Ténacité non lucrative


NIALA

Ténacité non lucrative

Être toujours nu en tout garde sa vertu

les moines

on ne saurait dire où les trouver

mais la fringue est là

influençant à faire le paraître

L’artiste tenu par sa tripe demeure en sa vigne

sans qu’un nom latin le classe dans une famille végétale

plus pugnace que la mauvaise herbe

J’ai parlé de l’eau

c’est l’amour qui la pompe

j’ai laissé l’huile

pour la prendre pour médium quand la décadence a pris place

tarissement des concepts

Chez toi, ou chez moi

on tire son coup

trois p’tits tours et puits s’en vont

crée nom de dieu sans privilégier la célébrité

c’est du volatile !

Niala-Loisobleu – 7 Octobre 2022

CHANTAL DANJOU


PAUL GAUGUIN

CHANTAL DANJOU

Auteur d’une trentaine d’ouvrages (poésie, essai, prose), critique littéraire, par ailleurs membre du conseil de rédaction des Editions Encres Vives et directrice du comité de rédaction de la revue Décision, Chantal Danjou vit et travaille aujourd’hui dans le Var. Docteur ès lettres (La femme seule à travers Colette et Katherine Mansfield, Paris-Sorbonne IV), professeur durant de nombreuses années, elle intervient à présent dans des instituts universitaires de formation d’enseignants et dans des Universités (direction de mémoires, cours sur la poésie contemporaine et conceptions de projets concernant la lecture, la traduction et l’expérience poétiques comprenant la pratique d’ateliers d’écriture). Son intérêt pour la psychanalyse lui permet de développer son travail pédagogique. Enfin, depuis 1989, elle est présidente de La Roue Traversière, l’association qu’elle a cofondée, autour de la poésie contemporaine et de l’interdisciplinarité artistique.
Ses derniers titres en poésie sont L’ancêtre sans visage, Ed, Collodion, 2016 (livre d’artistes) et 2017 (pour l’exemplaire de librairie) ; Inutilité de voir venir, 2016 et La concomitante, 2017, les deux chez Ed. Encres Vives ; un livre d’artistes, Nuit à habiter, leporello avec Maria Desmée, 2017.
Ses titres les plus récents en prose sont Les Jardins d’Essais et Journal de la main, les deux titres aux Ed. Orizons, 2017 ; chez le même éditeur, Le souffle du noir, essai et La jumelle qui dansait au milieu du jour, roman, 2019 ; L’ombre et le ciel Le ciel et l’ombre, roman, 2021.

Extrait de FEMME QUI TEND LA TORCHE, mise en regard avec Henri Yéru, Ed. Mémoire Vivante, Paris, 2014

Swan
Couple de cygnes
blancs longs sauvages
sur loch deux adjectifs
qui se prolongent
chuintement des plumes
puis grincent puis s’étouffent
dans les brumes
émotion intense
de se retrouver
pour faire le Beau
entre les branches
entre les souvenirs
et de l’amour que cette étendue
aux vagues jetées comme
des nappes et le vin rouge
des adjectifs à l’extrémité
de leur col tranche
rouge blanc et l’assiette
du laid renversée et la cruauté
dans cinq verrines au moins
et la tête des cygnes à déguster
chaude et un nouveau couple
s’abat incapable de ne pas
refaire le Beau
entre les branches nues
et les souvenirs
et du chant ce grincement

Chantal Danjou

La Mousse Pousse au Nord


NIALA

La Mousse Pousse au Nord

Je foule la forêt à travers les feuilles

la clairière tu te souviens ?

Les pierres dressées et la baie au bout de l’allée

Tu me dis

Oui la vielle maison

J’ai baissé les peaux-pierre, les volets s’écaillaient

J’écarte la frange

monte à l’aisselle

meunier tu dors

Tendant la main tu agîtes ton foulard

du bruit sort de la charpente

la vapeur reprend la correspondance

et dérouille les rails jusqu’en gare

Chênaie qu’un au revoir

tant de glands pointent au sol

que l’oiseau ramasse le message et la bouteille vide

tu la remplis des rides de tes mains

Je la bouche de mon dos flotté venu s’échouer sur la plage

Le sable s’ouvre

les petites tortues regagnent la mer

Emoi

je trempe mon pinceau dans leur sillage

le jour qui lève contient à lui seul toute la vie

Niala-Loisobleu.

6 Octobre 2022

DE L’AQUA


Niala

DE L’AQUA

Douceur d’eau donne aux encres les mots pour peindre en caresses

La pâte que le couteau portait depuis l’initiation donne sa croûte au bain

prenant conscience du renouveau qui frappe à la porte

Se priver du vide

Par amour partagé

Sensualité reconnue

où la délicatesse transparaît jusqu’à l’ongle

Sans arracher les dents des éclosions boutonneuses où elles viennent mâcher

l’intonation du jour comme on sirote la voix humaine.

Niala-Loisobleu – 6 Octobre 2022

DEMASCLAGE


Démasclage du liège

DEMASCLAGE

Lisière d’une grande forêt de peints

les choses de la vie flottent

la question de plastique en chênes

où l’art cherche son bouchon de liège

pour mise en bouteilles…

Niala-Loisobleu – 5 Octobre 2022

Chêne-Liège

COULEURS SENSUELLES


HENRI MANGUIN

COULEURS SENSUELLES

Les ocres qui glissent de la montagne se font sanguines dans le potager derrière la maison

qui marine dans ses fragrances de garrigue

Quelques oignons, du laurier et du thym, des herbes de Provence, de la sauge, du sel et plus de poivre

Le gibier que tu sens ce matin a du courir la meute dans son rêve érotique

Aux cactus l’âne se frotte à la figue sans barbarie

Les hottes entre les rangs de vigne, taillent les pampres à la main

Tôt ce matin les vierges ont pris le car de ramassage scolaire.

Niala-Loisobleu – 5 Octobre 2022

DES MECHES AU SOL


ATELIER NIALA

DES MECHES AU SOL

Force du tronc

des oiseaux du mois gazouillent à découvert

le soleil colore le tapis du sol comme un enfant qui déborde de la feuille

Rien n’est mort

les essences en métempsycose transportent la forêt plus loin dans le temps

Les dernières roses retiennent le pouls à son épine

le vase sur le piano sent sous son bras le bouquet qu’il a mis

instant suspendu

laissé sur le bout des doigts qui ont fouillé le taire

Sur les planches des tréteaux s’attroupent des images ambulantes tirées par nos rideaux

Avant que le couteau n’intervienne l’aquarelle sort l’esquisse sans nuages des eaux du fond du puits

Le soleil y nage pour remonter le saut.

Niala-Loisobleu – 4 Octobre 2022

Dure à coincer la porte du soir qui tombe


NIALA

Dure à coincer la porte du soir qui tombe…

Arrive l’automne du lâché de feuilles qui ne poussera pas le bourgeon au prochain printemps

on se dit sans le vouloir

bientôt

les voiliers ne guetteront plus le vent au levé de marée qui porte à la criée

une raideur qui vertèbre le dos ride la danse des chandelles

la peau on y tient dans le symbole du matin c’est ça le seoir

Peau

à un moment du soir
reste la fatigue
la loque
du jour on lave vite
en mots comme on peut

on repasse on plie on range
reste un peu de place
en haut de l’armoire
à gauche
un vide

on a encore
du temps

Antoine Emaz

Tenant la canne on rentre sur ses jambes dans l’atelier

se servir de ses mains pour ne pas ranger les mots-peints

leurs senteurs et la couleur d’en corps d’autres aubes en chemin

Niala-Loisobleu.

3 Octobre 2022

Les Voiles du bâteau

Les voiles du bateau qui s’en allaient aux îles
Etaient de la couleur de tes yeux ce matin
La couleur du printemps dans les vallées fertiles
Province du bonheur à tout jamais certain
Quand le bateau partait, j’allais sur la jetée
Et quand j’étais bien sûr qu’on ne le voyait plus
J’attendais les yeux clos la fin de la journée
Pour le plaisir cruel de me sentir perdu
D’avoir pour un instant des nageoires ou des ailes
De survoler la terre et de vaincre le vent
Monter jusqu’aux étoiles et cueillir la plus belle
Les deux bras étendus, devenir cerf-volant

Devenir si léger que le plus faible brise
Vous emporte au-delà de tous les équateurs
Alors tout est parfait, les folies sont permises
On refait le chemin des oiseaux migrateurs
En suivant du regard ce beau vaisseau tranquille
Tout seul sur la jetée, j’inventais mon destin
Mais la couleur du ciel, de la mer ou des îles
Ne valait pas l’éclat de tes yeux ce matin

Henri Salvador / Jacques Bertin

TRANSPORT VISUEL


NIALA

TRANSPORT VISUEL

A la trace du miel

l’oeil couché sur le dos

je trouve l’abeille à travers les dernières feuilles qui avaient été écrites

Un serrement de doigts et tout se garde amarré à l’encre loin d’ouragan

Au moment où l’on suis-je, ni la montre, ni le calendrier des pompiers ne cherchent un indicateur

La grosseur de tes seins est conforme au relief de ma campagne et l’herbe toujours verte

Nous avons traversé des époques où l’arbre se ressemait seul sur une simple emprise des haleines mâle et femelle sans que le vent intervienne

Puis la mer, sa côte sauvage, ton naturisme dans la salive de l’écume, mon embrun à l’orgasme des trois dernières premières vagues en navette entre le clair-obscur d’un masque ont cherché le vaccin qui restaure politiquement de la mal-bouffe

On finit par se demander l’adresse où elle est, qu’on se remplit les yeux en levrette au débouché du tunnel.

Niala-Loisobleu – 3 Octobre 2022

LA PEAU QUI GRATTE


NIALA

LA PEAU QUI GRATTE

Le chevet de l’aube s’allume

à la radio le squelette des arbres apparaît

Au-dessus du coude le quotidien bavarde comme un pis

La première image qui me gratte la peau me hanche en poignées

Marguerite débite l’horoscope du jour à travers les carreaux de la fenêtre.

Niala-Loisobleu.

3 Octobre 2022