La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
le vers est là qui remue sa croupe et ses seins comme un fruit défendu contre tout ce qui s’apprête à le culbuter à la cosaque, tout en mots d’une douceur qui planque son S.M.T. saumâtre à couvert, genre capote en glaise
Les roues qui patinent dans la pro messe
Ah Marianne ne crois pas que ça ira, ça ira, tu déchanteras de l’élection molle qui se prend pour la plus grosse
L’amuse-gueule écrit par Paul Neuhys, j’adhère du service trois pièces, mais la comptine du marchand du Temple c’est vraiment trop cher
De République à cinq ans de monarchie on s’apprête à s’inspirer du pouvoir absolu auto-proclamé
Vive la République respectée pas catin respectueuse
Poutine tente en faim de conte
Mais si l’homme devenu trop lâche pour se rebeller contre l’abus en tous genres se soumet pire que pute, qu’il arrête de se plaindre de perdre son pouvoir d’achat, il mérite plus rien en laissant sa dignité filer à l’égout.
En ouvrant sur le palier, j’ai vu les marches de l’escalier en grande discussion avec la rampe. Des mots comme parapet, garde-fou me venaient aux oreilles. Le ton calme rassura vite mon inquiétude naturelle. On a tous une peur prête a sortir. A faire croire au chapeau accroché à la boule de la rampe, que les marches ne mènent nulle part où quand elles meuvent c’est vers la cave. Le pardessus qui attendait posé sur la première volée, en faisant semblant d’être absent, montrait qu’il était lucide. Le printemps en retard sur la température compte sur lui pour aller à la promenade. Il jettera de temps à autre des regards en dessous du col pour vérifier qu’on est pas suivi par une tristesse. Deviner en suivant les yeux des portraits accrochés aux murs, ce qu’il suffit de suivre dans leurs regards pour trouver le couloir. Même au fond de la cave, l’if savait qu’il n’est pas dans un cul-de-bouteille. Le tire-bouchon n’a pu l’abuser. Une poignée de mains insomniaque ne cessait de faire tourner la béquille de la porte du jardin. Quelques mouvements d’entre baillements, laissent apercevoir le grand chariot, qui attend sauf les jours d’éclipse, tous feux allumés, qu’on appelle le cocher pour démarrer. Il devait y avoir peu de temps que les menthes s’étaient endormies, tout le bas du perron avait encore leur odeur poivrée qui s’échappait de la chambre d’amour. Quelle impression tirer du premier regard sur ce dernier samedi de Mars ? Aller faire ses courses ailleurs qu’au marché central qui crie trop fort des halles. Pas de liste, juste prendre ce qui est mûr. Sentir qu’il se passe quelque chose qui arrive, sans savoir à quelle heure les repas se servent, si ce qui attend dans l’armoire est suspendu au désir avenir sans se trouver plié, le désir irrépressible est seul juge. L’odeur de jument est trop nette pour un équipage de trois, le cheval sait que l’attelage est bien double je. A peine la première pénétration qu’un signe fait sourdre son eau.
La confusion générale remise en ordre, les tiroirs conquis à tort se sont vus retourner à leur place. Reste alentour, on ne peut refaire le monde, le lot d’erreurs impitoyables que l’homme a en faveur lui appartient
Nous avons saisi au passage l’annexe que l’amour tient toujours en remorque et au terme d’un surf mémorable avons pu poser pied à taire les griefs dont la société raffole
Le regain de la plante montre sa force régénératrice
la Clématite est en avance au rendez-vous du Sacre
Sous l’humus qui a transpiré depuis l’automne la racine depuis son engagement montre l’ardent sous cette forme qui refuse l’abandon. Se soumettre en disant oui à tout en ignorant le non est injuste contrairement à ce qui se dit. C’est lâche un point c’est tout
L’anémone sait s’armer sous le corail pour se battre
et parvenir autour de l’écriture à peindre son serment comme le choix que rien ne contraint
Barbara, la nuit est claire à laisser la chambre montrer s’unir deux volontés.
«La lumière est certaine, mais elle est en voyage et le soleil oublie de nous donner raison. » Entre les deux aphorismes qui ouvrent et ferment ce recueil, La fête invisible, Gabrielle Althen nous donne à lire une œuvre totalement aboutie.
Gabrielle Althen, La fête invisible. Gallimard, 128 p., 14,50 €
Ses quatre-vingt-quatorze poèmes mêlent avec beaucoup d’inventivité les différentes formes élaborées au cours d’un parcours de quinze titres (en dehors des romans, des nouvelles et des essais), commencé en 1979 aux éditions Rougerie. À l’évidence, la chance d’avoir collaboré avec de très nombreux peintres a nourri le sens de la composition de Gabrielle Althen qui, sous un autre nom, a poursuivi une carrière de professeur de littérature comparée à l’université.
« Et te reste à baiser la main continuelle de la lumière, qui pourtant se dérobe. »
Cent ans après Les champs magnétiques, La fête invisible nous rappelle que l’écriture automatique conserve ses pouvoirs. Refusant les diktats d’André Breton sur cette pratique, devant selon lui révéler le fonctionnement du cerveau et rester vierge de toute réécriture, Gabrielle Althen tourne délibérément les yeux du côté de René Char. Si les poèmes de La fête invisible enchantent la lecture, leur visée n’est pas uniquement d’ordre esthétique. Elle est aussi de libérer les forces d’émancipation de l’imaginaire. En rupture avec les conceptions instrumentalistes de la langue, ses proses et ses vers offrent leurs jaillissements pour ce qu’ils sont, non pour ce qu’ils traduiraient. Chaque poème est libéré de la fatalité d’être la mise en mots d’une réalité censée le précéder. Chacun reprend à son compte la déclaration de Rimbaud : « ça dit ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens ». Que ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Gabrielle Althen l’admet volontiers. Mais ce qui ne se conçoit pas ou ne se conçoit pas encore, ou ne se concevra jamais ?
SONT CONCILIANTS
LES DERNIERS FEUX DU SOIR
Soir, beautés diverses, étrave heureuse, et je m’en suis allé parmi tous ces miroirs. J’avais déjà marché longtemps en quête de fossiles et de projets criards ; c’est que j’ai la soif âpre et ne sais pas où aller boire. Origine ? Futur ? Est-ce que le saurait pour moi mon corps qui murmure et respire si près
Sont conciliants les derniers feux du soir. C’était comme si l’air n’était plus aussi nu et qu’il fallait accepter de se rasseoir.
Qu’on ne s’y trompe pas. Une telle réussite n’est pas à la portée du premier poète venu, à qui il suffirait d’écrire sans le contrôle de la volonté pour se faire une place parmi ceux qui comptent en poésie. L’écriture automatique a très peu été utilisée, passé l’émerveillement premier. Ses formulations, qui reposent sur quelques modèles vite identifiables, se ressemblent trop, et ses beautés sont quasiment incompatibles avec le développement d’une pensée ou d’une émotion. Il faut une grande sûreté de relecture à Gabrielle Althen pour repérer les filons à extraire des paragraphes ; une attention très fine aux associations pour « monter » en bijoux des affirmations surprenantes ; des capacités d’invention renouvelées pour trouver des titres éclairants ; une connaissance très large des poètes susceptibles d’établir des correspondances avec son travail (les trois chapitres sont placés successivement sous le signe d’Alain Breton et d’Antoine Emaz, de János Pilinszky et de Tomas Tranströmer, de Paul Claudel, de W.B. Yeats et de Lionel Ray). En un mot, il lui faut un art poétique très élaboré pour que la fête du titre soit une fête de l’écriture.
à peine deux pas, le roulement des vagues dans l’oreille et larme à la bretelle pour nager dans ton écriture assurée
La pompe sacrée sortie des caches comme la vieille garde avant son dernier carré fait le geste qui envoie l’ô à travers les moustaches de son morse. Le goût de ta bouche décodé dans notre langue. Sous les plumes de ton front jusqu’à derrière ton oreille ce velouté du cou où l’oiseau cueille la clef pour t’entrer
Les roses de tes aréoles déjà ouvertes, épanouissent la fragrance qu’elles puisent aux aisselles au poids du sein qui gonfle de bien-être
Quel jardin clos par les pierres du silence
les oiseaux décollent les ex votos pour déclarer que ce que l’on pensait péri est bien en vie. Alors tour du ventre fait suis allé dans le creux du chemin de ronde me rouler dans les menthes et chanter la soie vivace de ton arbre
La clématite Barbara debout dans sa jardinière lève la jambe…
je l’entends visiblement battre par-dessus les barrières, cet amour saut de haines
Nous quittâmes la nuit dans un silence à distance en laissant l’impasse journalière poser son caddie au trottoir des passes. D’aucuns vendant leur peau de lapin en disant voici mon âme. Nous les yeux dans la bouche d’un moulin à eau qui harpe l’écluse
Rien dans les mains, tout dans les doit du devoir se refaire sans bricoler le monde, l’oiseau dans la fraise bleue de son ventre en art son pour que l’enfant parle des maisons qu’il voit dans ses arbres, d’évent qui lui ébranle le tronc, du chemin qu’il allonge en s’enfilant la tête sous le travers sein
L’horizon à cheval sur la corde au pied de la prochaine cathédrale tirant sa flèche contre les canons
Arrivés à rien, nous voici à la tête des premières pâquerettes d’un printemps autrement.
Les grosses lunettes de l’enseigne d’optique loupent le coche en restant sur une façade qui s’entête à voir de travers
il se montre fier comme un p’tit banc le manipulateur d’un temps actuel passé au chantage agressivement menaçant
Plutôt que sombrer dans un fatalisme mis en amorçage, je choisis de partir me battre au bon endroit pour ne pas tromper l’espoir qu’il faut garder vis à vis de ce qui mérite. Janus est à regarder de plus près que la fumée mise en exercice. Par respect pour les victimes et engagement moral dans leur lutte le choix ne peux se complaire dans la fuite.
L’eau pour la fleur et le peint voilà l’écrit du fruit.
J’étais devenu rivière à vivre, bordé d’un lé allant à ton écluse tant au canal de notre sentiment la ligne de canards démontrant la connaissance du courant, se tient à jour aux passages des étiages mouvants
A ton corps la grâce de tes seins qui tombent, fait jeunesse au temps qui passe
La folie qui nous caractérise est de selle qui se monte à cru.
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