PARIS A L’AUBE – JULIEN GRACQ


ALBIN BRUNOVSKY

PARIS A L’AUBE – JULIEN GRACQ

IL y a dans toute trajectoire un passage à vide qui retient le cœur de battre et écartèle le temps : celui où la fusée, au sommet amorti de sa course, se pose sur le lit de l’air avant de s’épanouir — où le gymnaste entre deux trapèzes, un instant interminable, appuie notre diaphragme à un vide de nausée — une perte de vitesse où la ville qu’on habite, et que recompose pour nous jour après jour, comme ces larves de lenteur qui flottent sur la moire d’une hélice, l’accélération seule, le volant lancé à fond d’un maëlstrom d’orbites folles, se change en fantôme rien qu’à laisser sentir un peu son immense corps. Le jour qui se lève sur Paris n’a pas affaire avec l’exultation de la planète, avec le lever de soleil orchestral de la Beauce ou de la Champagne : il est le reflux aveugle d’une marée interne du sang — il est l’affleurement sur un visage vivant, à la surface d’une vie close, d’un signe de secrète et rongeante fatigue — l’heure où la vie se retire vers sa laisse la plus basse et où les moribonds s’éteignent — il est ce moment poignant, cette heure douteuse, où d’une tête aimée sur l’oreiller le visage s’envole, et, comme à un homme qui marche sur la neige, un masque inconnu s’oriente selon l’éclairage incomparable de la mort.Ce cœur a beaucoup battu, et connaît maintenant que tant de beauté est mortelle. Il y eut des matins où, au fond des brumes du lit, le premier claquement amical d’un volet sur les ténèbres était la veilleuse rassurante qui brille toujours à la fenêtre d’un malade en danger — où les rues noires étaient les intervalles douteux d’une flotte à l’ancre d’étraves sourcilleuses, et où l’écho rassurant des pas sur l’asphalte ne pouvait donner le change sur son aptitude découverte à l’engloutissement. Dans l’air acide de l’aube qui se lève sur Paris, il traîne encore aujourd’hui par les rues vides, au pas du premier promeneur, quelque chose du coup de talon rude du marin qui éprouve le pont de son navire — il fond dans la bouche avec la première lampée d’air un goût de pain quotidien. La ville se dresse, ailée, effilochant son cocon de brumes jaunes, deux fois émouvante de sa force et de sa fragilité. Quiconque traverse Paris avant que ne se lève le jour traverse avec gêne un chantier engourdi en pleine marche, qui appelle instantanément l’herbe folle, une machinerie géante débrayée brutalement par le sommeil de l’œil et de la paume de l’homme, et déjà insensiblement érodée, ravalée à l’état panique de paysage par je ne sais quelle housse de pesanteur. Un désert à perte de vue de murs, de chaussées luisantes, et de miroirs d’eau claire propose chaque matin aux hommes la tâche exténuante de le fleurir tout entier, de le vêtir et de l’aveugler — comme ces maisons abattues qu’une palissade si exactement remplace, — d’une toile sans couture de circuits, de trajectoires et de rumeurs. Dans ces échafaudages machinés, ce labyrinthe de pistes luisantes, ces entassements de colonnes, le matin, comme un flot qui se retire, décèle à un troublant manque de réponse ce caractère de provocation pure à une activité incompréhensible qui demeure à une capitale aussi secret, aussi essentiel qu’à une femme la nudité. Cette heure aventureuse où Rastignac, du haut du Père-Lachaise, répond au défi, est en vérité une heure interdite. Un peuple entier a sécrété une carcasse à sa mesure monstrueuse pour y plaquer à bout de bras de toute sa hauteur la robe de ses millions de désirs. L’œil sacrilège qui glisse à travers la nudité grelottante d’une aube dans les rues de Paris surprend quelque chose du scandale d’un fond de mer entrouverte, de cet instantané plein de malaise d’une coupure encore exsangue que le sang dans une seconde va combler jusqu’à son bord. Une grêle rude de caresses s’apprête à fondre sur cette vacance amoureuse : le labyrinthe béant d’un ventre endormi et découvert féminise la ville, accroche à ses grottes secrètes les ressorts d’un éréthisme inlassable, attire dans ses rues à la première heure l’affamé et le solitaire, et communique à la flânerie matinale le caractère absorbant et coupable de la possession.Il y a une ivresse trouble à traverser, tremblante à l’extrême bord du repos nocturne, cette frange baudelairienne du « rêve parisien » où la ville, rédimée de toute servitude, s’engrène une minute aux formes pures de l’espace et du temps, où le long des failles lisses des rues comme dans un port saccagé s’égalise la marée des brumes, et où la cité, entraînée au fil de son fleuve, écoute mania-quement sonner l’heure aux horloges plus attentives, dans cette majesté fascinante qui rebâtit de marbre une capitale à la veille d’un tremblement de terre. Le corps géant s’est dépris une fois de plus d’un coup de reins dédaigneux de tout ce qui le manie, comme une divinité aux yeux vides et bleuâtres qui se recouche, à nouveau déserte, pour peser sur l’horizon d’un poids pur. L’étrangeté inabordable de la forêt vierge en une nuit revient expulser l’homme de l’ouvrage de ses mains.Les yeux qu’on frotte clignent une seconde sur le gel de cette nécropole pétrifiante, une main secourable empoigne les outils, le soleil libéré d’un million d’énergies refoule à ses brouillards le fantôme d’une lucidité inhumaine, un sang tumultueux et confiant bouillonne à tous les canaux, ouate un timbre de mort, brouille des perspectives inexorables, une face aveugle et sourde, médusante, se dilue dans le jour qui monte avec les étoiles : pour Paris, comme pour la sentinelle biblique, le matin vient, et la nuit aussi.

L’EGOÛT ET LA COULEUR


View to the Rose Garden – Casa Nova Story

L’EGOÛT ET LA COULEUR

Fut un aqueduc en cet endroit devenu sec qui transportait plus de bonheur qu’un maxi-toboggan d’espace aquatique de centre de vacances

Restent des jarres propres au transport des brigands dans l’étendue des mauvaises herbes, les fleurs ne trouvant plus que dans la tête le coin où s’épanouir

dans les rues ne menant nulle part, les buses des trottoirs s’empiffrent du déchet des orages et du désespoir contenu dans leurs boues. Le discours incapable de s’en sortir aborde l’aveu de la fin de l’abondance. Comme si du gâchis il aurait pu être possible d’attendre le meilleur pour tout le monde.

Retour de Brégançon, fuite en Algérie, amusons-nous à Fresnes avant qu’on coupe la lumière

Ces pantomimes, pauvres chansons de gestes, me gonflent la croisade sans que je me détourne de l’Amour Courtois auquel ma foi demeure attachée pure par sa poésie. Assurant pour le moins le pigment au lieu de la chimie dans la couleur.

Etant donné que c’est ainsi depuis toujours, j’aurai percé ma part d’existence au travers de la pourriture dogmatique et des séquelles qu’elle édifie.

Niala-Loisobleu – 26 Août 2022

MEMOIRE PAR GASTON MIRON


Guglielmo Castelli

MEMOIRE

PAR

GASTON MIRON

 » Même dans l’en-dehors du temps de l’amour

dans l’après-mémoire des corps et du cœur

je ne suis revenu ni de tout ni de rien

je n’ai pas peur de pleurer en d’autres fois

je suis un homme irrigué, irriguant

de nouveau je m’avance vers toi, amour,

je te demande

passage, amour je te demande demeure

.

Le temps mon amour le temps ramage de toi

continûment je te parle à voix de passerelles

beaucoup de gens me soufflent ton nom de bouquet

je sais ainsi que tu es toujours la plus jolie

et naissante comme les beautés de chaque saison

il fait un monde heureux foulé de vols courbes « 

.

Nous partirons de nuit pour l’aube des Mystères

et tu ne verras plus les maisons et les terres

et ne sachant plus rien des anciennes rancoeurs

des détresses d’hier, des jungles de la peur

tu sauras en chemin tout ce que je te donne

tu seras comme moi celle qui s’abandonne

.

nous passerons très haut par-dessus les clameurs

et tu ne vivras plus de perfides rumeurs

or loin des profiteurs, des lieux de pestilence

tu entendras parler les mages du silence

alors tu connaîtras la musique à tes pas

et te revêtiront les neiges des sagas

.

nous ne serons pas seuls à faire le voyage

d’autres nous croiseront parmi les paysages

comme nous, invités à ce jour qui naîtra

nous devons les chérir d’un amour jamais las

eux aussi, révoltés, vivant dans les savanes

répondent à l’appel secret des caravanes

.

quand nous avancerons sur l’étale de mer

je te ferai goûter à la pulpe de l’air

puis nous libérerons nos joies de leur tourmente

de leur perte nos mains, nos regards de leurs pentes

des moissons de fruits mûrs pencheront dans ton coeur

dans ton corps s’épandront d’incessantes douceurs

.

après le temps passé dans l’étrange et l’austère

on nous accueillera les bras dans la lumière

l’espace ayant livré des paumes du sommeil

la place des matins que nourrit le soleil

ô monde insoupçonné, uni, sans dissidence

te faisant échapper des cris d’incontinence

.

nouvelle-née, amour, nous n’aurons pas trahi

nous aurons retrouvé les rites d’aujourd’hui

le bonheur à l’affût dans les jours inventaires

notre maison paisible et les toits de nos frères

le passé, le présent, qui ne se voudront plus

les ennemis dressés que nous aurions connus

.GASTON MIRON

LE MIROIR


PIERRE BONNARD

LE MIROIR

A la porte close le miroir bouge tant de passage que le nu de ton corps perce

les flacons penchent pour la bassine où tes seins sont partis faire tremper tes aisselles

Laisse au porte-manteau la chemise des nuits pour remplir le broc de ton humidité féminine, les oiseaux cherchent un point d’eau pour descendre dans les gorges

Matin bon tain touche aux pores.

Niala-Loisobleu – 25 Août 2022

(Je ne peux pas obtenir non) Satisfaction – Alice Phoebe Lou


(Je ne peux pas obtenir non) Satisfaction – Alice Phoebe Lou

Je ne peux pas obtenir de satisfaction Je ne peux pas obtenir de satisfaction Parce que j’essaie et j’essaie et j’essaie et j’essaie Je ne peux pas obtenir non, je ne peux pas obtenir non Quand je conduis dans ma voiture Et que cet homme passe à la radio Et qu’il m’en dit de plus en plus A propos d’informations inutiles Censées enflammer mon imagination Je n’arrive pas à comprendre non, oh non, non, non ! Hé, hé, hé ! C’est ce que je vais dire !

[Refrain]Je ne peux pas obtenir de satisfaction Je ne peux pas obtenir de satisfaction Parce que j’essaie, et j’essaie, et j’essaie, et j’essaie ,je ne peux pas obtenir non, je ne peux pas obtenir non

Quand je regarde ma télé Et qu’un homme arrive et me dit À quel point mes chemises peuvent être blanches Eh bien, il ne peut pas être un homme parce qu’il ne fume pas Les mêmes cigarettes que moi Je ne peux pas avoir non, oh non, non, non Hé ,hé, hé, c’est ce que je dis Je n’ai pas, je ne peux pas avoir Quand je fais le tour du monde et que je Je fais ceci et je signe cela Et j’essaie de faire en sorte qu’une fille me dise bébé, tu ferais mieux de revenir, peut-être la semaine prochaine hé! C’est ce que je vais dire !Je ne peux pas obtenir non (x3)Je ne peux pas obtenir aucune satisfaction Aucune satisfaction Je ne peux pas obtenir non

Alice Phoebe Lou

AH CASSEZ LES MURAILLES, SACRE NOM DE D’YEUX !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Niala-Loisobleu – 24 Août 2022

« LE PASSE-MURAILLE » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/TOILE 61X50


NIALA

« LE PASSE-MURAILLE »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/TOILE 61X50

Mes mots-peints pour la poésie

pour que rien n’arrête sa joie de vivre

malgré la pauvreté, la tristesse du langage vulgaire

Aimer jusqu’au bout comme le dernier chien sans laisse !!!

Niala-Loisobleu.

24 Août 2022

ART POÉTIQUE

PAR

ROBERT DESNOS

Par le travers de la gueule

Ramassée dans la boue et la gadoue

Crachée, vomie, rejetée —

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître —

Déchet, rebut, ordures

Comme le diamant, la flamme et le bleu de ciel

Pas pure, pas vierge

Mais baisée dans tous les coins

baisée enfilée sucée enculée violée

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître

Baiseuse et violatrice

Pas pucelle

Rien de plus sale qu’un pucelage

Ouf! ça y est on en sort

Bonne terre boueuse où je mets le pied

Je suis pour le vent le grand vent et la mer

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître

Ça craque ça pète ça chante ça ronfle

Grand vent tempête cœur du monde

Il n’y a plus de sale temps

J’aime tous les temps j’aime le temps

J’aime le grand vent

Le grand vent la pluie les cris la neige le soleil le feu et

tout ce qui est de la terre boueuse ou sèche

Et que ça croule!

Et que ça pourrisse

Pourrissez vieille chair vieux os

Par le travers de la gueule

Et que ça casse les dents et que ça fasse saigner les gencives

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître

L’eau coule avec son absurde chant de colibris

de rossignol et d’alcool brûlant dans une casserole

coule le long de mon corps

Un champignon pourrit au coin de la forêt ténébreuse

dans laquelle s’égare et patauge pieds nus une femme

du tonnerre de dieu Ça pourrit dur au pied des chênes
Une médaille d’or n’y résiste pas
C’est mou
C’est profond Ça cède

Ça pourrit dur au pied des chênes
Une lune d’il y a pas mal de temps
Se reflète dans cette pourriture
Odeur de mort odeur de vie odeur d’étreinte
De cocasses créatures d’ombre doivent se rouler et se combattre et s’embrasser ici Ça pourrit dur au pied des chênes
Et ça souffle encore plus dur au sommet
Nids secoués et les fameux colibris de tout à l’heure
Précipités

Rossignols époumonés
Feuillage des forêts immenses et palpitantes

Souillé et froissé comme du papier à chiottes

Marées tumultueuses et montantes du sommet

des forêts vos vagues attirent vers le ciel

les collines dodues dans une écume

de clairières et de pâturages veinée de

fleuves et de minerais

Enfin le voilà qui sort de sa bauge

L’écorché sanglant qui chante avec sa gorge à vif

Pas d’ongles au bout de ses doigts

Orphée qu’on l’appelle

Baiseur à froid confident des
Sibylles

Bacchus châtré délirant et clairvoyant

Jadis homme de bonne terre issu de bonne graine par

bon vent
Parle saigne et crève
Dents brisées reins fêles, artères nouées
Cœur de rien

Tandis que le fleuve coule roule et saoule de grotesques épaves de péniches d’où coule du charbon
Gagne la plaine et gagne la mer Écume roule et s’use
Sur le sable le sel et le corail
J’entrerai dans tes vagues
A la suite du fleuve épuisé
Gare à tes flottes!

Gare à tes coraux, à ton sable, à ton sel à tes festins
Sorti des murailles à mots de passe
Par le travers des gueules
Par le travers des dents
Beau temps

Pour les hommes dignes de ce nom
Beau temps pour les fleuves et les arbres
Beau temps pour la mer

Restent l’écume et la boue

Et la joie de vivre

Et une main dans la mienne

Et la joie de vivre

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître.

Robert Desnos

AUBE FREMISSANTE


SUZANNE VALADON

AUBE FREMISSANTE

Le silence amplifie le miaulement du chat dans l’aube frémissante de l’itinéraire de la première pensée.

Un bouquet prêt à ouvrir laisse venir son désir

Des fenêtres que le raccourcissement du jour allume la façade prend pied avec la vie que le laitier a déjà franchi

C’est l’instant où rien de ce qui distance arrive à prendre pied. Voilà pourquoi l’oeuvre voulue m’a pris e tôt par la main pour le dire depuis l’atelier.

Niala-Loisobleu – 24 Août 2022

DANS LA SAIGNEE DU COUDE


DANS LA SAIGNEE DU COUDE

Où les pierres en se tressant s’en viennent à recueillir mes pas, ton sein double sa fuite de l’aisselle jusqu’à choir au pli du coude

Les hanches empoignent le ventru callipyge autour des fesses dressant un couple d’arbre où plus d’oiseaux font chanter la clôture de cette prairie gorgée d’herbe épinglée devant

Cambré le chemin se fait le toboggan de mes coups de reins pour porter la vague aux embruns tout autour des falaises.

Niala-Loisobleu – 23 Août 2022

DU LOINTAIN


DU LOINTAIN

Reconnaître sans confondre l’idée que l’on avait des choses

c’est comme se chausser du pied contraire

Cette maison où habitait les douceurs du climat aurait disparu au cours d’une rixe des saisons

Je cherche la boîte à l’être où déposer la lettre au Père Noël avant qu’ils enlèvent les cahiers de la rentrée pour installer les jouets

Si je retourne à l’atelier je me demande si j’aurai pas honte de ce que j’ai peint, tout change tellement plus vite que ça sèche, que le vert des arbres bourgeonne déjà la chute des feuilles

On allume à peine l’alambic que la grêle vendange la récolte

Les mômes vont revenir à l’école pour perfectionner leur rodéo et la technique du feu de forêt afin de palier aux restrictions de combustible. J’ai pas mis ma vie dans une boule en verre parce qu’elle a jamais été Made in China. C’est l’avantage de la bouteille aujourd’hui

Mais ça va être mission impossible de trouver des Micheline Presles.

Niala-Loisobleu – 23 Août 2022

En souvenir du chien


Je

En souvenir du chien

Fut un tant à s’écouler en ravines

Accroché au tronc qui déborde je ne vois pas comment des cendres pourrait remonter à cheval…

Niala-Loisobleu – 23 Août 2022