La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
La poésie limitrophe exige un saut Qui projette en un bord ou ressaut Dans le plaisir dont nous parlait Lucrèce Surplomb et seuil qui fait le don du comme Comme il est doux de regarder naufrages Il est plus doux le point d’esprit d’où l’errance se voit Et les choses se partager en un comparatif de monde (tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses) Où sommes-nous donc nous étonnant d’y être et que l’étonnement étonne Michel Deguy
J’aime ton odeur, ta saveur Léon T’es pas beau Léon T’as les cheveux longs Mais je t’ai dans la peau Mais je t’ai dans la peau Mais je t’ai dans la peau, Léon
Je ne suis pas jolie, jolie Nous ne sommes pas beaux, beaux, beaux Mais contre toi, moi je grille Tu me fous le feu à la peau T’as p’t-êt’ pas des bras d’athlète T’as p’t-êt’ pas l’torse velu Mais j’adore tes mirettes, qui se brouillent Quand tu m’dis Qu’tu m’as dans la peau Léon Qu’tu m’as dans la peau Léon Qu’tu m’as dans la peau Léon Léon, Léon, Léon, Léon
Mais voilà, mais voilà Qu’un soir au cinérama Au ciné en longueur Sur l’écran exhibiteur Une femme un serpent Une chatte mollement Etendue plus que nue T’a ému Cette femme plus que nature
En couleurs plus que pures Cette roulure sans pelure Qui roulait en voiture Cette glue, ce serpent Cette chatte mollement S’est glissée, s’est lovée Au creux de ta peau Léon Tu l’as dans la peau Léon Tu l’as dans la peau Léon Tu l’as dans la peau Léon Léon, Léon, Léon, Léon
Depuis tu prends des airs rêveurs, Léon Pourquoi mon Léon ? T’es plus mon Léon Pour une étoile dont la peau N’est qu’un rayon, un halo Nébuleuse vapeur sans chaleur J’aurai ta peau Léon J’aurai ta peau Léon J’aurai ta peau Léon Léon, Léon, Léon, Léon
Ce fut voluptueusement, Sans cri, ni geste, ni adieu Tu basculas dans le néant Tu n’auras pas vécu bien vieux C’n’était qu’une p’tite écorchure Sur la peau de ta figure Que tu te fis au rasoir, J’l’avais mouillée de curare J’ai eu ta peau Léon J’ai eu ta peau Léon J’ai eu ta peau Léon Léon, Léon, Léon, Léon.
Moi j’ai tendu mes doigts rouges de sang, de sang de chien, de sang de taureau, de sang de bouc.
J’ai tendu mes trois doigts aux vents aux vents du Nord, aux vents du Levant aux vents du Sud, aux vents du couchant; Et j’ai levé mes trois doigts vers la Lune, vers la Lune pleine, la Lune pleine et nue Quand elle fut au fond du plus grand canari.
Après j’ai enfoncé mes trois doigts dans le sable dans le sable qui s’était refroidi. Alors Mère a dit : « Va par le Monde, Va ! Dans la vie ils seront sur tes pas. »
Une curiosité : le fameux Estranha forma de vida, d’Amália Rodrigues, sur la musique du Fado bailado d’Alfredo Marceneiro, dans une adaptation catalane de Mariona Sagarra assez fidèle au texte original, tout juste un peu édulcoré.
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Mariona Sagarra • Estranya forma de vida. Amália Rodrigues, paroles originales portugaises ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado). Adaptation en langue catalane de Estranha forma de vida. Mariona Sagarra , chant ; accompagnement instrumental. Extrait de l’album Dies diferents / Mariona Sagarra. Espagne, ℗2003 .
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Fou voluntat dels déus viure amb aquesta ansietat, que tots els mals siguin meus i meva la soledat. Fou voluntat dels déus.
C’est par la volonté des dieux Que je vis dans cette inquiétude, Accablée de maux, Habitée de solitude. C’est par la volonté des dieux.
Estranya forma de vida té aquest meu cor. Viu amb la vida perduda: qui li daria aquest do? Estranya forma de vida.
Étrange façon de vivre Que celle de mon cœur ! Il vit une vie d’égarement, D’où lui vient ce talent ? Étrange façon de vivre !
Cor meu independent, Cor meu que no domino, vius perdut entre la gent. Ai! Tristament sagnant, cor meu independent.
Cœur indépendant, Cœur désobéissant, Tu vis perdu dans le monde, Ah ! Tu saignes tristement, Cœur indépendant !
Jo no t’acompanyo més. Para, deixa de patir Si no saps on has d’anar, Para, deixa de patir Jo no t’acompanyo més.
Je ne t’accompagne plus. Arrête-toi, cesse de souffrir. Si tu ne sais pas où tu vas, Arrête-toi, cesse de souffrir. Moi, je ne t’accompagne plus.
D’après Amália Rodrigues (1920-1999). Estranya forma de vida, adaptation catalane de : Estranha forma de vida. .
Amália Rodrigues (1920-1999). Étrange façon de vivre, trad. par L. & L. de Estranya forma de vida.
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Le premier enregistrement d’Estranha forma de vida par Amália a été publié en 1962. Cette même année, elle le donnait en public à Lisbonne, lors d’un spectacle donné en l’honneur du fadiste Filipe Pinto. Voici :
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Estranha forma de vida. Amália Rodrigues, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado). Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique. Enregistrement public, dans le cadre du spectacle donné en hommage à Filipe Pinto au théâtre Tivoli, Lisbonne, le 29 novembre 1962. Extrait de l’album Tivoli 62. 1ère publication : Portugal, 2015.
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