Bernard Joyet – Rien s’en va


Esquisse – Niala 2022

Bernard Joyet – Rien s’en va

Les dieux sont panacée de frustrés de cocus
Qui fomentent des lois pas plus haut que leur cul
Et d’Olympe de Gouges à Rosa Luxemburg
La femme est l’oubliée d’une histoire à rebours
C’est pas faute d’avoir fait sonner le réveil
De Louise Michel jusqu’à Simone Veil
Camarade entends-tu le viol noir des corbeaux
Que les hommes sont laids pourtant que l’homme est beau
Avec le temps va rien s’en va

Bernard Joyet

FENÊTRE ACCESSIBLE


FENÊTRE ACCESSIBLE

Le vent démonté, je traverse le jardin à travers un soleil revenu

tes doigts ont ratissé le bois mort de la tempête

j’ai bu tes seins avant de pousser la porte

tu m’as dit chouette met du bleu en anneau autour des aréoles, je me sens planante

et ta langue vitre m’en tu verras plus loin par tous les temps

J’ai monté le chevalet pour sentir ton ventre venir à la peinture…

Niala-Loisobleu – 9 Avril 2022

La langue à la vitre


La langue à la vitre

Le vent qui cogne la pluie sur le balcon me tient derrière la vitre la langue à retrouver le soleil

passé le contact froid le goût en revenant transpose ce qui bouge dans l’herbe humide

amenant le ventre à ouvrir un matin bleu en plein après-midi en décroisant la cuisse et voir le haut du bas de la femme qui dans l’atelier parle à l’abeille tenant la fleur sous son parapluie

La vie trébuche en rencontres opposables

la dernière se balance comme la règnée à sa toile, tisserande genre Bayeux

plus accrochée qu’un humanisme volatile en se rusant du ménage arracheur de pages employé à la surface, le fond symbolique de la poésie cultivé en dehors du désert

A l’entrée du jardin l’obélisque face au grand bassin garde son mystère dans la pérennité du hiéroglyphe. tuilerie en chauffe à côté du théâtre de verdure, qui l’a peinte plus verte qu’un bronze de Maillol, le cerceau double le bateau de papier en l’envoyant rejoindre le rire des enfants à Guignol

Le matin perce…

Niala-Loisobleu – 8 Avril 2022

ENTRE TIEN EMOI 132


ENTRE TIEN EMOI 132

Au gris du ciel l’ocre des tuiles tend son feu

où la clarté du phénix tire la chevillette de la clef zygomatique

goût de peau que la bretelle laisse monter à la chute élastique de raideurs défaites

l’aine en son pli ourlé d’herbe et de soie que la rosée fait frissonner se teinte du bleu des matins où qu’il pleuve, neige ou vente la mer est navigable

et le tapis de l’atelier bourdonnant comme ruche

Le vert mit au fruit en gestation cligne de l’oeil au soleil

c’est à peindre show.

Niala-Loisobleu – 6 Avril 2022

PAR LA PORTE DU FOND


PAR LA PORTE DU FOND

Entre la force des arbres séculaires et le menu du jour je m’assied à table en prenant la porte du fond

Un petit gris traverse le ciel, cagouillard ce nuage d’Avril

La lanterne compensera la couleur hésitante du drapeau de la plage

En passant sous tes fenêtres j’ai vu de la lumière et pas n’importe laquelle. Ce qui m’a été confirmé en voyant la façon comme le chien que tu avais sorti, levait la patte

Voilà un jour à sortir les tons chauds

En grattant l’écorce du cerisier je trouverais de ta sève en droite ligne de ton ventre qui salive les mots d’un littoral corse

Ce qui me séparera plus encore de l’outre-noir pour presser le chant du rossignol de mon en vie.

Niala-Loisobleu – 6 Avril 2022

MERLIN ET LA VIEILLE FEMME PAR GUILLAUME APOLLINAIRE


MERLIN ET LA VIEILLE FEMME PAR GUILLAUME APOLLINAIRE

Le soleil ce jour-là s’étalait comme un ventre

Maternel qui saignait lentement sur le ciel

La lumière est ma mère ô lumière sanglante

Les nuages coulaient comme un flux menstruel

Au carrefour où nulle fleur sinon la rose
Des vents mais sans épine n’a fleuri l’hiver
Merlin

guettait la vie et l’éternelle cause
Qui fait mourir et puis renaître l’univers

Une vieille sur une mule à chape verte
S’en vint suivant la berge du fleuve en aval
Et l’antique
Merlin dans la plaine déserte
Se frappait la poitrine en s’écriant
Rival

O mon être glacé dont le destin m’accable
Dont ce soleil de chair grelotte veux-tu voir
Ma
Mémoire venir et m’aimer ma semblable
Et quel fils malheureux et beau je veux avoir

Son geste fit crouler l’orgueil des cataclysmes
Le soleil en dansant remuait son nombril
Et soudain le printemps d’amour et d’héroïsme
Amena par la main un jeune jour d’avril

Les voies qui viennent de l’ouest étaient couvertes
D’ossements d’herbes drues de destins et de fleurs
Des monuments tremblants près des charognes vertes
Quand les vents apportaient des poils et des malheurs

Laissant sa mule à petits pas s’en vint l’amante

A petits coups le vent défripait ses atours

Puis les pâles amants joignant leurs mains démentes

L’entrelacs de leurs doigts fut leur seul laps d’amour

Elle balla mimant un rythme d’existence
Criant
Depuis cent ans j’espérais ton appel
Les astres de ta vie influaient sur ma danse
Morgane regardait du haut du mont
Gibel

Ah! qu’il fait doux danser quand pour vous se déclare
Un mirage où tout chante et que les vents d’horreur
Feignent d’être le rire de la lune hilare
Et d’effrayer les fantômes avant-coureurs

J’ai fait des gestes blancs parmi les solitudes
Des lémures couraient peupler les cauchemars
Mes tournoiements exprimaient les béatitudes
Qui toutes ne sont rien qu’un pur effet de l’Art

Je n’ai jamais cueilli que la fleur d’aubépine
Aux printemps finissants qui voulaient défleurir
Quand les oiseaux de proie proclamaient leurs rapines
D’agneaux mort-nés et d’enfants-dieux qui vont mourir

Et j’ai vieilli vois-tu pendant ta vie je danse
Mais j’eusse été tôt lasse et l’aubépine en fleurs
Cet avril aurait eu la pauvre confidence
D’un corps de vieille morte en mimant la douleur

Et leurs mains s’élevaient comme un vol de colombes
Clarté sur qui la nuit fondit comme un vautour
Puis
Merlin s’en alla vers l’est disant
Qu’il monte
Le fils de la
Mémoire égale de l’Amour

Qu’il monte de la fange ou soit une ombre d’homme
Il sera bien mon fils mon ouvrage immortel
Le front nimbé de feu sur le chemin de
Rome
Il marchera tout seul en regardant le ciel

La dame qui m’attend se nomme
Viviane
Et vienne le printemps des nouvelles douleurs
Couché parmi la marjolaine et les pas-d’âne
Je m’éterniserai sous l’aubépine en fleurs

Guillaume Apollinaire

CE FRUIT QUE TIENT SA FLEUR


CE FRUIT QUE TIENT SA FLEUR

Ici le chant s’étire dans les cailloux laissés après le départ de la rivière, là un noyau laissé après un nuage a roulé par l’aqueux dans la pluie sentinelle

Loin derrière resté sans un mot en plein bataclan le mystère tient son secret

La chaise de Vincent n’a jamais perdu de paille durant l’isoloir de l’asile

l’encre des iris a animée les tournesols

les arbres ont transpercés le froid du sol, d’un coup de burin dans la pierre qui donnera un peu plus tard la vague à Camille dans une force douloureuse d’ex-voto, un écho de cathédrale entre les deux colonnes de la petite chapelle

cri sans nom autre qu’AMOUR porté par la douleur transcendée

Un chevalet, un pupitre

une plume, un couteau

un papier, un bleu

ces fils de l’haleine qui ignorent le mou ton à l’usage du métier

A travers le mouvement perpétuel l’amour se relaie sans penser finir l’Odyssée

les enfants apprendront la goutte qui porte l’eau à l’ardoise en puisant hors de l’école à la noria de leur professeur.

Niala-Loisobleu – 4 Avril 2022

BLEU ARDOISE


BLEU ARDOISE

L’ardoise délitée couvre le dessus de ma chambre

aux craies les vignes s’encalcairent afin d’écrire

un cru verre bistre aux croisées des flacons

indéfinis par des larmes d’or

Vas et ouvre les rideaux de l’horizon

là, ici, quelque part

nous sommes noués

d’un noeud de bois

aux poitrines des grands espaces

nous finirons par tomber dans l’unique haleine

de ce baiser qui sort sa langue du sommeil en dépassant le post-scriptum

Niala-Loisobleu

3 Avril 2022

LIEU SEIN


LIEU SEIN

Un temps soit peu paumé, redouble à faire le point, pour se rassembler toi émoi

l’été venu alors que le présent n’a point apparu c’est un comble

Ce matin pendant que tu glissais pour aller garder les trois ou quatre moutons que les parents larguent, j’ai eu de telles visions d’effroi, c’est certains zigs-zags font froid dans le dos, au point de remonter le tant comme on enfile un gilet en embarquant

Le couloir dans son coude obscur n’a pas hésité à redresser sa vérité

on peut glisser sur la berme san aller au fossé

Ce dernier tableau que le précédent avait remis dans la bonne palette, a fait de haut les tours périlleux du trapèze, cette guerre comme n’importe quel type d’autre n’est pas de nous

A voler l’oiseau peut croiser l’aigle sans pour autant perdre sa parenté colombe

l’amour c’est NOUS

tu le vois chaque jour

et tu l’écris sans point à la ligne

2018 montre la vérité sur ce qui n’a pas changé d’EPOQUE

alors le cerisier ne pourra qu’avoir des fruits. Il fait froid mais le soleil te ressemble tellement qu’on en voit plein quand on y regarde de près.

Niala-Loisobleu – 1er Avril 2022