« POINT. PASSE A LA LIGNE ! » – NIALA 31/12/22 – ACRYLIQUE S/TOILE 73X60


« POINT. PASSE A LA LIGNE ! »

NIALA 31/12/22

ACRYLIQUE S/TOILE 73X60

Au bas de marée l’oiseau migre la haute à lui

du fondu d’atmosphère du raisin l’alambic a parlé aux anges

posant la clef de la vieille pendule chez le rempailleur de chaises

Il fait si sombre que la lumière refuse une foi en corps de céder place à l’ombre

Le vieux Peintre

a pris l’échelle pour monter à son grenier à toiles

meunier tu dores

à la ligne page après page

le tant a du mal à se lever

Seule la Muse

a laissé descendre ses seins à la bonne place

les voici au bord de la ceinture

On aperçoit la voie rapide prête à ouvrir au trafic

Derniers mots-peints ?

le silence répond

tout du non-dit a été dit

Niala-Loisobleu.

31 Décembre 2022

SEUIL DU PASSAGE


SEUIL DU PASSAGE

L’oiseau

monte attraper le nouvel étage qui pointe

Un marchand d’histoires

solde des pendules avec des remontoirs et des dates échappées du broyeur

Glisse le rideau sur les rails d’un train

seuls des bruits de remue-ménage sortent des aspirateurs

Un aboyeur vante de son éventail

les premières chaleurs d’un tempérament resté dans sa vieille peau

Sortant en cortège d’une salle-de-garde

les veuves-volontaires dans leur costume vert-religieux redressent leur chapeau

une voile être pour la nouvelle grand-messe

On ouvre les voeux en sacrifice rituel

Et dans le silence de son atelier le vieux peintre muse

en accrochant à la porte la pancarte

DO NOT DISTURB

pour un temps indéterminé.

Niala-Loisobleu.

31 Décembre 2022

Jacques Bertin – Paroisse

Des femmes sont assises dans l’hiver
Le long de la radio, sur un dernier travail
C’est tard la nuit, il est déjà dans les dix heures
Depuis longtemps dorment dans les chambres glacées
Des enfants protégés du mal par un signe de croix
Des femmes sont assises dans l’hiver. Il fait grand froid.
A la gare on attend encore le train de Combourg et Dol
Dans la prairie les gitans guettent le sommeil des chevaux
Ils ont plié le cirque dérisoire et ils s’en vont. Demain
Les maçons ne travailleront pas sans doute à cause du gel
Demain il y a messe pour la jeune fille qui est en deuil
De Nantes vient le givre avec ses cuivres. Il fait grand
froid.
Paroisse de l’année soixante. O périphérie de la paix
Femme posée comme une lampe à huile dans le silence
Rassemble dans cet écrin-là tous tes enfants. Emporte-les
Vers le bon dieu et qu’on ne nous sépare pas
Demande-lui si c’est bien demain que le payeur passe
Et quand va-t-on enfin goudronner la rue. Tu as froid.
Tu fermes la radio. Tu montes en faisant attention
Vers un endroit que je t’ai préparé dans ma mémoire
Et qui s’est détaché de moi pour vivre, comme une chanson
Où tu es bien parce qu’on ne nous séparera pas.

Jacques Bertin


DE LA LUNE EN TRAÎNE


LA LUNE EN TRAÎNE

Les femmes sont assises

sur une parole de chanson oubliée qui se rappelle

Hanches empoignées

Aisselles où se défendent les herbes du début

Coulisse l’échelle des vertèbres du secours accordé…

Niala-Loisobleu.

30 Décembre 2022

Aksinia Mihaylova – Sur le chemin de retour


Aksinia Mihaylova

Sur le chemin de retour

Non, je n’ai jamais vu un arbre triste
mais je ne veux plus refléter le monde
comme un miroir ébréché,
découper les solitudes des après-midi de dimanche
en suivant la lumière qui saute de jardin en jardin,
raccommoder les bouts de mers inaccessibles
que tu m’envoies et je suis hors saison.
Le facteur a déjà vieilli et je n’ai pas encore réussi
à réconcilier le temps et le sel.

Parfois, je fais un éventail des cartes postales,
et je regarde de loin les façades des maisons,
pareilles à des volées d’oiseaux,
prêtes à repartir et douloureusement blanches
comme le ventre des hirondelles sur les fils
à la fin d’août dans mon pays.
Je n’ai jamais vu un oiseau triste non plus
car les oiseaux ne se nourrissent pas
comme les hommes avec une vie d’autrui pour vivre
mais je suis fatiguée d’être à moi seule le capitaine,
le bateau et la mer, et les vents tardent.
Je ne sais pas si je monte ou descends
cette colline mais les matins sans toi
sont une église vide où j’entre et prie : Seigneur,
je veux seulement ce que tu veux pour moi.
Et toi, qui n’entends pas mes pleurs,
pour quoi pries-tu ? Regarde, la lumière
sous le dôme tresse un filet argenté qui m’enlace
et me tire déjà vers le haut.
Toi, qui pêches des nuages,
fais un peu de place dans ta mer interne
pour l’impossible étrangère que je suis
avant que le crépuscule ne tourne la clef
de ta vue.

C’est tout ce que je peux dire pour le monde
qui t’a amené chez moi
et avant que je reprenne le chemin de retour
où ce monde sera un reflet de ce que je suis,
écoute l’oiseau dans mes yeux qui demande :
As-tu jamais vu un arbre triste ?

Aksinia Mihaylova (née en 1963 à Rakevo, Bulgarie) – Ciel à perdre (Gallimard, 2014)

L’atelier râtèle mes mots-peints et engrange


L’atelier râtèle

mes mots-peints et engrange

A la crôute des palettes et aux manches qui ont posés leurs poils, le nuancier a forniqué sans froideur, laissant pendre aux verrières assez de chaleur pour arriver au bord de la lumière d’un monde ténébreux. Sans se retourner sur les larmes des pleureuses, dans la ligne des cris de Camille, au fossé de la berme des fosses à purin. La grange a pourri en suivant l’enfermement animal de l’élevage en batterie. Faux-seins à me gonfler et jouets en ferraille dans les narines vaginales, tribale libération de la femme que la buée des vitres emporte. Les genoux rasant la vérité du parvis des temples à travers les marchés ambulants, camelots vêtus en Rois-Mage pour la grande distribution. Fève du loto. Chiffons d’essuie âge pour couvrir les années de veuvage de revenus. Et gratte-cul de reconnaissance de tes lardons.

Ô Lumière tu coûtes cher, mais t’es la vie !

Niala-Loisobleu.

29 Décembre 2022

Une Grange – Jacques Bertin

Peut-être, à travers les chansons
Comme à travers les trous du toit
De la vieille grange effondrée,
Appelant la fraîcheur des doigts,
De l’orage ou l’amour, on voit
Peut-être ma vie qui appelle
Ô vous savez qu’elle était belle
Anciens compagnons de ma joie

Puisque c’est vrai, tout est image
Nous sommes l’image de nous
Et dans les paumes du message
Vous voyez la trace des clous
Ô les feux allumés de l’âge !
Ne va pas prendre mal, surtout,
Et reviens, sèche-toi, sois sage
Il tombe de la mort partout

Chevaux tués, ombres des désastres
Avenirs aux jambes brisées
Éternités tombées des astres
Aux formes de lampions brûlés
Ô les bombes sur l’abbatiale !
Ô l’incendie dans le verger !
La terre est ce tablier sale
Et les couleurs se sont vengées

Puisque c’est vrai, tout est mensonge
Le regard franc, profond, surtout
Et un cancer d’argent me ronge
Puisque la mort rôde partout

Que je sois cette ancienne grange
Sans douleur au fond des étés
Et dont un peu de chanson penche
Et je ne souffre plus d’aimer !

Eté court et mauvaise donne,
Brûlant vite, elle était pressée !
Puis on voit le toit qui frissonne
Et la vieille âme un peu bouger

Jacques Bertin

L’ATELIER TREMPE DANS SA LUMIERE


L’ATELIER TREMPE

DANS SA LUMIERE

Manque encore les fleurs

elles arrivent sur la tige des pinceaux

Le temps n’est pas plus sûr de ce qu’il va faire que les autres jours, le chevalet lui s’en fout, la touffe de poils qui finit le ventre est un modèle d’équilibre du tant qui va au tempo des couleurs du peintre

Cheval sauvage qui tire la steppe à lui pour naturaliser l’empailleur comme on assure son désir de cheminer sans frein mis sous-globe

Ce qui boîte pourrait provenir de la varice

ce défaut circulatoire du moulin qui n’aube rien de bon dans l’esprit d’un Don

Il est vrai que l’Histoire préfère l’embrouille à la clarté cutanée et le maillot dans les bains de minuit

Gare de l’Est

j’ai choisi de prendre le train, les mains-libres, sans linge de rechange dans la valise, l’oiseau sur les pôles.

Niala-Loisobleu.

29 Décembre 2022

« ROUSSES HEURES »- NIALA 2022 – ACRYLIQUE S/CARTON-BOIS – ENCADRE S/VERRE 40X50


« ROUSSES HEURES »

NIALA 2022

ACRYLIQUE S/CARTON-BOIS

ENCADRE S/VERRE 40X50

Entre tout et rien soleil qui passe

c’est l’hiver ici comme ailleurs

La peau d’animal est choisie à longs-poils

comme ça les branches attrapent le chaud au passage des peaux

Ce qu’on ne voit pas des maisons prises dans le brouillard montre davantage l’odeur qu’elles génèrent

La dentelle se brode devant la cheminée où tu étends ton anatomie pour un cours privé

Ce qui chauffe le vin et les marrons sur la plaque tectonique

en glissant les collines de tes rotondités sous ton manteau l’une sur l’autre

Les maisons suivent à coller comme tout ce qui procède du mouvement

comme l’émoi quand le grand sorcier fait bramer son renne

Puisque c’est l’anniversaire de ta tante aujourd’hui

emmène-moi bivouaquer dans ton camping sauvage

on posera les raquettes sur la terre battue de Roland-Garros

là ou Coubertin a dit que l’essentiel est de participer.

Niala-Loisobleu.

28 Décembre 2022

Chemise à fleurs


Chemise à fleurs

Par boutons éclos le jardin ouvre sa poitrine

Les champs tiennent le déploiement de l’oiseau au-delà de la barrière de corail

Sans qu’un échouage de baleine ne soit venu sur la plage

Quelques astéries sont venues marquer la ligne qui sépare l’archipel de ta poitrine en un profond couloir

Et dans l’écume le jour entre en marge par spirales

Un pour tous, tous pour un !

Niala-Loisobleu – 28 Décembre 2022

MAINTENANT EN ALLANT DEMAIN


MAINTENANT

EN

ALLANT DEMAIN

Sans compter les cailloux posés sur le chemin

qui des pas perdus

genre hall de gare de sale attente

j’ai tenu parole en prononçant mes mots-peints

A travers la vitre un vallonné précisé par les vagues

s’est ouvert au soc du sillage

Puis de l’eau en son point où les animaux viennent boire et tremper

le mammifère de tiroir qui s’ouvre

et montre comme ça balance à Paris dans mon émoi

Les Puces, la Samaritaine et le couple qui se prive pas de se faire plaisir sous le Pont-Mirabeau, des bateaux sans les mouches, j’approche de mon tricycle prêt à enfourcher la Gare d’Orsay pour un aller aux Tuileries

Pont-Royal

Je m’écarte

et suis à l’entrée de mon évasion onirique où rien ne se rase pour demeurer poilu

la rousse heur se pointe comme un col Claudine

dans une des libertés prises par Colette

C’est sûr que je viendrais l’achever demain celui-là comme j’en commence toujours un autre.

Niala-Loisobleu.

27 Décembre 2022

COMME A LA PIERRE QUI BUTTE


COMME A LA PIERRE QUI BUTTE

A l’eau des trottoirs

qui rigole ?

Sur le Nil

le cadran solaire tend son cou comme cette girafe du zoo de Vincennes qui cherche à voir au-dessus du mur

St-Louis en l’Île l’injustice t’a scié le chêne là où tu voulais asseoir Lutèce sur tes genoux

Et comme l’âne qui recule quand on lui dit de remplir le saut

le barbelé a divisé la steppe en morceaux

C’est la vie

sauf qu’à part une formule

ça ressemble plus au p’tit-corbillard qu’à un char-à-bancs

Pourtant j’ai du soleil dans mes averses

au poing que j’uppercut la sonnerie de la rentrée

pour rester nu dans les luzernes du Pila

surtout que j’ai laissé ma pelle dans le sable du château.

Niala-Loisobleu.

26 Décembre 2022