce fut voluptueusement,
Sans cri, ni geste, ni adieu
Tu basculas dans le néant
Tu n’auras pas vécu bien vieux
C’n’était qu’une p’tite écorchure
Sur la peau de ta figure
Que tu te fis au rasoir,
J’l’avais mouillée de curare
J’ai eu ta peau Léon
J’ai eu ta peau Léon
J’ai eu ta peau Léon
Léon, Léon, Léon, Léon.

VIATIQUE PAR BIRAGO DIOP


ODILON REDON

VIATIQUE PAR BIRAGO DIOP

Dans un des trois canaris

des trois canaris où reviennent certains soirs

les âmes satisfaites et sereines,

les souffles des ancêtres,

des ancêtres qui furent des hommes

des aïeux qui furent des sages.

Mère a trempé trois doigts,

trois doigts de sa main gauche :

le pouce, l’index et le majeur;

Moi j’ai trempé trois doigts :

trois doigts de la main droite :

le pouce, l’index et le majeur.

Avec ses trois doigts rouges de sang,

de sang de chien,

de sang de taureau,

de sang de bouc.

Mère m’a touché par trois fois.

Elle a touché mon front avec son pouce,

Avec l’index mon sein gauche

Et mon nombril avec son majeur.

Moi j’ai tendu mes doigts rouges de sang, de sang de chien, de sang de taureau, de sang de bouc.

J’ai tendu mes trois doigts aux vents aux vents du
Nord, aux vents du
Levant aux vents du
Sud, aux vents du couchant;
Et j’ai levé mes trois doigts vers la
Lune, vers la
Lune pleine, la
Lune pleine et nue
Quand elle fut au fond du plus grand canari.

Après j’ai enfoncé mes trois doigts dans le sable dans le sable qui s’était refroidi.
Alors
Mère a dit : «
Va par le
Monde,
Va !
Dans la vie ils seront sur tes pas. »

Depuis je vais

je vais par les sentiers

par les sentiers et sur les routes,

par-delà la mer et plus loin, plus loin encore,

par-delà la mer et par-delà l’au-delà ;

Et lorsque j’approche les méchants,

les
Hommes au cœur noir,

lorsque j’approche les envieux,

les hommes au cœur noir

Devant moi s’avancent les
Souffles des
Aïeux.

Birago Diop

VIRAGE


VIRAGE

La ligne droite montre qu’elle est proche de sortir de la courbe

Ce que la nature envoie comme signes du passé est clair

Un changement est en cours de besoin

Peindre d’une nouvelle manière exprimera ce qui est sorti du stérile en se rangeant à la continuité du productiviste

La sélection naturelle est dans l’écho du système.

Niala-Loiobleu – 19 Mai 2022

Estranya Forma de Vida


Estranya Forma de Vida

19 MAI 2022

tags: Alfredo MarceneiroAmália RodriguesCatalogneEstranha forma de vidaEstranya forma de vidaFado bailadoMariona Sagarra

Une curiosité : le fameux Estranha forma de vida, d’Amália Rodrigues, sur la musique du Fado bailado d’Alfredo Marceneiro, dans une adaptation catalane de Mariona Sagarra assez fidèle au texte original, tout juste un peu édulcoré.

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Mariona Sagarra • Estranya forma de vida. Amália Rodrigues, paroles originales portugaises ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado). Adaptation en langue catalane de Estranha forma de vida.
Mariona Sagarra , chant ; accompagnement instrumental.
Extrait de l’album Dies diferents /  Mariona Sagarra. Espagne, ℗2003 .

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Fou voluntat dels déus
viure amb aquesta ansietat,
que tots els mals siguin meus
i meva la soledat.
Fou voluntat dels déus.

C’est par la volonté des dieux
Que je vis dans cette inquiétude,
Accablée de maux,
Habitée de solitude.
C’est par la volonté des dieux.

Estranya forma de vida
té aquest meu cor.
Viu amb la vida perduda:
qui li daria aquest do?
Estranya forma de vida.

Étrange façon de vivre
Que celle de mon cœur !
Il vit une vie d’égarement,
D’où lui vient ce talent ?
Étrange façon de vivre !

Cor meu independent,
Cor meu que no domino,
vius perdut entre la gent.
Ai! Tristament sagnant,
cor meu independent.

Cœur indépendant,
Cœur désobéissant,
Tu vis perdu dans le monde,
Ah ! Tu saignes tristement,
Cœur indépendant !

Jo no t’acompanyo més.
Para, deixa de patir
Si no saps on has d’anar,
Para, deixa de patir
Jo no t’acompanyo més.

Je ne t’accompagne plus.
Arrête-toi, cesse de souffrir.
Si tu ne sais pas où tu vas,
Arrête-toi, cesse de souffrir.
Moi, je ne t’accompagne plus.
D’après Amália Rodrigues (1920-1999). Estranya forma de vida, adaptation catalane de : Estranha forma de vida.
.
Amália Rodrigues (1920-1999). Étrange façon de vivre, trad. par L. & L. de Estranya forma de vida.

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Le premier enregistrement d’Estranha forma de vida par Amália a été publié en 1962. Cette même année, elle le donnait en public à Lisbonne, lors d’un spectacle donné en l’honneur du fadiste Filipe Pinto. Voici :

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Amália Rodrigues (1920-1999) • Estranha forma de vida. Amália Rodrigues, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique. Enregistrement public, dans le cadre du spectacle donné en hommage à Filipe Pinto au théâtre Tivoli, Lisbonne, le 29 novembre 1962.
Extrait de l’album Tivoli 62. 1ère publication : Portugal, 2015.

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TÊTES DROITES


TÊTES DROITES

La chaudière n’a pas pu résister à la pression

elle a implosé déversant par son cathodique tube une pluie à redresser la tête des fleurs

Avant que le dragon revienne sécher de son lance-flammes j’ai profité de la pause pour mettre mon corps au frais en disant bonjour au jardin

Le sentiment qu’il il y a des motifs de se dire quelque chose qui tienne fait toujours du bien

J’en garde la faculté par le choix du bleu au départ du nuancier.

Niala-Loisobleu – 19 Mai 2022