La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
le vers est là qui remue sa croupe et ses seins comme un fruit défendu contre tout ce qui s’apprête à le culbuter à la cosaque, tout en mots d’une douceur qui planque son S.M.T. saumâtre à couvert, genre capote en glaise
Les roues qui patinent dans la pro messe
Ah Marianne ne crois pas que ça ira, ça ira, tu déchanteras de l’élection molle qui se prend pour la plus grosse
L’amuse-gueule écrit par Paul Neuhys, j’adhère du service trois pièces, mais la comptine du marchand du Temple c’est vraiment trop cher
De République à cinq ans de monarchie on s’apprête à s’inspirer du pouvoir absolu auto-proclamé
Vive la République respectée pas catin respectueuse
Poutine tente en faim de conte
Mais si l’homme devenu trop lâche pour se rebeller contre l’abus en tous genres se soumet pire que pute, qu’il arrête de se plaindre de perdre son pouvoir d’achat, il mérite plus rien en laissant sa dignité filer à l’égout.
Ciel en trémie, le printemps pose sa valise, le quai a une couleur de sable. Je me râcle la gorge au fond de ton herbe. Du cobalt au bout des couteaux bombe la quetsche, voilà le noyau sur la langue du renouveau
L’intervalle régulier de la partie vitrée pointille le ciel
Entre les maisons passe un ruisseau de soleil
Le canard qui glisse dans la baignoire entre tes seins est bien un col vers. Dès qu’il t’a vu laisser tomber le peignoir il est sorti tout seul du placard, faisant se dresser le chien qui parlait tout seul. On va bientôt pouvoir entrer dans la mer par l’île qui s’est détachée du remonte-pente pour rejoindre ton sourire
Ce matin l’odeur des couleurs n’a pas voulu s’habiller pour aller à la messe, mais a cravaté les carreaux de la chemise du ciel. Le cheval l’attirait
Sois tranquille le cerisier montre que son tant arrive, son tronc est tendu pour faire point-d’appui aux voix du seoir.
La confusion générale remise en ordre, les tiroirs conquis à tort se sont vus retourner à leur place. Reste alentour, on ne peut refaire le monde, le lot d’erreurs impitoyables que l’homme a en faveur lui appartient
Nous avons saisi au passage l’annexe que l’amour tient toujours en remorque et au terme d’un surf mémorable avons pu poser pied à taire les griefs dont la société raffole
Le regain de la plante montre sa force régénératrice
la Clématite est en avance au rendez-vous du Sacre
Sous l’humus qui a transpiré depuis l’automne la racine depuis son engagement montre l’ardent sous cette forme qui refuse l’abandon. Se soumettre en disant oui à tout en ignorant le non est injuste contrairement à ce qui se dit. C’est lâche un point c’est tout
L’anémone sait s’armer sous le corail pour se battre
et parvenir autour de l’écriture à peindre son serment comme le choix que rien ne contraint
Barbara, la nuit est claire à laisser la chambre montrer s’unir deux volontés.
«La lumière est certaine, mais elle est en voyage et le soleil oublie de nous donner raison. » Entre les deux aphorismes qui ouvrent et ferment ce recueil, La fête invisible, Gabrielle Althen nous donne à lire une œuvre totalement aboutie.
Gabrielle Althen, La fête invisible. Gallimard, 128 p., 14,50 €
Ses quatre-vingt-quatorze poèmes mêlent avec beaucoup d’inventivité les différentes formes élaborées au cours d’un parcours de quinze titres (en dehors des romans, des nouvelles et des essais), commencé en 1979 aux éditions Rougerie. À l’évidence, la chance d’avoir collaboré avec de très nombreux peintres a nourri le sens de la composition de Gabrielle Althen qui, sous un autre nom, a poursuivi une carrière de professeur de littérature comparée à l’université.
« Et te reste à baiser la main continuelle de la lumière, qui pourtant se dérobe. »
Cent ans après Les champs magnétiques, La fête invisible nous rappelle que l’écriture automatique conserve ses pouvoirs. Refusant les diktats d’André Breton sur cette pratique, devant selon lui révéler le fonctionnement du cerveau et rester vierge de toute réécriture, Gabrielle Althen tourne délibérément les yeux du côté de René Char. Si les poèmes de La fête invisible enchantent la lecture, leur visée n’est pas uniquement d’ordre esthétique. Elle est aussi de libérer les forces d’émancipation de l’imaginaire. En rupture avec les conceptions instrumentalistes de la langue, ses proses et ses vers offrent leurs jaillissements pour ce qu’ils sont, non pour ce qu’ils traduiraient. Chaque poème est libéré de la fatalité d’être la mise en mots d’une réalité censée le précéder. Chacun reprend à son compte la déclaration de Rimbaud : « ça dit ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens ». Que ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Gabrielle Althen l’admet volontiers. Mais ce qui ne se conçoit pas ou ne se conçoit pas encore, ou ne se concevra jamais ?
SONT CONCILIANTS
LES DERNIERS FEUX DU SOIR
Soir, beautés diverses, étrave heureuse, et je m’en suis allé parmi tous ces miroirs. J’avais déjà marché longtemps en quête de fossiles et de projets criards ; c’est que j’ai la soif âpre et ne sais pas où aller boire. Origine ? Futur ? Est-ce que le saurait pour moi mon corps qui murmure et respire si près
Sont conciliants les derniers feux du soir. C’était comme si l’air n’était plus aussi nu et qu’il fallait accepter de se rasseoir.
Qu’on ne s’y trompe pas. Une telle réussite n’est pas à la portée du premier poète venu, à qui il suffirait d’écrire sans le contrôle de la volonté pour se faire une place parmi ceux qui comptent en poésie. L’écriture automatique a très peu été utilisée, passé l’émerveillement premier. Ses formulations, qui reposent sur quelques modèles vite identifiables, se ressemblent trop, et ses beautés sont quasiment incompatibles avec le développement d’une pensée ou d’une émotion. Il faut une grande sûreté de relecture à Gabrielle Althen pour repérer les filons à extraire des paragraphes ; une attention très fine aux associations pour « monter » en bijoux des affirmations surprenantes ; des capacités d’invention renouvelées pour trouver des titres éclairants ; une connaissance très large des poètes susceptibles d’établir des correspondances avec son travail (les trois chapitres sont placés successivement sous le signe d’Alain Breton et d’Antoine Emaz, de János Pilinszky et de Tomas Tranströmer, de Paul Claudel, de W.B. Yeats et de Lionel Ray). En un mot, il lui faut un art poétique très élaboré pour que la fête du titre soit une fête de l’écriture.
Le recours à doit être mis dans l’assiette pour donner une idée de goût à la chose qui en en a perdu, voilà de quoi rosir le nuage non convoqué d’un matin pourtant bien en place
Façade lessivée vite quelques carreaux montés non pour la légende de l’ange bien éculée, mais pour l’azulejos porteur d’un dérivatif intégral
Du médecin à l’hôpital, histoire de bleuir la rue ça couvre la gêne de la sirène de l’ambulance de façon plus harmonieuse sans l’accepter pour habitude
Quel tricot les heures entrent dans la maille
Défense d’entrer ici, on soigne en dehors des visites
Enfin, avant d’en arriver là faut se tenir sage sur la civière où on vous a mis dans un couloir
Au bout 7 heures sans voir personne un docteur est passé dire qu’il va revenir
Nous sommes entrés dans une géométrie qui devient variable à un point inimaginable
De tous côtés la fenêtre à des coliques néphrétiques qui plongent dans l’inconnu de l’information attendue.
Quand j’ai perdu l’oeil en toute confiance, quelque part ce fut entièrement de ma faute d’avoir cru celui qui l’opéra
Que j’habite ici, où doive prendre la route, je n’ai jamais cru qu’à l’herbe qui pousse le cheval à sauter la barrière
Les apparitions qui précèdent la mise en place de calvaire dans un coin qui n’avait rien demandé ne m’ont posé que la question de me dire à quoi cela peut-il servir de croire à une machination dogmatique sinon à tromper quant on a de pierres dressées qui vibrent de mystère non élucidé
Quand on avait que les étoiles qui envoyaient les bisons en troupeaux tirer le chariot, autour du feu arrivaient des passages clandestins pour sortir de l’évolution tyrannique qui a toujours, quelque soit l’année, finit par une bagarre
Intelligent, instruit l’homme invente l’arme qui tue plus que l’autre
Con, sorti d’école, l’homme marche le fusil braqué sur l’autre qu’on lui a dit de tous les noms horribles
De là à penser qu’on a toujours voulu rester bête au sens animal, je pense qu’il y a du vrai
J’ai certainement dévié au moment crucial où Marthe et René me firent la confidence de leurs 20 ans dans la Grande Guerre. Puis les deux pieds dans la dernière, les coloniales en prime, comment aurai-je pu faire l’impasse sur Hiroshima en sautant sur la bicyclette de que veux-tu qu’on y fasse
Alors j’ai laissé l’herbe pousser autour du chemin pour trouver où me rouler à deux et voir mon cheval courir avec le chien et les vagues et les oiseaux et pousser les arbres et les petites-maisons-blanches sans rien casser au nom de grands principes.
Journal replié je t’ai assise de manière à ce que tu entendes mes genoux te dire tout ce qu’ils ne plient pas au premier signe
Ta gueule de fond d’atelier contient une si longue histoire que je ne passe plus par l’Observatoire pour avoir les nouvelles. La tienne du bout des pieds à la poignée des hanches c’est mes fortifs, cet endroit où je jouais au ballon en tapant dans une gamelle. La roue à aubes y tient prête son fil d’eau. J’ai toujours appris dehors ce qui manque à l’école en matière d’humanité. Alors que j’étais au bord de la Seine, les Tuileries cuisaient cette sorte d’argile dont on commence par voir du sauvage sortir du Cabinet de Curiosités des coins non habités Très précoce j’ai atteint l’orée par où on sort. J’ai jamais refusé d’être instruit par l’odeur que le mystère propose à ceux qui ne posent pas de questions à côté. Le premier nichon qui m’ait sauté dessus , loin de me faire peur, m’a rassuré. Ce qui fait que j’ai la certitude d’avoir jamais été sevré. La musique porte plus loin que la voix, tais-toi et lève un bras après l’autre que je colle mon oreille aux conques d’aisselles. Je trouve que les hordes qui en dévalent emmènent autrement plus haut que la promesse d’une vente au Diable. Je garde pour preuve de passage tout ce que je ne laisserai pas à mes enfants faute d’avoir donné sans attendre de retour aux vents bien aspectés. Les autres c’est le pourboire obligé. J’ai commencé à peindre ce fond de cour qui garde en lisière son fond d’avant le feu quand l’eau a tenté de mettre en place la vérité sans y parvenir. C’est sensuel plus qu’un bout de corne de rhinocéros, mais ça tient du fauve.
Le passé m’aide sans me tenir à l’écart du présent, tel qu’il est, que je n’ai pas pour autant l’obligation d’entretenir
T’entendre me dire ce à quoi projette ton esprit, va mieux avec la cravate que je n’ai pas encore mise, qu’avec le haillon qui colle aux basques à pas pouvoir décoller
Je ne sais pas peindre autrement qu’en adaptant le mur qui cache à la dentelure du feuillage d’une essence porteuse
Pour aider à croire faut pas s’en tenir à ce qui est fini
Ainsi aujourd’hui encore j’en appelle à Matisse et ses Caloges
C’était du temps où Etretat avait des pêcheurs qui montaient leurs vieilles embarcations sur la plage, en les posant sur les galets avant de les couvrir d’un toit de chaume pour en faire des cabanes pour le matériel de pêche
L’odeur des bonnes pêches tenue à l’intérieur ça amorce autrement que quand tu remontes des débris de chair dans ton filet
C’est con au point de devenir féroce le quotidien
Laisse-nous de la mer pour partir sans fuir en restant englué sur place. Tes contraintes en ce qu’elles possèdent au-delà de la bêtise ne tournent pas mes couleurs en bouillon de moules.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.