OURDIR LE BLEU PAR JACQUES IZOARD


OURDIR LE BLEU PAR JACQUES IZOARD

Ourdir le bleu

dont on possède l’ombre ou la clarté.

Les savoyards logent dans la maison croquée.
Comme l’étain.

le cuivre est sourd :

cruches et tabatières

en témoignent.
Passe ton chemin.

porteur de coquilles.

Ensemble de tracés, de clameurs.

Les genoux ont des coussins.

La sombre, en son poivre,

est fagot de sureau,

blancheur mourante.

On ne peut que voir

à petit feu.

On ne peut qu’annoncer

la langue et sa manœuvre.

Nerfs dont on ne sait ni le nom, ni le chemin, ni la rivière fluide, nerfs de laine ou de foin, nerfs, je vous appelle.
Vous longez, silencieux la main, la jambe.
C’est le cœur qui vous tient serré dans sa lumière.

Cri mâle ou parole qu’on jette aux ajoncs !
Souvent, le souvenir.
Souvent, la récolte.
Quinquets et sabots sont dérision.

Grondeur intègre et bleu.
Les plantes et les veines emmêlent tiges et cheveux.
J’arrive au sommet du mont : le clocher dressé, la fièvre.
Opaque devin qui me traîne.
Les pirogues ont des mains papelardes et des éboulis muets.
J’élève l’élève, et la langue, en ce moulin moelleux, fait figue, fait flèche.
Et c’est le démêlé très doux qu’on suppose en la cosse.

Vin chantant.
Toupie.
Lave l’œuf à grande eau.
Bonnet de laine ou grain de blé.
Bon sabot plumé.
Ou orge, ou gorge.
Ou orme assouvi.

Maisons de papier, de foin, où vivent ensemble arbres et mulots, voici vos villes, vos étreintes
La poutre et le carreau ont mille raisons de craquer, de fendre toits et portes.
Au jardin, le linge prend feu pâle, capture en vain papillons ou mains.

Tout est bon : le lierre, les murs gris, le feu franc, les lèvres et les jambes.
Nous irions voler, dès qu’aube tombe, chats et bestiaux, femmes sans langue.
Et je marche à travers les souches mates, les sapins, comme endormi, palpé sous la peau, animal sans ombre.

Le doux appareil frotte le linge contre la main.
Et nous sommes sûres de voir muscles et tendons.
Fallait-il amincir la peau fine et les ongles ?

L’œil sans cloison n’étouffe qu’une clarté sans famille.
Me voilà dans l’épaule.
Me voilà dans le talon qui claque ou qui ronronne.
Partout, les mains dorment, frêles et liquides, dans le geste enfermé d’un dormeur bleu.

Touche toutes les armes

l’orange et la chaux,

la douleur très ronde

où l’œil est un puits,

le genou dodu, la châtaigne.

On verra le pays

vivre dans la querelle

du charbon repu.

L’écureuil poursuit jabots ou crécelles.
Claque un cabaret !
Mon timon noir ameute les filles, les femmes.
En chandail jacquard, je fais le jade, franchis l’éventail du coq et du pou.

Chacun des bras, chacun des doigts.
Y compris la cuisse et le genou, la maison, le papier, l’enclume, et l’odeur ovale des arbres, le lait qu’on avale.
Papiers à grandes jambes dans le ruisseau vert.
Repas de grenouilles.
Jambes courtes du sang, jacquemart bleu d’amblève, amande en langue de chat.
J’allonge en vain le cœur jaune: jambe de bois n’ose.

Bourgeons ronds, menus grains

dont l’œil s’emplit.

Et c’est la pluie

dont nous aimons

les liens, les pattes,

les boules de nerfs.

Déjà, plumes et châtaignes

font rouler l’ombre :

on dirait qu’un soleil

meurt noyé,

qu’un enfant court

dans le parfum des aulnes.

Oubli gelé de la sève très blanche, l’hiver.
C’est ici le lieu, la rotonde.
C’est ici le lieu.
Nul ne se cherche un visage : flots de givre en mon ventre, flots d’étoffe, de graines, ou de grains coupés en deux.
Les enfants font des rondes, avalent des poignards.
Mettront-ils à feu et à rêve le home des voleurs ?

Langue avide vers le couloir que défend la herse aux oiseaux froids.
Déluge emplumé des yeux, dédale de doigts très fins.
Dans la maison ronde, l’arc du borgne, touche le cœur.

Nous vivions de laine,

de crayons de couleur,

d’eau fraîche, d’estampes.

Les fenêtres en papier

n’étaient pas des tambours.

Nous aimions le candi, la cannelle,

les femmes sans bras,

les garçons sans regard.

Muscles doux et volés

sous la peau qui caresse

la peau, qui coupe

le souffle.

Court projet des doigts,

des dents à la carie.

Salve de salive !

Donc, tu vis, tu choisis

la maison détruite,

ses poutres, ses mannequins,

l’empire de la main nue.

Péroné rouge, te voici, long sous le gel, outil de longue taille, cassé deux fois, vers midi.
Enfant de petit doigt, nous aimons ta nage et clamons à cris nus : feu logé ! vaste neige !

J’avoue qu’un ouvrier serre le plus grand talon, conserve un outil bleu le plus longtemps possible.
Vive épreuve, action de neuve envergure, où l’arbre est debout dans la bouche du parleur.

La main laisse à la main la paume et les dix doigts, la femme ou l’étendard.
Viens à moi, fileuse, fille sans recours…
L’épaule gauche est la bosse du deuxième cœur.

Coupe en quatre lèvres et cheveux : l’épingle est visitée, le sabot parle bas, le chemin fait le tour de la chambre et du cœur.

Langue à vendre

ou œil sourd

dans un panier d’aveugle…

Et va la veine

au cœur.

Et dort le dormeur

dans le poing, dans l’oiseau.

Le feu volé, je le donne à ce parleur dans une maison vide, à ce marcheur très doux dans une forêt touffue.
Et je coupe les ciseaux.
Je ne tranche pas le cou de la femme que j’aime.

Connais-tu le figuier?
La clarté sans couture vit dans la bouche.
C’est la femme endormie qu’il faut suivre: la rivière l’assouvit, la très pâle enchantée, muscade en son parfum, l’éveillée sans retour.

Jetais cavalcade ou sel pur dans le chemin des veines, le chameau de l’aiguille ; forêt, je salue tes étais, tes papiers fondus. À mamelon entier, je préfère
demi-sabot, quenouille, ou grenouille dans la bouche: c’est soleil, c’est fracas d’eau nourrie de viviers, de vive nuit, de vin clair qu’on a bu dans les fermes, au fond des puits glacés,
claquant dents et scies; marchez vivants, enfants de laine, dont les yeux sont jouets de cerises, et caressez goupils et filles.
Orée des cheveux.
Orée des mains, des chemises.
Mentirai-je sur les doigts?
Je fuis à courte paille au sommet des maisons.

Carcans et châssis font ténèbres.
Chassent la peau, la neige, et j’essaie de retenir bras d’enfants, chenilles, paupières dans cette chambre où, finalement, tout se joue: le vivre à perte d’œil, le nourrir
en son melon, le grossir en cette potiche gardeuse de billes, de pièces de monnaie, de fragments d’ongles de jade !
Exulte le chant très franciscain.
De l’attente enfiévrée, je sors très pâle et seul, près des ciseaux primaires.
Des masses de foin fondent.
On entend les osselets crisser, les drapeaux coudre leurs couleurs.

Car si je scie le doigt, je scie le feu, la flamme femelle du corbeau: anis, cannelle, pépins, levain, radis, poivre, voilà plus qu’il n’en faut pour survivre en ce cocon
touffu.
Tout fait farine à
Iveldingen.
Je me souviens: j’essuyais les cheveux, les vitres, les carreaux, les verres laissés à terre, que les bafouilleurs avaient oubliés.
Et nos enfants juteux marmonnaient maints embrouillaminis; lève un seul sabot: la houe rouille.
Fourre de papier le mannequin que tu portes sur le dos, tel un nain tatoué, un frelon nu qu’on châtre sous le préau.
Allonge un long membre dans la maison des doigts: lave le va-et-vient qui meurt dans la mort.

Coquin vêtu de vert, je t’embrasse en tes balafres, et te crie: scie les mains et les sabots, et cherche en ton chien les plumes ennuagées.
Viens avec moi: la peau tire les genoux vers les yeux ; je tue le feu, le linge où vit le plat papillon du front, les charbons délavés des veines, les pupilles mates des bambins
qui vont à l’école.
Et je me dresse, et je hurle à la hâte les indistincts mots du pus noir.
Voile, voile l’orage, l’organisation des pas du sable et du bois.
Rêveur chaud que la menthe assouvit, vis ici parmi les encres et les chiffons et les fragments de peau; pulpes, verrières, plantes grasses, émaux n’étoufferont pas la petite
femme dans la savonnette.

Opaque lointain.
Montagne en neige.
Le papier noyé boit les mots où la femme en lèvres fend le cuir dont tu sais les tendons, les mortes frondaisons.
Mirabelles dans des paniers de lin; fleur d’amandier dans l’œil.
De quel époux se séparer?
Je touche outre.
Au-delà des doigts, l’orfraie ou la haie fïleuse et ses chemins poudrés ou pointus, qui vont vers les étangs piles, les miroirs gredins, les puits vengeurs, d’où
sortent des brassées d’enfants minuscules.
Ah!
Sommet de nos centaines de vitres, de nos moleskines, de nos trajets coupés en huit.
Février est un homme court.
Les doigts pendus aimaient les doux vernis d’Isabelle en gris, les cœurs de jade ou de
Jacques.

Ma campagne passe par l’œil dont tu cousais l’étoffe, la blancheur canaille, la prunelle.
Et les cloutiers rêvaient.
Et les dormeurs, appuyés aux échelles, aha-naient.
Fruits duvetés des pommiers, la coque est pleine.
Hors d’ici, voleurs de filles; qui secondera les bras courageux de l’hyène et les efforts du grand cheval bleu?

Pourvu que j’écrive «froidure» ou «demi-sentier» ou «carcasse» ; haute givrée, la voici onglée sous l’œil jeune et je ne sais lui parler,
mangeant les mots qu’elle donne, hurlant «scalpel» , matins ouverts dans une maison, dans un oursin, dans une espagne à l’envers, où le nalôn se sert de mes mots.
Je juge un juste espoir.
Je pends le papier à l’aide d’un croc.
La main prend peur si le fruit rapetisse ou gagne le grenier vrai des filles qu’on engrosse, qu’on veut toucher demain dans la dent, toujours à l’intérieur.

Puisque claques font ténèbres, jeu de peuple en naufrage.
Ouvrier de bonne menthe, je sais que tu m’aimes.
Eclate.
Suis la poutre et saute à travers l’œil glacé de la poule ou fais semblant de l’enivrer, lucide.
Je suis l’odeur de mon odeur, corps déraciné qui naquit de mon ombre, dans la foulée d’un incendie qui marche à pas de sang dans mes membres, et mes vertèbres, et mes
épaules fragiles.

Et voici l’astuce, le terrain mou des yeux, des regards de glu sous la table.
Hésitez, soyez plus noir que l’horloge éventrée dans des jardins engloutis.
Je marche et suis vieillard.
Je marche dans le parleur orange, dans l’oreille immense d’un parc de vitres, où chaque plante sort d’un œuf.
Hurle ou ne hurle, tu verras des maisons sur le flanc, des enfants d’orge, qui viennent voir leur mère dans le ventre de ta mère.

A sombre venue, je lisse la chambre et suis organe de noir massage à travers maints ouvriers les pieds cassés, les moignons bien vivants dans des guêpes et des encriers nus, dont
j’étais le sauveur.
Perpétue la trace et le fol enjeu, damne et cloue, laitier bébé que je tatoue, que je traverse d’une masse argileuse, avec mes aigrefins, mes vautours pointus, mes cadenas
enveloppés de laine. À qui dirai-je que j’écris pour écrire un seul mot qui me tient à jambe?

Arrache à foudre sans demain le glas poilu de l’œil: déjà tu te sers des mâchoires pour avaler l’œuf premier, puis la langue, et des milliers d’amandes, dont le
goût te traverse, hors du toucher rêche.
Prunelles ou baies par tombereaux, assaillez-moi !
Pitié, poux ou arbres de noir rejet, vierges carnages !
Je dirai demain que je pars vers vos étraves, prêt à déchirer les jutes, les ganglions, les estomacs, les tissus somptueux des jaunes d’œuf, dans le dédale sec du
palais d’os que ma main possède.
Et je suis ici dans chaque cri qui coupe en deux la nourriture.
Ave.

Village dont on se sait brisé ou gourmand.
Je lance à bonne vitesse un flacon d’orange et je dors dans le village de mes épaules, dans le village de mes jambes, dans le village de mes yeux, dans le village de mes cheveux, dans
le village de mes ongles que je regarde souvent.
Ongles sans
Pyrénées, sans vains parloirs : êtes-vous là, étiez-vous là sans histoire, quand on me demandait d’entrer dans la prison
Saint-Léonard, poupée bouffie de son ?

Bois à goulée le citron, la neige, le thé.
Je n’écris pas, je mange à poings perdus dans ma vie effilée, fil tendu de l’ongle, où des cerfs lèchent un peu de bon sang pendu.
Je m’insurge à chaque rondeur du corps où mes mains inondent une douleur de grenade, un bon sens évidé: luxe ou taillis, réminiscence, plan d’eau vaine, plan de
verveine à chaque étage.
Au grenier, je nage entre les os norvégiens des enfants.
Je saute et diminue de clarté, car le tambour que j’ai aimé m’engrange et m’endors roulé dans un grain de sel.

Petits souliers mous, je vous aime, puisque je vis à
Halbachermuhle, dans un moulin creux, qui croît le long des aulnes, à
Amblève, où sont mes blancs parents, de longs chemins enroulés dans les jambes.
Quatre caisses de bois craquent, et mon cœur, mon corps allègent le feu qui palpe une dernière fois les hanches des branches, les landaus muets de quelque châtelain
cru.
Navigateur béni, crois-moi, je tiens à courts bras l’orfraie dont les plumes poissent le col ; ma femme plie le linge enneigé, les plies, les soles, dans l’armoire en
noyer.
Incestueux promeneur, mange ton ombre et grave, ce mardi, ton nom et le mien dans le cuir peureux, dans l’écorce mate.
Mille phalènes sont dans les yeux ; les fourmis, dans les jambes, ont des genoux minuscules, et nous économisons notre regard en ne le posant qu’où nos lèvres se posent, sur
le chemin chevelu de
Meyerode.

Glotte où petits oiseaux me font mourir de cris.
Sont, sont ainsi longs doigts de pied ou jouets de couleur pour de nègres oranges.
L’étouffement de la paume a permis le voyage : le voyeur est caché dans la dernière phalange et casse tout : les yeux qu’on gardait pour le bon regard, les pieds bots
empalés.
Ah! juristes sans vérité, que faire?
J’oins les parties de mon corps de liquide douceâtre et de miel et suce enfin arbres et robinets.
Passe, garde à cheval, et ne me crois pas.
Je vis le remous à l’intérieur du cœur et ne suis ici qu’en demi-voyageur.

Bête à bête.
On dit bien qu’on ira battre une panse à pleines mains, cacher dans la fontaine un gigot de velours, voler le cœur gonflé d’un garçon très noir, dont les muscles en
sommeil n’ont pas de nom, n’ont que fièvre sans foudre, ou jardin épais.
Je suis joyeux ; ceci me donne un remontoir de papier, puisque je vais à la campagne faire mûrir les tambours, récolter les rivières ou lécher l’eau pure, compter les
grains moussus, les cerises cerise.

Jacques Izoard

Jacques Bertin – J’ai peu de choses à dire


Jacques Bertin – J’ai peu de choses à dire

   J’ai peu de choses à dire au fond je cherche peu de choses
Et tout le reste c’est un habit sur moi à peu près ajusté
Je peux bien partager votre combat vos certitudes : papier-buvard
Le jardin du grand-père et un trou d’eau un arrosoir
Le mal au fond le mien c’est ailleurs un fanal resté allumé
J’écris, ma femme dort, je rassemble un maigre bagage
Un maigre bien, des idées vagues, des tentatives de notions
Tout ce à quoi je souscris et qu’en bon entendement il faut admettre
Des restes de vos garde-robes, des idées de révolution
 
Qu’est-ce que j’ai à moi ? Ma mère le lundi qui lave
Quand elle pleure, c’est qu’elle a les yeux pleins de savon
Le linge sèche, la cuisine est humide, la radio couvre le cri des gosses
Je n’ai rien qu’une enfance banale comme un cartable en carton
 
Ô les appartements tièdes, les belles dames
Messieurs qui parlez fort bien et lisez des journaux avancés
Comme si le monde vous appartenait ô fils de familles
Vous êtes les meilleurs jusque dans la révolte ô impeccables révoltés
 
Qu’est-ce que c’est mon bien ? Qu’est-ce que je peux mettre dans la balance
Je suis ce bateau à l’écart des routes échoué
Dans une nuit où flottent des mots insaisissables
Parfois ils frôlent les toits comme le bas des robes brodées
 
Mère de mon ami madame des romans et des jardins à la française
Cheveux tirés qui régnez sur vos bibelots et vos rendez-vous
Que faites-vous ici ce soir, pourquoi vous déshabillez-vous
Ici, chez ce jeune homme qui est un enfant et qui vous prend les genoux
 
Parlez très vite et que s’effondre l’édifice
Je pénètre dans le parc interdit, je brise tout
Quand vous serez vaincue, votre monde souillé avec vous
Je suis encore l’enfant qui s’excuse pour le désordre et pour tout
 
Qu’est-ce que c’est mon bien ? le silence des enfants des pauvres
Et deux ou trois détails à dire aux copains les jours d’abandon
Un dimanche matin d’hiver, un jour, quand j’étais gosse
Il fait chaud, dehors, j’entends passer les dynamos
Qu’est-ce que j’ai à moi ? Qu’est-ce que je peux dire pour ma défense
Un souvenir sans intérêt, une nuit de vendredi saint
Nous allions boire un café à vingt-cinq francs sur une table de campagne
En ville, des messieurs-dames parlent des poètes avec du maintien
 
Qu’est-ce j’ai à dire On ne m’a pas donné la parole
J’ai le manteau troué au vent des étoiles de la révolution
Je suis sur mon vélo, je rentre à la maison par la croix-blanche
Ô mon père et ma mère laissez le garage allumé, je rentre à la maison

jacques bertin
tengo poco que decir

Tengo poco que decir en el fondo, busco pocas cosas
Y todo lo demás es un traje en mí, bastante ajustado
Puedo compartir tu lucha tus certezas: papel secante
El jardín del abuelo y un pozo de agua una regadera
El mal en el fondo mío es en otra parte un faro que ha permanecido encendido
Escribo, mi mujer duerme, recojo un magro equipaje
Un bien escaso, ideas vagas, intentos de nociones.
Todo lo que suscribo y que en buen entendimiento debe admitirse
Restos de tus guardarropas, ideas de revolución

¿Qué poseo? Mi madre el lunes que lava
Cuando llora es porque tiene los ojos llenos de jabón
La ropa se seca, la cocina está húmeda, la radio tapa el llanto de los niños
No tengo nada más que una infancia ordinaria como una cartera de cartón.

Oh los tibios apartamentos, las bellas damas
Señores que hablan muy bien y leen periódicos avanzados
Como si el mundo te perteneciera, oh hijo de familias
Sois los mejores hasta en rebelión oh rebeldes impecables

¿Cuál es mi propiedad? ¿Qué puedo poner en la balanza?
Soy ese barco fuera del camino varado
En una noche donde flotan palabras escurridizas
A veces rozan los tejados como la parte inferior de los vestidos bordados

Madre de mi amiga Madame de novelas y jardines franceses
Cabello tirado que gobierna tus baratijas y citas
¿Qué haces aquí esta noche? ¿Por qué te desnudas?
Aquí, a este joven que es un niño y que toma tus rodillas

Habla muy rápido y el edificio se derrumba.
Entro al parque prohibido, lo rompo todo
Cuando eres derrotado, tu mundo se mancha contigo
Sigo siendo el niño que se disculpa por el desorden y todo

¿Cuál es mi propiedad? el silencio de los hijos de los pobres
Y dos o tres detalles para contarles a los amigos en los días de abandono
Una mañana de domingo de invierno, un día, cuando yo era un niño
Hace calor afuera, escucho pasar las dinamos
¿Qué poseo? ¿Qué puedo decir en mi defensa?
Un recuerdo sin interés, una noche de Viernes Santo
Íbamos a tomar un café a veinticinco francos en una mesa de campo
En el pueblo, señores y señoras hablan de poetas con porte

que tengo que decir no me han dado la palabra
Tengo el manto con agujeros al viento de las estrellas de la revolución
Estoy en mi bicicleta, me voy a casa por la cruz blanca.
Oh, mi padre y mi madre dejan el garaje encendido, estoy llegando a casa

Jacques Bertin – Les Grands Départs


Jacques Bertin – Les Grands Départs


Qui saura où je suis passé ?
Je m’en irai sur une route
Fortuitement, sans qu’on s’en doute
Sais-je bien moi-même où j’allais
Téléphone le long des fils
Cœur fatigué, moteur fragile
Hameau désert et destinée
Dérisoire, décor futile

Quelqu’un appelle, il est midi
Mais d’une voix qui ose à peine
Tout dort, on dirait, tout est dit
Et votre tendresse incertaine
C’est par une blessure ancienne
Amis, ô vous m’abandonnez
Sauvez-moi, étrange est ma peine
La vie s’écoule par la plaie

Je m’en irai dans le silence
Dans mon silence recouvré
En haut des prés, dans mon silence
Et dans l’herbe où j’aurai passé
L’amitié des choses inertes
M’enveloppera pour ma perte
De minutes, d’ondes, d’années

Et dans le blond devenir immobile, je mourrai

Jacques Bertin

ADDUCTION


ADDUCTION

Les creux du fossé butent à la grosse pierre servant de robinet à la source, retenant la distribution demandée

Combien d’attentes abritent en réfugiés dans leur camp

le broc nomade n’assure que les navettes entre ici et l’eau de là

Aller paître à la verdeur de son herbe locale sans être sage demeure plus clair, celle d’ailleurs à toujours plus d’alinéas en tous petits caractères. Sans pinailler sur le nombre de pétales des marguerites de l’une ou l’autre, je m’en bats l’oeil vu que les fleurs que je peux peindre sont d’une autre sorte florifère

De tige grimpante aussi bien à l’horizontale du moment; ma fleur s’avoue verticale par son origine philosophique, espèce de printemps des poètes qui régulait les crues, les coulures de boue par terrain si bien assis qu’aujourd’hui on a du mal à croire au sentiment sincère

Combien d’abri pour le bétail a vu pousser l’agrandissement de la ferme par adjonction familiale d’un corps de bâtiment au fil du premier jour à la fin de la deuxième guerre mondiale ?

Les batteries de poulets et le veau sous l’amer ont arrêté l’inventaire en gardant un nom qui ne correspond plus à autre chose que le fric: le patrimoine

La pente finira par se rattraper et se foutra tout par terre

Déjà dans la Mancha Don Quichotte ne vante plus les moulins

Tout ça pour dire comme j’en étais sûr que Prévert est bien le visionnaire qui m’a éclairé dès ma première entrée en Seine.

On amène pas de l’eau dans des déserts.

Niala-Loisobleu – 26 Janvier 2022

Jacques Prévert

UN BEAU MATIN PAR JACQUES PRÉVERT

Il n’avait peur de personne

Il n’avait peur de rien

Mais un matin un beau matin

Il croit voir quelque chose

Mais il dit
Ce n’est rien

Et il avait raison

Avec sa raison sans nul doute

Ce n’était rien

Mais le matin ce même matin

Il croit entendre quelqu’un

Et il ouvrit la porte

Et il la referma en disant
Personne

Et il avait raison

Avec sa raison sans nul doute

Il n’y avait personne

Mais soudain il eut peur

Et il comprit qu’il était seul

Mais qu’il n’était pas tout seul

Et c’est alors qu’il vit

Rien en personne devant lui.

Jacques Prévert

Georges Moustaki – Les Enfants d’Hier


Georges Moustaki – Les Enfants d’Hier

Nous sommes des enfants d’hier
Qui n’ont pas encore grandi
Nous tirons encore la langue


Et nous faisons beaucoup de bruit
Nous jouons avec des guitares
Et nous écrivons des chansons
Nous fumons des herbes bizarres
Qui poussent autour de la maison

Parfois la vie nous illumine
Quand le soleil est de retour
Sur le sommet de ces collines
Où nous allons faire l’amour
C’est nous que les voisins détestent
C’est à nous qu’on offre des fleurs
On surveille nos moindres gestes
On reprend nos chansons en choeur

Notre berceuse était amère
Quand nous étions petits soldats
Lorsque dehors il faisait guerre
Lorsque dedans il faisait froid

Nous sommes des enfants d’hier
Qui n’ont pas encore grandi
Nous tirons encore la langue
Et nous faisons beaucoup de bruit

Georges Moustaki

« AU COIN DE RUE » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE SOUS/VERRE 50X70


« AU COIN DE RUE »

NIALA 2022

ACRYLIQUE SOUS/VERRE 50X70

Voilà le carrefour des verticalités

riverain des voies du silence

Au pied de la chambre de bonne, eau-courante au fond du couloir, par l’escalier de service siou-plait

sur le trottoir contre la descente pluviale poussera jusqu’au bout une dernière anémone

chanteuse à texte de rue, lavandière, ravaudeuse de naturel, walkyrie écuyère du rein, conteuse de cuisine, surréaliste file de joie d’un beau cabinet de curiosité, que l’ibère n’a pas gelé lors de la colonisation

A la vérité chacun son sursaut pour franchir la pantalonnade du quidam

vivre sans cacher la réalité de sa gourmandise

Tout comme Frida je préfère la trompette du mariachi à celle de Jéricho

Quatre-saisons à l’arrêt, la charrette mêle dans son étal la figue au rouge carnassier de la langue, des menthes, pour la promotion de l’abricot au sein du caniveau

L’enfant, cul au bord et pieds dans la rue pousse les moulins jusqu’à la Mancha avec son cheval amoureux de sa licorne

Où des maisons-blanches marquent de leurs bornes l’orée du bois

En plein soleil sous les marronniers (pour l’ombre) le fameux bac à sable des entrailles que la mer tangue au bas d’une falaise aux seins lourds

Si le peintre et son oiseau habitent là , c’est parce que les catéchèses d’une société nouvelle étant passés par là, rien de bon tient encore debout

Allez loup ya !

Niala-Loisobleu 25 Janvier 2022

Jacques Bertin – La Maison au Bord de la Route


Jacques Bertin – La Maison Au Bord De La Route


C’est une chanson pour l’enfance
Pour chanter longtemps
Avec des mots comme espérance
Et soir couchant
La maison au bord de la route
Sous les cerisiers
Fume pour écarter le doute
Comme un chien couché {x2}

Les voisins qui sont vieux et sages
Gâtent les enfants
La dame parle des Rois mages
Et lui des uhlans
On ne le croit pas, mais on rêve
En mai les jardins
Sont pleins de rumeurs et de sève
Et d’amour en juin {x2}

J’ai vécu dans une autre vie
Où dans un passé
Dans cette maison cette vie
Et ce temps rêvé
L’hôtesse est blonde aux yeux pervenche
Couleur des rideaux
Quand il fait bon la maison penche
L’épaule dans l’eau {x2}

Tout près est une basilique
Entre deux moulins
On y monte dans les colchiques
Et les chants marins
Couverts de bouquets quand on rentre
Chacun fiancé
On chante pour suivre la pente
Et la destinée {x2}

La maison est comme une bête
Cachée dans un coin
Douce et chaude comme la tête
Au creux de la main
L’hôtesse a passé la barrière
Portée par l’amant
Et la scène emplit de joie fière
Les yeux des enfants {x2}

C’est une chanson pour l’enfance
Pour chanter longtemps
Avec des mots comme espérance
Et soir couchant

Jacques Bertin

Combien de temps il reste chante encore Reggiani depuis l’étoile qui l’héberge

On ne peut jamais savoir surtout quand on aime le vie à dépasser la mort ainsi et surtout que toutes les menteries qu’elle vous a réservées. Dans le ciel l’oiseau qui passe et reste peut continuer à croire. Il est dans son rêve sans que les vers ne le massacre pas

Voilà la petite maison qui s’approche

Le chemin qui y mène reste sans tourner le dos à l’amour.

Niala-Loisobleu – 24 Janvier 2022

LE BANC BLEU DU GARDE-BARRIERE


LE BANC BLEU DU GARDE-BARRIERE

Comme l’éclusier au moment crucial où l’aria demande le passage, le garde-barrière est dépêché sur la voix de traverse

Trop d’outre-noir vient à la provoque juste après, selon une méthode bien rôdée, avoir minaudé en troublant d’artifice la pureté de la source alimentant le lavoir

On peut choisir sa façon d’être, ça s’appelle la liberté du citoyen

seulement sans que ça décerne le droit de manipulation narcissique

L’abus de pouvoir fait qu’on change les draps à partir du moment où le lave-linge n’obtient rien de mieux que la planche à laver de l’amour lavandier

Les trois vaccins n’éliminant pas le risque qui se planque sous le faux-masque faire venir les bohémiens aux poignets porteurs de cicatrice. Ceux qui font peur et créent la méfiance sont les plus fidèles

Leur serment reste le vrai sauf-conduit pour passer le seuil des lendemains qui chantent juste

L’osier solidement tressé pour recevoir l’obole du drap propre fait échangeur au ban du chemin farci de traquenards

Vivre propre sans vanter la qualité de son homo c’est autre chose que l’image pour le mi-sel en récompense.

Niala-Loisobleu – 24 Janvier 2022

LES ARCHIVES DU PRIEURÉ PAR PAUL NEUHUYS


LES ARCHIVES DU PRIEURÉ PAR PAUL NEUHUYS

On n’aime pas ce que j’écris, tout ce que je fais est d’un anodin pignocheur de colifichets.

Mes amis me voudraient autre que je ne suis et voudraient faire d’un troène un cognassier.

Les plus aimables d’entre eux me quittent sur cette invite:
Tu es rasoir, grand-père, puisses-tu claquer au plus vite.

Le fait est que ça me paraît de moins en moins étrange d’être un mort au-dessus duquel les arbres mêleront leurs

branches

car j’aurai beau ne plus être, l’être sera toujours et comme un paysan qui rentre des labours

je préfère interroger le vol des étourneaux

ou bien regarder le feu fixement sans dire un mot.

Mourir, c’est s’attendre à tout, franchir les frontières de la

peur, voir le rideau qui subrepticement se lève à l’intérieur.

c’est descendre dans l’humide touffeur de l’humus, naître à la vaporeuse émanation de quelque chose de plus.

car la vie ne serait qu’une immense duperie

sans une existence supérieure à celle du corps et de

l’esprit.

Merveilleux est un mot très chrétien; ce qui compte c’est cette petite parcelle de réalité profonde.

C’est pourquoi pas de deuil dans la maison du poète mais un léger sourire:
Adieu, c’est chose faite…

Paul Neuhys

Jacques Bertin – Laissez une fenêtre ouverte


 Jacques Bertin – Laissez Une Fenêtre Ouverte


Laissez une fenêtre ouverte à votre maison entre la voie ferrée et la rivière
Je vous entends, j’entends les bruits du repas, votre enfant
Je vous entends murmurer dans votre premier sommeil
Je viendrai tout à l’heure rôder dans la cour, les chiens seront calmes, ils viendront à mes pieds
Vos rêves passés avec des mots épars, ils s’en vont dans la rivière, escortés de flambeaux 

Je veillerai sur vous dans la pelisse de la nuit et le museau des chiens Au premier bruit de l’aube je partirai Vous pousserez le volet 

Vous ne saurez pas que j’étais si près de vous

Jacques Bertin