SOLANNELITE


SOLANNELITÉ

L’air qui s’en fout chausse la grande pompe de mots pour remplir un vide organisé

Acide mon oeil promene sa douleur

Les petites fleure

Les petis oiseaux

Les petites mains

Font le contenu des gros seins

D’un matin ignorant de l’influence que d’air pur on peut attendre…

Niala-Loisobleu – 26 Juillet 2022

BALLADE DU SILENCE CRAINTIF – RAFAEL ALBERTI


PAUL KLEE

BALLADE DU SILENCE CRAINTIF

RAFAEL ALBERTI

Ici, quand le vent meurt,

les mots défaillent.

Et le moulin ne parle plus.

Et les arbres ne parlent plus.

Et les chevaux ne parlent plus.

Et les brebis ne parlent plus.

Se tait le fleuve.

Se tait le ciel.

Se tait l’oiseau.

Et se tait le perroquet vert.

Et, là-haut, se tait le soleil.

Se tait la grive.

Se tapit le caïman.

Se tait l’iguane.

Et se tait le serpent.

Et, en bas, se tait l’ombre.

Se tait tout le marais.

Se tait tout le vallon.

Et se tait même la colombe

qui au grand jamais ne se tait.

Et l’homme, toujours silencieux,

de peur, se met à parler.

.RAFAEL ALBERTI

Ballades et chansons du Parana [Baladas y canciones del Paraná, Buenos Aires, Losada, 1954] in Rafael Alberti, D’Espagne et d’ailleurs (poèmes d’une vie), Le Temps des Cerises, 1998, pp. 215-216. Traduits de l’espagnol par Claude Couffon.

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L’INFINI – SALAH STETIE


NIALA

L’INFINI – SALAH STETIE

 

« Il n’y a d’infini que par l’activation du fini. C’est le fini la pierre d’angle et c’est lui, et lui seul, qui supporte le poids très lourd de nos grandes, de nos vastes mythologies. Fatigué d’être contraint par nos pierres, soudain il fuse et s’envole d’un trait comme l’oiseau des ruines. L’activation du fini est notre fait et notre faix quotidiens, nous qui sommes des bûcherons du réel, des forgerons de métaux pauvres. Avec des bras en bois et des bustes de fer, on ne peut espérer s’évader vers les nuages. Nos yeux seuls voyagent pour nous. Ils vont, éclairés par le soleil ou illuminés par la nuit quand leurs paupières à la fin sont de velours, là où jamais, jamais, nous n’irons. Ils ont des affinités avec l’oiseau, des connivences avec le ciel, ils ont des réseaux qui s’abouchent avec l’infini. Mais ils veulent bien, nos yeux, par compassion d’amour, ne pas nous quitter, et continuer, eux princes, à nous servir: à regarder à notre place, à pleurer, s’il le faut, à notre place. Mais ils savent aussi que c’est, entre eux et nous, un pacte de vérité définitif par qui nous nous perdrons ensemble ou par qui, ensemble, nous nous sauverons. C’est pourquoi c’est avec tranquillité que nos yeux contemplent l’horizon, ce cercle vacillant autour de notre condition, cercle dont la seule issue est par le centre, point fort du réel où vient s’enraciner l’infini.

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Mais pour que soit rendu possible dans notre cœur d’intuition le surgissement diaphane de l’infini, il y faut la traversée à l’aveuglette de cette chambre encombrée de mille objets qu’est la vie où, à chaque instant, on se heurte à l’angle d’un meuble, où de mauvais bleus s’impriment sur nos corps et sur nos membres mis en prison. La relativité du monde, bien avant qu’Einstein ne l’eût faite formule, est notre expérience existentielle de tous les instants depuis toujours. Nous logeons à l’enseigne de ce qui nous étouffe, de ce qui nous fait follement suffoquer. L’univers ne serait-il donc qu’un grand bazar créé pour nous meurtrir ? En tout cas, c’est ici que tout se passe, sous le toit de l’univers et dans ce coin qui nous a été attribué par la mystérieuse loterie qui régit, dans l’éclair, notre destin. C’est à partir de la commode, meuble idiot, qu’il nous appartient d’imaginer, peut-être même de fonder, le créant, notre lieu d’infini – comme le fit Mallarmé. Les poètes sont, de fait, ceux qui mêlent de l’infini à leurs envies de finitude car ils ont besoin, ces béliers, d’être un peu rassurés, et l’enclos qui les ceint et les enferme est précisément dispositif qui les rassure. Qui les rassure à peine. La mort est là, dehors, qui court autour de l’enceinte, renarde et louve. Les cornes du bélier n’y peuvent rien: le jour venu, arrachées avec la tête, les yeux à demi dévorés sur le sol où le sang fut bu, ces cornes meublent de rien le temps de la mort. De rien, mais pourtant d’un ornement. Ainsi : écrire.

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De l’infini, nous n’avons que le témoignage à ras de terre d’un peu d’herbe dont nous ne saurons oublier qu’elle est, entre chacun de nous et le néant, l’inexpliquée médiatrice. La terre est velue là où il le faut comme l’est la femme qui, elle, donne le jour à l’infini, avec la complicité de ses mille serrures mystérieuses, ouvrant, face aux béances de la terre, sur un autre vide.

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Fenêtre ouverte est la femme ; fenêtre fermée est la terre.

Mais, de l’une à l’autre, il y a ce chemin d’herbe où nous, les hommes, ceux sur qui en vient à pleuvoir quelquefois l’étoile de la poésie, celle affrontée sans cesse et confrontée à Sirius, « astre de la sécheresse » selon les antiques Arabes (et je les évoque ici comme amateurs de ciels étoilés et de femmes étoilantes : (le Coran n’a-t-il pas été imaginé « en étoilement » selon ce qu’il en dit de lui-même ?), oui, de l’une à l’autre, racine de lit, racine de tombe, femme et terre, il y a ce chemin que nous aimons prendre et qui est creusé dans le souffle. Par ce souffle, chacun est uni à tout ce qui respire et peine, le vent, l’arbre, le corps, la mer, le ciel avec ses plus rayonnants nuages, eux aussi poussés par un souffle et les voici qui tournent au gris, au gris bleu luisant et au noir, à plus de noir encore, et les voici qui s’accumulent terriblement, qui se bousculent terriblement, jouant à l’on ne sait quel énorme jeu de pousses-toi de là que je m’y mette, à l’on ne sait quel tohu-bohu préhistorique, comme des bêtes enragées d’avoir soudain vu Dieu dans le cadre de sa fenêtre ouverte, et qui, prises de la grosse panique des âges, fuient dramatiquement, poussées au cul par la toute-puissante respiration. Ce n’est pas une scène de la savane africaine que je décris là mais bien ce qui se passe ordinairement dans nos cieux en des après-midi de chaleur quand, dans l’éclair, parvient à se densifier l’infini ou ce qui nous semble tel. Car de l’infini, l’un des visages tournés vers nous n’est pas de sérénité, mais je le vois plutôt comme une agitation éperdue d’une torche horrible.

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Il y a en chacun de nous l’énigme d’une nappe phréatique où chacun puise, souvent sans le savoir. Sous la voussure du ciel redevenu bleu, bleu séraphiquement, il y a la petite coupole blanche du saint endormi dans la tendresse étrange de la mort entre les quatre murs, blancs eux aussi, de son ultime voyage, bateau de pierre ou de pisé ayant, pour le jour des hommes, jeté l’ancre chez eux et parmi eux.

Et c’est pour moi retourner à la case départ où j’estimais pouvoir dire que c’est le fini qui, à notre échelle, commandait tout le reste et même l’Échelle de Jacob. Ce serait assez satisfaisant pour l’esprit de terminer ce texte, ce très court texte sur l’infini, par ce beau mot d’échelle. Les Échelles du Levant, dont je viens. Échelle de Jacob, qu’il m’a plu de citer.

Et René Char: “A l’âge d’homme, j’ai vu s’élever et grandir, sur le mur mitoyen de la vie et de la mort, une échelle de plus en plus nue, investie d’un pouvoir d’évulsion unique, le rêve.“. Mais l’infini est cela qui, plus nu que le plus nu, déconcerte et défait tous les barreaux de nos échelles. »

.SALAH STETIE

L’Enfant se tient là, dans sa graine, prêt à tout pour la défendre contre son prédateur : l’enseignant

Niala-Loisobleu – 25 Juillet 2022

« AUBE EN CORPS » – NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/CANSON 21X29,7


NIALA

« AUBE EN CORPS »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/CANSON 21X29,7

A border la dernière vague à la nage

en laissant la gorgone faire ses offres d’influenceuse

et toucher la côte dans l’écho du pouls juste pour se prouver

qu’on tient debout

toujours sauvage

cap vert

et plus qu’animal

Chien Fou

chuilà qui se paye bon sang sur les trottoirs de ses rues

Je t’embrasse ma Mie

comme une énième jeunesse sur la route de St-Jacques…

Niala-Loisobleu – 24 Juillet 2022

FLUCTUATIONS – COLETTE GIBELIN



FLUCTUATIONS – COLETTE GIBELIN

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Inspire
Une source est dans ton regard
Respire les mots et leurs fragrances d’herbes sauvages
Respire le bleu et l’ocre des plages,
l’ivresse claire des coquillages
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Expire
Mets en déroute les relents de prières,
les regrets,
les reliefs de mauvais repas
Expulse les miasmes,
les remugles d’organes, les borborygmes
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Ouvre la porte, jette les clés
Il est grand temps de te jeter dans la mêlée,
de rebondir, toujours plus haut,
vers le soleil
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Ouvre les bras
Que les oiseaux du bout du ciel
se perchent sur tes branches
Que l’aube éclate en giclées de tendresse
La vie est douce, comme la peau,
comme le miel
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Inspire
Aspire l’infini
Savoure son goût de gingembre
Qu’il s’insinue à l’intérieur de ton corps
Qu’il t’habite
Comme l’eau habite la terre
Comme le vent habite les mots
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Que la parole s’ouvre, vive et claire
De bouche à oreille,
on partage les étoiles,
le jus de figue et le libre avenir
On échange, langues légères ou gutturales,
un bruissement de galets
On explore la mémoire
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..COLETTE GIBELIN

HOUX DOUZE ROSES


MARC CHAGALL

HOUX DOUZE ROSES – PAUL ELUARD



La hache la façon de tenir un verre brisé
La négation d’une fausse note les clous les fards
Le sens commun les algues les ravins l’éloge tout ou rien
La pourriture astrale et le reflet de son délire
La lune de rosée et beaucoup d’animaux gaillards
Dans cette ville disparue dans cette ville camarade
L’orage vagabond ses prunelles éclatée son feu virtuel
Le brassage des graines des germes et des cendres
Coin des Acacias masqué d’odeurs le sable fait la moue.Lune la feuille fleur le sein et les paupières lourdes
Les longs baisers de la balafrée aux cheveux pâles
Qui m’accompagne toujours qui n’est jamais seule
Qui m’oppose le flots des non quand les oui ne pleuvent pas
Elle a pour elle sa faiblesse machinale
Les gémissements incessants de l’amour
L’introuvable gorgée d’eau vive
La décevante gorgée d’eau neuve
Elle a pour elle les premières et les dernières fumées
Légères les fourrures mortes de chaleur
Le sang des crimes qui défait les statues négatives
Elle est pâle et blessée et taciturne
Elle est d’une grande simplicité artificielle
Velours insondable vitrine éblouie
Poudre impalpable au seuil des brises du matin
Toutes les images obscures
Perdues dans l’étendue de sa chevelure diurne

.Paul Éluard,
(La Vie immédiate, 1932)



TOUT SE LÈVE


TOUT SE LÈVE

Ah l’air est frais la bonne heure, le cerisier traverse mon jardin avec un goût d’aimer ce dimanche d’été

Tout dort sauf ma pensée partie en vacances…

Niala-Loisobleu – 24 Juillet 2022

ENFANCE RENOUVELEE DETE


ENFANCE RENOUVELEE DETE

Grimpant le mur l’épine aborde le temps comme il vient

laissant dans un indéfectible retour le tendre de sa couleur

Du flacon ouvert de son parfum tu te déshabilles

Chemin nuptial de l’herbe au campanile

sur char-à-banc de rires

que l’accordéon tire à quatre violons

Le riz remplaçant la grêle ouvre sa rizière aux reins du buffle à la Cabane-Bambou

et d’une jonque sur le fleuve ma mémoire monte au delta

Le chant est rempli de Marguerite et de Tante-Jeanne….

Niala-Loisobleu – 23 Juillet 2022

AVONS DE CHASSE


AVONS DE CHASSE

En escadrilles

elles décollent extraire

Gardiennes

de notre soleil

Humbles, précédent le coq dans ce qu’il a de vaniteux

tendries du passage de faire le plein dans la cressonnière

hennissantes d’une course en Camargue d’un Crin Blanc avec sa manade

à une danse en Avignon aux seins de la Femme en rase-motte

avant d’atterrir au bord des menthes

sans mutiler l’iris

Vincent conduit à la reconnaissance.

Niala-Loisobleu – 23 Juillet 2022

BLEUITUDE


je

BLEUITUDE

Tout moussu d’écume atlantique

Dans une trouvaille sous la pierre à maree- basse

L’harpon à bord avec le tuba

Jojo le Mérou peut nager tranquille j’ai bouché la murène au fond du trou. L’anémone respire calmement dans un rêve très érotisé par la couleur

Les algues te font la peau douce et le parfum d’iode pour me laisser te paner au sable blanc.

Un des mes délires Que les mouettes adorent

Niala-Loisobleu – 23 Juillet 2022