CROISEMENT DE FILS


HUGO GRENVILLE

CROISEMENT DE FILS

Sans un bruit de réveil

Allées-venues de l’oiseau de l’arbre à l’appui

Quelle fenêtre donne sur le courant de la rivière ?

Papillon vole

Sous l’auvent des aisselles

Mûrissent les fraises

Des genoux serrés sur le sol la carte est à déplier

Déjà le motif du tapis conduit à la volonté de la laine

Comme tisser du voyage

Un tapin des Sirènes

Sur le côté où reposent l’essaim

L’atelier se dégrafe de l’arène pour sortir du labyrinthe

Transhumer à la fourche en altitude

Un baiser de la langue au passage dans la boîte à l’être.

Niala-Loisobleu.

28 Décembre 2022

« ROUSSES HEURES »- NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/CARTON-BOIS – ENCADRE S/VERRE 40X50


« ROUSSES HEURES »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/CARTON-BOIS

ENCADRE S/VERRE 40X50

Entre tout et rien soleil qui passe

c’est l’hiver ici comme ailleurs

La peau d’animal est choisie à longs-poils

comme ça les branches attrapent le chaud au passage des peaux

Ce qu’on ne voit pas des maisons prises dans le brouillard montre davantage l’odeur qu’elles génèrent

La dentelle se brode devant la cheminée où tu étends ton anatomie pour un cours privé

Ce qui chauffe le vin et les marrons sur la plaque tectonique

en glissant les collines de tes rotondités sous ton manteau l’une sur l’autre

Les maisons suivent à coller comme tout ce qui procède du mouvement

comme l’émoi quand le grand sorcier fait bramer son renne

Puisque c’est l’anniversaire de ta tante aujourd’hui

emmène-moi bivouaquer dans ton camping sauvage

on posera les raquettes sur la terre battue de Roland-Garros

là ou Coubertin a dit que l’essentiel est de participer.

Niala-Loisobleu.

28 Décembre 2022

LE CHANT DE LA HAIE


LE CHANT DE LA HAIE

Dominant la crête le disque solaire microsillonne

l’aubépine sort ses pétales dans la végétale cloison qui protège son pré

où les oiseaux remontent le drap frais de la dernière rosée

C’est comme un vitrail qui perce l’incommunicabilité avec le coeur

sortant la maison-blanche du fond du gouffre

sur l’orbe des ocres du sol retourné

là où ton ventre palpite en triangle

un lotus tire sa langue.

Niala-Loisobleu.

28 Décembre 2022

Chemise à fleurs


Chemise à fleurs

Par boutons éclos le jardin ouvre sa poitrine

Les champs tiennent le déploiement de l’oiseau au-delà de la barrière de corail

Sans qu’un échouage de baleine ne soit venu sur la plage

Quelques astéries sont venues marquer la ligne qui sépare l’archipel de ta poitrine en un profond couloir

Et dans l’écume le jour entre en marge par spirales

Un pour tous, tous pour un !

Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2022

MAINTENANT EN ALLANT DEMAIN


MAINTENANT

EN

ALLANT DEMAIN

Sans compter les cailloux posés sur le chemin

qui des pas perdus

genre hall de gare de sale attente

j’ai tenu parole en prononçant mes mots-peints

A travers la vitre un vallonné précisé par les vagues

s’est ouvert au soc du sillage

Puis de l’eau en son point où les animaux viennent boire et tremper

le mammifère de tiroir qui s’ouvre

et montre comme ça balance à Paris dans mon émoi

Les Puces, la Samaritaine et le couple qui se prive pas de se faire plaisir sous le Pont-Mirabeau, des bateaux sans les mouches, j’approche de mon tricycle prêt à enfourcher la Gare d’Orsay pour un aller aux Tuileries

Pont-Royal

Je m’écarte

et suis à l’entrée de mon évasion onirique où rien ne se rase pour demeurer poilu

la rousse heur se pointe comme un col Claudine

dans une des libertés prises par Colette

C’est sûr que je viendrais l’achever demain celui-là comme j’en commence toujours un autre.

Niala-Loisobleu.

27 Décembre 2022

COL EN DENTELLES BLANCHES – AKSINIA MIHAYLOVA


COL EN DENTELLES BLANCHES

AKSINIA MIHAYLOVA
à Roumiana

Nous émottons les années et elles se mettent à respirer.
Les non-partagées, on les couvre soigneusement
avec des toiles d’araignées
pour qu’elles ne saignent plus.
Le rouge n’est pas une couleur d’ange, dit-elle,
en dessinant des triangles dans l’air
pendant que j’essaie de trouver la place juste
d’un morceau du puzzle.
J’ai emmuré l’une des portes,
c’est pourquoi tu ne réussis pas à faire rentrer
la table au milieu du salon.

Les reflets de la bougie lèchent les nacres
incrustées dans l’ancien fauteuil viennois,
arrachent des runes bleuâtres
et les effacent tout de suite.
C’est le baiser du temps,
ajoute-t-elle à l’aube
et son doigt suit la ligne blanche
au creux de l’accoudoir
ayant amassé la poudre des ailes
de ce papillon mystique
qui avait survolé nos têtes
une nuit de février
comme s’il voulait démentir les saisons
et éclairer l’écriture secrète
dans l’âme de chacune de nous.

Aksinia Mihaylova

Mon beau ça peint


Mon beau ça peint

Roi des forêts qui percent dans le faire pour atteindre la bonne pierre

L’ancolie dans son coin

L’anémone franchit le seuil de pauvreté du monde pour l’aquatique humilité qui assure sa continuité

Ouvre- moi tes jambes à pieds que je laisse la voiture à son trottoir vendre sa petite vertu…

Niala-Loisobleu – 27 Décembre 2022

GENESE AKSINIA MIHAYLOVA



    
GENÈSE

AKSINIA MIHAYLOVA

I
Déboutonner lentement le corps
quand on manque d’air
comme la châtaigne mûre
desserre ses poings épineux.
Le plus important sont les boutonnières
des veines,
des flottilles fatiguées y sont ensablées
et s’en détachent comme des caillots
des bouquets de coquelicots qui fanent,
se mettent à couler
depuis le cou vers le ventre
et le champ rouge
de ton corps déboutonné
frissonne sous le vent frais du matin.

II
Quand l’air manque
je donne un souffle de vie
au souvenir des eaux utérines.
Des branchies repoussent au cou
des ailerons sur les hanches
du duvet sur le dos,
ni homme ni poisson ni oiseau
je cherche mon sexe.
Après l’ange descend
avec un panier
accroché à son aile gauche
tout au fond mon âme
épouille ses plumes.

III
Il émerge
des eaux utérines,
pousse un sanglot,
la première gorgée d’air
ressuscite la mémoire
de vies précédentes.
On le lange,
on lui attache les mains et les jambes
avec une ganse rouge.
Les souvenirs qu’il a ramenés
s’atrophient avec les années
et chaque partie du corps déboutonné
s’abandonne à un rêve différent :
les plantes des pieds – dans des prairies vertes
des oiseaux de mer – sur les paumes
et je ne comprends vraiment plus
qui coud la chemise
qui déboutonne le corps.

Aksinia Mihaylova

COMME A LA PIERRE QUI BUTTE


COMME A LA PIERRE QUI BUTTE

A l’eau des trottoirs

qui rigole ?

Sur le Nil

le cadran solaire tend son cou comme cette girafe du zoo de Vincennes qui cherche à voir au-dessus du mur

St-Louis en l’Île l’injustice t’a scié le chêne là où tu voulais asseoir Lutèce sur tes genoux

Et comme l’âne qui recule quand on lui dit de remplir le saut

le barbelé a divisé la steppe en morceaux

C’est la vie

sauf qu’à part une formule

ça ressemble plus au p’tit-corbillard qu’à un char-à-bancs

Pourtant j’ai du soleil dans mes averses

au poing que j’uppercut la sonnerie de la rentrée

pour rester nu dans les luzernes du Pila

surtout que j’ai laissé ma pelle dans le sable du château.

Niala-Loisobleu.

26 Décembre 2022

A MES MOTS-PEINTS L’ATTACHE QUI DEMEURE


Borne des Récollets, Niala et son fils Patrice, rescapé des 3+2, en ce tant là de 2016

A MES MOTS-PEINTS

L’ATTACHE QUI DEMEURE

Du monde que j’ai parcouru

mon coeur a toujours tenu un maillon de sa chaîne en valise

où que je sois

car le symbole développe le visage des pierres que l’on monte

sans que les vents destructeurs n’aient pu en ébouler la chambre d’amour

L’humain s’y concentre

Alors que le rivage actuel tire à sa fin pour une nouvelle côte et que l’érosion en développant ses méfaits laisse l’architecture raisonnée au musée, comme si la vie ne pouvait qu’habiter un cimetière

j’ai dans le pouls un éternel voeu qui bat

Les illusionnistes tiennent les vitrines allumées pour que le produit marchand tienne malgré les guerres, les égocentrismes et la cessation des liens de sang comme moyen de transport

N’empêche que devant mon chevalet je ne saurai dire au lin exposant par tout

un arbre, un oiseau, une maison, toi la Femme, deux seins, un bas de dos et un haut d’aisselles

ce nombril intact avec l’amour

sans aller à l’embarcadère souhaiter un bon voyage à la nature de l’acte sacré.

Niala-Loisobleu.

26 Décembre 2022