La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cette ambiguïté suprême. Saint-john Perse
Au nouage des fils se trame le ressenti en commun du point d’orgue
dans la fusion du mélange pour une seule couleur
l’émoi sous le burnous
franchit la porte d’un croisement de je nous
Quant la photo d’un voyage est passée, la comparaison n’a pas dépassée l’imagination
aux traits des traces sur le sable du feu restait visible dans l’éclat battant de la nature profonde
Présomption de l’éclat, Rougerie, 1981 (Prix Louis Guillaume)
C’était déjà le temps où tu étais blessé à l’être. Nos chairs nous aimaient, je me souviens. Nous menions chaque jour nos exercices de joie plus haut que la dureté des pierres et en guise d’hallali sur ton flanc paissait la rose mûre à naître, le fruit agenouillé du jour. Nous entendions croître les hallebardes du soleil, la moisson des roseaux advenue sur la mer, et celle-ci chaque fois se soulevait dans l’or en flammes parallèles. Pour étendard encore, nous étendrons nos mains sur cet amour.
Gabrielle Althen
Au plus profond de son fauteuil ce pouls bat dans sa forge naturelle
Etonnement une pluie l’attise comme une voix naturelle
dans laquelle je mesure la symbiose du rapport en accord avec le symbole de la couleur.
L’amour est une compagnie. Je ne peux plus aller seul par les chemins, parce que je ne peux plus aller seul nulle part. Une pensée visible fait que je vais plus vite. et que je vois bien moins, tout en me donnant envie de tout voir. Il n’est jusqu’à son absence qui ne me tienne compagnie. Et je l’aime tant que je ne sais comment la désirer.
Si je ne la vois pas, je l’imagine et je suis fort comme les arbres hauts. Mais si je la vois je tremble, et je ne sais de quoi se compose ce que j’éprouve en son absence. Je suis tout entier une force qui m’abandonne. Toute la réalité me regarde ainsi qu’un tournesol dont le coeur serait son visage.
Jets d’eau, jeux d’oiseaux tranquilles Actes petits jetés aux oiseaux Comme elle est calme cette île Quelle étrangeté d’oiseau Une fleur facile Et un pétale d’oiseau Les lenticules qui filent Innombrables pas d’oiseaux Ne rien faire qu’inutile Et t’aimer, ton cœur d’oiseau !
A la question de Jacques Chancel: « Vous n’êtes pas de ces philosophes qui pensent que philosopher justement, c’est apprendre à mourir », Vladimir Jankelevitch répondait: » Ah non! absolument pas! tout d’abord, je crois avoir consacré beaucoup de temps à dire que le mot « apprendre » n’a ici aucun sens. On apprend une chose que l’on peut réitérer et que l’on fait de mieux en mieux. Un pianiste, par exemple, apprend à jouer la Sonate en si mineur de Liszt. Il la travaille, il la répète, c’est un apprentissage avec un progrès quotidien. Mais mourir, vous ne le faites qu’une fois, et la première fois est aussi la dernière. Alors? où est l’apprentissage? »
On n’apprend pas à mourir, on ne s’y prépare pas non plus et cela quel que soit son âge car « toute mort est une mort subite, même la mort d’un vieillard de 95 ans.. parce qu’il faut toujours un dernier accident pour qu’il meure, n’est-ce pas? Il pourrait mourir le lendemain, il pourrait mourir l’année prochaine. »
Mort subie, mort subite, mort prématurée, en cela la mort dans un attentat terroriste ou sous une bombe ne se différencie d’aucune autre mort, une mort n’a jamais rien d’extraordinaire. On meurt toujours trop tôt et l’on ne meurt qu’une fois, bien sûr, mais ce qu’il y a d’extraordinaire c’est que nous ayons vécu, ne serait-ce qu’une fois. « Rien ne vaut une vie », « on ne vit qu’une fois », tout le monde sait cela et pourtant combien ce trésor est dilapidé, il y a tant d’hommes, de femmes et d’enfants sur la planète!
Et c’est encore au philosophe à rappeler l’évidence: « Ce qui est vraiment extraordinaire, c’est d’avoir vécu une fois. Une chose qui n’arrive qu’une fois dans toute l’éternité. Vous, moi, ce n’est pas personnel à moi. Chacun de nous est quelque chose d’extraordinaire qui ne vit, qui n’apparait qu’une fois dans toute l’histoire du monde. Il n’y en a qu’un comme vous. Il n’y en a qu’un comme moi. Et il y a toute l’éternité. Et cela n’arrivera plus jamais. Comprenez-vous ce que signifient ces deux mots: plus jamais, plus jamais?
Où la vision montre soudain que les yeux n’y voient plus en face
bien qu’il pleuve on traverse un sacré désert
Avant que les inondations reviennent, les pluies incessantes d’une saison pas à sa place ne font que remplir les bassines
les nappes restent loin d’avoir refait le plein
Si les vignes dorment toujours ça n’est qu’une question de minutes pour qu’elles sortent de sommeil, le noisetier lui est déjà tout bourgeonnant en Janvier
Alors que dire de ce qui se passe à la place de ce qui n’est plus normal au programme de la nature ?
Ô ventre maternel où pourrissant de l’ombre J’étais un catéchisme en style ombilical Pathétique hasard de péchés en surnombre Aqueuse déception forgée après le bal C’est en forgeant très tard que l’on devient poète En chemise à carreaux je joue à Carnaval Tous les jours de mes mois je me fis une tête A l’image de Dieu… et n’ai rien inventé Et le soir aux draps blancs plissant de goélette Je m’en allais humant un peu d’éternité… Ces rêves enlacés d’azur et de géhenne Je les veux mêmement renaître de l’été Lorsque les soleils pourpre(s) iront faire la chaîne Et se dorer le cul au feu de ma chanson Je leur tricoterai des pull-overs de laine Les astres s’en iront sans rime ni raison Déglinguant l’édifice encombré de mystère Ce jour-là Christ sera coiffé comme un garçon Il se dira partout des messes adultères Nos calices seront des pichets de bazars Que rougiront les sangs glorieux de nos misères Et nous verrons Jésus faire le grand écart Sur les tranches du ciel pelé comme une orange Tout en fumant un calumet de trois dollars Qu’il aura eu à Chicago pour un bon change
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