LE CYCLE DU CHEVAL 2 – ANTONIO RAMOS ROSA


LE CYCLE DU CHEVAL 2

ANTONIO RAMOS ROSA

Il n’en finit pas le cheval d’être cheval

par son nom et par son corps,

par l’argile rouge et le taillis vert,

le commencement de la forme de son être.

Je me glisse à plat ventre pour le voir

dans la gloire de son champ d’herbe rase :

il respire l’air de son air

et la glaise du souffle immobile.

Le jour aussi gris qu’un pain de terre,

l’impatience de ces aines renforce

le marteau dont je bats le sommeil des champs.

Antonio Ramos Rosa

LE CYCLE DU CHEVAL 1 – ANTONIO RAMOS ROSA


LE CYCLE DU CHEVAL 1

ANTONIO RAMOS ROSA

Cheval prêt à s’élancer, à gravir,

mais toujours la terre et le silence

soulèvent la maison et le chemin,

le tronc et la croupe, des noms forts.

Cheval de parole et de terre,

vaste par son nom et par son être,

il court le temps d’un regard sur la plaine,

ou se cabre embrasé sur les maisons.

Cheval à la fureur contenue,

écume d’un hénissement sur le mur

le plus haut de la terre, oreille

de la nuit en forme de cheval

sur l’horizon.

Antonio Ramos Rosa

MAGIE DE LA CHAUME


MAGIE DE LA CHAUME

C’est l’heure où je couche l’atelier et vois les arbres de la Chaume se raciner dans mes fleurs

j’en ai mis sur ton corps en le sentant dire j’aime n’aies pas peur

respire-moi sans fausse-pudeur

promène mes seins dans ta vitrine

je ne m’écarte que de mes membres inférieurs

pour te donner

mes cris dans un silence rougeoyant qui voyage sans bagage mais du seoir

Je s’aime…

Niala-Loisobleu.

17 Décembre 2022

RETROUVE-MOI L’ÂGE D’Y ALLER


RETROUVE-MOI L’ÂGE D’Y ALLER

Il pleut sur la mer

mes caniveaux débordent

que j’en dépasse les conventions de l’âge

Malher

m’absorbe jusqu’aux pores

d’un désir d’escale…

Niala-Loisobleu.

16 Décembre 2022

 Mahler – Catherine Ringer

C’est ton visage
Et puis tes mains
Et puis ton torse
Sur le miens

Doucement

Dans mon dos
Tu viens
Et tu me tiens

Tu me calmes
A trop de pleurs de larmes
Et je te sens serein
Quand je sèche mes mains

Ta chère a disparu
Bien que mon âme l’ait retenue
Bien que mon âme ait ton parfum
Et tu me tiens

Si tu n’étais pas mort
Je serais avec toi
On marcherait dehors
Et puis on rentrerait

Si tu étais vivant
On serait bien ensemble
On irait de l’avant
C’est beau comme on s’aimerait

Au fond de moi
Oui, c’est bien toi
Encore toi
Qui me fait rire

Là ! Ton regard
Est dans mes yeux
Oui c’est ta flamme
Et je suis deux

SE VOULOIR OUVERTE


SE VOULOIR OUVERTE

Enfourchée, les seins sortis de leurs attentes à l’estuaire de ton ventre tu viens librement te donner à la vague

Sorti de la ceinture de feu, l’oiseau tresse le nid

La monture est équine et vient brouter l’herbe là où rien ne pourrait la faire plus verte !

Niala-Loisobleu

16 Décembre 2022

D’AUTRE FOI


D’AUTRE FOI

Plus de cinquante ans ont passé depuis que j’ai fait ce grand tableau

Comparer l’état d’esprit qui régnait alors avec aujourd’hui est impossible

Les ponts étaient partout constructibles

Si l’âge reste attaché à l’essence de l’enfant pour ce qui touche au construire, l’effort pour croire est au-dessus du pouvoir des reins

Je m’ai couché hier soir avec un désir dans le ventre qui n’a pas rempli l’assiette.

Niala-Loisobleu – 16 Décembre 2022

Jacques Bertin – La Non-Supplique


« C’était les Années 70 » – Niala – (Huile s/toile)

 Jacques Bertin – La Non-Supplique


Je meurs avec humour, je meurs modestement
Je n’ai même pas mis mes habits du dimanche
Je ne suis pas de ces pépés grincheux aigris
Je meurs sans prétention, je regarde la Loire
Couler devant chez moi avec des enfants nus
Le ciel avec dans l’œil son ultime hirondelle
Ainsi s’en va ma vie et mon sang qui s’endort
Restent les grands oiseaux qui dorment sous les feuilles
Restent vos longs cheveux et le soleil dans l’eau
La la la…

On vit on ne sait quoi, on ne sait pas comment
Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas encore
J’ai eu mon âge d’homme, un matin par hasard
J’ai vendu ma jeunesse à un jongleur de foire
Je sentais tous mes jours percés d’air et d’oiseaux
Ma vie en moi, mon sang comme une certitude
Ma vie comme une dent qui mangeait de la mort
Un grand bonheur idiot qui s’emmêlait les ailes
Voilà le pont qui claque et la drague qui geint
La la la…

J’ai tant aimé la vie, je m’en voudrais un peu
De me mettre à genoux pour lui lécher les bottes
Je m’éloigne de l’eau, je m’en vais, tout est bien
J’oublie même d’organiser mes chrysanthèmes
À mon mariage aussi j’ai été en retard
Et en cachette je te caressais les fesses
Elle est morte avant moi, c’est tant pis, c’est très bien
Je m’efface à mon tour, sans discours, sans supplique
Laissons les immortelles nous parler de la mort
La la la…

Je m’en fous de ma mort, du marbre et des fleurs
Je vis encore et je ne veux pas qu’on en parle
J’entends le pas pointu des femmes sur le quai
Je les suis, je les veux, c’est toi et je t’épouse
Il fait chaud et la Loire s’étire et s’étend
J’ai bien roulé à gauche aussi du temps des fraises
La bouche ensalivée je vais où je m’endors
J’ai vécu ma vie pleine comme une écriture
Et la dernière phrase n’est pas écrite encore
Il est très tard ce soir et je suis seul, je rêve

Jacques Bertin

DRAPES DE LAQUES PAR MICHEL BUTOR


DRAPES DE LAQUES

PAR

MICHEL BUTOR

C’est l’enveloppement d’un ciel du soir

autour des épaules de l’horizon

puis l’ombre se cristallise en braises

d’où germe un rosier de flammes

qui lèchent et carbonisent la forêt

C’est une agitation de bannières

devant les sillons qui se tordent

sous la fumée des feuilles mortes

roulement de vagues mouillées

dans le chuchotement de l’automne

C’est une rafale de neige

douce comme une caresse

au long des jambes du paysage

qui se blottit au creux du lac

entre les portes des glaciers

C’est une étole de cristaux

taillés en écailles si fines

qu’elles ruissellent sur les yeux

au moindre pas le long des falaises

dans le vertige des embruns

C’est une coulée de métaux

qui rejaillit sur les rocs

pour s’engouffrer dans les ravins

en grappes et lianes

entre les seins des cariatides

C’est un collier de lessive

sur le torse du torrent

entre les berges d’anthracite

aux noeuds d’acajou

dans la gifle de l’ail et du benjoin

Ce sont des bras qui se referment

autour du cou des choses

palpant leur fuite

et s’entrouvrant pour les lâcher

vers un siècle d’essor

Michel Butor

FIGURE DE PROUE


FIGURE DE PROUE

On garde des dauphins une impression de sérénité que la navigation présente pousse au fond du saut

Le large ouvert à la proue, durant des siècles a gardé une infinité des possibles que la possibilité de tempête ne retenait pas à l’amarre comme un prétendu navire encré à St-Tropez ou Marbella

L’école de la mer forme sans passe-droit ni manche à galons le mousse au contenu de son caleçon

Tu rêves d’Espagne à la poussée des ailes du moulin de Don Quichotte ou de Mexique en sortant du lit de Frida pour peindre un bleu tiré de l’injustice corporelle

Et l’aube tirait de sa blancheur une autre espèce de communion qu’un succédané de dragées

Moi le vétéran revenu pas par miracle, mais parce pas héros pour un brin, grâce à l’assiette de mon cheval seul dans la rue vide

Cognant aux portes comme dans la gueule d’Halloween pour trouver la survivante

La Femme conforme à son genre

Celle qui a des seins à mettre à la bouche de la vie

La source claire dans un buisson d’algues où l’alevin gîte

Cette nature à pas vouloir perdre sa féminité pour battre le macho et prendre sa place

Tout tenon et mortaise

pour emboîtage de vie solide où s’asseoir.

Niala-Loisobleu.

15 Décembre 2022

PRES DE MON FEU QUE D’AMOUR


PRES DE MON FEU QUE D’AMOUR

Des années enfilées comme des perles, je garde l’amour de la vie comme un beau collier

A la pêche à pied il y a eu à tirer de dessous des pierres des joies sans compter

Ce qu’il en reste en partage mis au placard ne se sépare pas de corps avec le voyage de la vie

Tout comme la Beth qui monte assure le relais pour que le jazz ne subisse pas d’extinction

Je peins comme elle chante façon brasero.

Niala-Loisobleu.

14 Décembre 2022