La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
D’abord un grand châle lilas Sorti du fond de mon grenier Pour tes épaules gelées Et puis un grand collier de glands Récoltés en des chemins Après la fin de leur saison Après la fin de nos chemins
Et puis un grand peigne de bois À l’heure où le vent te revient Tes mèches sont désemparées Une seule bague à ta main Pour laquelle j’aurais plongé Au fond du puits d’un vieux couvent Et tu me donneras ta main
Un vieux cheval compréhensif D’une étable de Moncontour Et devant moi tu es grimpée Un sentier oublié des hommes Un chemin au long des vergers Une reinette un peu fripée Pour croquer au long des chemins
Une barque sur un canal Un enfant le long du halage Dans une blouse démodée Et puis les herbes de l’étang Et puis les reflets de l’étang À l’heure où remonte le froid Et où nous allons nous baigner
Nous irons par le froid D’une saison passée Où tout renaîtra Vêtus de vieux habits De vieux moments d’un autrefois Comme le feu renaît des braises Comme la fleur perce-gel
Oh, s’il te plaît, reparle-moi de ces hôtels Où nous aurions pu aller tous deux hors saison Vacances studieuses, plage des Demoiselles, Reparle-moi de ce passé, nous y serons
Des formes figées sous le kiosque, le quatuor Dans ce parc où un astrolabe fut perdu Sur le violon du cap, l’archet du vent du nord Des drapeaux pendant comme des amours déçues
Terrasses vides, gravillons blancs, tourbillons Une ondée, on s’ennuie, tu as garni un vase Tourne les pages du passé sans jours, sans phrases Contre le futur, enfant triste, mets ton front
Tu y voyais des coeurs appareillant aux nues Tu y voyais danser d’anciennes demoiselles A quoi tu rêves, avec ta belle âme en dentelle? Nous y errions, puis ce souvenir s’est perdu
Comme effacé sur l’aquarelle l’espérance, Elle, demeure à tout jamais, ne parlons pas Je vois une villa isolée sur la Rance Et toi, dans les soirs qui
Ma femme à la chevelure de feu de bois Aux pensées d’éclairs de chaleur A la taille de sablier Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de dernière grandeur Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche A la langue d’ambre et de verre frottés Ma femme à la langue d’hostie poignardée A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux A la langue de pierre incroyable Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre Et de buée aux vitres Ma femme aux épaules de champagne Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace Ma femme aux poignets d’allumettes Ma femme aux doigts de hasard et d’as de coeur Aux doigts de foin coupé Ma femme aux aisselles de martre et de fênes De nuit de la Saint-Jean De troène et de nid de scalares Aux bras d’écume de mer et d’écluse Et de mélange du blé et du moulin Ma femme aux jambes de fusée Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir Ma femme aux mollets de moelle de sureau Ma femme aux pieds d’initiales Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent Ma femme au cou d’orge imperlé Ma femme à la gorge de Val d’or De rendez-vous dans le lit même du torrent Aux seins de nuit Ma femme aux seins de taupinière marine Ma femme aux seins de creuset du rubis Aux seins de spectre de la rose sous la rosée Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours Au ventre de griffe géante Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical Au dos de vif-argent Au dos de lumière A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire Ma femme aux hanches de nacelle Aux hanches de lustre et de pennes de flèche Et de tiges de plumes de paon blanc De balance insensible Ma femme aux fesses de grès et d’amiante Ma femme aux fesses de dos de cygne Ma femme aux fesses de printemps Au sexe de glaïeul Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens odorat le goût Ma femme au sexe de miroir Ma femme aux yeux pleins de larmes Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée Ma femme aux yeux de savane Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu.
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