APHRODITE SE MONTRE


APHRODITE SE MONTRE

Dans l’air pesant de sens étouffés, l’entrée du chemin d’aimer ne peut rester obstruée

Ouvrant la grange à deux battants, Aphrodite sort le char à banc avant qu’il ne brûle

Il est attelé à la marée montante

La mer jaillit dans une vague de poitrine qui passe toutes les digues

Le cosaque risque de se faire sabrer au cours de l’assaut du cortège qui renverse l’interdit

Non au droit de cuissage auto-proclamé

Niet à l’abstinence libérale !

On déblaie les décombres de la suite nuptiale, la tentative d’encerclement est contre-nature

Niet à l’abstinence libérale !

Niala-Loisobleu – 5 Mars 2022

FLORE EMOI VEILLONS


FLORE EMOI VEILLONS

D’une voie que la douleur transmet dans les derniers aboiements d’un chien écrasé, me vient le soubresaut de ce coin de rue qui souriait

A travers l’âcreté des fumées criminelles, cette foi que l’acide ne peut ronger dans ce qui reste de valide dans mon oeil, Flore l’arrose d’un tampon d’autres odeurs pour que je vois où introduire la fleur sans couronnes

Il faut bien décompresser la chenille pour sortir un papillon de la bouche du char

En se tournant face à demain on voit que rien ne pourra échapper au construire à neuf, le rafistolage ne sera plus insubmersible

je vous laisse les outils et le mode d’emploi du bâtiment.

Niala-Loisobleu – 2 Février 2022

LA LIGNE DE RUPTURE PAR JACQUES DUPIN


LA LIGNE DE RUPTURE PAR JACQUES DUPIN

Il s’en faut d’un effondrement, d’une dérive souveraine

la surface du jeu, l’alternance et l’altération

c’est la peau du dehors qui se retourne et nous absorbe

analphabètes pour les feuilles, détachés de tout arriéré scintillant

qu’on expulse de soi avec la tourbe, les viscères

et les choses attisées, la nuit, et les hardes de couleurs

la loupe asphyxie son maître, la fenêtre donne sur le talion

Le sang sur le mur pour ne pas le voir

attenante aux travaux des confins l’hilarité comme sa pelle raclait le fond cassait le sens après l’incorporation de la marche à l’étendue œufs couvés par le sable
et la peur comme si le désert intermittent l’aveuglait

au couperet de toute balance les éclats du linge et le sang contradictoire

Acquiesçant pour disparaître, ou revenir, défalqué de la somme

d’une seule coulée froide quand les parois se sont concertées

le corps traversé mûrit, le corps appliqué s’élève

comme si jouait la solidarité du crime

nous ne nous trompons pas écrivant, n’écrivant que

les otages jumeaux dont l’intervalle est un masque

le dur axiome du levain, ce que le soc soulève de futur

Détruire l’écriture de cet espace oppressif et se perdre en l’écrivant

pour l’indivision dans le feu contre la léthargie des sources la carrière

les miettes du festin sont debout sur la nappe irréprochable

mimant ce qui rend exemplaire son exécration, le je plural et harcelant, décimé

il se mêle à l’eau limoneuse des parcelles incorruptibles

dans la chambre coritiguë son sacrifice ou son sommeil, et le reflux

les blocs appareillés à leur suite, et soustraits à l’interprétation

Débarcadère de chaque chose et son hermétique fraîcheur

le tout-puissant affleurement dont tu assures la mobilité

l’aven comblé nous glissons jusqu’aux bords qui n’existent pas

une clarté vipérine une chaleur inachevée

nous sommes seuls, et nombreux, là, attestant une faiblesse de la langue

l’étalement de la question comme un champ de fleurs

nous errons dans le froid de plusieurs soleils

La traversée qui nous scande, la trajectoire qui nous mesure

glène, au fond de son enroulement, ce qui dormait, et brûle

depuis que les portes s’ouvrent à ce tremblement de l’air

exultant de n’être pas l’horizon fossilisé d’un livre

nous, la mesure de la traversée, la scansion de la trajectoire

notre discordance convoite une illisibililé clignotante

alentour il y a le feu qui fait rage et les choses dessinées

Précipitée du dehors, étant du dehors la force, ou la loi, fourvoyée

de la masse enchevêtrée des lignes le brusque arrachement qui nous apaise

dérapage lassitude sur l’anneau consumé nous rapprochant de la courbe déclive

même enlevé sur une hanche de déesse, même en configurations purifiées

dans l’espace retourné comme une glace vide véridique

un éparpillement de l’autre à l’infini jusqu’à l’adéquation du nombre au non-sens

et le vent qui renâcle et s’épuise dans l’élargissement de la nuit

Surgir de l’effacement d’une trace illégitime

nos corps échangés se taisent, grandir est indifférent

l’orage fraye un chemin parmi les violettes atroces

allégresse, crève-cœur, du recommencement

de la limite fractionnée que la perte de la vue transgresse

dans la vigne où nous commencions d’être ensemble

les yeux plissés devant une couture sans couleur

L’exclamation qui courbe la vitre favorise un dernier éclat

la vitre et le vide afin que leur proie se dessine

joueur à la lisière du soupçon pour accueillir toutes les versions du geste

et affilié à ce qui n’est encore que lambeaux d’une gomme anxieuse

éclairs de chaleur entropie figure au timbre de plus en plus las

le rocher qui obstrue le sens n’est qu’un nuage désœuvré qu’on traverse

les blés mûrissent en une nuit, le surcroît de la douleur

Jusqu’aux ongles jusqu’à leur niaise férocité

en deçà les courbes grandissent les lignes s’oblitèrent

dans la logique du récit la pierre désirable1 roule au torrent inintelligible

inscrite en faux dans le contexte harassé qui la broie

notre troupe aux termes d’un vieux pacte évaporé

simplement la terreur d’écrire malgré l’inflexion du soir

le signe, qui nous force à l’écouter hors de toute saisie

Fair. ou l’ouvrage persistant, de ses mains taciturnes, de ses mains torrentielles

il n’y a q u’une barrière .à renverser pour que le proverbe s’érige

sculpté par la foule, transpirant le vide qui la désaltère

le brin d’herbe ne dit rien de plus aux dents agacées que ce plus

qui suspend les hostilités pour jouir

du seul affleurement qui fonde — le futur, la monstruosité

tellement tendue que j’éclate

Sa naissance était de mots très simples et de coups de feu isolés

sommes-nous la part éloignée de son dénuement le givre furieux le sommeil

une peau si fine sur le monde qu’elle tient en échec le feu

s’inscrivant comme un don du soleil au cratère de sa blessure

la lame — encore qu’il n »y ait rien que l’obscurcissement du soleil

mais j’aime le goût de la terre en dessous et plus bas la voix féminine

réfractant la tendresse des hautes parois incohérentes, leur verte fragilité

Nous marchons avec discernement la bouche ensanglantée

c’est le (Ion de l’auvent qui déjà nous blesse, le feu qui nous chasse

si haute est la nuit que nous sommes dans l’ignorance

l’émerveillement comme à la frontière d’un territoire excessif

après l’incorporation de la marche à l’étendue

d’un feu désaltérant de souches la cendre est blanche à nos pieds

à peine la clarté que laisse la mer en se retirant.

Jacques Dupin

LAISSE VENIR L’EPINE A LA ROSE


LAISSE VENIR L’EPINE A LA ROSE

Par la tige qui mène au pastel , à l’écart des ténèbres déversés au hasard de la haine, laisse la rime métaphysique se frayer le contraire de l’infondée désolation

Rien n’a autant de ressemblance avec la fausse-identité que la fable du loup allant à la fontaine abuser la grand-mère

Je vois si bien la cruauté de la réalité au travers de la fumée des bombes que mes plaies ouvertes se désinfectent et se pansent de poésie

Chercher au trèfle la quatrième feuille chanceuse, n’a rien de l’effet que produit la ruine redressée en point d’appui pour le sniper

De l’au-delà d’une guerre civile la mémoire de brigade internationale fait phénix

Le filet odorant que tu as fait passer ce matin montre au point de croire que l’amour trempe toujours sa flamme dans son huile.

De là à voir Stalingrad revenir au pouls des soldats russes il se pourrait qu’un Poutine puisse y trouver châtiment.

Niala-Loisobleu – 3 Mars 2022

AUJOURD’HUI SE REPRISE. C’EST UNE CEREMONIE.


Contre la blessure qui ampute l’arbre, l’oiseau niche un chant pour pondre la fourche où se retenir. Ce jour ou une ville tombe, des villages se lèvent partout dans le monde. Dans les yeux de la poésie j’ai trouvé tes seins grossis et ton ventre battant d’un sang refusant une certaine ménopause. Je retrouve l’ardeur qui arme l’amour d’un tant qui mord.

Niala-Loisobleu – 3 Mars 2022

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LE TEMPS MORD (REPRISE)

Un mouvement est là, dans l’immobile incongru, est-ce la pensée plus forte que les rues qui ont été fermées qui fêle ?

A n’en pas douter, dans l’angle le papier-peint baille, la forme transparaît par l’ouverture du temps. Les quais des trains ratés en quittant leurs vêtements un à un dévoilent la beauté des lieux. On ne part de soi trop tard qu’en restant sous son chapeau.

L’âne qui tourne la noria pense-t-il aux déserts  sur lesquels les sots se répandent, prêtons-lui le bénéfice du doute de l’innocence, l’âne est pas domestique au point de tomber si bas, il a le sien à porter et cela lui suffit.

Il était pas en corps l’heur des seins qui devance le coq qu’à mon oreille j’entendais ton pouls battre. Pour preuve ce bleu qui macule encore mes doigts. La couleur dit clairement d’où l’on sort et où on a l’intention d’aller. Ce petit-linge accroché au dossier de la chaise même avec ce cheveu qu’il a gardé sur la langue, peut dire l’enchantement du coeur de la forêt sans zozoter. Un solide conteur aux veillées que celui-la. Ficelle, vous avez-dit ficelle, ah non, je parlais de soie pas d’un autre.

Illustration: Peinture d’Otto Dix

Niala-Loisobleu – 30/03/18

RESTE DEBOUT


RESTE DEBOUT

Traverse sans incliner la tête

devant la laideur d’un vouloir asservir

Tu es de nature à continuer la vie

ton corps n’en a rien démoli

Demeure

Niala-Loisobleu – 3 Mars 2022

VOLANT EN TAPIS


VOLANT EN TAPIS

Opiniâtre envol pourtant réfléchi

A la place des maisons qu’ils pourchassent

en l’absence de fenêtres pour voir la paisibilité de la porte que l’on choisirait pour dégoter ce coin d’herbe où nous découvrir à la mode-marguerite

au-delà de l’apparence

l’arbre abattu à la hache missile brandit une balançoire sur son moignon

avec la rage de vaincre l’injuste force en présence

Tout comme j’accède au relief de ta poitrine en plein dans une platitude qui voudrait araser la liberté d’être en extrayant la toute petite enfance de sa croissance

Pareil que dans la retenue de ton langage tu enfiles un collant sur le cri qui arriverait aux autres, toi, chaste d’une sensualité toute personnelle, ramassée comme le chien sur le fusil tu t’envoles rejoindre l’inégal à bord du tapis sauvé de l’haleine à tisser.

Niala-Loisobleu – 2 Février 2022

BALLADE ANEMONE


BALLADE ANEMONE

Si au loin se rapproche un ciel traversé de désirs funestes, viens et pose ton coude sur la table pour que l’anémone dise à ta tête de s’incliner vers elle, ça lui donnera matière à pencher du bon côté

Il nous reste, sans rien mesurer en dehors de l’instant présent, qu’à choisir librement la position qui enfantera le bien-être

Je sais qu’on ne peut pas savoir où et quand la bombe tombera, je me souviens seulement comme durant la dernière oppression, l’amour a gardé l’envie au-dessus de tout dans ses insurrections

Varsovie est-ce que ça te dit quelque chose ?

Niala-Loisobleu – 25 Février 2022

PAR L’ÉTANG QUI COURT


PAR L’ÉTANG QUI COURT

Des murs qui posent un cerne sous l’aire de jeux comme une escarbille dans la fenêtre, en glissant mon levier sous l’éboulis, je soulève de quoi voir au-dessus du JE NOUS

D’un accent comme d’une couleur à l’autre le lien devrait voir en commun le beau sans le vouloir pour lui tout seul

N’arrête rien de l’oiseau qui vole ou du chien qui flaire ils transportent l’un comme l’autre le savoir mystique de là sève dans la tige-mère

Voilà pourquoi j’ai pris un billet pour ta gare avant que le train s’arrête

Niala-Loisobleu – 25 Février 2025

GUERRE PAR ANDRE BRETON


GUERRE PAR ANDRE BRETON

Je regarde la
Bête pendant qu’elle se lèche

Pour mieux se confondre avec tout ce qui l’entoure

Ses yeux couleur de houle

A
Pimproviste sont la mare tirant à elle le linge sale

les détritus
Celle qui arrête toujours l’homme
La mare avec sa petite place de l’Opéra dans le

ventre

Car la phosphorescence est la clé des yeux de la
Bête

Qui se lèche

Et sa langue

Dardée on ne sait à l’avance jamais vers où

Est un carrefour de fournaises

D’en dessous je contemple son palais

Fait de lampes dans des sacs

Et sous la voûte bleu de roi

D’arceaux dédorés en perspective l’un dans l’autre

Pendant que court le souffle fait de la généralisation à l’infini de celui de ces misérables le torse nu qui se produisent sur la place publique avalant des torches à
pétrole dans une aigre pluie de sous

Les pustules de la
Bête resplendissent de ces hécatombes de jeunes gens dont se gorge le
Nombre
Les flancs protégés par les miroitantes écailles que

sont les armées
Bombées dont chacune tourne à la perfection sur sa

charnière
Bien qu’elles dépendent les unes des autres non

moins que les coqs qui s’insultent à l’aurore de

fumier à fumier
On touche au défaut de la conscience pourtant

certains persistent à soutenir que le jour va

naître
La porte j’ai voulu dire la
Bête se lèche sous l’aile
Et l’on voit est-ce de rire se convulser des filous au

fond d’une taverne
Ce mirage dont on avait fait la bonté se raisonne
C’est un gisement de mercure
Cela pourrait bien se laper d’un seul coup
J’ai cru que la
Bête se tournait vers moi j’ai revu

la saleté de l’éclair
Qu’elle est blanche dans ses membranes dans le

délié de ses bois de bouleaux où s’organise le

guet
Dans les cordages de ses vaisseaux a la proue desquels

plonge une femme que les fatigues de l’amour ont

parée d’un loup vert
Fausse alerte la
Bête garde ses griffes en couronne

érectile autour des seins
J’essaie de ne pas trop chanceler quand elle bouge

la queue
Qui est à la fois le carrosse biseauté et le coup de

fouet
Dans l’odeur suffocante de cicindèle

De sa litière souillée de sang noir et d’or vers la lune elle aiguise une de ses cornes à l’arbre enthousiaste du grief

En se lovant avec des langueurs effrayantes

Flattée

La
Bête se lèche le sexe je n’ai rien dit.

André Breton