LE ROYAUME QUI S’ENGLOUTIT PAR HENRI MICHAUX


NIALA

LE ROYAUME QUI S’ENGLOUTIT PAR HENRI MICHAUX

Mon royaume, me dit ce prince, est si fatalement voué à la ruine que, le moment viendra, et qui n’est pas lointain, où un mendiant désespéré n’y voudrait mettre
les pieds.

Sa perte est sûre.
Il y a les ennemis.
Ce n’est pas d’eux que je l’attends.
Ils n’osent y songer.
Cela me sauve, mais ne sauve pas mon royaume, lequel, quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils tolèrent, s’engloutit lentement.

C’est ce que plusieurs de nos savants ont dû remarquer également, qui me sont attachés, et qui pour cette raison ne le proclament pas en public et même s’en taisent
totalement, voulant à moi seul confier cette vérité, et je les vois souvent qui viennent vers moi avec des mines trop graves pour de simples compliments de cour, les écarte
donc, interrompant vivement leurs discours par des remerciements ou sur une parole cordiale qui donne congé et ainsi je les renvoie, les yeux encore chargés d’un message qu’ils n’ont
pu délivrer et qui leur perce la tête, la tête et le cœur, je le sais, mais dont je ne veux les délivrer.
Moi non plus, je ne peux m’en délivrer.

Le terrain tout entier de ce pays doit céder et bientôt n’être plus, entraînant ses aveugles habitants.

Henri Michaux

MEMOIRE PAR GASTON MIRON


Guglielmo Castelli

MEMOIRE

PAR

GASTON MIRON

 » Même dans l’en-dehors du temps de l’amour

dans l’après-mémoire des corps et du cœur

je ne suis revenu ni de tout ni de rien

je n’ai pas peur de pleurer en d’autres fois

je suis un homme irrigué, irriguant

de nouveau je m’avance vers toi, amour,

je te demande

passage, amour je te demande demeure

.

Le temps mon amour le temps ramage de toi

continûment je te parle à voix de passerelles

beaucoup de gens me soufflent ton nom de bouquet

je sais ainsi que tu es toujours la plus jolie

et naissante comme les beautés de chaque saison

il fait un monde heureux foulé de vols courbes « 

.

Nous partirons de nuit pour l’aube des Mystères

et tu ne verras plus les maisons et les terres

et ne sachant plus rien des anciennes rancoeurs

des détresses d’hier, des jungles de la peur

tu sauras en chemin tout ce que je te donne

tu seras comme moi celle qui s’abandonne

.

nous passerons très haut par-dessus les clameurs

et tu ne vivras plus de perfides rumeurs

or loin des profiteurs, des lieux de pestilence

tu entendras parler les mages du silence

alors tu connaîtras la musique à tes pas

et te revêtiront les neiges des sagas

.

nous ne serons pas seuls à faire le voyage

d’autres nous croiseront parmi les paysages

comme nous, invités à ce jour qui naîtra

nous devons les chérir d’un amour jamais las

eux aussi, révoltés, vivant dans les savanes

répondent à l’appel secret des caravanes

.

quand nous avancerons sur l’étale de mer

je te ferai goûter à la pulpe de l’air

puis nous libérerons nos joies de leur tourmente

de leur perte nos mains, nos regards de leurs pentes

des moissons de fruits mûrs pencheront dans ton coeur

dans ton corps s’épandront d’incessantes douceurs

.

après le temps passé dans l’étrange et l’austère

on nous accueillera les bras dans la lumière

l’espace ayant livré des paumes du sommeil

la place des matins que nourrit le soleil

ô monde insoupçonné, uni, sans dissidence

te faisant échapper des cris d’incontinence

.

nouvelle-née, amour, nous n’aurons pas trahi

nous aurons retrouvé les rites d’aujourd’hui

le bonheur à l’affût dans les jours inventaires

notre maison paisible et les toits de nos frères

le passé, le présent, qui ne se voudront plus

les ennemis dressés que nous aurions connus

.GASTON MIRON

LE MIROIR


PIERRE BONNARD

LE MIROIR

A la porte close le miroir bouge tant de passage que le nu de ton corps perce

les flacons penchent pour la bassine où tes seins sont partis faire tremper tes aisselles

Laisse au porte-manteau la chemise des nuits pour remplir le broc de ton humidité féminine, les oiseaux cherchent un point d’eau pour descendre dans les gorges

Matin bon tain touche aux pores.

Niala-Loisobleu – 25 Août 2022

(Je ne peux pas obtenir non) Satisfaction – Alice Phoebe Lou


(Je ne peux pas obtenir non) Satisfaction – Alice Phoebe Lou

Je ne peux pas obtenir de satisfaction Je ne peux pas obtenir de satisfaction Parce que j’essaie et j’essaie et j’essaie et j’essaie Je ne peux pas obtenir non, je ne peux pas obtenir non Quand je conduis dans ma voiture Et que cet homme passe à la radio Et qu’il m’en dit de plus en plus A propos d’informations inutiles Censées enflammer mon imagination Je n’arrive pas à comprendre non, oh non, non, non ! Hé, hé, hé ! C’est ce que je vais dire !

[Refrain]Je ne peux pas obtenir de satisfaction Je ne peux pas obtenir de satisfaction Parce que j’essaie, et j’essaie, et j’essaie, et j’essaie ,je ne peux pas obtenir non, je ne peux pas obtenir non

Quand je regarde ma télé Et qu’un homme arrive et me dit À quel point mes chemises peuvent être blanches Eh bien, il ne peut pas être un homme parce qu’il ne fume pas Les mêmes cigarettes que moi Je ne peux pas avoir non, oh non, non, non Hé ,hé, hé, c’est ce que je dis Je n’ai pas, je ne peux pas avoir Quand je fais le tour du monde et que je Je fais ceci et je signe cela Et j’essaie de faire en sorte qu’une fille me dise bébé, tu ferais mieux de revenir, peut-être la semaine prochaine hé! C’est ce que je vais dire !Je ne peux pas obtenir non (x3)Je ne peux pas obtenir aucune satisfaction Aucune satisfaction Je ne peux pas obtenir non

Alice Phoebe Lou

AH CASSEZ LES MURAILLES, SACRE NOM DE D’YEUX !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Niala-Loisobleu – 24 Août 2022

« LE PASSE-MURAILLE » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 61X50


NIALA

« LE PASSE-MURAILLE »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 61X50

Mes mots-peints pour la poésie

pour que rien n’arrête sa joie de vivre

malgré la pauvreté, la tristesse du langage vulgaire

Aimer jusqu’au bout comme le dernier chien sans laisse !!!

Niala-Loisobleu.

24 Août 2022

ART POÉTIQUE

PAR

ROBERT DESNOS

Par le travers de la gueule

Ramassée dans la boue et la gadoue

Crachée, vomie, rejetée —

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître —

Déchet, rebut, ordures

Comme le diamant, la flamme et le bleu de ciel

Pas pure, pas vierge

Mais baisée dans tous les coins

baisée enfilée sucée enculée violée

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître

Baiseuse et violatrice

Pas pucelle

Rien de plus sale qu’un pucelage

Ouf! ça y est on en sort

Bonne terre boueuse où je mets le pied

Je suis pour le vent le grand vent et la mer

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître

Ça craque ça pète ça chante ça ronfle

Grand vent tempête cœur du monde

Il n’y a plus de sale temps

J’aime tous les temps j’aime le temps

J’aime le grand vent

Le grand vent la pluie les cris la neige le soleil le feu et

tout ce qui est de la terre boueuse ou sèche

Et que ça croule!

Et que ça pourrisse

Pourrissez vieille chair vieux os

Par le travers de la gueule

Et que ça casse les dents et que ça fasse saigner les gencives

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître

L’eau coule avec son absurde chant de colibris

de rossignol et d’alcool brûlant dans une casserole

coule le long de mon corps

Un champignon pourrit au coin de la forêt ténébreuse

dans laquelle s’égare et patauge pieds nus une femme

du tonnerre de dieu Ça pourrit dur au pied des chênes
Une médaille d’or n’y résiste pas
C’est mou
C’est profond Ça cède

Ça pourrit dur au pied des chênes
Une lune d’il y a pas mal de temps
Se reflète dans cette pourriture
Odeur de mort odeur de vie odeur d’étreinte
De cocasses créatures d’ombre doivent se rouler et se combattre et s’embrasser ici Ça pourrit dur au pied des chênes
Et ça souffle encore plus dur au sommet
Nids secoués et les fameux colibris de tout à l’heure
Précipités

Rossignols époumonés
Feuillage des forêts immenses et palpitantes

Souillé et froissé comme du papier à chiottes

Marées tumultueuses et montantes du sommet

des forêts vos vagues attirent vers le ciel

les collines dodues dans une écume

de clairières et de pâturages veinée de

fleuves et de minerais

Enfin le voilà qui sort de sa bauge

L’écorché sanglant qui chante avec sa gorge à vif

Pas d’ongles au bout de ses doigts

Orphée qu’on l’appelle

Baiseur à froid confident des
Sibylles

Bacchus châtré délirant et clairvoyant

Jadis homme de bonne terre issu de bonne graine par

bon vent
Parle saigne et crève
Dents brisées reins fêles, artères nouées
Cœur de rien

Tandis que le fleuve coule roule et saoule de grotesques épaves de péniches d’où coule du charbon
Gagne la plaine et gagne la mer Écume roule et s’use
Sur le sable le sel et le corail
J’entrerai dans tes vagues
A la suite du fleuve épuisé
Gare à tes flottes!

Gare à tes coraux, à ton sable, à ton sel à tes festins
Sorti des murailles à mots de passe
Par le travers des gueules
Par le travers des dents
Beau temps

Pour les hommes dignes de ce nom
Beau temps pour les fleuves et les arbres
Beau temps pour la mer

Restent l’écume et la boue

Et la joie de vivre

Et une main dans la mienne

Et la joie de vivre

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître.

Robert Desnos

AUBE FREMISSANTE


SUZANNE VALADON

AUBE FREMISSANTE

Le silence amplifie le miaulement du chat dans l’aube frémissante de l’itinéraire de la première pensée.

Un bouquet prêt à ouvrir laisse venir son désir

Des fenêtres que le raccourcissement du jour allume la façade prend pied avec la vie que le laitier a déjà franchi

C’est l’instant où rien de ce qui distance arrive à prendre pied. Voilà pourquoi l’oeuvre voulue m’a pris e tôt par la main pour le dire depuis l’atelier.

Niala-Loisobleu – 24 Août 2022

DU LOINTAIN


DU LOINTAIN

Reconnaître sans confondre l’idée que l’on avait des choses

c’est comme se chausser du pied contraire

Cette maison où habitait les douceurs du climat aurait disparu au cours d’une rixe des saisons

Je cherche la boîte à l’être où déposer la lettre au Père Noël avant qu’ils enlèvent les cahiers de la rentrée pour installer les jouets

Si je retourne à l’atelier je me demande si j’aurai pas honte de ce que j’ai peint, tout change tellement plus vite que ça sèche, que le vert des arbres bourgeonne déjà la chute des feuilles

On allume à peine l’alambic que la grêle vendange la récolte

Les mômes vont revenir à l’école pour perfectionner leur rodéo et la technique du feu de forêt afin de palier aux restrictions de combustible. J’ai pas mis ma vie dans une boule en verre parce qu’elle a jamais été Made in China. C’est l’avantage de la bouteille aujourd’hui

Mais ça va être mission impossible de trouver des Micheline Presles.

Niala-Loisobleu – 23 Août 2022

UN JOUR MAIN TENANT


UN JOUR MAIN TENANT

du raisin à la jarre je laisserai ma main égrener les cailloux de mon vélo pour refaire le chemin à la source de son rêve sans besoin d’en attendre autre chose

les rues sont des pigeons qui vont d’une fenêtre à l’autre en se tordant comme un accordéon dans les méandres sous les ponts d’un bout à l’autre de la scène. Terre entre mes doigts façonnables tournée par mon imaginaire pédestre à l’amble du cheval. A la santé de la mer…

Niala-Loisobleu – 22 Août 2022

Hindi Zahra – Un Jour

Un jour de pluie, un jour de doute
Je vous ai trouvé sur ma route
Un amour far un amour doux
Un amour plus grand que le jour

J’ai vu vos boucles noires danser
Sous le vent du printemps chantaient
Des oiseaux du haut de leurs ailes
J’ai vu dans vos yeux l’éternel

La promesse écrite de vos mains
Disait l’avenir incertain
Se plie au désirs des plus fous
À ceux qui valent plus que tout

Vous l’étranger, vous l’inconnu
Vous avez laissé sous ma plume
Des mots amères, des mots perdus
Des mots d’une tristesse absolue

Vous l’étranger, vous l’inconnu
Vous avez laissé sous ma plume
Des mots amères, des mots perdus
Des mots d’une tristesse absolue

Nous avons marché sous les ponts
Nous avons dansé notre amour
Cueillis les fleurs de cette saison
À jamais j’aurais vu le jour

Nous sommes le fruit de ces moments
De cette lumière et de ces instants
Un regard doux venant de vous
À mis mon cœur à genoux

Ce jour là je vous ai vu venir
Portant en vous le souvenir
Le souffle venait à me manquer
Votre sourire à ma portée

À vos lettres défendues
Je vous ai connu
Je vous ai connu

Vous l’étranger, vous l’inconnu
Vous avez laissé sous ma plume
Des mots amères, des mots perdus
Des mots d’une tristesse absolue

Vous l’étranger, vous l’inconnu
Vous avez laissé sous ma plume
Des mots amères, des mots perdus
Des mots d’une tristesse absolue

À vos lettres défendues
Je vous ai connu
Je vous ai connu

Et le temps passe
Et le temps passe
Et le passe hélas

Et le temps passe
Et le temps passe
Et le passe hélas

Et le temps passe
Et le temps passe

Source : Musixmatch

Paroliers : Zahra Hindi

RETOUR DE VAGUE


EDOUARD MUNCH

RETOUR DE VAGUE

Sel affleurant ton maillot mouillé je couds un à un les jours où nous v’écumes d’une même sueur. Celle que la canicule ne connaît ni des yeux ni des lèvres. Dans l’anse où s’est tenu le navire, la transparence de l’eau habille mieux qu’une pièce de maillot bi qui nie. Raconterai-je les mots de l’ancre, que ma plume couverte de poils finit par bleuir ?

Debout sur la souche de bois flotté, le père du Cri, pond des remous qui portent à l’orgasme du surf de la haute-vague

Dans l’embouchure du jardin flottant mon genou actionne la rame sur l’Inlé

Plus verte qu’une rizière tu t’étages en terrasse à l’avance du buffle. La joie des enfants colore le tissu de toute la colline d’un parfum vif de jasmin. En demeurant fermés sur le pont mes yeux traversent plus loin que tu n’osais croire à l’existence d’une rive. C’est magique ce que tes pores peuvent offrir au transit poétique. C’est l’éléphant qui déplace le bois mort.

Niala-Loisobleu.

22 Août 2022

AUX PERCEES DES NUITS


AUX PERCEES DES NUITS

Liaison continue avec l’île , ce point que les cartes méconnaissent où je me rends, voile levé sur les cornes de brume, en suivant la trace que mon coeur a incisé dans les pierres à la base du courant. De temps à autre un remora posté au carrefour montre le chemin à suivre. Toujours à la verticale d’une nuit de noces, il marie la veille au lendemain dans un épisode pris au passage des stimuli du courant marin. Comme si dans le paradoxe du rail d’Ouessant il y avait une voie secondaire pour la navigation à rames. Le phare de soleil à la pointe du corail en germe rougeoie l’amadou qu’il garde en longue mèche près des allumettes d’une inspiration laissée libre de son choix. Les mots ne remplaceront jamais le long silence des cris.. Comme le citron joint à la menthe du mojito a le pas de la rumba comme un vrai va-et-vient du ventre du couple d’amants greffé à la liane balance de son élan.

Niala-Loisobleu.

22 Août 2022